• L'OMS publie un rapport.

    Ce rapport n'est pas disponible en français.

    http://www.who.int/ionizing_radiation/pub_meet/fukushima_dose_assessment/en/index.html

    Il est important de préciser que l'OMS n'a pas de spécialistes concernant la question du nucléaire et de ses conséquences. Il ne fait donc aucun doute que ce rapport est dicté par la sphère pronucléaire sous l'égide de l'AIEA et c'est bien là tout le problème.

    Voici ce qu'en pense, à juste titre, Yves Lenoir, président de l'association «  Enfants de Tchernobyl Belarus ». Réflexion très éclairante.

    Gaulois.

     Rien de nouveau sous le Soleil ! mais en pire…

     En 2005, l'OMS a co-organisé avec l'AIEA le Chernobyl Forum dont le rapport résume les conséquences de Tchernobyl à 51 morts par irradiation aigüe et 4000 cancers de la thyroïde "aisément curables". Aujourd'hui, elle prend les devants, se dispensant d'attendre le temps que les  contaminations radioactives exercent leurs effets en niant ces derniers par anticipation.    Ce qui est un peu nouveau tient en deux remarques :
     1. d'après un journaliste japonais, Kolin Kobayashi, qui suit de près ce qui se passe là-bas, l'OMS aurait ignoré les contestations du Gouvernement japonais sur certains points du rapport. C'est surprenant. En effet, la procédure statutaire fait de l'OMS le réceptacle des rapports nationaux, ses publications se devant d'en faire la synthèse. Avec le recul historique — accord OMS-AIEA de 1959 et Convention d'Assistance d'octobre 1986 qui confie à l'AIEA toute la gestion des crises radiologiques — il apparaît que le lobby des amoureux de l'énergie atomique fait ainsi plus que jamais la loi à l'OMS. 
     2. on doit se souvenir qu'une intense controverse avait agité, fin 1988-début 1989, les régions contaminées de l'ex-URSS quand le gouvernement soviétique avait voulu imposer la limite externe de dose de rayonnement pour l'évacuation à 350 msV/vie, soit 5 mSv/an (la limite recommandée par la CIPR était et est restée de 1 mSv/an pour le public).   L'OMS avait alors dépêché une mission de trois experts directement affiliés à la CIPR (Commission internationale de protection radiologique) — dont elle suit les recommandations — et à l'AIEA, à savoir Pellerin, Waight et Beninson. Ces trois experts avaient fait le forcing pour défendre la position soviétique, allant  jusqu'à déclarer qu'à leur avis on aurait dû fixer cette limite externe de dose de rayonnement à 1Sv/vie, 15 mSv/an, soit trois fois plus.   Après leur départ, 92 médecins radiobiologistes, radiologues et radiothérapeutes parmi les plus prestigieux et influents de l'Union ont très courageusement pris leurs responsabilités et signé une lettre à Gorbatchov le priant instamment de ne pas céder aux demandes des habitants affolés par la dégradation de l'état de santé des leurs enfants, mais aussi d'eux même, et de maintenir la limite externe de dose de rayonnement des 350 mSv/vie.
     Une quinzaine d'années plus tard le Chernobyl Forum leur a très logiquement donné raison : ses travaux et discussions menés sous l'égide de l'OMS et de l'AIEA par des radiobiologistes, des radiothérapeutes, des radiologues et des bureaucrates de l'UNSCEAR, de la CIPR, de l'AIEA, d'Euratom et de leurs homologues nationaux etc ne pouvant que confirmer la politique de "radioprotection" adoptée avec leur appui militant. Si l'on résume à la hache : aucune séquelle génétique, aucune malformation, aucune fausse-couche, aucune leucémie, aucun cancer autre que thyroïdien, aucun trouble endocrinien, aucune cataracte précoce, aucun diabète de type 1 chez les enfants et les nouveaux-nés, aucune cardiopathie, aucun déficit immunitaire… rien, rien, absolument rien, donc zéro effet.
     Zéro effet avec 5 mSv/an. La préconisation de tolérer trois fois plus avait du sens, selon la règle de proportionnalité entre dose et effet du "modèle" CIPR : 3 fois 0 = 0 ! Pourquoi pas quatre fois alors ? D'où la norme de 20 mSv/an adoptée pour maintenir les enfants dans les régions contaminées de Fukushima : 4 fois 0 = 0 !   Toute la littérature scientifique accumulée depuis les études indépendantes des années 50 aux USA, puis en Grande-Bretagne, au Canada, en Suède etc, les milliers de travaux sur les énormes détriments subis par les liquidateurs de Tchernobyl et les populations maintenues dans les zones contaminées, les variations des courbes de mortalité et de morbidité dans les pays touchés par le nuage de Tchernobyl, tout cela ne vaut rien. C'est du fantasme. L'énergie atomique est exclusivement bienfaisante. Le Directeur adjoint de l'AIEA, le Dr Rosen, avait raison quand il déclarait en 1986 que l'industrie atomique mondiale pouvait accepter un Tchernobyl tous les ans ! Zéro fois quoi que ce soit fait toujours zéro.
     Alors, pourquoi priver les enfants japonais des bienfaits de l'atome ? Il faut impérativement relancer la production atomique du pays, tout comme il fallait impérativement que le réacteur N° 3 de Tchernobyl (celui jouxtant le N°4 détruit) fût remis en service au plus vite. La crédibilité de l'industrie en dépend aujourd'hui tout comme elle en dépendait il y a 26 ans, et celle des usages inflationnistes des rayonnements et des radio-isotopes aussi.
     Comme l'écrivait la grande cancérologue Rosalie Bertell en 1985, en titre d'un de ses plus importants ouvrages :  No Immediate Danger : Prognosis for a Radioactive Earth.  La méthode à appliquer en découle : bâtir une communication qui nie les effets "désagréables" en publiant à intervalle régulier des rapports technocratiques sans considération des études scientifiques publiées pas à pas par les revues à comité de lecture. On peut aujourd'hui le faire avec trois ans d'avance : là se trouve l'essentiel du retour d'expérience de Tchernobyl.  La veulerie des politiques et la paresse des media en général assure très durablement le succès de cette stratégie.  La secte atomique n'a pas grand chose à craindre pour son influence dans tous les secteurs de la société et des gouvernements.
     L'Histoire se répète jusqu'à la caricature. 
     Yves Lenoir  président "Enfants de Tchernobyl Belarus"  http://enfants-tchernobyl-belarus.org

    " 
    Si les gens ne savaient pas, leur organisme s'adapterait…"
    Dimitri Konstantinovitch Popov, adjoint du Pellerin soviétique,
    à Novozhybkov, oblast de Briansk, le 18 avril 1989.
    radioactivité ambiante : 0,3 à 0,7 mRem/h
    “Continuer à s'intéresser à Tchernobyl, 
    est-ce regarder dans le rétroviseur ? Non,
    c'est considérer l'avenir de Fukushima.”


    PS : Deux remarques concernant la guerre atomique. 
     1. les émissions et retombées radioactives de Tchernobyl et Fukushima représentent en gros chacune celles d'un bon échange de quelques centaines d'armes atomiques de théâtre. Soit des dizaines de fois les capacités militaires dont pourraient se doter dans les années à venir la Corée du Nord et l'Iran. Pourquoi diable craindre cette éventualité ? Il y a là quelque chose d'incohérent.
     2. après plus de quinze ans de lutte, les association des hibakushas ont réussi en 1971 à faire reconnaître par l'ONU les 80 000 victimes décédées des retombées radioactives des bombes d'Hiroshima et Nagasaki, celles qui n'avaient pas été à portée des flash de rayonnement gamma et de neutrons mais avaient ensuite subi les effets des pluies noires.  Ainsi le "modèle CIPR" de proportionnalité entre dose et effet ne fonctionne pas à rebours (il a été élaboré dans les années 70). Ce n'est donc pas un modèle scientifique. Mais plutôt une règle juridique qui permet d'invoquer un précédent postérieur à l'instauration de la règle pour justifier son application à des situations ultérieures. N'importe quel imbécile débarqué de Sirius pourrait conclure ainsi. Mais nos faiseurs d'opinion ne sont pas nés sur Sirius et ne sont pas des imbéciles.


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