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    Précarité et Forfaiture

    Dans un précédent article, je vous parlais de l'intérim « Le syndrome du vendredi ». A 55 ans, après avoir subit ce syndrome durant 8 ans j'étais jeté du monde du travail comme un vulgaire kleenex. Mes droits au chômage fondaient comme neige au soleil car les dernières missions en intérim étaient devenues de plus en plus espacées. Je sombrais progressivement dans la depression. Une grève de la faim s'ensuivra et durera 47 jours, bien décidé à en finir. Rapidement hospitalisé, je pourrais durant les périodes de lucidité de cette terrible épreuve, juger de l'hypocrisie des acteurs du monde social, des services de l'état, des collectivités territoriales et de la presse locale, avide de sensationnel. Seuls, quelques amis, la famille et une association nationale AC ! ( Agir ensemble contre le Chômage ) m'aideront à sortir de cette spirale de la déchéance.

    C'est ainsi qu'au 47 ème jour de cette grève de la faim, je signais la pancarte de l'hôpital et rentrait chez moi, très affaibli et ayant perdu 17 kg. Tout ce beau monde avait fini par m'ignorer superbement, après des promesses artificielles et ne souhaitant qu'une seule chose, me voir disparaître. De plus, je ne supportais plus de voir ma famille souffrir pour moi.

    Le jour même de mon retour au domicile, après avoir pris conscience de tout cela, je décidais de rebondir et, après m'être accordé un mois de repos, je préparais une marche en Basse-Normandie de 800 km. Elle durera un mois et demi, durant laquelle j'interpellerai les élus de tous bord, des députés, des sénateurs, l'ancien ministre Louis Mexandeau à Caen ainsi que le maire de cette ville, Jean-Marie Girault, méprisant au possible. Les presses locales, les association et les syndicats. Sans oublier les agences de l'ANPE et les ASSEDICS. Je ferai quelques irruptions plutôt remarquées dans les agences d'intérim.

    Le député maire d'Octeville, ville périphérique de Cherbourg Bernard Cazeneuve, me recevra alors que je suis accompagné par une association locale de chômeurs. Il me remettra la médaille du travail, le blason aux couleurs de la ville et ... un chèque de 500 francs. J'ai failli lui jeter ce chèque à la figure car persuadé que ce n'est pas de sa poche, mais du CCAS d'Octeville.    

    Dès ma sortie de l'hôpital, j'avais fait une demande d'aide médicale auprès des services concernés car celui-ci me réclamait les 47 jours de forfait hospitalier, soit à l'époque 3290 francs ( Env. 500 euros ) qui représentait à peu de chose près un mois de RMI dont je « bénéficiais » si généreusement. Le jour du départ de cette marche, je n'avais pas obtenu de réponse, sans me douter qu'elle allait arriver de la façon la plus ignoble durant mon périple à travers la région, donc loin de chez moi. Je vous livre dans les lignes qui suivent la forfaiture du Conseil Général de l'Orne.

    L'assistante sociale de la DISS ( Direction des Interventions Sociales du Conseil Général ) se présentait à notre domicile afin de faire remplir par nos deux enfants Majeurs, chacun un dossier afin qu'ils règlent, à ma place puisque non solvable étant au RMI, ce forfait hospitalier. L'assistante sociale fait l'erreur de laisser ces 2 dossiers à ma femme en précisant qu'elle repassera une semaine plus tard récupérer les dossiers remplis. Fort heureusement, ma femme m'informe aussitôt de cette démarche sur mon téléphone portable. Je lui conseil de ne surtout pas faire remplir ces dossiers par les enfants et de ne pas les rendre à l'assistante sociale. Comme prévu, cette dernière vient quelques jours après récupérer les dossiers. C'est alors qu'elle se rend compte de son erreur et repartira bredouille et furieuse.

    Pendant quelques mois, je n'entend plus parler de cette sordide affaire. Puis l'hôpital, par l'intermédiaire de la perception me relance. Entre temps, nous avons avec AC ! Découvert que, d'une part les dossiers de l'assistante social n'étaient autre que l'obligation alimentaire des enfants dû aux parents et que d'autre part, selon l'article 205 du code civil, l'aide médicale ne rentre pas dans le cadre de l'obligation alimentaire et ne peut donc pas être exigée des enfants. Le Conseil Général, pourtant censé connaître les textes, tentait en fait de m'escroquer. Il est rappelé à l'ordre par nos soins et je demande confirmation de l'aide médicale qui me sera accordée

    Quelle n'est pas ma surprise, trois mois plus tard, de recevoir un chèque du trésor public d'un montant équivalent au forfait hospitalier. Non seulement j'avais bénéficié de l'aide médicale, donc pas tenu de régler ce forfait, mais en plus je percevais ce montant. Entre nous, il m'arrive d'avoir quelques scrupules, mais là, je n'en ai eu aucun, considérant que j'avais suffisament été victime du système et que c'était un juste retour.

    L'histoire pourrait s'arrêter là, mais non ! 5 ans plus tard, je reçois un courrier de la même trésorerie m'indiquant que j'avais perçu de leurs services par erreur une somme de.... 501 euros. Bien sûr, c'était vrai et je ne pouvais guère le nier, sauf que devinez ? 5 ans, il y avait prescription, au delà de 4 ans. Je ne répond pas à la perception mais celle-ci me relance à peine un mois plus tard, menaçante. Je fais intervenir une amie avocate qui adresse un courrier à la perception et l'affaire est classée.

    Combien de personnes précaires, ne sachant pas se défendre se font arnaquer par le système institutionnel ? Vous qui lisez mon histoire vécue il y a 11 ans, n'hésitez pas à la diffuser à vos amis, parmis lesquels il en est peut-être qui sont victimes de ce système.

     

     

     

     


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  •  Le syndrôme du vendredi

     

     

    Le syndrôme du vendredi

    Mon témoignage ci-dessous date de près de 10 ans. Il est donc très probable que les choses ont changé. Je ne suis pas persuadé que ce soit pour le bien-être des travailleurs, qu'ils soient intérimaires, salariés ou autres esclaves du capitalisme.

     Le syndrome du vendredi

     Après huit ans de travail en intérim ( de 1991 à 1999 ), je crois pouvoir expliquer un peu cette forme d'exploitation moderne qu'est le travail temporaire. Tout d'abord, contrairement à certaines idées reçues, le travail en intérim n'est en général pas un choix librement consenti. Si bon nombre de jeunes ( des moins jeunes aussi ) optent pour cette formule du travail à la carte qui leur donne une illusion de choix et de liberté, beaucoup d'entre eux finissent par être dépassés par la perversité du système.
    Les dérives occasionnées par le recours au travail temporaire sont nombreuses. Le code du travail est peu respecté. Les travailleurs intérimaires étant mal organisés, pas ou peu soutenus par les syndicats de salariés. ( Je crois que des syndicats commencent à s'organiser dans l'intérim !? )
    Cette forme d'emploi touche non seulement l'intérimaire , mais aussi le salarié en CDI qui , sans qu'il en soit réellement conscient, est manipulé par celui qui tire les ficelles : le Patron.
    Sans vouloir généraliser, le regard porté par la " société " sur l'intérimaire est révélateur de l'existence d'une sous classe de travailleurs. Souvent, l'intérimaire est considéré ( très généralement à tort ) comme quelqu'un qui a des problèmes : de stabilité, de qualification, de relation. Ce regard risque bien de changer avec la généralisation de la précarité du travail.
    Le travail en intérim, ou travail temporaire, est sans nul doute l'une des formes de travail précaire la plus destructrice de l'individu. L'intérimaire est victime du " syndrome du vendredi " (*), que j'ai moi-même vécu durant huit longues années. Personnellement, j'ai fini par craquer, " pété les plombs ! ". Tentative de suicide en décembre 1998...grève de la faim en juillet-août 1999.

     (*) Le syndrome du vendredi se traduit par un état obsessionnel de stabilité. La peur de ne pas être repris le lundi. L'incertitude entretenue par le "chef ou le contremaître, l'utilisateur ! " qui vous annonce le vendredi soir, cinq minutes avant la fin de la semaine que vous revenez lundi, ou que vous ne revenez pas ! Sous des prétextes les plus divers et bien souvent qui ne sont pas liés à l'activité, la production et la qualification mais parce que vous avez osé ouvrir votre gueule, avoué votre désaccord sur les conditions de travail.

    Pour ma part, j'ai subi ce genre de traitement pendant 8 ans, chaque vendredi soir et au fil des contrats à la semaine, parfois moins. Avec quelquefois un répit illusoire pour un contrat d'un mois, plus rarement de trois mois...

    En fait, le plus dévastateur, c'est d'avoir parfois travaillé pendant plusieurs mois, avec des contrats renouvelés "chaque semaine", pour le même utilisateur. Donc s'instaure dans l'esprit, au fil du temps, une confiance naïve en l'avenir dans la boîte, la possible " Embauche " et ce malgré l'incertitude entretenue chaque vendredi soir, pendant ces longs mois. Le syndrome du vendredi est moins dévastateur pour les gens qui ont choisi cette voie qu'est l'intérim. Le plus souvent les jeunes, moins soucieux du lendemain...

    Le contrat et la mission.

    Autant dire sans la moindre réserve que, en réalité, le contrat de travail temporaire n'est en fait qu'un morceau de papier qui ne sert qu'à gonfler votre classeur ( à garder cependant précieusement ). Le contrat est adressé le plus souvent en fin de mission. Des contrats ne sont d'ailleurs jamais adressés ! et c'est courant. Le contenu du contrat est généralement conforme aux négociations verbales chiffrées concernant les salaires, les primes, déplacements, etc...Il arrive qu'il n'y a même pas de négociation. Des jeunes sortent parfois d'une vitrine d'intérim sans connaître leur futur salaire !!! Trop heureux de bosser.
    Pour ce qui est des conditions de travail, c'est très souvent tout ce qu'il y a de plus fantaisiste. Définition du poste de travail, qualification, durée, horaires, lieu de travail, outillage, vêtements de travail, sanitaires, vestiaires, réfectoire, tout y passe !
    - Motif de contrat / objet de la mission faux ou erroné.
    - Le travail demandé par l'utilisateur non conforme à la qualification et/ou sans rapport avec ce qui est négocié à l'agence d'intérim, particulièrement dans le bâtiment et en travaux publics...
    - La durée du contrat est purement indicative et souvent d'une grande élasticité.
    - L’horaire du poste occupé est vague, souvent sujet à changement imprévisible.
    - Toujours en BTP, l'utilisateur vous annonce un lieu de travail totalement différent et éloigné, parfois chaque matin ( bonjour la gamelle ou le resto !! ).
    - l'outillage, théoriquement fourni, fait défaut.
    - Les vêtement de travail ne sont que très rarement fournis.
    - Absence de sanitaire, vestiaires inexistants, réfectoires sommaires.
    - Sécurité sommaire, voir inexistante.
    - Etc...

    Le vécu

     En 1991 et depuis 1988, nous traversions  une période difficile. Un drame familial  me conduisait alors à " boucler " ma petite entreprise de travailleur indépendant en dépannage TV...
    Il fallait surmonter, " si possible ", un état dépressif. C'est ainsi que je me retrouvais travailleur intérimaire, non pas par choix, mais parce qu'il fallait bien croûter et faire vivre la petite famille.

    Le travail ne manquait pas en 91, dans la vallée de Tarentaise en Savoie. Entre Albertville et Moûtiers, les agences ( les vitrines ) d'intérim poussaient comme des champignons. Les Jeux Olympiques d'hiver approchaient et les fous du travail pouvaient se défouler. Ce fût mon cas et naïvement je croyais décrocher un CDI. J'avais alors 47 ans et psychologiquement pas très bien, autant dire que j'étais " grillé " pour " l'embauche ". Ce qui n'a pas empêché les utilisateurs de " m'essayer " pendant des mois…des années. " Huit ans " !
    Les missions se succédaient à un train d'enfer. Parfois deux ou trois missions par jour. C'était le déchargement d'un camion, la pause de coffre-fort ( oui oui ), le transport ( le comble ) d'intérimaires sans moyen de locomotion, sur les chantiers ( çà, c'était une des spécialités de RMO...qui n'existe plus aujourd'hui ). Parfois, les missions ne dépassaient pas une heure et heureusement que l'utilisateur était le plus souvent arrangeant et gonflait un peu le temps, histoire de rentabiliser des
    déplacements très longs et coûteux en montagne.
    Les contrats passaient au second plan. Ils étaient le plus souvent remis en main propre " en décalage " à l'agence bien après l'exécution de plusieurs missions. Il m'est très souvent arrivé de recevoir ( ou de me faire remettre ) des paquets de contrats avec plusieurs semaines de retard, alors que la ou les missions étaient terminées, alors que j'avais entre temps bossé pour d'autres boîtes... Et ce jusqu'en 1999...
    Les contrats étaient généralement conformes aux négociations verbales concernant les salaires, primes, déplacements, etc...Mais le plus souvent en contradiction avec l'objet de la mission. Il m'est arrivé ( en travaux publics ) d'accepter un poste qui consistait à régler la circulation alternée, et bien je me suis retrouvé avec un marteau piqueur à casser du béton sur le parvis d'une gare SNCF !  C'était en 1991 à la gare de Moûtiers en Savoie et à quelques mois des jeux olympiques. Bien sûr, le contrat stipulait " manœuvre " ce qui offre effectivement un très large champ de " manœuvres ". De livreur prévu,  je me suis retrouvé manœuvre de chantier, à creuser des tranchées ( pelle et pioche ), là où les engins ont difficilement accès...Je ne prétend pas là que c'était avilissant, mais quelles tromperies. Ca marchait aussi dans l'autre sens : sans aucune qualification en électricité industrielle et bâtiment, j'ai exercé ces activités parfois sans filet ( aussi grâce aux copains plus qualifiés et compréhensifs ).

    J'affirme que le travail en intérim ouvre un champs de compétences que n'ont pas les sédentaires en CDI qui effectuent un travail de «  routine ». Je veux dire que l'intérimaire, tant qu'il n'a pas accès au CDI, doit sans cesse se remettre en question et être " polyvalent ". Ceci pour clouer le bec, comme je l'ai fait parfois à ceux qui se croient bien à l'abri dans leur usine de merde à se prendre pour le nombril de l'atelier. Phénomène plus rare en BTP et où la solidarité existe un peu.
    Dans l'Allier, région de Montluçon, de mai 1992 à juillet 1994, je me suis fait exploiter par une seule société d'intérim et pour un seul utilisateur. Après deux ans " d'essais " et 45 contrats, pas de CDI. Le premier contrat de " Centre Intérim " en date du 18 mai 92, comportait la mention révélatrice : " Tâche occasionnelle précisément définie et non durable "  ça s'est prolongé jusqu'en juillet 94 !! Preuve à l'appui !!
    Pendant cette période, j'ai bossé exclusivement pour Cegelec et je dois dire que sur le plan relationnel avec les  " embauchés ", ce fût positif et grâce à ceux-ci j'ai pu me perfectionner en électricité industrielle. Par contre, les contrats, comme le premier d'ailleurs, étaient bidons. Je me suis rendu compte par hasard que je remplaçais une personne absente ( Congé ), alors que je bossais avec cette personne. C'est fort !! Une simple confrontation des bulletins de salaire suffirait à prouver ce fait. C'est arrivé ailleurs à plusieurs reprises...et ça se produit bien plus que vous pouvez l'imaginer !! ( Il y a là matière à dénoncer ! ). Il m'a fallu plusieurs mois de prudentes négociations pour obtenir une caisse à outils, normalement fournie, puisque le personnel embauché avait cet avantage. Il faut dire que précédemment, ma caisse perso avait été volée, ainsi que celle du copain qui avait une caisse Cegelec. Lui n'avait eu aucun problème pour une autre caisse. Il a fallu ruser pour que j'obtienne le remplacement de la mienne. Il était fréquent de travailler seul sur des chantiers. Comme ce fût le cas à la nouvelle trésorerie de Montluçon, à l'hôpital militaire de Bourges...En électricité et jusqu'à preuve du contraire, c'est interdit. Il  était fréquent aussi de ne pas avoir de sanitaires, à la trésorerie de Montluçon, il fallait se rendre à l'hyper marché situé à plusieurs centaines de mètres. Pour le vestiaire, il fallait le plus souvent arriver en tenue de travail ou se démerder à se planquer pour se changer ( bonjour l'hiver ! ) ou encore enfiler le " bleu par dessus " le reste...Et çà, c'est quasi général en BTP. Sur les chantiers du bâtiment, le port du casque, souvent non fourni est obligatoire. Le conducteur de travaux ( sans casque ! ) vous vire du chantier. Ca m'est arrivé une fois et je ne me suis pas laissé faire. Mais le lundi suivant, je bossais sur un autre chantier pour une autre boîte...!
    A Commentry, près de Montluçon, chez RPNA ( Rhône Poulenc Nutrition Animale )( Quelle merde ! ), mieux vaut ne pas se vanter d'être intérimaire ! ça fait désordre
    quand il y a les visites des huiles. C'est pour ça que CEGELEC m'avait fourni la pancarte ( le bleu de travail avec cegelec écrit dans le dos ). Alors que l'épouse d'un cadre ( très ) supérieur de RPNA était directrice d'une boîte d'intérim locale. Même chose à Montluçon ; Monsieur Patron d'une fonderie des environs et madame directrice d'une boîte d'intérim. Ainsi qu'à St Eloy les mines, entre Montluçon et Clermont Ferrand, la patronne de l'agence ECCO ( ADECCO ) était la femme du patron de Rockool...C'est probablement légal, mais tellement pratique pour le recrutement. Il m'est arrivé d'être appelé 25 minutes avant la prise de poste d'une nouvelle mission. Pour aller bosser à 8 km.
    Disponibilité absolue : si vous ne répondez pas au téléphone après la seconde sonnerie, l'agence d'intérim raccroche et pioche dans le fichier très fourni en général. Des agences d'intérim offrent même actuellement le portable à leurs " esclaves ". Se présenter sur un chantier, ou une usine  pour une nouvelle mission et s'entendre dire que vous n'êtes plus programmé ! J'ai dû vivre ça une dizaine de fois. Une seule fois le chef de chantier s'est démerdé pour me garder la journée, histoire de me consoler...
    A Nogent le rotrou. Réhabilitation du lycée Rémy Belleau pendant les vacances. C'était en 94, j'arrive avec ma caravane à proximité du lycée. Dès le 1er jour, il a fallu que je la dégage sous prétexte que ça faisait " Manouche ". J'ai dû me payer le camping. Je n'avais pas d'indemnité de déplacement, contrairement aux employés de l'entreprise utilisatrice ( Forclum - Evreux ). Quelle ne fut pas ma surprise de voir, quelques semaines plus tard, une caravane d'un électricien appelé en renfort pour terminer le chantier dans les délais. Lui, il n'a eu aucun problème, il pouvait " piquer " le courant au lycée !!

    Nogent-le-Rotrou - Valeo - Adia intérim. ou ma naïveté mise à l'épreuve : Adia me propose, lors d'un " creux " un entretien d'embauche ( en intérim ! ) chez Valeo. J’y cours, confiant car il y aurait une promesse de CDI à la clé. L'entretien se passe bien, détendu, convivial même, manquait plus que les petits fours ! Une semaine passe, rien ! Je demande à Adia et je m'entend dire : " Valeo ne vous a pas retenu parce que le recruteur vous a trouvé nonchalant ! " " Ah bon ?" " Oui, vous avez dit au recruteur que travailler là ou ailleurs..." Quel con, j'avais oublié de dire que Valeo était tout ce qu'il y a de mieux, etc....

    Toujours à Nogent-le-Rotrou, une entreprise d'électricité générale m'avait utilisé, via Adia intérim, quelques semaines pour la rénovation électrique d’HLM. Ceci pour un salaire légèrement supérieur au Smic. Quelques mois et autres missions plus tard, cette même entreprise, avec la complicité de Adia, me propose une nouvelle mission identique, mais avec un salaire revu à la baisse !! Au SMIC. Là, j'ai refusé ! Adia de Nogent-le-Rotrou ne m'a plus jamais repris.

    Dans une petite entreprise ( région de la Ferté Bernard ), je remplaçais une personne " manutentionnaire " en congé maladie. Sauf que je n'ai jamais fait de manutention, mais du câblage d'armoires électriques. Le hic, c'est que j'étais payé comme manutentionnaire, bien vu ! La manœuvre.

    Usine Lebranchu, du groupe SOFEDIT, spécialisé dans la carrosserie automobile industrielle. Environ 500 personnes en CDI. L’effectif intérimaire varie de 300 à 500 personnes. Le système de sélection est simple, inéluctable : Le lundi matin, on peut voir un groupe de 10 à 20 nouveaux intérimaires à qui la visite guidée du site est gentiment proposée. Le délégué à la sécurité est là pour çà ! Le vendredi, sur le groupe, personne ne sait vraiment combien restent et reviennent le lundi suivant, puisqu'ils ont étés soigneusement dispersés à travers le site. La sélection est impitoyable. Le lundi suivant, nouveau groupe de nouveaux intérimaires, avec la même pratique et ainsi de suite pratiquement toute l'année. Ce système qui se pratique dans la plupart des grandes usines, permet de sélectionner rigoureusement les " éléments qui conviennent ". Il y a dans cette usine des intérimaires depuis plus de 5 ans. Il y a dans cette usine, des intérimaires qui n'ont pas pu prendre de congés après 7 ans d'intérim !!! L'un d'eux s'est ( enfin ) révolté, il a eu gain de cause et a obtenu un congé…Définitif . Il a été remercié quelques semaines après son retour de congés.

    Dans une petite unité ( gravure de circuits imprimés ) d'environ 20 personnes, je décroche un CDD de 6 mois ! Comme électromécanicien. Un petit répit. Sauf que là, le vestiaire est unique, mixte. Pour se changer, c'est en présence des copines ! Ou dans les chiottes, pratique... La douche sert d'entrepôt de cartons. Un électromécanicien, ça se salit et ça transpire donc, pas de douche, ou dans la station de traitement des eaux et acides, sous la douche de secours, non cloisonnée et lieu de passage du personnel des deux sexes. Absolument authentique.

    Dernières missions:
    Dans une unité de 110 personnes, il fallait un électromécanicien au service de maintenance, je faisais l'affaire, en intérim et en contrats renouvelés à la semaine, avec promesse de CDI à la clé et à 7 km de chez moi, le rêve ! Très vite, il s'est avéré que je dépassais les capacités professionnelles du chef de l'entretien, de mon chef ! J'ai été remercié après quelques semaines de la manière habituelle. Ce n'est pas la peine de revenir lundi...
    ça vous résonne dans la tête !. Ca fait très..très mal.

    La dernière mission, en mai 99, fut la goutte qui fit déborder le vase. Convoqué ( toujours pour de l'intérim ) dans une usine pour un entretient préalable d'embauche. Je satisfais à l'épreuve. Je commence la mission quelques jours après, une fois n'est pas coutume, je reçois le contrat de Védiorbis  juste avant ! A la fin de la 1ère journée, le chef m'annonce que je ne reviens pas le lendemain. Très surpris, car les choses semblaient bien se présenter, d'autant que le contrat stipulait 5 jours. Je lui demande légitimement pourquoi ? Il me répond d'emblée qu'il n'était pas prévu que je reste plus d'une journée. Le surlendemain, je suis rappelé pour aller au même endroit, après réflexion, je décide quand-même d'y aller. Je travail 3 jours avec chaque soir le :" vous revenez demain " et basta ! Persuadé que cette fois c'est fini. Deux ou trois jours plus tard, nouvel appel " pour la journée " Corvéable à merci ! Là, Je n'ai pas donné suite...Ce fut ma dernière mission,mon dernier boulot de merde, car je n'ai jamais été rappelé. En 8 ans, j'avais tout supporté et à 55 balais, j'étais jeté comme un vulgaire kleenex. S' en est suivi une grève de la faim de 47 jours, j'ai eu la visite de toutes les instances politiques et sociales, avec bien sûr des promesses...J'ai même fait la une de la presse locale, une belle jambe !

    Epilogue

    Lors de mes dernières missions, c'est-à-dire fin 1998...début 1999, j'ai bien pensé engager des actions contre les abus des boîtes d'intérim. J'en parlais autour de moi ( avec mes camarades intérimaires. Je dois dire que je me suis heurté à un total repli. Que je ne condamne pas, évidemment. Après tout, je n'étais pas obligé d'accepter ces missions que je savais merdiques ( même si le plus souvent, je connaissais les clauses des contrats seulement en fin de missions, ou les missions passées ).

    Il faut croire que le souci premier - gagner sa vie - Instinct de survie ? Peur d’être montré du doigt ? Idéologie, dignité par le travail ? Quelle foutaise ! - l'emporte sur toutes les considérations de légalité et de condition de travail. Le patronat sait très bien exploiter cette faiblesse. C'est, et je le déplore aujourd'hui, en tout cas ce qui m'a amené à craquer en 99. A l'évidence, il aurait été plus judicieux de prendre ces problèmes à bras le corps, faire valoir mes droits, plutôt qu'une grève de la faim inutilement destructrice...
    Le fond du problème est là ! Comment faire prendre conscience à toutes celles et ceux qui font un boulot de merde, le plus souvent en toute illégalité. Qu'ils ont des droits. Mais aussi et surtout qu'il faut arrêter de culpabiliser autour de ce culte imbécile du travail.
    Aujourd'hui en pré-retraite ( AER ), c'est facile pour moi de tenir ce discours, que j'aurais dû déjà tenir en somme dès que j'ai commencé l'intérim en 91, quand je marteau piquais...au lieu de...etc...

    Engager des recours aujourd'hui ! Pourquoi pas. Ca mérite réflexion. Le plus difficile étant  de réunir les preuves et surtout les témoignages. Ce serait possible ( mais difficile ) au regard des missions de 98 et 99. Comme je regrette pour les missions de 92/93/94, là, c'était du pain bénit sans le fatidique rétroactif de 5 ans. Pour ce qui est des témoignages, je n'ai gardé aucun lien avec ceux qui trimaient avec moi. Cà, c'est aussi un des aspects du travail en intérim. Le relationnel est très fluctuant tout au long des missions.
    Je me souviens de l'usine " Dunlop Montluçon ". De par ma fonction d'électricien ( toujours intérimaire ), je sillonnais toute l'usine en tous sens chaque jour. Les intérimaires en production et très nombreux, tournaient régulièrement de postes et d'atelier chaque semaine, sous prétexte de polyvalence. Je m'étais rendu compte qu'en fait, c'était d'abord pour empêcher la création de liens...et de contestation dans un milieu très pénible. C'était aussi un moyen de contourner et de modifier à loisir les contrats hebdos...Eviter la répétition du même poste par le même individu qui, semaine après semaine, obligerait l'employeur à embaucher...Cette pratique est courante dans la plupart des usines ( je me répète ).
    Déconnecté du travail depuis mai 99. Je ne sais donc pas avec certitude ce qui se passe, si ce n'est que le travail en intérim se généralise ( + 5 % de juin 2001 à juin 2002 si mes sources sont fiables ). Il paraît que les choses ont évoluées sur les conditions de travail des intérimaires et la légalité de leurs contrats. Je demande à voir. Je reste persuadé que l'on rend les précaires plus facilement réceptifs au conditionnement, donc à l'acceptation. Il suffit de flâââner dans les ANPE pour se demander si on est pas plutôt derrière les vitrines de l'intérim. Le PAP est un outil fait pour ça ! Je me trompe ?

    Je voudrais ajouter encore ceci : Lorsqu'en 98/99, à 55 ans, alors que je ne travaillais plus, que je sombrais dans la dépression, que j'étais jeté de partout, mais aussi sans doute devenu trop « fainéant » pour ne plus accepter des boulots de merde dans n'importe quelles conditions et à bas prix, les jugements sournoisement portés sur moi par les institutions, des voisins, des membres de ma propre famille, ont beaucoup contribués à me faire descendre...Ceci comme bon nombre d'actifs, d'intérimaires naïfs et possédés par cette culture forcenée du travail salarié imposée par le capitalisme. Pour ne servir que le capitalisme.

    Je dédie ce témoignage à tous les intérimaires.

     Marcelin.

     

     

     


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