• Les leçons de Fukushima

    ...Pour les médecins

    Je ne suis pas persuadé que les médecins français tirent des leçons de la catastrophe de Fukushima. Pas plus d'ailleurs que Tchernobyl. Leur principal souci, pour la majorité d'entre eux étant de pomper la carte vital de leurs patients. Du moment que la machine médicale tourne à plein et remplit leut portefeuille.

    Gaulois.

    LES LECONS DE LA CATASTROPHE DE FUKUSHIMA POUR LES MÉDECINS

    23/05/2012

    QUELLES LECONS FAUT-IL TIRER DE LA CATASTROPHE DE FUKUSHIMA POUR LES MÉDECINS PRATICIENS?

    Dr. A.BEHAR

    Depuis sa création, l’AMFPGN a structuré son action autour d’une constatation simple, émise par notre président fondateur Pierre PERNIN; “En cas de conflit nucléaire, inutile d’appeler votre médecin”, autrement dit, il n’y a aucune possibilité curative, seule la prévention est efficace.

    Au delà d’Hiroshima et Nagasaki, un autre chalenge est apparu: celui des accidents graves voire des catastrophes du nucléaire militaire comme à Mayak

    1957 l'accident nucléaire de Mayak en URSS

    en Russie, ou du nucléaire civil comme à Tchernobyl et Fukushima. La destruction directe ne s’y retrouve pas comme après une bombe atomique, mais les effets durent longtemps et laissent une menace équivalente pour les populations concernées comme celle qui a pesée sur les “hibakushas”. La contamination radioactive, de l’air des sols et surtout des vivants n’en finit pas. La rivière “TECHA” charrie toujours de la radioactivité en Sibérie après la catastrophe de Mayak dans l’Oural, par exemple. Dans ces cas aussi il n’y a pas de traitement curatif, la prévention reste la seule arme mais il s’y ajoute la gestion médicale à long terme des victimes actuelles et de leurs descendants.

    C’est dans cet état d’esprit que nous nous proposons de tirer un premier bilan un an après de FUKUSHIMA, sous le seul prisme de la santé et avec une seule cible, la place des médecins praticiens confrontés à cette situation.

    A l'interieur de la centrale de Fukushima

    I- QUE FONT LES MÉDECINS JAPONAIS AU MOMENT MÊME DE L’EXPLOSION NUCLÉAIRE?

    Voici le scénario vécu par nos collègues au sein de la population japonaise.

    Le vendredi 11 mars 2011 à 14h45, un séisme à eu lieu  de magnitude neuf avec un épicentre qui se situait à des centaines de Km du littoral de Fukushima, entraînant des destructions notables à terre. A 15h27, le tsunami submerge la centrale nucléaire de Fukushima DAIICHI.

    A 16h46, la “situation d’urgence nucléaire” est déclarée dans la centrale.

    A 21h23, le gouvernement ordonne l’évacuation dans un rayon de 3 Km et le confinement de la population entre 3 et 10 Km de la centrale.

    radioactivité des pluies de Tokyo pic du 23 mars 2011

    radioactivité des pluies de Tokyo pic du 23 mars 2011

    C’est donc en une après-midi que les habitants de cette zone, survivants du tremblement de terre et du tsunami apprennent qu’ils sont en plus victimes d’une contamination radioactive massive surtout liée au panache qui s’échappe de la centrale. Nos confrères médusés, avec une infrastructure hospitalière détériorée et en plus une interdiction de circuler, vont devoir se débrouiller pour assister médicalement une population qui est confinée ou évacuée.

    A ce stade, une seule mesure préventive est possible, la prise d’iodure de potassium pour protéger la glande thyroïde et minimiser les cancers radio induits de cet organe, uniquement dans des catégories humaines à risque (enfants, adolescents …). Nous savons par ailleurs que cette prise d’iode “froid” n’est efficace seulement dans un intervalle de temps très court au maximum 6 heures après la contamination par l’iode radioactif. En fait, il faudrait anticiper ce contact 24h avant, pour ingérer l’iodure de potassium. Malheureusement, Tokyo n’a ordonné l’administration des comprimés d’iode que 5 jours après le 11 mars!  Dans 2 villes KUTUBA et TOMIAKA, selon le rapport de GREENPEACE INTERNATIONAL (1) la distribution a été anticipée, et à MIHARU les gens ont ingéré les comprimés à temps ce qui a entraîné un blâme pour la commune de la part des autorités administratives. L’iode n’a pas été distribuée aussi pour les évacués, et les tergiversations sur le seuil mesuré d’iode 131 a conduit à une pagaille ingérable, le seuil proposé variant de 13 000 ipm (impulsions par minute sur le compteur externe) à 100 000 ipm! Les conclusions de DAVID BOILLEY, président de l’ACRO (association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest) est sans appel (2):

    “L’administration des comprimés d’iode indispensables pour la prévention du cancer de la thyroïde s’est révélée très complexe. Les autorités japonaises n’ont pas su gérer correctement leur distribution. La population ne savait plus quand elle devait les ingérer ce qui, ajouté à la rupture des communications et à la perte de confiance envers les autorités, conduisit à une situation chaotique. La prophylaxie basée sur l’iodure de potassium n’a pas du tout fonctionné.”

    Dans tous les cas, les médecins généralistes n’ont été ni consultés ni concernés, la responsabilité médicale est restée exclusivement attribuée aux administrations locales et nationales.

    II- DU VENDREDI 11 MARS AU VENDREDI 22 AVRIL2011, LA PHASE AIGÜE DE LA CONTAMINATION RADIOACTIVE, CONTINUE.

    En réponse, le plan évacuation/confinement des habitants continue, mais :

    Le confinement s’étend jusqu’à 30 Km de la centrale.

    La zone d’évacuation s’étend jusqu’à 50 Km  le 22 avril, puis la zone interdite se réduit à 20 Km de la centrale.

    - Le confinement et ses effets pervers:

    Il suppose le calfeutrage total de toutes les arrivées d’air, la suppression totale de toute ventilation dans les habitations, et l’interdiction absolue de toute circulation. Les problèmes sont devenus insolubles après 10 jours, et la prolongation du confinement jusqu’à 30 jours imposé à cause des rejets massifs et continus de la radioactivité dans l’air ambiant et dans l’eau, n’a fait qu’aggraver la pénurie d’eau et de médicaments. Cette situation explique le SOS sur Internet du maire de MINAMI SOMA (3) appelant au secours pour secourir les 20 000 habitants confinés en détresse. Surtout l’impuissance programmée du corps de santé  a conduit à une réponse terrible mais explicable, comme le résume un médecin généraliste de FUKUSHIMA (4): “Mon travail est de protéger les gens. Parmi les médecins, il y a trois catégories; ceux qui s’échappent, ceux qui estiment qu’ils n’ont pas le choix et ceux qui décident de rester” Le résultat cité par GREENPEACE INTERNATIONAL (1) est le suivant :

    ” Selon une enquête menée par une association d’hôpitaux et de cliniques de la province de FUKUSHIMA fin juillet 2011, des centaines de médecins et d’infirmières ont démissionné des établissement de cette zone depuis l’accident. Il y a eu 125 médecins à temps plein qui ont démissionné dans 24 hôpitaux de la province soit 12% des médecins travaillant dans ces institutions. Quand aux infirmières, 407 d’entre elles ont quitté leur poste dans 42 hôpitaux soit 5% du personnel infirmier  dans ces établissements. Leur départ a conduit certains hôpitaux à suspendre les soins d’urgence de nuit. Ces démissions ont surtout été nombreuses dans les 4 hôpitaux de  MINAMI SOMA, soit 46% de la totalité des effectifs médicaux pour ces 4 établissements et 16% d’infirmières en ont fait de même. A cette désertification médicale brutale s’ajoute le désarroi et l’impréparation de la poignée de praticiens restée dans la province, confrontés à la détresse de leur patients, comme l’exprime l’un des leurs: ” Juste après la catastrophe, le gouvernement a dit: vous n’allez pas être affectés immédiatement, cela a terrifié tout le monde. Et pour rassurer, il a expliqué, ce n’est pas grave, c’est comme prendre  l’avion ou subir des rayons. Mais ce n’est pas vrai car ici, pour nous tous, c’est 24h/24 [que la menace pèse sur nous] et sur le long terme!” (4)

    - Qu’en est-il pour les habitants évacués?

    Malgré l’expérience du Japon à appréhender les catastrophes naturelles, les évacuations ne se sont pas déroulées aussi bien que prévu (2). Le séisme a détruit de nombreuses routes. Les bouchons ont ralenti l’évacuation ainsi que les groupes électrogènes transportés par camion pour dépanner la centrale nucléaire, Les gens fragiles qui ne pouvaient fuir par leurs propres moyens se sont trouvés extrêmement vulnérables.

    “Ce fut particulièrement le cas des patients des hôpitaux et des centres de soins. L’évacuation de I’hôpital de FUTABA s’est avérée désastreuse : les patients incapables de se déplacer seuls, notamment ceux qui étaient alités pour maladie grave, furent abandonnés pendant trois jours, sans soins ni nourriture.

    Les patients évacués furent envoyés dans des abris sans structure médicale pour assurer leurs soins. Finalement. 45 des 440 patients de l’hôpital de FUTABA et de la maison de soins pour personnes âgées, située non loin, moururent. Ceci s’est produit malgré les directives émises précédemment par le gouvernement central concernant l’évacuation des personnes âgées et les handicapés en cas de catastrophe naturelle. En tout, il y avait 840 personnes au sein des structures médicalisées ou autres dans le rayon d’évacuation de 20 Km.

    Au total 573 décès furent attestés comme étant liés à la catastrophe nucléaire par 13 municipalités touchées par la crise nucléaire. 29 cas sont encore en cours d’instruction. Un tel certificat de décès lié à une catastrophe naturelle est délivré lorsque la mort n’est pas directement causée par une tragédie, mais par la fatigue ou des suites de I’aggravation d’une maladie chronique due à la catastrophe”. (2)

    La décontamination individuelle des habitants évacués s’est effectuée dans très peu de cas, la raison en est très simple: le manque d’eau non contaminée à cause de la destruction du réseau de distribution. La seule solution appliquée fut une remontée considérable du seuil d’utilisation de la décontamination de 13 000 ipm au compteur externe à 100 000 ipm, pour économiser l’eau. Il n’y a pas eu de prise en compte des groupes à risques comme les enfants, ce qui explique les taux de radioactivité urinaire élevé dans les urines des enfants de la région, détecté par l’ACRO (2)

    III- DE LA CONTAMINATION AIGÜE à LA CONTAMINATION CHRONIQUE:

    Un an de radioactivité du Nord Japon, jamais homogène et totalement variable d’un jour à l’autre, et d’un terrain à l’autre.

    Un an après la catastrophe nucléaire, la contamination radioactive continue car l’accident n’est pas maîtrisé. Comme à Tchernobyl, l’atteinte de la chaîne alimentaire est très forte et elle est massive pour la filière piscicole par les radionucléides, (ce qui est une spécificité japonaise).

    Cette situation va rester longtemps d’actualité malgré une improbable et tardive décontamination des sols. La prévention de la survenue des maladies radio induites est ici très difficile et ingérable pour des praticiens non formés à cette discipline, et livrés à eux mêmes.

    L’apprentissage majeur, c’est à dire la pratique de la médecine en milieu contaminé, est réservé à une petite poignée d’urgentistes, alors qu’il s’agit du problème quotidien de tout le corps de santé sur le terrain. Nos confrères japonais non entraînés en la matière ne savent pas qui croire, et surtout ils ne croient plus les sirènes faussement rassurantes du gouvernement.

    Ils sont confrontés à une contamination inhomogène et variable avec une incidence forte sur la santé publique, y compris sur les facteurs de stress et d’anxiété de la population. L’actualité est dans la détection des points chauds y compris dans les zones non déclarées contaminées par les autorités. Par exemple le 30 juin 2011, le gouvernement central a désigné 113 foyers de DATE comme points chauds, avec une recommandation d’évacuation des habitants. “DATE” se trouve à environ 80 Km de la centrale de Fukushima DAIICHI. Le 21 juillet, le gouvernement a désigné 59 points chauds  en quatre endroits de la ville de MINAMI SOMA  avec encore appel à l’évacuation. Le 3 août, 72 nouveaux foyers  dans la même cité ont également conduit à une évacuation. Globalement, le schéma appliqué à Hiroshima et Nagasaki, qui consiste à tracer des cercles concentriques au tour de l’épicentre du désastre comme l’impact de la bombe atomique ou la centrale de FUKUSHIMA, s’est avéré erroné. Des points chauds peuvent se trouver à 80 Km du centre voire plus (y compris à Tokyo à 250 Km) avec en intervalle des zones peu ou pas contaminées. Le seul marqueur fiable reste la dose estimée de radioactivité des individus. La réponse en terme homogène de l’élévation des seuils admissibles par zone est totalement inopérante, comme pour les écoliers de FUKUSHIMA, avec le passage de la limite de dose de 1 à 20 mSv. Une fois de plus, la notion de groupes à risques parmi les présumées victimes aurait due  être privilégiée dans cette santé publique particulière. La contradiction avec la démarche des autorités qui ne savent raisonner qu’en terme général et global conduit inéluctablement à la situation du Japon, où personne ne croit plus dans la parole du gouvernement, tant la contradiction est grande entre ses ukases et la réalité pratique. Il s’ajoute ici un phénomène nouveau, inconnu à Tchernobyl: “l’évacuation volontaire”.

    Le fait que la dangerosité des rayonnements ait été niée par un certain nombre de représentants officiels a d’une part contribué au manque de précautions et de mesures de protection pour une partie de la population, et d’autre part à une défiance profonde des personnes qui ont décidé d’évacuer volontairement.

    Bon nombre de gens se sont relogés par leurs propres moyens pendant, ou après la crise, même s’ils n’en avaient pas reçu l’injonction ni la recommandation. Certaines familles habitant les territoires contaminés ont envoyé leurs enfants chez des parents ou des amis. Dans les zones rurales, les anciens sont généralement restés dans leur maison tandis que les jeunes générations ont quitté les lieux.

    L’évacuation volontaire est totalement justifiée dans de nombreuses zones. Mais elle disloque

    les communautés et les services publics : les infirmières, les médecins, les enseignants et autres professionnels indispensables sont maintenant en nombre insuffisant. Des magasins ont dû fermer par manque de clientèle. En octobre 2011, ils étaient déjà 36 000 résidents à être partis volontairement. Quelque 70 % à 80 % des 160 foyers qui ont fui à Sapporo sont composés d’une mère et de ses enfants qui se sentent en danger dans leur vie quotidienne et continuent à s’inquiéter pour les membres de leur famille restés dans la province de Fukushima (2).

    Autre donnée différente avec Tchernobyl, la pénurie alimentaire;

    Un accident nucléaire de grande ampleur déclenche toujours une grave crise alimentaire à long terme.  La première année est la pire car elle peut conduire à des pénuries alimentaires. Pour les pays dont l’exportation de produits agro-alimentaires est importante, un désastre nucléaire ferme également les portes de l’exportation et bouleverse l’économie. Selon les estimations du ministère de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche, 44 pays et territoires ont, soit interdit l’importation agroalimentaire en provenance du Japon, soit exigé que les produits importés soient contrôlés, même s’ils étaient considérés comme sans danger et vendus comme tels dans leur pays d’origine.

    Des contrôles alimentaires étendus sont nécessaires pour protéger les consommateurs. Mais il est impossible de tout tester. La préfecture de Fukushima a produit 356 000 tonnes de riz en 2011. Les autorités préfectorales mettraient environ 30 ans pour contrôler tous les sacs de riz de 30 kg avec l’équipement dont elles disposent actuellement (2).

    En outre, les autorités japonaises ont décidé d’autoriser la production d’aliments dans les zones contaminées sauf pour les produits qui présentaient des niveaux de contamination au-dessus de la limite. Cette politique est nécessairement faillible, car il est impossible de tester tous les produits alimentaires. Les institutions ont été incapables d’anticiper et d’éviter les nombreux problèmes. tels que la contamination de la viande de boeuf causée par la consommation par le bétail de paille de riz contaminée. Elles ne s’attendaient pas non plus à ce que les feuilles de thé présentent un taux de contamination supérieur à la limite de dose admissible dans la ville de  Shizuoka à environ 300 Km de la centrale nucléaire.

    Le riz occupe une place prépondérante dans I’alimentation japonaise. La moisson débutant en août, il restait largement assez de temps pour préparer des contrôles efficaces. Officiellement, tout s’était déroulé comme prévu jusqu’au 16 novembre, mais, le riz récolté dans le secteur d’ONAMI  de la ville de Fukushima a affiché un taux de césium radioactif de 630 Bq/kg dépassant la limite de 500 Bq/kg.

    Il s’est avéré que 15 % du riz cultivé dans ce secteur prétendument sans danger présentait des

    niveaux excessifs de radioactivité. Finalement, un embargo a été mis sur la commercialisation de riz en provenance de trois villes de la province de Fukushima.

    La population est donc réticente à acheter des aliments produits dans les environs des zones

    paysans de Fukushima

    paysans de Fukushima

    contaminées. La province de Fukushima produit environ la moitié de la production de pêche (fruit) au Japon. En saison, les pêches de Fukushima s’amoncelaient à I’entrée des supermarchés, avec des prix cassés, sans se vendre (2).

    Progressivement, la nouvelle santé publique liée à l’état de contamination radioactive chronique a pris place, avec finalement la prise en compte de la nécessité de savoir le niveau de contamination au jour le jour. Les autorités ont distribué des dosimètres à tous les enfants et à toutes les femmes enceintes de la province de Fukushima. Cela a permis de découvrir des zones sensibles et de protéger la population.  Par exemple, les résidents, aidés d’experts universitaires qui les ont formés à la mesure de la radioactivité, ont créé la plus précise des cartes de contamination du quartier HARAMACHI Ward dans la ville de MINAMI SOMA (2).

    Il n’y aura pas de protection tangible de la population sans une mobilisation maximale et de longue durée du corps de santé, en effet: Le programme de suivi sanitaire à long terme des autorités régionales de Fukushima, pour ses 2 millions  de résidents, est une bonne initiative. Il prévoit également un examen à vie de la glande  thyroïde pour les 360 000 résidents de la province âgés de moins de 18 ans, Les résidents qui rentrent dans cette catégorie seront examinés tous les deux ans jusqu’à l’âge de 20 ans, puis tous les cinq ans par la suite.

    Le bilan sanitaire au Japon est terrible; Les personnes les plus vulnérables sont les plus en danger dans le cas d’un accident nucléaire. Les  patients alités et les personnes handicapées sont difficiles à évacuer en cas d’urgence. A long terme, les enfants qui vivent dans des territoires contaminés sont les plus menacés (2).

    IV- QUELLES LECONS POUR LES MÉDECINS PRATICIENS FRANÇAIS?

    Avec nos 28 INBS (installation nucléaire de base secrète) et nos 126 INB (installation nucléaire de base) nous sommes concernés au premier chef eu égard à l’expérience japonaise.Il existe chez nous des plans “ORSEC RAD” blanc, bleu et rouge que l’on peut résumer ainsi:

    - En cas de catastrophe nucléaire, civile ou militaire, tous les pouvoirs sont remis au préfet concerné.

    - Toutes les décisions médicales lui incombent

    - Il décide seul (avec l’autorité de sûreté nucléaire) du confinement et de l’évacuation des populations.

    - Il décide seul, avec les pharmaciens comme exécutants, du moment et de l’étendue de la distribution d’iodure de potassium.

    - Il s’appuie uniquement sur les petites équipes d’urgentistes entraînées à l’action en milieu contaminé.

    Mais en aucun cas et sur aucun point, les médecins praticiens sont appelés à jouer un rôle, même minime. Ce n’est pourtant pas le point de vue de l’Académie des Sciences exprimé le 6 mars 2012 (5)

    seminaire du 20 février 2012

    Voici ce qu’elle préconise pour la gestion sanitaire:

    « 1. Mettre en place des outils simples d’évaluation des contaminations internes en situation dégradée.

    2. Surveiller l’apport alimentaire en iode stable dans la population générale française.

    3. Mieux informer sur les conditions de prise d’iode stable, basées sur un niveau de dose entraînant un risque mesurable sur la thyroïde.

    4. Améliorer la formation des médecins généralistes sur les principes de base de la radioprotection.

    5. Actualiser, à la lumière de l’expérience de Fukushima, les protocoles de prise en charge des intervenants et des populations exposées.

    6. Repenser l’organisation du système hospitalier:

    En cas d’accident nucléaire majeur, comme en cas de toute catastrophe environnementale, l’organisation hospitalière capable de répondre doit être repensée, aussi bien en ce qui concerne les soins d’urgence et intensifs qu’en ce qui concerne l’impact sur les soins courants et les hospitalisations programmées s’agissant des soins d’urgence directement liés à l’accident.

    – Les cellules NRBC(nucléaire, radiologique, biologique et chimique) doivent être mises à un niveau fonctionnel.

    –Les personnels médicaux et soignants doivent être formés à la prise en charge des patients contaminés.

    - S’agissant des soins courants et des hospitalisations programmées, une rupture éventuelle de la continuité doit être anticipée dès la survenue de l’événement pour permettre un rétablissement de la balance entre l’offre et la demande de soins:

    – en transférant, à titre préventif et avant leur aggravation, les patients hospitalisés ou ambulatoires susceptibles de s’aggraver dans les heures ou les jours qui suivent ;

    – en mettant en place, à proximité, des lieux de regroupements des victimes, des structures de soins ambulatoires temporaires permettant d’assurer la continuité des soins des maladies chroniques;

    – ceci implique de déterminer les critères médicaux de tri pour prioriser les patients devant bénéficier de telles mesures.

    En conséquence, il semble nécessaire, vraisemblablement au niveau des ARS (agence régionale de santé) ou des ARS de zone défense :

    – de réaliser un recensement des moyens d’évacuation, médicalisés ou non, des patients ambulatoires susceptibles de s’aggraver, et de déterminer les modalités de leur mobilisation opérationnelle ;

    – d’identifier les équipes médicales susceptibles de prendre le relais de la continuité des soins dans la zone sinistrée et dans les régions non touchées par la catastrophe, les établissements de soins susceptibles d’accueillir ces patients jusqu’au retour à une situation locale compatible

    Avec leur état.

    - Enfin, de façon plus prospective: Encourager des recherches permettant, notamment en s’appuyant sur la simulation informatique, de modéliser des scénarios de réponse de

    L’ensemble du système de soins à des accidents ou catastrophes environnementales, notamment nucléaires.

    7. Planifier la mobilisation rapide des ressources épidémiologiques techniques et humaines en cas d’accident majeur de centrale nucléaire : un système de surveillance épidémiologique en temps réel doit pouvoir documenter à la fois les événements de santé physique, les conséquences psychosociales, les perceptions des risques ainsi que leurs déterminants, en

    S’appuyant notamment sur l’aide des groupes pluralistes prévus par la recommandation 1.4. Ce système doit intégrer un dispositif d’évaluation des pratiques d’intervention utilisées,

    8. Planifier, de même, les ressources épidémiologiques techniques et humaines nécessaires à l’organisation des enquêtes épidémiologiques de suivi à moyen et long terme des personnes exposées à la contamination, ainsi que de celles se jugeant exposées. Le suivi médical doit concerner non seulement les pathologies cancéreuses et de la reproduction a priori en relation possible avec l’irradiation, mais aussi la santé mentale et les pathologies a priori non

    Spécifiques de l’exposition aux radiations. La mesure régulière de l’évolution à distance de l’événement des perceptions des risques dans la population pourra s’appuyer sur la méthodologie déjà développée par l’IRSN pour son enquête permanente.

    9. Organiser la formation universitaire en santé publique spécialisée dans la prise en charge des conséquences sanitaires des catastrophes et accidents environnementaux et encourager des programmes de recherche intégrant une expertise des médias permettant d’évaluer leur rôle dans ces contextes d’accident environnemental.”

    Mais à ce jour, rien n’a changé comme ont pu le constater nos confrères de l’AMFPGN à Nancy (voir compte rendu ci-joint).

    V- LE POINT DE VUE DE L’AMFPGN;

    Devant un tel risque potentiel pour nos patients et devant l’inertie des pouvoir publics, réticents à toute prise en compte des leçons du désastre de FUKUSHIMA, nous pensons qu’il est de notre devoir de s’emparer du problème. Mais nous voulons le faire à notre manière, avec les organisations de médecins généralistes, en partant de la base. C’est à partir des questions, des besoins, et de la demande de formation sur des points précis des praticiens que doit surgir nos propositions pour les pouvoirs publics et nos actions dans le domaine de la formation. C’est l’objectif unique de notre proposition de colloque à l’automne sur cette unique problématique. Les leçons de la catastrophe de FUKUSHIMA sont pour nous simples: puisque les médecins généralistes se retrouveront, bon gré mal gré, aux avant-postes de la santé publique en cas de désastre nucléaire, c’est à eux de dire quel rôle entendent-ils jouer dans cette situation, quelle prévention leur parait nécessaire, et quelle formation doit être exigée.

    Si on veut prévenir les errements de l’administration dans notre domaine médical, si ont veut minimiser le formidable  abandon par la population de toute confiance dans les autorités pour leur santé en cas de catastrophe nucléaire, c’est ici et maintenant qu’il faut s’y préparer.

    BIBLIOGRAPHIE

    1- GREENPEACE INTERNATIONAL, rapport sur les leçons de FUKUSHIMA, JN 406

    Published by  Greenpeace International Ottho Heldringstraat 5 1066 AZ Amsterdam, 2012

    2- David Boilley; la catastrophe nucléaire de FUKUSHIMA, l’Acronique du nucléaire, 96, mars 2012, 3-18

    3- maire de MINAMI SOMA, SOS pour mes administrés, www.youtube.com/watch 2011

    4- Camille Saïsset, www.actu-environnement.com  2012

    5- – Rapport du groupe de travail de l’Académie des sciences  Solidarité Japon / Recommandations de la partie “Conséquences sanitaires et environnementales”: in “L’accident majeur de Fukushima” ADS_Fukushima.book  Page 87  Mardi, 6. mars 2012

    Publié dans Energie nucléaire

     

     


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  • L'OMS publie un rapport

    Suite de l'article précédent.

    Par Yves Lenoir.

    J'ai poursuivi l'analyse du panel de rédacteurs de ce rapport, dont Mikhail Balonov apparaît comme le leader, sans doute le stratège, compte tenu de son expérience et de son influence dans toutes les institutions internationales intéressées : UNSCEAR, ICRP, IAEA, WHO etc.

    Je vais donc reprendre toute cette matière pour tenter un papier structuré. En voilà la motivation.

    A mes yeux ce rapport est une étape préliminaire très médiatisée d'un processus de négation des effets écologiques et sanitaires de Fukushima, à l'instar de celui un peu désordonné (tant certains détriments étaient "inattendus" du fait de l'auto-intoxication du milieu par le modèle ICRP) qui s'est déroulé après 1988, où l'OMS a joué un rôle analogue, celui d'un haut-parleur "inattaquable et parfaitement crédible" de la secte.

    Ces gens-là travaillent dans la durée car le temps joue pour eux (la demie-vie du Pu239 est de 24 800 ans !).

    On doit se souvenir en effet que les questions de santé mentale posées par les usages de l'énergie atomique ont fait l'objet d'un rapport très travaillé, littérairement très léché (avec le concours d'un écrivain anglais), dès 1958, le rapport 151 de l'OMS, très facilement téléchargeable sur le net… ce qui n'est pas le cas du rapport que des généticiens "soucieux" ont réussi à faire publier par la même OMS en 1957, l'année de la mise en place de l'IAEA pour superviser l'application de l'initiative "Atoms for Peace" lancée en décembre 1953 par Eisenhower devant l'AG des Nations-Unies. Ce rapport n'est pas référencé (il n'est d'ailleurs pas numéroté) sur le site de l'OMS (j'en ai l'été dernier numérisé une photocopie papier et on peut maintenant le télécharger à partir de notre site). La psychiatrisation des troubles somatiques affectant les populations vivant dans les régions contaminées par Tchernobyl est l'application directe à partir de la fin 1988, 30 ans plus tard, de la théorie forgée en 1958 par les radiobiologistes, radiothérapeutes, psychiatres et bureaucrates signataires du rapport 1951 (dont le fameux cancérologue mondain, Maurice Tubiana).

    Petite digression : durant le mandat d'Eisenhower, en moyenne, on a construit 8 bombes atomiques et/ou à Hydrogène par jour, augmentant ainsi la puissance de l'arsenal US de 10 Mégatonnes de TNT par jour, soit 1000 fois Hiroshima par jour ! Et, miracle de la communication-perroquet, Eisenhower passe pour l'homme de "Atoms for Peace"… 

    La bonne gouvernance exige que l'on n'attende plus trois ans, comme dans l'ex-URSS de Tchernobyl, pour publier une carte des contaminations et le "pronostic" officiel sur les effets sanitaires, ou plutôt leur absence, à en attendre. Ce ne serait plus accepté. Le rapport OMS, où l'institution n'a aucune part, hors sa publication, trouve ici sa place. Son habillage très technique le met à l'abri de tout examen contradictoire : la Science a parlé par la voix de son Oracle !

    Les adeptes, foi de charbonnier, de la secte répandent joyeusement la bonne parole dans les media, d'autant plus  suivistes qu'ils sont respectables selon la règle que la respectabilité de l'OMS, quand ils la respectent, nourrit celle qu'ils s'arrogent.

    Le passif est abyssal. L'avenir des populations japonaises vivant (maintenues) dans les régions contaminées ne s'annonce pas meilleur que ce que vivent depuis un quart de siècle les populations touchées par Tchernobyl. Ce ne sera pas le fruit du hasard et de la fatalité, mais l'externalité d'une stratégie de préservation de l'image et des intérêts de l'industrie atomique et des bénéficiaires de l'usage inflationniste des rayonnements ionisants et des radio-isotopes.

    On imagine qu'il n'est pas facile d'intégrer tous ces éléments de contexte dans l'exégèse de ce petit événement, un rapport diffusé urbi et orbi par l'une des puissances technocratiques de l'ONU.




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  • L'OMS publie un rapport.

    Ce rapport n'est pas disponible en français.

    http://www.who.int/ionizing_radiation/pub_meet/fukushima_dose_assessment/en/index.html

    Il est important de préciser que l'OMS n'a pas de spécialistes concernant la question du nucléaire et de ses conséquences. Il ne fait donc aucun doute que ce rapport est dicté par la sphère pronucléaire sous l'égide de l'AIEA et c'est bien là tout le problème.

    Voici ce qu'en pense, à juste titre, Yves Lenoir, président de l'association «  Enfants de Tchernobyl Belarus ». Réflexion très éclairante.

    Gaulois.

     Rien de nouveau sous le Soleil ! mais en pire…

     En 2005, l'OMS a co-organisé avec l'AIEA le Chernobyl Forum dont le rapport résume les conséquences de Tchernobyl à 51 morts par irradiation aigüe et 4000 cancers de la thyroïde "aisément curables". Aujourd'hui, elle prend les devants, se dispensant d'attendre le temps que les  contaminations radioactives exercent leurs effets en niant ces derniers par anticipation.    Ce qui est un peu nouveau tient en deux remarques :
     1. d'après un journaliste japonais, Kolin Kobayashi, qui suit de près ce qui se passe là-bas, l'OMS aurait ignoré les contestations du Gouvernement japonais sur certains points du rapport. C'est surprenant. En effet, la procédure statutaire fait de l'OMS le réceptacle des rapports nationaux, ses publications se devant d'en faire la synthèse. Avec le recul historique — accord OMS-AIEA de 1959 et Convention d'Assistance d'octobre 1986 qui confie à l'AIEA toute la gestion des crises radiologiques — il apparaît que le lobby des amoureux de l'énergie atomique fait ainsi plus que jamais la loi à l'OMS. 
     2. on doit se souvenir qu'une intense controverse avait agité, fin 1988-début 1989, les régions contaminées de l'ex-URSS quand le gouvernement soviétique avait voulu imposer la limite externe de dose de rayonnement pour l'évacuation à 350 msV/vie, soit 5 mSv/an (la limite recommandée par la CIPR était et est restée de 1 mSv/an pour le public).   L'OMS avait alors dépêché une mission de trois experts directement affiliés à la CIPR (Commission internationale de protection radiologique) — dont elle suit les recommandations — et à l'AIEA, à savoir Pellerin, Waight et Beninson. Ces trois experts avaient fait le forcing pour défendre la position soviétique, allant  jusqu'à déclarer qu'à leur avis on aurait dû fixer cette limite externe de dose de rayonnement à 1Sv/vie, 15 mSv/an, soit trois fois plus.   Après leur départ, 92 médecins radiobiologistes, radiologues et radiothérapeutes parmi les plus prestigieux et influents de l'Union ont très courageusement pris leurs responsabilités et signé une lettre à Gorbatchov le priant instamment de ne pas céder aux demandes des habitants affolés par la dégradation de l'état de santé des leurs enfants, mais aussi d'eux même, et de maintenir la limite externe de dose de rayonnement des 350 mSv/vie.
     Une quinzaine d'années plus tard le Chernobyl Forum leur a très logiquement donné raison : ses travaux et discussions menés sous l'égide de l'OMS et de l'AIEA par des radiobiologistes, des radiothérapeutes, des radiologues et des bureaucrates de l'UNSCEAR, de la CIPR, de l'AIEA, d'Euratom et de leurs homologues nationaux etc ne pouvant que confirmer la politique de "radioprotection" adoptée avec leur appui militant. Si l'on résume à la hache : aucune séquelle génétique, aucune malformation, aucune fausse-couche, aucune leucémie, aucun cancer autre que thyroïdien, aucun trouble endocrinien, aucune cataracte précoce, aucun diabète de type 1 chez les enfants et les nouveaux-nés, aucune cardiopathie, aucun déficit immunitaire… rien, rien, absolument rien, donc zéro effet.
     Zéro effet avec 5 mSv/an. La préconisation de tolérer trois fois plus avait du sens, selon la règle de proportionnalité entre dose et effet du "modèle" CIPR : 3 fois 0 = 0 ! Pourquoi pas quatre fois alors ? D'où la norme de 20 mSv/an adoptée pour maintenir les enfants dans les régions contaminées de Fukushima : 4 fois 0 = 0 !   Toute la littérature scientifique accumulée depuis les études indépendantes des années 50 aux USA, puis en Grande-Bretagne, au Canada, en Suède etc, les milliers de travaux sur les énormes détriments subis par les liquidateurs de Tchernobyl et les populations maintenues dans les zones contaminées, les variations des courbes de mortalité et de morbidité dans les pays touchés par le nuage de Tchernobyl, tout cela ne vaut rien. C'est du fantasme. L'énergie atomique est exclusivement bienfaisante. Le Directeur adjoint de l'AIEA, le Dr Rosen, avait raison quand il déclarait en 1986 que l'industrie atomique mondiale pouvait accepter un Tchernobyl tous les ans ! Zéro fois quoi que ce soit fait toujours zéro.
     Alors, pourquoi priver les enfants japonais des bienfaits de l'atome ? Il faut impérativement relancer la production atomique du pays, tout comme il fallait impérativement que le réacteur N° 3 de Tchernobyl (celui jouxtant le N°4 détruit) fût remis en service au plus vite. La crédibilité de l'industrie en dépend aujourd'hui tout comme elle en dépendait il y a 26 ans, et celle des usages inflationnistes des rayonnements et des radio-isotopes aussi.
     Comme l'écrivait la grande cancérologue Rosalie Bertell en 1985, en titre d'un de ses plus importants ouvrages :  No Immediate Danger : Prognosis for a Radioactive Earth.  La méthode à appliquer en découle : bâtir une communication qui nie les effets "désagréables" en publiant à intervalle régulier des rapports technocratiques sans considération des études scientifiques publiées pas à pas par les revues à comité de lecture. On peut aujourd'hui le faire avec trois ans d'avance : là se trouve l'essentiel du retour d'expérience de Tchernobyl.  La veulerie des politiques et la paresse des media en général assure très durablement le succès de cette stratégie.  La secte atomique n'a pas grand chose à craindre pour son influence dans tous les secteurs de la société et des gouvernements.
     L'Histoire se répète jusqu'à la caricature. 
     Yves Lenoir  président "Enfants de Tchernobyl Belarus"  http://enfants-tchernobyl-belarus.org

    " 
    Si les gens ne savaient pas, leur organisme s'adapterait…"
    Dimitri Konstantinovitch Popov, adjoint du Pellerin soviétique,
    à Novozhybkov, oblast de Briansk, le 18 avril 1989.
    radioactivité ambiante : 0,3 à 0,7 mRem/h
    “Continuer à s'intéresser à Tchernobyl, 
    est-ce regarder dans le rétroviseur ? Non,
    c'est considérer l'avenir de Fukushima.”


    PS : Deux remarques concernant la guerre atomique. 
     1. les émissions et retombées radioactives de Tchernobyl et Fukushima représentent en gros chacune celles d'un bon échange de quelques centaines d'armes atomiques de théâtre. Soit des dizaines de fois les capacités militaires dont pourraient se doter dans les années à venir la Corée du Nord et l'Iran. Pourquoi diable craindre cette éventualité ? Il y a là quelque chose d'incohérent.
     2. après plus de quinze ans de lutte, les association des hibakushas ont réussi en 1971 à faire reconnaître par l'ONU les 80 000 victimes décédées des retombées radioactives des bombes d'Hiroshima et Nagasaki, celles qui n'avaient pas été à portée des flash de rayonnement gamma et de neutrons mais avaient ensuite subi les effets des pluies noires.  Ainsi le "modèle CIPR" de proportionnalité entre dose et effet ne fonctionne pas à rebours (il a été élaboré dans les années 70). Ce n'est donc pas un modèle scientifique. Mais plutôt une règle juridique qui permet d'invoquer un précédent postérieur à l'instauration de la règle pour justifier son application à des situations ultérieures. N'importe quel imbécile débarqué de Sirius pourrait conclure ainsi. Mais nos faiseurs d'opinion ne sont pas nés sur Sirius et ne sont pas des imbéciles.


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  • Quelques livres sur Fukushima

      Pour ne jamais oublier Fukushima et que les évènements tragiques de 2011 ne se perdent pas dans les limbes de l’Internet, pour laisser une trace indélébile avant que les faussaires de l’Histoire ne tentent de changer le fil des évènements, pour le grand livre de la mémoire des hommes, des auteurs ont pris leur plume pour essayer de révéler l’indicible de cette catastrophe sans précédent.

    Voici la présentation de ces livres tous aussi intéressants les uns que les autres. Ouvrages à lire pour une fois dans le monde réel, sans écran, avec la douceur du papier et l’odeur de l’encre.

     

    arton4022.jpgOublier Fukushima

    Arkadi Filine

    Les Editions du bout de la ville

    La catastrophe nucléaire au Japon serait résolue. Catastropher, liquider, évacuer, réhabiliter, banaliser : autant d’épisodes d’un feuilleton destiné à nous faire oublier Fukushima. Autant de chapitres de ce livre pour défaire les mensonges des États nucléarisés. « Je ne veux plus y retourner. Là-bas, la vie a été effacée », explique une grand-mère japonaise qui a fui la zone contaminée. La catastrophe dans laquelle se débattent les Japonais n’est pas seulement un aperçu de ce qui nous attend partout ailleurs, c’est aussi le miroir grossissant de notre condition présente, celle de prisonniers d’un monde clos. Chaque foutue aspiration à la liberté se cogne aux murs des installations nucléaires, se perd dans le temps infini de la contamination. Quelle existence reste-t-il à mener avec un dosimètre autour du cou ?

    De Tchernobyl à Fukushima, du Japon à la France, des textes, des récits, des documents. Pour contribuer à l’histoire immédiate du désastre nucléaire. Pour nourrir quelques esprits qui refusent de se résigner.

    Ni héros, ni martyr, Arkadi Filine est l’un des 800 000 liquidateurs de Tchernobyl. Svetlana Alexievitch lui donne la parole dans son livre La Supplication. Pour ce livre, trois personnes de la génération Tchernobyl ont choisi d’emprunter son nom. Elles se reconnaissent dans son sens de la dérision, au bord du gouffre, son attitude désespérée mais pas résignée.

    arton5045-87dc3.jpg Après Fukushima

     coordonné et préfacé par Laurent Mabesoone

    Editions Golias

    Comment parler de la vie et de l’avenir quand on a vécu une catastrophe nucléaire ? « Après Fukushima » est un recueil collectif de haïkus, ces poèmes japonais extrêmement brefs, dans lesquels les auteurs expriment leur ressenti, leurs peurs, leurs espoirs. L’ouvrage est coordonné et préfacé par Seegan Mabesoone ‒ nom de plume de Laurent Mabesoone ‒ qui assure également la traduction des textes en japonais.

    Né en 1968, Laurent Mabesoone est poète de haïku mais aussi romancier, essayiste et comparatiste français s’exprimant en langue japonaise. Il enseigne actuellement la littérature comparée à l’Université Jûmonji de Tokyo et l’Université Shinshu. Il a créé en 2004 le cercle de poètes de haïku Seegan kukaï, qui se réunit régulièrement à Nagano et à Nagareyama (Chiba). Il est aussi un des initiateurs du mouvement du "ruban jaune anti-nucléaire" au Japon.

    Les droits d’auteurs seront versés intégralement à l’Association pour la protection de la vie et de l’environnement face à l’accident nucléaire (président M. Takao Odome, à Minami Soma).

    01071601366.jpgFukushima, récit d'un désastre

    Michaël Ferrier

    Editions Gallimard

    Vendredi 11 mars 2011, en début d'après-midi, la vibration des fenêtres. Quelque chose s'ouvre, grogne, frémit, demande à sortir. » Michaël Ferrier, auteur de « Tokyo. Petits portraits de l'aube et de Sympathie pour le fantôme », raconte depuis le Japon où il vit le désastre de Fukushima. Au pire de la tourmente, il tire du chaos un récit saisissant et d'une grande beauté. Au-delà de l'énoncé des faits, Michaël Ferrier engage une réflexion humaine sur le nucléaire et sur la vie dans les zones contaminées, « la demi-vie », cette « entreprise de domestication comme on en a rarement vu depuis l'avènement de l'humanité ».

    « On peut très bien vivre dans des zones contaminées : c'est ce que nous assurent les partisans du nucléaire. Pas tout à fait comme avant, certes. Mais quand même. La demi-vie. Une certaine fraction des élites dirigeantes – avec la complicité ou l'indifférence des autres – est en train d'imposer, de manière si évidente qu'elle en devient aveuglante, une entreprise de domestication comme on en a rarement vu depuis l'avènement de l'humanité.

    tunasrienvuTu n’as rien vu à Fukushima

    Daniel de Roulet 

    Editions Buchet-Chastel

    C’est une lettre personnelle à une amie japonaise, en souvenir d’une soirée passée à Tokyo il y a un an, jour pour jour, avant le tsunami et la catastrophe nucléaire de Fukushima. Cette lettre évoque aussi d’autres malheurs qui ont secoué le Japon et le souvenir heureux d’un séjour sur les plages de Sendai – fascination extrême pour l’élégance inquiète de cette culture raffinée.
    Il est aussi question du rapport entre les nucléocrates et la littérature, des difficultés de se comprendre entre l’Europe et le Japon. L’auteur, qui a lui-même travaillé dans une centrale nucléaire, écrit ces pages d’une lucidité bienfaisante comme un écho à Hiroshima, mon amour - dans lequel l’héroïne s’entendait reprocher : Tu n’as rien vu à Hiroshima. 

    9782907681957.jpgFukushima. Dans la zone interdite

    William Tanner Vollmann

    Editions Tristram

    L'Américain William Vollmann, au lendemain du séisme, s'est équipé de protections sommaires pour se rendre sur les lieux. Il raconte son périple dans la "zone interdite" et note tout ce qu'il a vu - habitants en fuite, villes fantômes, destructions apocalyptiques. Pendant ce "voyage à travers l'enfer", il a aussi écouté les rescapés et, en reporter scrupuleux, il rapporte ce qu'il a entendu : des témoignages où se mêlent le fatalisme et la colère, l'ignorance et l'inconscience, l'incompréhension et le désespoir de ceux qui "ont fait l'expérience de tout perdre".  (source du commentaire)

    journaldesjourstremblants.jpgJournal des jours tremblants

    Yoko Tawada

    Editions Verdier

    Journal d'une Japonaise qui vit en Allemagne, Yoko Tawada. Elle dénonce la langue de bois des autorités nipponnes, qui ont longtemps dissimulé les menaces, minimisé les risques, manipulé les médias et étouffé les inquiétudes d'un peuple naturellement passéiste, tout en censurant les voix des antinucléaires. Et Yoko Tawada ajoute : "Tokyo est une ville qui continue de rire joyeusement, la nuit, avec l'électricité que Fukushima produit au péril de la vie de ses riverains." (source du commentaire)

    51EiU5kSgXL__SL500_AA300_-copie-1.jpgL'Archipel des séismes
    sous la direction de Corinne Quentin et Cécile Sakai
    Editions Philippe Picquier

    Romanciers, poètes, essayistes et artistes japonais, livrent leurs témoignages, réactions à vif, méditations et visions sur la triple catastrophe ‒ séisme, tsunami, accident nucléaire ‒ qui a frappé la région du nord-est du Japon le 11 mars 2011.
    Ces textes déclinent le courage, le deuil et la révolte, mais aussi l'ironie, voire l'humour noir, signes d'une force et d'une lucidité critique largement partagées. C'est en ce sens un document essentiel pour comprendre la société japonaise aujourd'hui, pour partager ses doutes et ses espoirs d'une reconstruction sur des fondations qui pourraient être nouvelles. 

    On remarquera entre autres « La centrale nucléaire de Fukushima. Histoire d’un « renoncement à la sécurité » Que sont indépendance, démocratie, transparence devenues ? » de Shioya Yoshio, « Nous, peuple de Fukushima – Agitation nécessaire pour vivre dans l’après-11 mars » de Ikeda Yûichi, « Le temps sinistré : un seul traitement, sortir du nucléaire » de Saitô Tamaki, « Adieu au nucléaire ! » de Ôe Kenzaburô et « Le goût de Fukushima » de Sekiguchi Ryôko.

    Les contributions des auteurs et des traducteurs sont bénévoles.
    Tous les bénéfices de la vente de cet ouvrage seront reversés aux sinistrés du Tôhoku.

    51SCpkFymaL SL500 AA300 -copie-1Journal d'Apocalypse

    Philippe Nibelle

    Editions du Rocher

    11 mars 2011 : le plus grand tremblement de terre (8.9 sur l’échelle de Richter) ravage le Japon. Des milliers de morts ! Autant de disparus !

    Parmi les survivants du séisme, un Français : Philippe Nibelle, professeur d’université. Il est le lien qui permettra, de télévision en télévision, de nous faire partager, jour après jour, les affres de la population.

    41-KMKZCppL__SL500_AA300_.jpgLes Sanctuaires de l'abîme : Chronique du désastre de Fukushima

    Nadine Ribault et Thierry Ribault

    Editions Encyclopédie des nuisances

    Comme chacun s’en souvient, un tremblement de terre, un raz-de-marée et un accident nucléaire ont frappé la région de Fukushima, au Japon, en mars 2011. En suivant les initiatives de Wataru Iwata, fondateur d’une association appelée "Projet 47", visant à faire en sorte "que les gens accèdent à l’information juste et exacte et prennent conscience de ce qui est véritablement en train de se passer", les auteurs retracent la chronique des événements qui ont suivi le déclenchement de l’accident à la centrale de Fukushima – tergiversations du gouvernement et de l’entreprise responsable de la centrale, désinformation de la population, à qui l’on ne cesse de répéter qu’il n’y a aucun danger –, et rappellent la manière dont l’industrie du nucléaire "pacifique" a été promue par le gouvernement japonais depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en collaboration avec les États-Unis, afin de rendre non seulement acceptable mais désirable une technologie que les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki avaient marquée du sceau de l’infamie.
    L’ouvrage met en lumière le rôle joué par des organisations mafieuses ou semi-mafieuses telles que la Fondation Sasakawa dans la négation des conséquences des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima sur la santé des populations, ainsi que le rôle joué par les yakuza dans l’assistance aux populations immédiatement après la catastrophe, se substituant à des "pouvoirs publics" étatiques et locaux totalement dépassés par les événements. Sont également remis en question un certain nombre de clichés concernant ce qu’il est convenu d’appeler la culture japonaise, qui rendrait la population particulièrement apte à se résigner à une sorte de fatalité. La réalité est fort différente, comme l’attestent notamment les pillages constatés après la catastrophe, ainsi que les sentiments de désespoir et de panique qui animent de larges couches de la population.

    Autres livres en langue anglaise :

    Se rendre sur la page spéciale du blog Fukushima-is-still-news

    http://fukushima-is-still-news.over-blog.com/article-books-on-fukushima-105457772.html.

     D’autres livres ont sans doute été édités ou paraîtront dans le futur sur la catastrophe de Fukushima. Je les ajouterai à cette liste au fur et à mesure que j’en prendrai connaissance.

    Bibliographie - Filmothèque proposées par le collectif " IndependentWHO "

    www.independentwho.org

     

     

     

     

     

     

     


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  • Actualité Fukushima

    Surtout ne pas oublier Fukushima, Tchernobyl et toutes les inconséquences dramatiques liées à cette énergie mortifère.

    Gaulois.

    Un conseil municipal veut redémarrer deux réacteurs au Japon

    TOKYO (Reuters) – Le conseil municipal de la ville japonaise d’Ohi, qui abrite une centrale nucléaire, a estimé nécessaire lundi de redémarrer les deux réacteurs mis à l’arrêt comme tous les autres du pays depuis la catastrophe de Fukushima. A l’approche du pic de consommation estival, la préfecture de Fukui, où se trouve Ohi, et le Kansai voisin, qui abrite la mégalopole d’Osaka, pourraient connaître des pénuries d’électricité. Face à cette menace, l’assemblée d’Ohi a décidé de reconnecter au réseau les réacteurs n°3 et 4 de la centrale nucléaire d’Ohi exploitée par Kansai Electric Power. …

    _______________________________________________

    Une première ville japonaise accepte de rallumer ses réacteurs nucléaires

    Le gouvernement japonais qui tente d'organiser la relance de ses 50 réacteurs pour éviter de graves pénuries de courant a obtenu une première victoire. Les autorités locales d'une petite bourgade de l'ouest du pays ont donné leur accord. Mais d'autres approbations sont encore nécessaires.

    La bourse de Tokyo n'a pas attendu de confirmation. Juste avant la clôture, ce lundi, le titre de l'électricien Kansai Electric Power Company (Kepco) a bondi de 5,6% lorsque les investisseurs ont découvert les premières dépêches annonçant que la municipalité d'Ohi, dans la préfecture de Fukui, à l'ouest du pays, s'était prononcée en faveur du redémarrage de deux réacteurs nucléaires du groupe, situés sur sa commune.

    Choquée par la catastrophe de Fukushima-Daiichi, la mairie avait jusqu'ici empêché le rallumage des tranches n°3 et n°4, éteintes il y a quelques mois, pour des inspections de routine. Immédiatement, les courtiers se sont pris à espérer une relance progressive de la plupart des 50 réacteurs du pays, dont l'arrêt fait craindre de lourdes pénuries de courant. Dans la région desservie par Kepco, le gouvernement a prévu de demander aux habitants et aux entreprises de réduire leur consommation d'électricité d'au moins 15% cet été, lorsque la demande sera traditionnellement à son maximum, pour éviter des coupures de réseau.

    Les autorités et Kepco avaient progressivement accentué leur lobbying sur les élus et les habitants d'Ohi, qui redoutent d'avoir, un jour, à subir le drame des populations proches de la centrale détruite par le tsunami. Hier, les représentants de l'assemblée de la ville ont indiqué que leurs peurs d'un accident n'avaient pas été toutes dissipées par les tests de résistance, organisés par le gouvernement central, mais ils ont expliqué qu'ils s'inquiétaient plus encore pour la santé économique de leur petite communauté.

    La ville de 8.800 habitants recevait avant la catastrophe de Fukushima jusqu'à 24 millions d'euros de subventions annuelles en échange de son acceptation de la centrale et une large part de l'emploi des habitants était assurée par l'électricien ou ses fournisseurs. « A court terme, l'arrêt des centrales n'a pas détruit d'emplois ou endommagé les économies locales », s'est offusqué, hier soir, Greenpeace au Japon, qui tentait de démontrer depuis des semaines aux habitants d'Ohi que le démantèlement éventuel de la centrale et la mise en place d'énergie renouvelable auraient pu créer localement une croissance plus durable.

    Si l'accord des autorités locales, dont le feu vert est nécessaire après tout arrêt temporaire de réacteurs dans le pays, est une victoire clé pour le gouvernement nippon, les autorités doivent encore obtenir l'aval du gouverneur de la préfecture, qui attend les conclusions d'un panel d'experts sur la sécurité du site, mais surtout jauger la réaction de l'opinion publique et des élus dans les villes avoisinantes. Ces habitants n'ont légalement pas les moyens de bloquer un redémarrage mais ils pourraient activer des réseaux politiques afin de contraindre le gouvernement à ne pas « précipiter » sa décision.

    YANN ROUSSEAU

    ____________________________________________

    Jeudi 17 mai 2012

    fukushima.over-blog.fr

     Pour ne pas oublier Fukushima, pour que les évènements tragiques de 2011 ne se perdent pas dans les limbes de l’Internet, pour laisser une trace indélébile avant que les faussaires de l’Histoire ne tentent de changer le fil des évènements, pour le grand livre de la mémoire des hommes, des auteurs ont pris leur plume pour essayer de révéler l’indicible de cette catastrophe sans précédent.

     Voici la présentation de ces livres tous aussi intéressants les uns que les autres. Ouvrages à lire pour une fois dans le monde réel, sans écran, avec la douceur du papier et l’odeur de l’encre

    arton4022.jpgOublier Fukushima

    Arkadi Filine

    Les Editions du bout de la ville

     « La catastrophe nucléaire au Japon serait résolue. Catastropher, liquider, évacuer, réhabiliter, banaliser : autant d’épisodes d’un feuilleton destiné à nous faire oublier Fukushima. Autant de chapitres de ce livre pour défaire les mensonges des États nucléarisés. « Je ne veux plus y retourner. Là-bas, la vie a été effacée », explique une grand-mère japonaise qui a fui la zone contaminée. La catastrophe dans laquelle se débattent les Japonais n’est pas seulement un aperçu de ce qui nous attend partout ailleurs, c’est aussi le miroir grossissant de notre condition présente, celle de prisonniers d’un monde clos. Chaque foutue aspiration à la liberté se cogne aux murs des installations nucléaires, se perd dans le temps infini de la contamination. Quelle existence reste-t-il à mener avec un dosimètre autour du cou ?

    De Tchernobyl à Fukushima, du Japon à la France, des textes, des récits, des documents. Pour contribuer à l’histoire immédiate du désastre nucléaire. Pour nourrir quelques esprits qui refusent de se résigner.

    Ni héros, ni martyr, Arkadi Filine est l’un des 800 000 liquidateurs de Tchernobyl. Svetlana Alexievitch lui donne la parole dans son livre La Supplication. Pour ce livre, trois personnes de la génération Tchernobyl ont choisi d’emprunter son nom. Elles se reconnaissent dans son sens de la dérision, au bord du gouffre, son attitude désespérée mais pas résignée. » 

    arton5045-87dc3.jpgAprès Fukushima

    Laurent Mabesoone

    Editions Golias

      Comment parler de la vie et de l’avenir quand on a vécu une catastrophe nucléaire ? « Après Fukushima » est un recueil collectif de haïkus, ces poèmes japonais extrêmement brefs, dans lesquels les auteurs expriment leur ressenti, leurs peurs, leurs espoirs. L’ouvrage est coordonné et préfacé par Seegan Mabesoone ‒ nom de plume de Laurent Mabesoone ‒ qui assure également la traduction des textes en japonais.

    Né en 1968, Laurent Mabesoone est poète de haïku mais aussi romancier, essayiste et comparatiste français s’exprimant en langue japonaise. Il enseigne actuellement la littérature comparée à l’Université Jûmonji de Tokyo et l’Université Shinshu. Il a créé en 2004 le cercle de poètes de haïku Seegan kukaï, qui se réunit régulièrement à Nagano et à Nagareyama (Chiba). Il est aussi un des initiateurs du mouvement du "ruban jaune anti-nucléaire" au Japon. » 

    01071601366.jpgFukushima, récit d'un désastre

    Michaël Ferrier

    Editions Gallimard

     « Vendredi 11 mars 2011, en début d'après-midi, la vibration des fenêtres. Quelque chose s'ouvre, grogne, frémit, demande à sortir. » Michaël Ferrier, auteur de « Tokyo. Petits portraits de l'aube et de Sympathie pour le fantôme », raconte depuis le Japon où il vit le désastre de Fukushima. Au pire de la tourmente, il tire du chaos un récit saisissant et d'une grande beauté. Au-delà de l'énoncé des faits, Michaël Ferrier engage une réflexion humaine sur le nucléaire et sur la vie dans les zones contaminées, « la demi-vie », cette « entreprise de domestication comme on en a rarement vu depuis l'avènement de l'humanité ».

    « On peut très bien vivre dans des zones contaminées : c'est ce que nous assurent les partisans du nucléaire. Pas tout à fait comme avant, certes. Mais quand même. La demi-vie. Une certaine fraction des élites dirigeantes – avec la complicité ou l'indifférence des autres – est en train d'imposer, de manière si évidente qu'elle en devient aveuglante, une entreprise de domestication comme on en a rarement vu depuis l'avènement de l'humanité. » 

    tunasrienvuTu n’as rien vu à Fukushima

    Daniel de Roulet 

    Editions Buchet-Chastel

    "  C’est une lettre personnelle à une amie japonaise, en souvenir d’une soirée passée à Tokyo il y a un an, jour pour jour, avant le tsunami et la catastrophe nucléaire de Fukushima. Cette lettre évoque aussi d’autres malheurs qui ont secoué le Japon et le souvenir heureux d’un séjour sur les plages de Sendai – fascination extrême pour l’élégance inquiète de cette culture raffinée.
    Il est aussi question du rapport entre les nucléocrates et la littérature, des difficultés de se comprendre entre l’Europe et le Japon. L’auteur, qui a lui-même travaillé dans une centrale nucléaire, écrit ces pages d’une lucidité bienfaisante comme un écho à Hiroshima, mon amour - dans lequel l’héroïne s’entendait reprocher : Tu n’as rien vu à Hiroshima. »
     

    9782907681957.jpgFukushima. Dans la zone interdite

    William Tanner Vollmann

    Editions Tristram

     « L'Américain William Vollmann, au lendemain du séisme, s'est équipé de protections sommaires pour se rendre sur les lieux. Il raconte son périple dans la "zone interdite" et note tout ce qu'il a vu - habitants en fuite, villes fantômes, destructions apocalyptiques. Pendant ce "voyage à travers l'enfer", il a aussi écouté les rescapés et, en reporter scrupuleux, il rapporte ce qu'il a entendu : des témoignages où se mêlent le fatalisme et la colère, l'ignorance et l'inconscience, l'incompréhension et le désespoir de ceux qui "ont fait l'expérience de tout perdre". » (source du commentaire) 

    journaldesjourstremblants.jpgJournal des jours tremblants

    Yoko Tawada

    Editions Verdier

     « Journal d'une Japonaise qui vit en Allemagne, Yoko Tawada. Elle dénonce la langue de bois des autorités nipponnes, qui ont longtemps dissimulé les menaces, minimisé les risques, manipulé les médias et étouffé les inquiétudes d'un peuple naturellement passéiste, tout en censurant les voix des antinucléaires. Et Yoko Tawada ajoute : "Tokyo est une ville qui continue de rire joyeusement, la nuit, avec l'électricité que Fukushima produit au péril de la vie de ses riverains." » (source du commentaire)

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     D’autres livres ont sans doute été édités ou paraîtront dans le futur sur la catastrophe de Fukushima. Je les ajouterai à cette liste au fur et à mesure que j’en prendrai connaissance.


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  • Socialiser les pertes et privatiser les profits :

    un bel exemple avec le nucléaire au Japon...

    Qui peut encore affirmer que le nucléaire, c'est pas cher ? Tous les modèles de calcul n'incluent aucunement le coût assurantiel, d'ailleurs aucune compagnie d'assurance n'est prete à assurer ce risque. C'est l'Etat, l'assureur. Comme pour les risques liés aux OGM ou autres "plaisanteries"… C'est tout de meme terrible que l'on doive maintenant au Japon recourir en masse au pétrole et au gaz naturel pour alimenter les centrales thermiques afin de compenser l'arrêt des réacteurs. Oh,  grands stratèges et autres spécialistes de prospective conseillers de nos princes modernes, quelle responsabilité porterez-vous devant le monde ?!

    29/03 | 09:39 | mis à jour à 12:27 | Jean Michel Gradt

    l'électricien japonais Tepco demande l'aide de l'Etat

    L'électricien a formellement demandé au gouvernement de lui accorder 9,1 milliards d'euros en capital et un prêt de 7,7 milliards d'euros. En contrepartie de ces versements, le ministre de l'Industrie veut obtenir sa nationalisation.

    Ecrit par  Jean Michel GRADT

    Jean Michel GRADT

     

    Nucléaire : l\'électricien japonais Tepco demande l\'aide de l\'EtatPhoto  : Reuters (Le ministre du Commerce, Yukio Edano)

    Tokyo Electric Power Company (Tepco), l'opérateur de la centrale de Fukushima détruite par le tsunami du 11 mars 2011, demande l'aide de l'Etat japonais afin de lui éviter la faillite. La direction de l'électricien a formellement décidé jeudi d'une part, de demander au gouvernement de lui accorder une injection de capital de 1.000 milliards de yens (soit 9,1 milliards d'euros) et d'autre part, de lui prêter 850 milliards de yens (7,7 milliards d'euros), rapporte l'agence Kyodo.

    Si ces deux requêtes parallèles sont acceptées par le gouvernement nippon de centre-gauche, le total des fonds publics injectés dans Tepco depuis la catastrophe atteindra au total 3.500 milliards de yens (31,8 milliards d'euros).

    Selon la presse nippone, le ministre de l'Industrie et du Commerce, Yukio Edano (photo), qui doit valider dans les prochains jours ce nouveau plan de soutien à Tepco, n'acceptera d'aider encore la compagnie privée qu'en échange d'une prise de participation majoritaire à son capital. Selon des source proches du dossier, l'Etat voudrait même une option pour porter sa participation à 66 % du capital si l'entreprise traîne les pieds pour mettre en oeuvre les réformes. Mais les deux parties ne sont pas encore tombées d'accord sur le niveau exact de la future participation de l'Etat.

    Reste que la demande de Tepco ouvre la voie à la l'élaboration d' un business plan qui sera bientôt à être soumis à M.Edano. Pour l'heure, la présentation de ce nouveau business plan a été retardée par la recherche d'un nouveau président. Ce dernier devra surmonter d'énormes difficultés pour opérer un retour à la rentabilité. En effet,Tepco, qui alimente en électricité plus de 45 millions de personnes dans le centre du pays ne parvient pas à faire face, seul, à l'explosion de ses dépenses. Il doit à la fois financer le programme de compensation des victimes de la catastrophe _ d'où la demande de prêt de 850 milliards de yens_ , démanteler les réacteurs de sa centrale de Fukushima détruite par le tsunami (ce qui prendra 40 ans) et acheter en masse du pétrole et du gaz naturel pour alimenter ses centrales thermiques, dont la production doit compenser l'arrêt de ses 17 réacteurs.

    Période de doute

    Le sauvetage de Tepco survient dans une période de doutes quant à l'avenir même de la politique du Japon en matière d'énergie atomique. Le 11 mars dernier, lors de la cérémonie qui s'est déroulée à Tokyo pour le premier anniversaire de la catastrophe de Fukushima, le Premier ministre nippon, Yoshihiko Noda, a pris cet engagement : « Nous mènerons à bien la mission historique qui est la nôtre de permettre la renaissance de notre nation.». Si les propos se voulaient rassurants, de plus en plus de Japonais se montrent sceptiques quant à la capacité du pouvoir politique à faire face à cette tâche. Et, en un an, le fossé s'est creusé entre l'opinion publique et la classe politique et administrative, accusée d'incompétences dans la gestion de la catastrophe.

    Sur les 54 réacteurs qui composent le parc de l'archipel, un seul _ le réacteur n° 3 de la centrale de Tomari exploitée par Hokkaido Electric's _ est encore en service jusqu'au 5 mai et le gouvernement recherche le soutien des autorités locales pour redémarrer les unités fermées.

    J-M.G (AVEC AGENCES)

     

     

     

     


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    Fukushima zéro morts !

    Aucun qualificatif n'est assez fort pour dénoncer la " Secte nucléaire ". Partout dans le monde, c'est le mensonge, la désinformation, le négationisme, les contrats d'influences mafieuses, etc... L'insulte aux victimes des catastrophes est immense, de Tchernobyl à Fukushima. De Hisoshima et Nagasaky aux essais nucléaires. Nous avons le devoir de nous opposer avec force face à ces " Responsables " du génocide nucléaire.

    Gaulois

    Jeudi 15 mars 2012

    Un an après la catastrophe, la désinformation bat son plein !

    Courrier International a publié récemment la traduction d’un article du Daily Telegraph intitulé « Tsunami : 20 000 morts - Fukushima Daiichi : zéro mort », repris par de nombreux sites. Cet article est choquant : d’une part c’est faux, il n’y a pas eu zéro mort à Fukushima, d’autre part c’est insultant vis-à-vis des familles des victimes japonaises.

    L’auteur de cet article, le journaliste Michael Hanlon, est régulièrement l’invité des télés et radios en tant qu’ « expert scientifique ». Les lecteurs britanniques, et à présent les internautes francophones, sauront-ils reconnaître ses mensonges sur Fukushima ? 

    « Fukushima Daiichi : zéro mort ». C’est faux. La catastrophe nucléaire a déjà provoqué des centaines de morts directs ou indirects. Cet article les ignore, c’est de la pure désinformation. Le triste décompte des premiers morts dus à la catastrophe nucléaire se fait ici : « Les premiers morts de la catastrophe de Fukushima », avec toutes les références nécessaires. Et c’est sans compter les disparus

    Il n’y a pas que le titre de son article qui est mensonger : « La centrale de Fukushima Daiichi, bien qu’obsolète, criblée de défauts de conception et frappée par des forces géologiques supérieures aux prévisions du cahier des charges, a remarquablement résisté », rapporte-t-il. C’est faux. La centrale n’a pas « remarquablement bien résisté ». Au contraire, il s’y est produit au moins 4 explosions  provoquant de graves pollutions radioactives, et 3 cœurs de réacteur ont fondu quasi simultanément, ce qui représente la pire configuration d’accident nucléaire de tous les temps. Le confinement n’est plus assuré. La nappe phréatique est contaminée. L’océan pacifique subit la pire des pollutions radioactives de l’histoire. Au moins 8% du territoire japonais est  contaminé au césium pour 300 ans. Du plutonium a été répandu dans l’atmosphère.

    « Les réacteurs ont été détruits, mais les radiations n’ont pas causé de morts à Fukushima Daiichi et ne devraient pas en causer au cours des cinquante prochaines années », lit-on encore dans cet article. C’est complètement faux. Pourtant, en tant que scientifique, Michael Hanlon sait bien que les radiations ne tuent pas immédiatement. Elles provoquent de nombreuses maladies et provoquent des cancers des années après. A Tchernobyl, les premiers cancers de la thyroïde dus à l’iode 131 sont apparus au bout de 3 ans. Il ne faut pas attendre 50 ans pour compter les morts comme le prétend cet article négationniste. Entre 1986 et 2004, on estime à 985 000 le nombre de morts dus à la catastrophe de Tchernobyl (source : Chernobyl : Consequences of the Catastrophe for People and the Environment).

    Il n’y a pas que ce journaliste qui désinforme, en France nous avons aussi des gens qui profitent de leur position pour diffuser des contre-vérités dans l’unique but de défendre l’industrie nucléaire. Dans les ministères, on se bouscule pour suivre la voix du président. On connaissait déjà Eric Besson, ministre de l’industrie, qui annonçait le 12 mars 2011, après l’explosion du bâtiment réacteur n°1 de Fukushima Daiichi que ce n’était  « pas une catastrophe nucléaire ». A présent, c’est au tour de Gérard Longuet, ministre de la défense, de lancer cette phrase incroyable : « [Le nucléaire] est une économie sans production de CO2. C'est une énergie qui n'a tué personne ». C’est insoutenable. Au-delà de la catastrophe de Fukushima qui est en cours, le ministre français semble nier les centaines de milliers de victimes de Tchernobyl…

    Il faut dénoncer par tous les moyens ces paroles insensées, car elles contribuent à chaque fois à  mettre en péril l’avenir de l’humanité. L’énergie nucléaire est une énergie extrêmement dangereuse, sa maîtrise est un mythe ‒ Fukushima l’a définitivement prouvé ‒ et on ne doit pas laisser les apprentis-sorciers dire n’importe quoi sans réagir.

    Le site « lepoint.fr » désinforme également en annonçant dans l’article Fukushima un an après : manifestations antinucléaires à Tokyo  : « Un millier d'opposants se sont rassemblés dans la capitale japonaise, un an après la catastrophe de Fukushima ». C’est faux. Comme le rapporte justement le journal le Monde, il y avait plusieurs milliers de manifestants à Tokyo, répartis dans plusieurs manifestations. Le Point.fr  ne rapporte pas non plus la manifestation à Kôriyama rassemblant 16 000 personnesune information qui a pourtant toute son importance !


    Des femmes contre le nucléaire

     

    Lundi 19 mars 2012

    100femmes 1004okEn ce mois de mars 2012, comme un écho au combat des 100 femmes de Fukushima, un nouvel appel vient d’être lancé, l’Appel des Femmes pour l’Arrêt Immédiat du Recours à l’Énergie Atomique.

    « Certaines d’entre nous sont connues. D’autres moins. D’autres pas du tout. Certaines sont des militantes de longue date. D’autres ne militeront jamais. Certaines sont des amies proches. D’autres affichent de profonds désaccords entre elles sur quantité de terrains.

    Mais, toutes, nous partageons désormais la conviction de la nécessité vitale d’un arrêt immédiat du recours à l’énergie nucléaire. Qu’il s’agisse de production d’électricité ou d’armement (…) »

    Lire la suite de l’appel, connaître les signataires, signer : une seule adresse !  http://www.fairea.fr/

    A cette occasion, je voudrais faire connaître deux témoignages qui m’ont touché, ceux de Cécile et d’Aizen, toutes deux engagées dans la lutte antinucléaire par diverses actions, en particulier l’information. Il n’est pas inutile ni futile de savoir ce que ressentent les gens. Depuis Fukushima, leur vie a changé, et elles ne sont pas les seules à penser et à vivre différemment depuis mars 2011.

    Le témoignage de Cécile

    (texte original en anglais ici, traduit par Bibou Gaiga Kaunta)

    « Je ne suis pas japonaise, et je ne vis même pas au Japon. Mais la catastrophe nucléaire de Fukushima Daiichi a changé ma vie ...
    Lorsque le tremblement de terre et le tsunami sont survenus, j'ai été choquée et accablée par la tragédie du peuple japonais.
    Et puis, c'est arrivé ...
    A ce moment là, je ne savais rien du tout sur l'énergie nucléaire. Bien que je sois française,... enfant à l'époque de Tchernobyl, j'étais juste aveugle...
    Lorsque Fukushima a commencé, j'étais un adulte. J'ai pu trouver des informations par moi-même. Maintenant, je vois ...
    Je vois la souffrance des personnes au Japon ...
    Je vois des enfants froidement sacrifiés pour le profit ...
    Je vois des parents aux prises avec la peur ...
    Je vois le silence étouffant ...
    J'entends le cri long et profond de l'homme face à l'injustice ...
    Et, juste au-dessus de cette montagne de colère et de douleur, je te vois, mon fils, entouré par l'horreur et le danger ... Le monde était plein de fleurs et de papillons, il est maintenant un endroit pour les radionucléides et les larmes ...
    Et c'est de ma faute, parce que je n'ai jamais rien fait pour éviter cela ...
    Le 11 mars 2012, comme chaque jour depuis 2011, levons-nous !
    ... De sorte que tous les gens qui vivent au Japon savent que nous pensons terriblement à eux,
    ... Afin que tous les différents pouvoirs publics dans le monde sachent que nous ne pourrons jamais pardonner leurs crimes contre le peuple du Japon,
    ... Nous allons nous battre ensemble pour exiger l'arrêt des centrales nucléaires à travers le monde.
    Alors tous nos enfants pourront jouer dans un grand jardin,
    plein de fleurs et de papillons ...
    C'est peut-être notre dernière chance ... »

    Le témoignage d’Aizen

    « Cette année a été la plus longue, la plus usante, la plus éreintante que j’ai jamais connue. Je crois que par la force des choses, j’ai enfin appris ce que voulait dire l’expression :

    se battre pour une cause qui nous tient à cœur.

    (…)

    Au delà même de la tristesse que je ressens face à la catastrophe de Fukushima, souvent, ce qui me fait le plus de peine, c’est de constater un déni constant de réalité chez bien des individus. Régulièrement on m’a traitée de fataliste. Mais je ne le suis pas, je suis simplement lucide.

    J’aime le Japon plus que quiconque. C’est ma patrie, je suis née là bas, j’ai de la nostalgie, un amour incommensurable pour ce pays. Mais l’amour ne me rend ni aveugle, ni inconsciente.

    Les gens ont souvent peur de voir la réalité en face. Ils aimeraient que les choses ne soient pas aussi cruelles, ils espèrent toujours qu’il puisse exister des circonstances atténuantes. Seulement voilà: il ne peut y avoir de circonstances atténuantes face à une catastrophe nucléaire. On peut se battre pour et contre beaucoup de chose, sauf contre la radioactivité.

    C’est logique, implacable, mathématique : il faut évacuer les zones contaminées. La limite autorisée pour l’exposition de la population aux rayonnements artificiels, en France est de 1 mSv/an/personne. Je vous laisse faire vous même le calcul des zones potentielles à évacuer au Japon. Relever les limites d’exposition est un crime. Je ne cesserai à jamais de le dénoncer.

    Dimanche, je n’ai pas commémoré les 1 an de Fukushima, parce que je n’ai cessé de commémorer toute l’année. 1 an vient de passer mais rien n’est terminé.  J’ai peur qu’après cet anniversaire les gens puissent oublier plus facilement. Tout ne fait que commencer. Le 11 mars 2012, je l’ai passé avec mes proches, dans un recueillement silencieux.

    Je ne prie plus depuis longtemps, car je sais que mes prières n’auront jamais aucune influence sur la radioactivité, mais je médite pour évacuer ma rage, mon indignation, ma colère face à ce gouvernement japonais irresponsable et laxiste, face à Tepco qui cache les informations, face à la désinformation dans le monde entier, face aux négationnistes qui constamment se permettent de minimiser les conséquences et la souffrance d’un peuple…

    Mais j’évacue mes ressentiments, car pour aider les autres et ce monde, il ne peut y avoir de place pour la haine. Il faut apprendre alors à avoir de la compassion même pour nos ennemis… »

    (…)

    Lire la suite ici : Mon combat pour le Japon

    Comme le souligne à sa façon Aizen dans son témoignage, une catastrophe nucléaire ne se " Commémore " pas ! Commémorer c'est rappeler le souvenir de quelqu'un ou d'un évènement passé, tel que les guerres. Comment peut-on commémorer un évènement qui, même s'il a commencé il y a un quart de siècle comme Tchernobyl, continue aujourd'hui. De telles conséquences, en rapport avec les catastrophes sont éternelles

    Gaulois.

     

     

     


     


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  • Les 10 stratégies utilisées par l’Etat, les Gouvernements locaux, les Universitaires larbins et les Entreprises en ce qui concerne Minamata et Fukushima

    Dénoncer toujours et encore avec détermination les agissements ignobles des états.

    Gaulois. 

    Aileen Mioko Smith est une activiste anti-nucléaire. Directrice de l’ONG Green Action, elle est très impliquée dans la défense des victimes de la catastrophe de Fukushima. Dans le même esprit qu’un Noam Chomsky, elle a dévoilé les 10 stratégies de manipulation du lobby nucléaire japonais contre les victimes de la catastrophe de Fukushima. L’article ci-dessous est paru le 4 mars 2012 dans le quotidien japonais "The Mainichi Daily News".

    Les activistes anti-nucléaires voient des similitudes entre Minamata et Fukushima

    Selon Aileen Mioko Smith - qui avec son défunt mari, le photographe Eugène Smith, avait attiré l’attention du monde entier sur l’une des maladies causées au Japon par une pollution extrême - "la crise nucléaire en cours à Fukushima et la maladie de Minamata ont de nombreux traits en commun". Et quand on lui a demandé ce que les deux catastrophes avaient en commun, elle a répondu : "L’inégalité". Ce n’est pas l’inaction du gouvernement qu’elle a mis en avant en premier, mais plutôt toute cette injustice.

    "La maladie de Minamata est apparue lorsque la principale entreprise de produits chimiques Chisso Corp - s’étant trouvée distancée par ses concurrents dans la transition industrielle vers la pétrochimie - a décidé de sacrifier Minamata (Préfecture de Kumamoto), et en a tiré profit. Tandis que la contamination environnementale se propageait à Minamata, le siège de Chisso Corp’s prospérait. On peut dire la même chose pour Fukushima. Si les centrales nucléaires avaient été construites à Tokyo,  on ne se serait exposé à aucune perte d’énergie à travers le réseau électrique. Mais les centrales avaient été construites à Fukushima, Et Tokyo jouissait de l’énergie électrique. La structure de l’inégalité - dans laquelle quelqu’un gagne et quelqu’un perd - est la même."

    En d’autres termes, les zones régionales du Japon sont sacrifiés au profit des grandes villes.

    "Si l’on y pense en termes de quantité de dommages subis par rapport au nombre d’habitants, on peut dire que, dans cette campagne à population clairsemée,  il y a moins de dommages qu’il y en aurait eu dans une grande ville. Mais un tel mode de pensée n’ignore t-il pas la valeur de la vie de tout un chacun ? Pour tout individu, admettre le moindre dommage est déjà un échec à 100%."

    Les expériences personnelles de Smith avaient commencé en regardant le monde depuis l’intérieur d’automobiles d’origine étrangère. Née d’un père américain - qui était dans le commerce international - et d’une mère japonaise, c’est au travers des fenêtres des voitures de son père que Smith avait vu les manifestations contre l’accord de sécurité Etats-Unis/Japon de 1960, et les enfants pauvres de Hong-Kong et du Vietnam se précipiter vers ces automobiles-mêmes où elle était assise. Elle avait senti que la culpabilité grandissait en elle, et qu’il lui tardait de l’exprimer.

    Après le divorce de ses parents, Smith, âgée de 11 ans, alla vivre avec ses grands-parents aux Etats-Unis. Elle avait été victime de discriminations quand elle était au Japon, parce qu’elle était de sang mêlé, mais une fois arrivée à Saint Louis,  elle avait été dévisagée de haut en bas en tant que Japonaise. Sa nostalgie du Japon s’accroissant, Smith se jura de ne jamais tolérer ceux qui regardent avec condescendance le Japon et le reste de l’Asie.

    A la racine du mépris de Smith pour l’inégalité, il y avait donc son oscillation enfantine entre le statut de bourreau et celui de victime, entre l’oppresseur et l’opprimé.

    A l’âge de 20 ans, Smith rencontra le photographe mondialement connu Eugène Smith, qui avait 52 ans à l’époque. Ils se marièrent et déménagèrent pour Minamata, où ils prirent des photos. Smith servit aussi d’interprète à son mari, qui ne parlait pas le Japonais. Ils accompagnèrent les victimes du syndrome de Minimata à leurs procès, et passèrent des journées et des nuits entières avec eux. Depuis son reportage sur l’accident de Three Miles Island en 1979 - l’année suivant le décès de son mari - Smith est devenue une fervente avocate anti-nucléaire installée à Kyoto. 

    Après le grand tremblement de terre de l’est du Japon et le tsunami du 11 Mars, l’année 2011 a vu naître un désastre nucléaire, Smith s’est rendue à maintes reprises à Fukushima, en tant que leader d’une organisation environnementale municipale. Elle a aussi organisé des sit-in avec tentes devant le Ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie (METI).

    "J’ai établi ce que la maladie de Minamata et la crise nucléaire de Fukushima ont en commun" déclara Smith, en mettant deux feuilles de papier devant-elle. La liste s’intitulait "Les 10 stratégies utilisées par l’Etat, les Gouvernements locaux, les Universitaires larbins et les Entreprises, en ce qui concerne Minamata et Fukushima."

    Smith m’expliqua : "Personne n’a été capable d’établir clairement qui était responsable du désastre nucléaire. On ne sait même pas qui a fixé les standards d’évacuation à 20 millisieverts de radiations par an. Les instances gouvernementales utilisent leur propre esprit de chapelle pour se rejeter cette responsabilité les unes sur les autres, en disant : 'C’est de la responsabilité du Ministère de l’Education, de la Culture, des Sports, de la Science et de la Technologie' ou 'Non, cela relève de la juridiction de la Commission de Sûreté Nucléaire (NSC).'

    "Bien qu’il ait été dit qu’il n’existe pas de degré 'sûr' d’exposition aux radiations, les autorités ont intentionnellement divulgué la vague suggestion selon laquelle 'être exposé à 100 milli sieverts de radiations par an ne posait pas de problèmes', augmentant ainsi la confusion parmi les victimes. Ce sont là des tactiques que nous voyons  être beaucoup trop utilisées par le gouvernement et les Universitaires dans le cas de la maladie de Minamata."

    Smith est tout aussi critique à l’égard de l’enquête préfectorale sur la gestion de la santé des habitants, conduite par le gouvernement local, à propos de laquelle elle écrit que : "son point de départ est la conclusion selon laquelle les niveaux d’exposition aux radiations ne sont pas trop mauvais, ce qui n’est qu’une stratégie destinée à réduire le seuil d’ éligibilité à indemnisation."

    Ce qui peine le plus Smith, se sont les divisions qui se font jour entre les victimes de la catastrophe. "Un professeur de la circonscription de Fukushima - qui avait temporairement quitté son travail, juste après la catastrophe nucléaire, afin d’aider à évacuer des membres de sa famille, fut considéré comme un 'lâche' et un 'traître' par des collègues... Tout le monde a peur. Et c’est justement parce qu’ils veulent surmonter cela ensemble, que les gens ne sont pas capables de pardonner ceux qui quittent Fukushima."

    Les gens que Smith voit à Fukushima se comportent à ses yeux de façon très semblable à ce qu’elle a vu à Minamata. Dans les deux cas, les choses aboutissent soit à une réconciliation soit débouchent sur un procès.

    "Les victimes de Minamata se sont aussi scindées en plusieurs factions, et se sont vues repoussées dans des positions où elles ne pouvaient s’empêcher de se heurter les unes aux autres. Les cicatrices perdurent même aujourd’hui, quelque 50 ans après", dit Smith. Et voilà entre toutes, la raison principale qui la pousse à offrir cela aux victimes de Fukushima : «fuir ou ne pas fuir». Que l’on soit capable de fuir ou pas. Les clashs se produisent dans les villes, sur les lieux de travail et même au sein des familles. Mais arrêtons-nous pour penser. C’était l’Etat et Tokyo Electric Power Co.(l’opérateur de la centrale électrique) qui nous avait divisés. Qui va tirer profit des conflits entre victimes ?"

    Le 11 Mars 2011, Smith était aux Etats-Unis avec sa fille, profitant d’un peu de loisir pour la première fois depuis longtemps. Ce qui lui est venu en premier à l’esprit, quand elle a vu le reportage à la télévision sur la situation de crise à la centrale nucléaire de Fukushima, c’est que  «plusieurs décennies de souffrances allaient commencer» Semblables aux années de souffrance engendrées par la maladie de Minamata.

    La maladie de Minamata - un syndrome neurologique causé par le mercure qui avait été jeté dans la baie de Minamata par Chisso Corp. - a été officiellement reconnue par le Gouvernement en 1956. En 2004, la Cour Suprême a pratiquement écarté les normes de certification de Minamata - établies en 1977 - en arguant qu’elles étaient «trop étroites». En 2009, le Gouvernement a fait adopter une loi sur les mesures spéciales pour l’indemnisation des patients atteints de la maladie de Minamata, pour finalement décider, fin juillet 2012, de clore l’enregistrement des requêtes en indemnisation.  Et ce, alors même que des groupes de défenseurs des malades - dont le combat se poursuivait depuis un demi-siècle - étaient partis en guerre contre le fait que le gouvernement continuait à tirer un trait sur les victimes de Minamata.

    Les leaders des groupes de défenseurs de Minamata ont maintenant la cinquantaine. Ce sont des personnes qui, jeunes enfants, ont mangé du poisson qui était infesté de mercure. Cela m’interpelle chaque fois que je vais à Fukushima. Je ne veux pas créer une réalité telle que, lorsque les jeunes enfants d’aujourd’hui nous demanderont un jour : "Mais vous, qui étiez adultes, qu’avez-vous fait alors ?",  notre unique option soit de demander pardon.

    Alors que j’allais me lever après avoir parlé avec Smith pendant trois heures, elle m’arrêta et dit : "Je veux que vous compreniez bien ceci."

    "Ayant été impliquée aussi bien à Minamata qu’à Fukushima, il y a des moments où je sombre dans l’illusion que je vis dans le même monde que les victimes, mais cela n’est pas vrai. On ne peut pas comprendre la souffrance des victimes sauf si on se trouve dans la même situation. Pour moi, avoir conscience du fait que je ne peux pas comprendre ce que ressentent les victimes, et malgré cela parler en leur nom, et juste après leur faire face, c’est effrayant".

    "Mais, je persiste à penser que je vais continuer à faire entendre ma voix. Je veux que les gens qui vivent à Fukushima et ceux qui ont fui Fukushima, réalisent que - comme pour les victimes de Minamata - ils ont, eux aussi, été poussés à s’opposer les uns aux autres. En réexaminant ce fait, ils trouveront peut-être des moyens de réconfort ou de rédemption".

    Les 10 stratégies utilisées par l’Etat, les Gouvernements locaux, les Universitaires larbins et les Entreprises en se qui concerne Minamata et Fukushima

    1. N'assumer aucune responsabilité. Utiliser la compartimentation pour rejeter la responsabilité des problèmes sur les autres.

    2. Dérouter les victimes et l’opinion publique, en créant l’impression qu’il y a des pour et des contre de chaque côté.

    3. Opposer les victimes les unes aux autres.

    4. Ne pas enregistrer de données ou laisser de preuves.

    5. Gagner du temps.

    6. Organiser des tests ou mener des enquêtes qui vont sous-estimer les dommages.

    7. Saper le moral des victimes jusqu’à ce qu’elles abandonnent.

    8. Créer un système de certification officielle qui fait chuter le nombre de victimes.

    9. Ne pas divulguer d’informations à l’étranger.

    10. Faire appel aux Universitaires larbins pour organiser des conférences internationales.
     
    Source : http://mdn.mainichi.jp/mdnnews/national/news/20120304p2a00m0na005000c.html

     


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  • Un entretien déprimant

    Jean-Marc Jancovici, polytechnicien, est membre de longue date du Comité de veille écologique de la Fondation Hulot.

    Voici un entretien déprimant qu’il a accordé à un journal en ligne, Enerpresse.« Même si tous les 20 ans se produit un accident similaire, le nucléaire évitera toujours plus de risques qu’il n’en crée. Il n’y a plus de raison sanitaire, aujourd’hui, d’empêcher le retour des populations évacuées à Fukushima, qui, au final, n’aura fait aucun mort par irradiation. De son côté, le million d’évacués pour le barrage des Trois Gorges, parfaitement « renouvelable », est assuré de ne jamais retrouver son « chez lui » ! En France - car c’est loin d’être pareil partout - Fukushima aura surtout été un problème médiatique majeur, avant d’être un désastre sanitaire ou environnemental majeur. Cet embrasement médiatique n’est pas du tout en rapport avec l’importance de cette nuisance dans l’ensemble des problèmes connus dans ce vaste monde. Du point de vue des écosystèmes, et ce n’est pas du tout de l’ironie, un accident de centrale est une excellente nouvelle, car cela crée instantanément une réserve naturelle parfaite ! La vie sauvage ne s’est jamais aussi bien portée dans les environs de Tchernobyl que depuis que les hommes ont été évacués (la colonisation soviétique, à l’inverse, a été une vraie catastrophe pour la flore et la faune). Le niveau de radioactivité est désormais sans effet sur les écosystèmes environnants, et le fait d’avoir évacué le prédateur en chef sur cette terre (nous) a permis le retour des castors, loups, faucons, etc. On a même profité de cette création inattendue de réserve naturelle pour réintroduire des bisons et des chevaux de Przewalski , qui vont très bien merci. La hantise de la radioactivité vient de la crainte que nous avons tous quand nous ne comprenons pas ce qui se passe. Mais ce que nous ne comprenons pas n’est pas nécessairement dangereux pour autant… ».

     

    C'est déjà difficile de défendre cette énergie criminelle, surtout avec de tels arguments aussi lamentables.

    Si Jancovici avait raison sur le nucléaire, il serait insupportablement con de prétendre savoir, comme par miracle, ce qui s’est passé il y a près d’un an à Fukushima. Car nul ne le sait. L’opacité organisée par les maîtres locaux de l’atome interdit que l’on sache. Oser dire dans ces conditions qu’il n’y a eu aucune mort liée à l’irradiation est une pure et simple infamie. Cette affaire est un drame planétaire, sauf pour lui et ses amis et il ne fait aucun doute qu’ils rient à gorge déployée de ces écolos-idiots incapables de prendre la vraie mesure des choses.

    Non, cette fois, je ne me suis pas perdu en route. Cette manière de perpétuellement retomber sur ses pattes, c’est le signe de notre époque, davantage que celui d’autres temps. Je constate que les socialistes se foutent du cas Allègre, qui en dit tant sur eux. Et que Nicolas Hulot se garde bien de remettre à sa place son glorieux conseiller dans le domaine de l’énergie. Et cela en dit extraordinairement long sur les limites indépassables de sa personne. Non ?

    fabrice-nicolino.com

     


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    l'Etat japonais discrimine et recrute les travailleurs comme des prostituées

    La secte nucléocrate agit de la même façon partout ou elle a pris pied. La situation de certains travailleurs en France n'est guère plus enviable par ceux du Japon.

     A noter que les syndicats plutôt pro-nucléaires, même si des variantes existent d'un pays à l'autre, sont timides à dénoncer les condition de travail, surtout lorsqu'il s'agit d'intérimaires, considérés comme une sous-classe : « Les forçats du nucléaire ». Contexte discriminatoire bien réel d'ailleurs en France dans tous les domaines de l'industrie.

    Après l'article sur le Japon, lire aussi les deux articles qui suivent sur la situation en France.

    Gaulois.

    Entretien 15/01/2012 à 12h33

    Nucléaire au Japon : « L'Etat est un traître pour les travailleurs »

    Thierry Ribault | Economiste au CNRS

     Une femme manifeste contre le nucléaire. Sur la banderole : « Maman que se passe-t-il ? » (Thierry Ribault)

     Nasubi est engagé depuis 1986 dans la défense des droits des travailleurs journaliers, notamment dans les « yoseba », grands marchés de main-d'œuvre temporaire largement sous contrôle des yakuzas, que l'on trouve à Tokyo (San'ya), à Osaka (Kamagasaki) ou encore à Yokohama (Kotobuki).

    En juillet 2011, Nasubi a publié sous ce nom d'emprunt, un « Manuel de sécurité à l'usage des travailleurs du nucléaire ». Nous l'avons rencontré le 11 décembre 2011 à Tokyo, peu avant le départ d'une manifestation antinucléaire, devant les bâtiments du ministère de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie.

    Thierry Ribault : Comment est né votre engagement et en quoi consiste-t-il ?

    Nasubi : Mon engagement actuel dans la lutte antinucléaire consiste à faire connaître les conditions de vie et de travail des travailleurs du nucléaire et le système de sous-traitance dont ils font l'objet. A l'origine, je luttais dans les mouvements de travailleurs journaliers. Beaucoup d'entre eux ont été, et sont toujours, recrutés pour être envoyés dans les centrales nucléaires.

    Les militants antinucléaires connaissent le problème, mais ne s'engagent pas suffisamment par rapport aux problèmes spécifiques de ces travailleurs. Les syndicats japonais ne se préoccupent pas plus de la défense de leurs droits. Beaucoup de travailleurs du nucléaire sont morts de cancer. Les autres ont actuellement de graves problèmes de santé, mais les mouvements syndicaux sont restés et demeurent silencieux.

    Le seul mouvement de travailleurs du nucléaire qui ait eu lieu est celui de la centrale de Tsuruga, dans le département de Fukui, entre 1981 et 1987 [un dysfonctionnement du système d'écoulement des eaux du réacteur n°1 a causé le rejet de 16 tonnes d'eau fortement radioactive issue du système de refroidissement. L'accident a été révélé en avril 1981, quarante jours après les faits, ndla].

    Discriminés par les syndicats

    Pourquoi ce silence des syndicats ?

    La réalité du travail dans les centrales nucléaires n'a jamais été transparente. On ignore ce qui se passe exactement à l'intérieur. Les travailleurs du nucléaire font, en outre, l'objet d'une discrimination, y compris de la part des syndicats. Non seulement parce que le fonds de commerce de ces derniers est la main-d'œuvre « régulière », mais aussi parce que le nucléaire concerne les castes inférieures de la société, contraintes d'aller travailler dans les centrales.

    C'est un sujet politique et délicat. Les grandes centrales syndicales nationales étant, de fait, pronucléaires, les petits syndicats n'ont jamais voulu s'opposer à cette position et n'ont pas osé remettre en cause les conditions d'existence et de travail des travailleurs embauchés par les sous-traitants.

    Quelle est la situation pour les travailleurs réguliers du nucléaire ?

    C'est totalement différent. Employés de Tepco [opérateur de la centrale nucléaire accidentée, Fukushima Daiichi, ndlr], ils forment l'élite de l'entreprise et ne sont donc pas exposés à la radiation, mais travaillent dans les salles de contrôle, sur des ordinateurs. Ce sont en priorité les travailleurs journaliers, grande majorité des travailleurs d'une centrale, qui font le nettoyage et travaillent directement dans les réacteurs.

    Recrutés comme des prostituées

    D'où viennent ces travailleurs journaliers ?

    D'horizons différents. Certains d'entre eux sont des travailleurs licenciés d'autres secteurs. La majorité vient des régions rurales, là où il n'y a plus suffisamment de travail. Le nucléaire n'a pas besoin de beaucoup de gens qualifiés ou ayant des aptitudes certifiées, ce qui explique aussi pourquoi les travailleurs de ce secteur sont discriminés.

    Le système de recrutement de cette main-d'œuvre est comparable à celui des prostituées. De la même manière que les yakuzas orientent vers la prostitution les femmes sans travail et organisent leur activité, ils disent aux hommes : « Allez travailler dans les centrales nucléaires. » Pour les femmes c'est la prostitution, pour les hommes c'est la centrale.

    De même, pas plus que les féministes ne se sont mobilisées pour les femmes de l'industrie du sexe, les syndicats ne se sont mobilisés pour les travailleurs journaliers du nucléaire.

    Par les yakusas ? Tepco : « Ça n'existe pas »

    Quel est le rôle des yakuzas ?

    Depuis la fin du XIXe siècle, dans le monde du travail, il y a une face positive et une face négative. La face négative, ce sont les yakuzas. Dans l'objectif de moderniser le Japon à la fin du XIXe siècle, l'Etat s'est allié à l'industrie et à la mafia avec pour but de développer et aménager le territoire. Pour ce faire, l'Etat a besoin des services de la mafia qui mobilise les travailleurs issus des couches basses de la société.

    Le nucléaire est un exemple typique de ces pratiques. Officiellement, l'Etat et Tepco affirment qu'il n'y a que deux ou trois niveaux de sous-traitance, mais de fait, ils savent très bien qu'il y en a huit ou neuf. Ils acceptent donc totalement et implicitement que le recrutement s'opère de façon mafieuse, même si c'est, bien sûr, proscrit par la loi.

    Au cours des négociations avec les ministères, de nombreuses informations circulent sur les procédures de recrutement. Les journalistes ont écrit sur le sujet. L'Etat ne peut pas dire que ces pratiques n'existent pas.

    Pourtant, lorsque nous demandons à l'Etat de mener des enquêtes sur cette réalité, on nous rétorque qu'on a donné l'ordre à Tepco d'enquêter et que sa réponse est : « Ça n'existe pas. » Cette réponse est acceptée et aucune enquête officielle n'est menée sur le sujet.

    En avril, l'Etat et Tepco ont créé un comité visant à empêcher la participation des groupes illégaux dans la reconstruction après la catastrophe de Fukushima. Le raisonnement était le suivant : jusqu'à présent, il n'y avait pas de yakuzas dans les travaux publics, mais dans le contexte actuel ils manifestent leur volonté de prendre part à la reconstruction. Il faut donc les en empêcher.

    Ainsi, selon cette logique, l'Etat se sauve la face en montrant qu'il lutte contre les yakuzas, alors qu'en réalité ils sont déjà présents ! L'Etat est un traître pour les travailleurs.

    Des accidents du travail non reconnus

    Qu'en est-il des victimes parmi les travailleurs du nucléaire ?

    Les centrales ont démarré en 1966. Depuis, 500 000 travailleurs ont été mobilisés dans ce secteur. Parmi eux, vingt seulement ont fait une demande de reconnaissance d'accident du travail, et dix demandes ont été reconnues.

    Jusqu'en juin dernier, le ministère de la Santé n'avait jamais communiqué ces chiffres. C'est au moment de la négociation que nous les avons obtenus. Plus précisément, nous avons pris connaissance de l'existence de sept cas de reconnaissance. Puis nous avons appris que trois autres personnes n'avaient jamais été signalées par le ministère.

    Pour faire établir une demande de reconnaissance d'accident du travail, l'employé doit être en principe muni d'un certificat attestant ses durées et périodes d'intervention. Le patron peut toutefois refuser de lui fournir ce certificat.

    Si le travailleur insiste pour l'obtenir, très souvent il se verra proposer une indemnisation pécuniaire qui peut aller de 6 millions à 30 millions de yens (environ 60 000 à 300 000 euros), en lieu et place d'une déclaration d'un accident du travail. Il s'agit d'un arrangement.

    Y a-t-il beaucoup d'arrangements de cette sorte ?

    Beaucoup. Et lorsqu'ils acceptent un tel arrangement, les travailleurs s'engagent à ne pas en parler. C'est à ce point caché que certains politiciens clament qu'aucun travailleur n'est jamais mort à cause du nucléaire.

    Peu de contrats de travail

    Les temporaires ont-ils des contrats de travail ?

    Très peu de travailleurs du nucléaire ont un contrat, et il peut arriver qu'on envoie les personnes sur des lieux de travail imprévus, ce qui est évidemment contraire au code du travail. L'absence de contrat est une caractéristique des pratiques de la sous-traitance. Aux premier et deuxième niveaux, il peut y avoir des contrats, mais pas au-delà.

    Actuellement, cette absence de contrat fait l'objet de critiques, ce qui amène certains patrons à modifier leur attitude mais en contrepartie, les travailleurs doivent s'engager à ne pas porter plainte en cas d'accident. Beaucoup de travailleurs ont témoigné de cette pratique illégale. Tepco est responsable, bien sûr, mais aussi les mouvements qui ne se sont pas suffisamment mobilisés.

    Après le 11 mars 2011 [date de l'accident nucléaire, ndlr], les mouvements de travailleurs journaliers se sont toutefois engagés. J'ai publié une brochure intitulée « Manuel de sécurité à l'usage des travailleurs du nucléaire ». Mais la grève demeure l'action la plus efficace.

    Une brochure pour pallier le manque d'infos

    En quoi consiste cette brochure ?

    L'entreprise, qui est pourtant responsable, ne communique pas les informations de base. Notre brochure explique que le travailleur peut demander un contrat et obtenir un carnet de contrôle indiquant sa dose reçue notée par l'entreprise. Cette dernière a l'obligation de le faire mais la plupart du temps elle ne la communique pas, et le travailleur l'ignore.

    Nous expliquons aussi comment porter correctement la combinaison et mettre en place les filtres dans les masques, qui sont la plupart du temps inexistants. En principe, les anciens peuvent fournir ces explications, mais actuellement à Fukushima, nombre de travailleurs sont de nouvelles recrues n'ayant jamais travaillé dans les centrales nucléaires.

    Qui sont ces travailleurs ?

    Ils viennent de tout le Japon. Ce sont des étrangers. Il y a de nombreux Philippins actuellement. Les travailleurs japonais nous disent qu'ils effectuent les travaux les plus dangereux, ceux que les Japonais ne font pas. Il y a aussi des « burakumin », descendants de la caste des parias. Ce sont, de manière plus large, des travailleurs issus de familles pauvres.

    « Une permanence à Fukushima »

    Quelles actions envisagez-vous ?

    Nous voulons ouvrir un point de consultation permanent à Fukushima pour les travailleurs du nucléaire. Il n'y a pas que ceux des centrales qui sont irradiés : les autres catégories de travailleurs sont également concernées, dans les travaux publics par exemple. Il faut aussi négocier avec les ministères et avec les entreprises de recrutement qui envoient des travailleurs à Fukushima en leur faisant croire qu'ils vont travailler ailleurs.

    Ainsi, des journaliers recrutés à San'ya à Tokyo, ont été envoyés dans les égouts de la ville de Fukushima. Une fois sur place, on leur a fourni des combinaisons antinucléaires, des masques et des instruments identiques à ceux utilisés dans une centrale. Mais ils n'étaient pas informés du taux de radiation sur les lieux. Si nous ouvrons une permanence, nous aurons du monde.

    D'après la loi relative aux dédommagements des accidents du nucléaire, l'entreprise a la responsabilité ultime. Nous allons donc négocier avec les sociétés de recrutement, puis avec Tepco. Jusqu'à présent, aucun dédommagement n'a jamais été accordé par Tepco, ni par aucun autre opérateur du nucléaire au Japon. Et les syndicats n'ont jamais fait de procès aux entreprises. Nous changerons cette situation.

    Thierry Ribault est co-auteur avec Nadine Ribault de « Les Sanctuaires de l'abîme - Chronique du désastre de Fukushima », éd. de L'Encyclopédie des nuisances, Paris, mars 2012.

     

    En France

    Les esclaves du nucléaire

    Il y a pire que la complicité : la volonté délibérée, pour une entreprise publique, de s'affranchir des règles sanitaires protégeant les individus.

    Dans les centrales EDF, mais également dans les usines de la Cogema et certains sites du CEA, le recours aux sociétés sous-traitantes est ainsi devenue la règle. Ces « intermittents du nucléaire » ont remplacé au fil des années les personnels statutaires pour les opérations de maintenance des installations. Dans les centrales, ils interviennent surtout durant les « arrêts de tranche », lorsque les réacteurs sont stoppés temporairement pour permettre des réparations ou le rechargement en combustible. Ces activités sont à la fois « saisonnières » et réparties sur l'ensemble du parc nucléaire. Il est intéressant de comprendre les raisons, avouées ou cachées, de cette évolution.

    Ces vingt-neuf mille intermittents - vingt-deux mille rien que pour EDF - travaillent soit en contrat à durée déterminée (CDD), soit en mission d'intérim, soit en contrat à durée de fin de chantier (CDIC). EDF peut être l'employeur direct, comme peuvent l'être des entreprises prestataires, au nombre de mille environ. Celles-ci recourent souvent elles-mêmes aux CDD ou à l'intérim. Il arrive que ces galériens se baladent dans la France entière, au gré des commandes de leurs entreprises. Sur France 3, une spectaculaire « Marche du siècle » a été consacrée par Jean-Marie Cavada, à ces « nomades du nucléaire » en juin 1997.

    Les innombrables incidents répertoriés par l'autorité de sûreté doivent beaucoup au recours excessif à ces prestataires extérieurs. Les agents d'EDF déplorent également cette cohabitation avec des travailleurs qui n'ont pas la même culture, et dont ils sont en outre chargés d'évaluer les performances. Au nom de la défense de l'emploi, les syndicats exigent des exploitants qu'ils renoncent aux travailleurs précaires, et réclament leur intégration au sein de l'entreprise. Ce qu'EDF s'est toujours refusé à envisager, pour des raisons économiques évidentes.

    La « viande à rems »

    Au début des années 90, le sort des intermittents n'émouvait encore pas grand monde. Au journal, j'avais (1) plusieurs fois reçu des appels téléphoniques ou des courriers de cadres d'EDF, qui souhaitaient tirer publiquement la sonnette d'alarme sur les conditions de plus en plus déplorables, à leurs yeux, dans lesquelles s'effectuait la maintenance des réacteurs. A l'automne 1991, je rencontrai deux de ces hommes : j'avais procédé à quelques vérifications, ils appartenaient bien à la maîtrise d'EDF. Un brin paranoïaques, ils avaient refusé de venir au siège du journal, craignant je ne savais quelle filature ou indiscrétion. Rendez-vous fut donc pris dans un bar.

    S'ils étaient bien réels, les problèmes de sûreté des réacteurs dus à une maintenance anarchique m'apparurent alors trop compliqués. En revanche, je fus impressionnée par certains documents présentés par mes informateurs. Ils détenaient notamment une série de lettres de la Commission des communautés européennes adressée, le 24 mai 1991, au SCPRI et à EDF. La Commission s'étonnait : les doses de radioactivité reçues par les travailleurs français du nucléaire étaient différentes selon qu'elles étaient estimées par EDF ou par le SCPRI. Légèrement différentes ? Non : les chiffres allaient du simple au triple. Du moins pour les agents des entreprises extérieures, qui. effectuaient 80 % des travaux de maintenance dans les centrales.
    Quiconque pénètre sur un site nucléaire accroche au revers de son vêtement un « film dosimétrique », qui témoigne de la quantité d'irradiation absorbée par l'individu. Ce dosimètre est obligatoire. Les films des agents d'EDF sont contrôlés par l'entreprise elle-même qui, chaque mois, les développe. Les films des agents sous-traitants sont pris en main par le SCPRI (aujourd'hui l'OPRI), ce qui n'empêche pas EDF d'effectuer par ailleurs ses propres mesures sur ces personnels.

    Donc, la Commission européenne s'étonnait : le SCPRI avait déclaré, pour l'année 1987 et pour l'ensemble de l'industrie nucléaire française, une dose annuelle collective de 26 homme-sieverts (2) pour sept mille cinq cent quatre-vingt cinq travailleurs extérieurs ; sur la même période, EDF avait déclaré une dose collective de 67 homme-sieverts, pour une population « estimée » de vingt mille travailleurs sous-traitants. La différence est énorme, tant sur les doses que sur le nombre d'agents extérieurs. Cet écart, de presque 300 %, se renouvelle chaque année. La Commission exigeait des explications.

    Mes informateurs me montrèrent la lettre adressée le 17 juin par le chef du département sécurité-radioprotection-environnement d'EDF à son supérieur hiérarchique : « La constatation d'écarts aussi importants pourrait laisser craindre de mauvaises surprises, avec, dans ce cas, un aspect médiatique à prendre en compte. » Il ajoutait : « Aujourd'hui, personne ne peut clairement analyser cet écart. »

    Personne, vraiment ? Depuis deux ans au moins, EDF savait qu'il y avait un problème de dosimétrie dans les entreprises extérieures. Celles-ci connaissent la réglementation : les employés ne doivent pas dépasser une certaine dose d'irradiation annuelle (à cette époque, 50 millisieverts par an, soit 5 rems selon l'ancienne terminologie). Au-delà, le travailleur ne peut plus entrer en zone nucléaire. Les travailleurs eux-mêmes, qui ont peur de perdre leur travail, dissimulent parfois les doses reçues, en ôtant leur dosimètre avant de pénétrer « là où ça crache ». Parfaitement au courant de ces pratiques, EDF a lancé, en 1989, une étude rétrospective sur cinq ans des fichiers informatiques dosimétriques des centrales. Etude interne à EDF, par la force des choses, puisque le SCPRI garde jalousement le secret sur ses propres informations.

    Ce jour-là, mes cadres d'EDF parlèrent de « primes à la dose » et de « radioactivité sous-estimée ». Quelques jours plus tard, ils vinrent enfin au journal, accompagnés cette fois d'un médecin du travail salarié d'EDF. Sous couvert d'anonymat, ils répondirent à une interview, dont voici quelques extraits:

    « D'où EDF tire-t-elle ses informations sur la dosimétrie des agents extérieurs ?

    - En plus de son film réglementaire, chaque agent, EDF et extérieur, entrant en zone est muni d'un dosimètre électronique à affichage numérique. Cet appareil permet de connaître instantanément la dosimétrie qu'on appelle " opérationnelle ". Ainsi, chaque site nucléaire peut compiler chaque jour la dosimétrie de tous les agents. (...)
    Les premières constatations révèlent une situation inquiétante : les agents extérieurs soumis aux plus fortes doses sont les calorifugeurs et les chaudronniers, qui travaillent sur plusieurs réacteurs dans l'année. S'il est difficile de dresser un bilan précis, individu par individu, c'est qu'il y a probablement des fraudes lors de leur enregistrement dans les centrales. Par exemple, on a observé que les noms de ces agents, comme par hasard les plus exposés, n'ont pas la même orthographe selon les sites, ou encore le prénom est différent. Les ordinateurs s'y perdent. Des agents d'entreprises extérieures ont été surpris sans film : ils les laissent dans une cache pour travailler.

    Pourquoi cette confusion organisée ?

    - Il arrive que l'agent lui-même soit négligent parce qu'il méconnaît les risques, ou bien parce qu'il a peur de ne pas être embauché, son emploi étant précaire. Mais ce sont surtout les entreprises sous-traitantes qui veulent " rentabiliser " leurs travailleurs au maximum, sans égard pour les doses.

    Un point nous semble extrêmement grave : dans les stages organisés par EDF pour les entreprises extérieures, les agents ne sont jamais avertis des menaces qui pèsent sur leur espérance de vie lorsqu'ils prennent des doses. On leur laisse croire que, s'ils restent en dessous des normes, les effets sur la santé sont nuls. C'est faux : selon les experts de la Commission internationale de protection radiologique, pour une dose-vie de 50 rems (0,5 sievert), le risque supplémentaire de cancer mortel est de 2 %. Certains agents prennent plus de 50 rems.

    EDF vient de décider la création de DOSINAT, un fichier informatique des agents extérieurs. Est-ce à dire que leur situation va s'améliorer ?

    - DOSINAT est conçu comme un outil de gestion interne. Il n'est pas prévu pour gérer des problèmes de santé. L'art d'un employeur comme EDF n'est pas de gérer la dose au plus bas, mais au contraire de l'optimiser, en fonction du temps de travail prévu par le contrat. Lorsque EDF fera appel à une entreprise extérieure, elle aura intérêt à savoir si les travailleurs sont vierges de dose, pour pouvoir leur mettre le maximum de radiations autorisé dans un laps de temps le plus court possible. Ce sera d'autant plus facile à organiser que la tendance actuelle, dans les entreprises extérieures, est d'organiser des " primes à la dose ", sous diverses formes. Par exemple, en garantissant aux ouvriers un nombre minimal de contrats. La précarité de l'emploi étant ce qu'elle est, c'est une bonne motivation. »

    La publication de cet article eut un impact immédiat : le jour même, les ministres de l'Environnement et de l'Industrie demandaient des explications au chef du SCPRI. Drapé dans son arrogance habituelle, le professeur Pellerin refusa de se justifier. Mais à la Commission de Bruxelles, il venait de déclarer que le SCPRI ne pouvait comptabiliser « qu'une fraction des travailleurs », ceux que leurs employeurs déclarent.

    Le président de l'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques chargea le député Claude Birraux, auteur d'un rapport sur la sûreté du parc nucléaire, d'approfondir cette question des travailleurs extérieurs. Celui-ci n'a jamais, depuis, cessé de s'intéresser à la question. Dans son dernier rapport annuel, paru en mars 1997, il narre avec une certaine lassitude les multiples enquêtes, analyses, études, rebondissements médiatiques et améliorations concrètes survenus depuis l'année 1991. « Notre pays, écrit Claude Birraux, se joue l'un de ces drames sociaux dont il est si coutumier. Une fois de plus, il prend le risque de se ridiculiser sur la scène européenne. »

    Trois mois après la publication de ce dernier rapport, jean-Marie Cavada consacrait sa fameuse « Marche du siècle » aux intermittents du nucléaire. L'émission débutait par un accablant reportage sur les conditions de vie et d'exercice de ces travailleurs. L'enquête et les tournages avaient été effectués par les deux journalistes ayant réalisé le dossier du magazine Sciences et Avenir sur les lacunes de la sûreté nucléaire. Sur le plateau étaient venus témoigner quelques-uns des travailleurs présents dans les reportages, ainsi qu'un patron d'entreprise sous-traitante et un responsable d'EDF. Le député Claude Birraux était également invité, avec le directeur de l'autorité de sûreté nucléaire. Il y avait aussi la CGT, et une sociologue, auteur d'une étude sur la précarisation de la sous-traitance dans l'industrie nucléaire. Polémique, le débat à l'antenne le fut incontestablement ! Cavada s'énerva plus d'une fois contre la langue de bois et la mauvaise foi manifeste des employeurs. Mais les spectateurs ratèrent la seconde mi-temps de ce triste pugilat : hors antenne, durant le « pot » qui réunit traditionnellement les invités, l'animateur s'en prit vertement aux responsables d'EDF, qui avaient tenté durant des semaines de faire avorter l'émission. Cavada parla de « méthodes dignes d'une secte ».

    Nicolas Jacobs, le réalisateur de « La Marche du siècle », m'a raconté ces méthodes : « Longtemps avant la diffusion, EDF a exercé des pressions sur nos témoins. Certains ont été convoqués par la directrice d'une centrale, qui les a menacés de ne plus leur fournir de travail. Curieusement, EDF savait exactement qui les journalistes avaient rencontré, où et quand. EDF a ensuite entrepris en interne une campagne d'intoxication : nos témoins avaient été payés, ils n'étaient finalement que des acteurs professionnels... Quelques jours avant l'émission, tous les directeurs de centrales ont été convoqués au siège d'EDF à Paris, pour peaufiner un argumentaire. Ils avaient dans leurs cartables les fichiers de leurs salariés et de leurs travailleurs extérieurs. Enfin, jusqu'au dernier moment, EDF a menacé de ne pas participer à l'émission, espérant ainsi que nous allions renoncer à ce débat. Nous n'avons renoncé à rien du tout. Mais EDF avait tellement brandi la menace de poursuites judiciaires que j'ai été obligé de couper tout ce qui, dans le reportage, n'était pas étayé par des éléments de preuves irréfutables. J'ai aussi dû couper certaines images qui avaient été tournées sur des sites EDF sans autorisation. Sans quoi certains de nos témoins auraient pu eux-mêmes se retrouver au tribunal. Alors oui, quand Jean-Marie Cavada parle de secte, il a raison ! »

    La gestion de l'emploi par la dose

    Pourquoi une telle panique de la part d'EDF ? Depuis 1991, le suivi des doses reçues par les travailleurs du nucléaire n'a-t-il pas progressé ? La Commission européenne a fermement rappelé à la France la directive Euratom de 1990 jusque-là superbement négligée : « Chaque Etat membre veille à ce que le système de surveillance radiologique donne aux travailleurs extérieurs une protection équivalente à celle dont disposent les travailleurs employés à titre permanent par l'exploitant. »

    DOSINAT, l'outil informatique mis en place en interne par EDF pour calculer les doses d'irradiation à l'intérieur de ses seules centrales, a évolué. En janvier 1997, il s'est transformé en DOSIMO. Ce nouveau système est géré par un Groupement intersyndical de l'industrie nucléaire. Les données concernent désormais, outre les travailleurs intervenant sur les centrales d'EDF, ceux travaillant dans les sites nucléaires de l'armée, de la Cogema, du CEA, des institutions médicales, des accélérateurs de particules privés, et des organismes (le recherche, intérimaires ou salariés permanents. Ainsi, quels que soient leurs lieux de travail successifs, les « nomades » du nucléaire ne devraient plus cumuler des doses supérieures aux normes.

    Apparemment, l'OPRI a lâché du lest sur son traditionnel crédo : « Pas question de faire circuler des données confidentielles qui relèvent du secret médical. » En revanche, il est plus curieux que la Commission nationale informatique et liberté ait toléré pareille entorse à ses principes : un organisme public met à la disposition des employeurs privés des données informatiques permettant une gestion de l'emploi en fonction de critères sanitaires. En réalité, la CNIL n'a rien autorisé du tout : le fameux Groupement intersyndical de l'industrie nucléaire a concocté son superfichier sans lui demander son avis. « Ainsi, notait en 1997 avec un rien d'ironie le député Claude Birraux, on a fini par faire entrer le loup DOSIMO dans la bergerie de la dosimétrie réglementaire. » Pourquoi ce ton sarcastique ? Visiblement, Claude Birraux ne croyait guère à l'efficacité de ce nouvel outil : « Les exploitants et les employeurs ont donné un statut officiel, donc un brevet de respectabilité, à un système techniquement performant, et qui prévoit normalement la communication des résultats dosimétriques à l'exploitant et à l'employeur. Reste désormais pour eux à le faire reconnaître comme le seul bon système, c'est-à-dire celui grâce auquel l'administration pourra juger du respect ou du non-respect des obligations réglementaires en matière d'exposition professionnelle. »

    En février 1998, Martine Aubry a innové en précisant que DOSIMO allait enfin entrer dans un cadre légal. Ces données confidentielles ne devraient être communiquées qu'aux seuls médecins du travail, pour éviter que les employeurs ne retombent dans leur vieux travers de la « gestion de l'emploi par la dose ». Ce genre de garde-fou est à vrai dire purement virtuel : l'indépendance des médecins du travail est très relative quand ils sont salariés par EDF, le CEA ou la Cogema.

    Mais pourquoi diable est-ce si compliqué d'accorder des conditions de travail correctes aux travailleurs nucléaires extérieurs ? En partie parce qu'ils ne relèvent d'aucune convention collective adaptée. Les personnels qui interviennent sur les sites nucléaires dépendent d'au moins sept conventions collectives différentes, parmi lesquelles la métallurgie, la chimie, les bureaux d'études ou la pharmacie. Depuis des années, les syndicats, relayés par des parlementaires, réclament aux pouvoirs publics une convention collective nationale du nucléaire et des industries connexes. En vain : les ministres ont toujours répondu que c'était impossible.

    En décembre 1996, le ministre du Travail Jacques Barrot a présenté un projet visant à interdire le recours à l'intérim et au personnel sous contrat à durée déterminée pour les travaux se déroulant dans les zones les plus dangereuses des installations nucléaires. Rien n'a bougé lorsqu'en juillet 1997, interrogée par un parlementaire, la nouvelle ministre de l'Emploi Martine Aubry a confirmé l'annonce de son prédécesseur : « Il importe (...) que ces salariés particulièrement exposés ne cumulent pas le double handicap d'un risque pour la santé et d'une précarité de leur emploi. Afin d'éviter que l'approche des seuils d'exposition réglementaires ne conduise à la perte pure et simple de leur activité professionnelle, l'interdiction d'accès aux zones particulièrement dangereuses pour les salariés intérimaires ou en contrat à durée déterminée n'est pas à exclure. »

    Electrisée par cette perspective, qui menaçait de mettre à mal ses finances - l'embauche de salariés permanents irait à l'encontre de ses objectifs économiques -, EDF n'a pas tardé à lancer une contre-offensive. Le 11 septembre 1997, la direction du parc nucléaire d'EDF organisait une réunion de travail, dont la CGT nous a communiqué le procès-verbal. « L'appel à ces ressources d'appoint [intérim et CDD] pour intervenir en zone contrôlée est aujourd'hui remis en cause par le ministère du Travail. (...) Un consensus apparaît sur le fait qu'il n'est pas possible de se passer de ce personnel précaire et ce, malgré les démarches déjà lancées par plusieurs sociétés en matière d'annualisation du temps de travail. » Ce préambule étant posé, le séminaire de réflexion a ensuite comparé par le menu les avantages et les inconvénients des statuts respectifs de CDD et intérimaires, tant pour les salariés que pour EDF et pour les entreprises prestataires. Le recours aux intérimaires apparaissant finalement plus pratique, les cadres d'EDF ont imaginé de « créer une charte entre EDF, prestataires et entreprises de travail temporaires ».
    C'est ici que les choses se corsent. Car en janvier 1997, EDF et les « organisations professionnelles représentatives des prestataires de maintenance » avaient déjà signé une « Charte de progrès ». Ce document - considéré comme une plaisanterie par les salariés concernés - précise que « les entreprises prestataires et EDF continuent de refuser que l'atteinte ou l'approche des limites de dose soit un critère de licenciement, en recherchant en commun la réaffectation des salariés à forte dosimétrie vers des activités moins exposées ». En clair, il ne serait plus question de licencier un homme trop irradié pour être encore utile. Sur le plateau de « La Marche du siècle », les travailleurs présents ont témoigné du peu de valeur que leurs employeurs accordaient à cette jolie déclaration d'intention. La charte en projet veut aller encore plus loin dans ce qu'EDF considère comme un progrès, à en croire le document de travail divulgué par la CGT. « Les entreprises de servitudes nucléaires s'engagent (...) à limiter l'exposition de leur personnel d'appoint à une valeur proportionnelle à la durée de leur contrat, et inférieure à 15 millisieverts sur six mois. »

    Du chinois ? Non : il faut se souvenir que la dose maximale admissible pour un travailleur du nucléaire est fixée, selon la réglementation internationale, à 20 millisieverts par an. Au-delà, il doit quitter les zones nucléaires. EDF propose ni plus, ni moins, de remplacer les 20 millisieverts annuels par... 15 millisieverts sur six mois. En entendant cette proposition, les syndicalistes ont failli s'étrangler : « Il est en effet plus intéressant de prendre deux intérimaires à 15 mSv/6 mois (cela permet d'atteindre 30 mSv/an) qu'un contrat à durée indéterminée à 20 mSv/an. »
    Mais ce joli montage, concocté par EDF et les sociétés prestataires, vole en éclats avec la décision de Martine Aubry, annoncée en février 1998 : non seulement le recours aux intermittents est désormais interdit dans les zones nucléaires les plus dangereuses, mais les doses de radioactivité reçues par les travailleurs devront être proportionnelles à la durée de leur contrat de travail. Plus question de prendre en une semaine la dose admise sur un an, et d'être « jeté » ensuite ! Du moins en principe. EDF, qui estimait six mois plus tôt qu'il n'était « pas possible de se passer de ce personnel précaire », va devoir inventer autre chose.

    Dans quelques années les premières centrales nucléaires arriveront en bout de course. Déjà, l'usine de retraitement de Marcoule est fermée. De nombreuses installations obsolètes attendent que la radioactivité décroisse un peu pour subir les premiers démontages. Dans dix ans au plus tard, plusieurs chantiers de démantèlement débuteront en France. Les sociétés spécialisées dans la décontamination ne sont pas assez nombreuses, ni assez fournies en personnels. Alors débarqueront des sous-traitants issus de la filière BTP (bâtiment et travaux publics). Ils n'auront aucune formation spécifique, et devront affronter des monstres irradiants. On les enverra au coeur de la machine nucléaire. Comment s'en sortiront-ils ? Qui s'intéressera à eux ?

    Extrait de "Ce nucléaire qu'on nous cache",
    Michèle Rivasi - Hélène Crié,
    Albin Michel, 1998.

    1) Hélène Crié
    2) Calculée à partir de la somme des doses individuelles reçues par le groupe étudié, c'est l'unité permettant d'évaluer la dose collective.

     

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    Les oubliés du nucléaire 

     mercredi 27 juin 2007 - http://www.naturavox.fr/article.php3?id_article=1197   Dans les centrales atomiques, la maintenance est déléguée à des sous-traitants qui prennent d’importantes doses de radioactivité. «Gueules noires» anonymes des temps modernes, ils sont les oubliés du nucléaire...

    Ils sont robinetiers, soudeurs, électriciens, chaudronniers, décontaminateurs ou commis. Ils seraient 20.000 en France et près d’un millier en Belgique. On les appelle lors des «arrêts de tranche», quand il faut remplacer le combustible usé dans un réacteur nucléaire. Ils effectuent alors des opérations de contrôle et de maintenance sur des parties de l’installation inaccessibles en temps normal. Dans leur combinaison «Muru» – pour Mururoa, cette île du Pacifique où la France effectuait ses essais nucléaires militaires –, ils bossent «en zone». Là où «ça crache», où «ça pète». Ils prennent des doses importantes de radioactivité pour assurer la sécurité des centrales. Et donc notre sécurité. Ce sont les «gueules noires» anonymes des temps modernes, qui font le sale boulot pour que nous puissions nous éclairer, cuisiner, vivre confortablement.

    Mi-mars, à l’occasion d’un arrêt de tranche à Tihange, ils étaient environ 1.200 à débarquer de France, d’Allemagne, du Portugal… Venus prêter main forte aux 700 statutaires et 500 sous-traitants permanents de la centrale, ils sont restés un mois, logeant dans les hôtels, motels et campings de la région. Avant de repartir vers un autre arrêt de tranche, en France, en Allemagne, en Suisse ou ailleurs. «Les salariés des centrales, quand il y a un arrêt de tranche, ils vivent un stress, mais c’est une fois par an, explique un de ces saisonniers français de l’atome. Nous on sort du stress d’un arrêt de tranche, on fait 600 km et on retombe dans l’arrêt de tranche suivant. On en fait 10 par an(1).»

    Doses 8 à 15 fois plus fortes

    En France, c’est en 1988 qu’EDF a choisi de sous-traiter massivement la maintenance de ses centrales. Le volume de travail sous-traité est ainsi passé de 20% à 80% en 5 ans. «En Belgique, le tournant a été pris vers 1995, quand Suez est devenu actionnaire d’Electrabel, note Jean-Marc Pirotton, délégué FGTB Gazelco à la centrale nucléaire de Tihange. La tendance est bien sûr de sous-traiter les tâches les plus pénalisantes en doses. A terme, les statutaires d’Electrabel n’auront plus en matière de maintenance qu’un rôle de gestionnaires de sous-traitants.»

    En France, les travailleurs sous-traitants reçoivent 80% de la dose collective annuelle enregistrée sur les sites nucléaires. Les doses moyennes qu’ils encaissent sont 8 à 15 fois plus élevées que celles des agents EDF qui travaillent en zone. Les chiffres seraient du même ordre en Belgique. Ainsi Electrabel et EDF transfèrent-ils massivement le risque d’irradiation vers les travailleurs de la sous-traitance... qui se fait souvent en cascade. «En bout de chaîne, il est fréquent de trouver des intérimaires qui n’ont pas toujours les compétences requises», déplore Jean-Marc Pirotton.

    Pour la plupart des sous-traitants, la visite médicale (deux fois par an en Belgique) se réduit à un «rite d’aptitude» pour pouvoir travailler en zone, sans rapport avec une action continue de surveillance et de protection de la santé à laquelle les salariés sont soumis. Bref, dans les centrales, le travail sous-traité disparaît des «ressources humaines» pour être reporté dans les «achats», régulés essentiellement par la concurrence. Ainsi, ceux qui génèrent les risques – les exploitants de centrale – ne doivent plus en assumer les conséquences en cas d’accident de travail ou de maladie professionnelle...

    Si les contraintes de sécurité imposées par la direction sont les mêmes pour tous, le message délivré aux sous-traitants varie en revanche selon l’employeur. «Sur les quelque 1.200 saisonniers qui débarquent pour un arrêt de tranche, environ deux tiers proviennent d’entreprises structurées, avec délégation syndicale», estime à la louche Jean-Marc Pirotton. «Les autres, on ne les connaît pas, enchaîne Constant Koumbounis, délégué FGTB chez Fabricom-GTI, une filiale de Suez qui est un des principaux sous-traitants d’Electrabel à Tihange. Ceux qui bossent pour des petits patrons, les “marchands d’hommes”, ils ne parlent pas. Ils se changent dans la camionnette et cassent la croûte sur leur coffre à outils. Pour eux, le message de sécurité n’est pas du tout le même...»

    Dosimètre au vestiaire

    Les travailleurs qui opèrent en zone ont droit à un quota annuel d’irradiation. S’ils le dépassent, ils sont interdits de centrale. Les salariés sont mis au chômage technique, avec perte de revenus. Les intérimaires, eux, perdent leur job. Ainsi, lorsqu’ils frôlent leur quota, certains travailleurs laissent volontairement leur dosimètre au vestiaire... Pour d’autres, c’est un ordre. «Une fois, je travaillais la nuit ; il n’y avait pas d’agents de radioprotection, témoigne Antonio, un intérimaire français habitué depuis quatre ans aux petits contrats (2). Mon chef m’a demandé de déposer mon dosimètre et d’aller reprendre le double de la dose. J’ai refusé et j’ai été viré.»

    Une exception ? Pas vraiment. Dans le rapport 2005 remis au directeur d’EDF par l’inspecteur général pour la sûreté nucléaire et la radioprotection, le «défaut de port de dosimètres» était repris dans les «situations répétitives et à risque». Et en Belgique ? «C’est déjà arrivé à Doel, à Tihange, et à mon avis ça arrive dans toutes les centrales nucléaires du monde, lance Jean-Marc Pirotton. C’est bien sûr décrié par la direction, mais il n’y a pas toujours un ingénieur d’Electrabel derrière les sous-traitants...»

    A court terme, ces «petits arrangements avec la radioactivité» conviennent à tous : l’ouvrier peut continuer à travailler, le sous-traitant est bien vu par l’exploitant de la centrale car il passe pour bien gérer les doses de ses travailleurs, et l’exploitant lui-même peut afficher une dose collective annuelle en baisse. Ce qui est excellent pour son image. 

    (1) Propos recueillis en mars 2007 par le réalisateur belge Alain de Halleux, qui prépare un documentaire de 52 minutes sur le sujet.
    (2)
    Travailler peut nuire gravement à votre santé, Annie Thébaud-Mony, La Découverte, 2007, p.105.

      



     

     

     


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