• De Maïak à Tchernobyl, la « guerre » radioactive : une liquidatrice témoigne

    Un témoignage qui, 30 ans après la catastrophe de Tchernobyl, démontre l'horreur du nucléaire. Ici les pratiques de l'ex URSS dans ce domaine.

    La folie humaine est sans limite.

    Gaulois.

     

     

    Entretien avec Natalia Borisovna Manzurova

    Par Natalia Borisovna Manzurova, Tatiana Kasperski et Sezin Topçu

    16-09-16 http://mouvements.info/de-maiak-a-tchernobyl/

    Natalia Borisovna Manzurova est l’une des rares liquidateur.ices encore en vie de Tchernobyl. À ceux/celles qui s’étonnent qu’elle se porte bien malgré l’épreuve du passé, elle répond : « La radioactivité m’a gelée ». Issue d’une famille de travailleurs nucléaires, Natalia Manzurova est née en 1951 à Tcheliabinsk 40 (rebaptisée Oziorsk après 1994), ville secrète de la région de Tcheliabinsk où fut construite la première usine de production de plutonium soviétique à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Elle a six ans lorsque l’accident nucléaire de Maïak (aussi appelé accident de Kychtym) frappe sa ville le 29 septembre 1957 et contamine de manière durable la région de l’Oural. Après des études de génie mécanique à Tcheliabinsk, puis de radiobiologie à l’Académie d’agriculture Timiriazev de Moscou, Natalia Manzurova entre en 1978 à la Station expérimentale de recherche scientifique (ONIS) du complexe nucléaire Maïak. La mission principale de l’ONIS consiste alors à mettre au point des méthodes et outils de décontamination et de résilience « durables », en vue de permettre le « retour à la normale » de cette zone de l’Oural fortement radioactive. Quand l’accident de Tchernobyl survient en 1986, cette expertise, dont Natalia Manzurova et ses collègues détiennent le monopole, est fortement mobilisée pour la « liquidation » des conséquences de la catastrophe. Natalia Manzurova exerce dans la zone interdite de Tchernobyl entre 1987 et 1991. Elle revient par la suite à Maïak, où elle travaille encore deux ans en tant qu’ingénieure constructeure, avant d’être contrainte à une retraite d’« invalidité » à l’âge de 42 ans. À partir des années 1990, elle milite à Oziorsk au sein de la branche locale de l’Union Tchernobyl de la Russie, qui défend les droits des liquidateurs, et ensuite au sein de l’association Planète des Espoirs, une ONG d’Oziorsk mobilisée en faveur des victimes de la catastrophe de Maïak. Jadis scientifique, mère célibataire et potentielle victime, Natalia Manzurova devient donc tour à tour décontamineur, « homme », malade, guerrière, activiste. À travers sa trajectoire, ce sont les conditions de vie tantôt avantageuses tantôt moyenâgeuses que le nucléaire, civil comme militaire, a dictées à toute une génération d’hommes et de femmes qui se donnent à voir. De Maïak à Tchernobyl, on ne croise pas seulement des territoires entiers transformés en déchèteries, mais aussi des vies entières brisées à l’infini.

    Mouvements : L’accident de Maïak est la première catastrophe nucléaire de l’histoire, gardée secrète pendant plus de trois décennies[1]. Quand il survient, vous avez 6 ans. Vous avez en quelque sorte grandi dans la catastrophe. Comment avez-vous vécu cela de l’intérieur ?

    Natalia Borisovna Manzurova (N.B.M.) : Je fais partie de la première génération des « travailleur·se·s de l’atome » (atomchtchiki) mais aussi des « enfants d’iode ». On nous appelle « la génération iode », nous qui sommes nés avant 1960. Jusqu’aux années 1960, il n’y avait pas de capteurs d’iode dans les installations nucléaires, donc les populations, et surtout les enfants, ont inhalé beaucoup d’iode radioactif. Ce n’est qu’à partir du début des années 1960 que les autorités ont commencé à filtrer l’iode. À l’époque tout était secret, mais on savait qu’il y avait des travailleur·se·s qui étaient très irradié·e·s suite à l’accident de Maïak. Il·elle·s ont été relogé·e·s à Obninsk[2], Krasnodar, Dimitrovgrad ou encore à Tchernigov en Ukraine. L’usine de production de plutonium n’a pas été arrêtée. Beaucoup de familles, ami·e·s de mes parents, sont parti·e·s. Après l’accident de Maïak, on n’a rien dit aux gens, mais ma mère était dosimétriste, donc elle savait. Elle devenait folle, par exemple quand, enfante, il m’arrivait de mettre une fleur dans la bouche au printemps. En hiver, quand les branches étaient couvertes de glace, les enfants les suçaient, ma mère les grondait. Elle ne m’autorisait pas à courir pieds nus. Quand je suis devenue mère moi-même, lorsque je sortais avec mon bébé, elle me disait de prendre telle route plutôt que telle autre, plus contaminée.

    M. : Y a-t-il eu beaucoup de morts précoces ou de maladies autour de vous ?

    N.B.M. : À Maïak, ceux·lles qui travaillaient dans les sites de production étaient en grande partie des hommes. La plupart sont morts avant l’âge de 50 ans. Le cimetière là-bas est impressionnant. Il y a aussi toute une partie « enfants ». Les enfants ont décédé en très grande quantité. J’ai constaté aussi qu’il y avait dans la ville beaucoup d’enfants trisomiques.

    M. : Qu’en est-il des risques sanitaires subis par vos parents ? Ont-il·elle·s été surveillé·e·s ?

    N.B.M. : Après Tchernobyl, je suis venue au bureau de la direction de l’usine et j’ai vu le chef du service de dosimétrie où travaillait ma mère. Il avait un gros cahier devant lui. Et il m’a demandé : « T’as envie de voir les doses reçues par tes parents ? » J’ai regardé. Mon père, qui travaillait dans un des réacteurs en tant que mécanicien, avait au total reçu 600 Röntgen, et ma mère 400. Normalement, au-delà de 100 Röntgen, il·elle·s auraient dû être relogé·e·s. Il y a une expression chez nous, on parle de « brûler » le·la travailleur·se. Cela veut dire qu’on le garde, quand bien même il a dépassé la dose admissible. C’est une manière d’éviter d’irradier beaucoup trop de monde. À Tchernobyl aussi, au début, les liquidateur·rice·s étaient envoyé·e·s sur place temporairement et, ensuite, pour limiter d’irradier trop de personnes, on les rendait permanent·e·s. Cela relevait de cette idée de « brûler ». Ma mère est morte en 1991, à l’âge de 63 ans, d’un cancer de l’estomac. À l’époque, on n’avait même pas la catégorie de maladie professionnelle. La seule législation qui venait d’être adoptée concernait les Tchernobyliens.

    M. : Il n’y a pas que l’accident de Kychtym qui a dévasté la région de l’Oural. La rivière Tetcha a déjà été très fortement contaminée auparavant[3]. Quelles en furent les conséquences ?

    N.B.M. : C’est une grosse affaire qui concerne encore aujourd’hui quatre villages qui n’ont pas été relogés. Nous avons créé l’ONG Planète des Espoirspour entre autres exiger que cette rivière soit reconnue comme une déchetterie nucléaire. On a demandé qu’un sarcophage soit construit autour, que son lit soit déplacé ou qu’elle soit mise dans des tuyaux. Mais nous n’avons pas été entendu·e·s. On nous a accusé·e·s d’être des « agent·e·s de l’étranger ». Les mesures prises sont insignifiantes. Il·elle·s mettent du sable au bord de la rivière pour, soi-disant, décontaminer. C’est un chantier permanent, donc un travail permanent, ça permet de faire tourner un business de construction, qui est la porte ouverte à de multiples corruptions. De plus, les autorités disent : « Si vous nous permettez de stocker des déchets radioactifs à Maïak, avec l’argent qu’on obtiendra, on pourra réhabiliter la rivière[4] » ! Il y a donc un chantage.

    M. : Vous avez malgré tout opté pour une carrière dans le nucléaire. Pourquoi ?

    N.B.M. : En 1977, mon mari m’a quitté, notre enfant avait alors huit mois. J’ai une formation d’ingénieure mécanicienne. Je devais trouver un travail. Après l’accident de Maïak, on avait mis en place deux instituts de recherche : la Station expérimentale de recherche scientifique, chargée d’étudier l’impact de la contamination radioactive sur l’environnement, et l’Institut de biophysique de Tcheliabinsk, avec une filiale à Oziorsk, qui s’occupait des conséquences sur la santé humaine. J’avais une amie qui travaillait à la Station. En 1978, j’y suis entrée aussi pour travailler d’abord dans la partie non secrète. Puis un an après, on m’a envoyé à Moscou pour une formation en radiobiologie. À mon retour en 1979, j’ai commencé à travailler dans la partie secrète, et ce jusqu’en 1987.

    M. : Quel type de recherche meniez-vous ?

    N.B.M. : Je travaillais sur la manière de faire de l’agriculture sur un territoire contaminé. Cette recherche était lancée dans le cadre de la préparation à la guerre nucléaire. J’avais des serres construites sur le site de Maïak. On plantait à ciel ouvert sur les territoires contaminés, et on faisait le contrôle dans les serres, en milieu confiné. Dans les serres, on isolait les plantes de la terre, en les faisant pousser dans une solution chimique spéciale. On utilisait aussi l’eau contaminée venant du réacteur – c’est-à-dire l’eau de refroidissement – pour y faire pousser des algues. On les donnait ensuite aux vaches. En fait, elles donnaient plus de lait avec ça ! C’est qu’en hiver, normalement, elles mangent de la nourriture sèche. Avec ces algues, elles étaient mieux nourries. On parvenait ainsi à obtenir des veaux en « bonne santé ». C’était notre travail, notre but.

    M. : C’était donc une science au service de la résilience nucléaire. Y avait-il des recherches menées sur les impacts sanitaires également ?

    N.B.M. : La recherche épidémiologique était l’une des missions principales de l’Institut de biophysique de Tcheliabinsk et de sa filiale d’Oziorsk. Elle portait sur le personnel du site, sur les habitant·e·s ainsi que sur les riverain·e·s de la rivière Tetcha. Beaucoup d’expériences ont également été menées sur des souris, des chats, des lapins. Des études existent donc depuis longue date mais ne sont pas communiquées. Les conséquences catastrophiques de la contamination radioactive sur la santé ne sont jamais reconnues à l’international non plus. J’ai souvent posé la question aux expert·e·s : « Vous étudiez en permanence ces effets, vous recevez les gens à l’hôpital une fois par an, vous menez des examens systématiques, alors, vos résultats ? ». Pas de résultat. Des médecins disent devant d’autres médecins qu’il y a des leucémies, des cancers, des problèmes, mais ça s’arrête là. Les gens continuent à y vivre. Dire les conséquences n’arrangerait personne, surtout en ce temps de « renaissance du nucléaire » en Russie.

    M.: En 1986, quand l’accident de Tchernobyl survient, Moscou se tourne vers votre Institut pour la liquidation des conséquences de la catastrophe. Comment se déroule la suite ?

    N.B.M. : Nous étions à l’époque les seul·e·s spécialistes de la contamination permanente et à grande échelle. Et quand les premiers échantillons de Tchernobyl sont arrivés, notre dosimétriste ne pouvait même pas s’approcher de ces échantillons tellement ils étaient contaminés, alors même qu’ils venaient de traverser tout le pays en voiture. La première année (1986), une partie du personnel du laboratoire de Maïak a régulièrement été envoyée sur place. Puis, au bout d’un an, il·elle·s ont décidé de le garder de façon permanente. L’État a proposé qu’on construise sur place un institut de recherche identique au nôtre. Il·elle·s ont ainsi sélectionné un spécialiste de chaque domaine. Moi j’étais spécialiste de l’agriculture, d’autres de la santé humaine, etc. Puis sont arrivés les télégrammes de Moscou nous annonçant notre nouveau lieu de travail. À l’époque, on appelait cela le « transfert volontaire obligatoire ». Quand on vous transférait quelque part, il fallait y aller dans les délais impartis, sinon votre ancienneté n’était plus comptée. Vous pouviez même être licencié·e tout court, pour « manquement très grave ». C’était l’article 33 du Code du travail. Et puis, ensuite, plus personne ne vous embauchait.

    M. : Vous étiez donc forcée d’aller travailler à Tchernobyl ?

    N.B.M. : En fait, avec du recul, il faut dire que je n’étais pas complètement obligée d’accepter ce départ. J’aurais pu mettre en avant le fait que j’étais mère seule, et il·elle·s auraient, je pense, accepté. Mais comme ma mère savait qu’il s’agissait d’un désastre, qu’elle-même avait servi toute sa vie avec l’idée d’un devoir professionnel, elle m’a proposé de garder ma fille. Et je considérais, comme elle, que c’était mon devoir professionnel que d’y aller. Un peu comme pour les pompiers en cas d’incendie, les médecins en cas d’épidémie… Par ailleurs, il y avait un certain niveau de radioprotection là où l’on travaillait, avec des portiques, des dosimètres, etc., donc je pensais qu’on savait faire.

    M. : Vous êtes arrivée à Tchernobyl en août 1987, avec une dizaine de collègues scientifiques. Y avait-il d’autres femmes à part vous ?

    N.B.M. : C’était tous des hommes à part moi. Et ils sont tous morts, sauf moi. Il y avait aussi des technicien·ne·s du laboratoire qui sont venu·e·s, une dizaine également si je ne me trompe, on comptait plusieurs femmes parmi eux·lles. Les techniciens hommes sont tous morts aussi. Les femmes non. À Pripiat, nous étions les seuls personnels scientifiques à rester sur place de façon permanente. D’autres scientifiques, d’autres instituts, biélorusses ou autres, furent envoyé·e·s aussi, mais pour des missions courtes. Nous avons construit, dans la ville évacuée de Pripiat, notre petit laboratoire, sur les décombres d’une école maternelle. À plusieurs reprises, on a voulu fermer notre laboratoire, car l’idée était de liquider les conséquences et de redémarrer les réacteurs. Ils disaient qu’il n’y avait pas besoin de science. Et nous, on disait que notre mission n’était pas de faire de la science, mais d’avoir une utilité pratique.

    M. : Quelle était votre contribution pratique à la gestion de l’après-catastrophe ?

    N.B.M. : On a par exemple utilisé une machine spéciale, une charrue, que nous avions mise au point à Maïak, pour labourer le champ. Elle enlevait deux centimètres de surface du sol et le remettait à soixante centimètres de profondeur. Ainsi, si on devait planter quelque chose, les racines n’allaient pas être atteintes par la radioactivité. Et pour des plantes ayant des racines plus longues, on a ajouté une corde à la machine, corde qui coupait ces racines au-delà de soixante centimètres. On a proposé aussi de planter à grande échelle du maïs, du tournesol, car ils absorbent la radioactivité. L’idée était de les arracher ensuite, puis de les enfouir. Mais toutes nos propositions n’ont pas été acceptées par l’administration. En fait, il y avait un gros budget réservé à la liquidation des conséquences de Tchernobyl. Pour bénéficier de ce budget, les cadres montaient des opérations, pas forcément efficaces, mais qui rapportaient de l’argent. Concernant par exemple la « Forêt rousse[5] », mon Institut a proposé de la garder en tant que telle. Parce qu’elle était sur un sol sablé, et retenait le sol. Mais un cadre a poussé pour la raser car cette opération apportait beaucoup d’argent. Il y avait bien sûr aussi des controverses sur la façon de procéder au mieux, dans l’urgence. Certain·e·s proposaient par exemple juste de planter de l’herbe, alors qu’on disait « purifions d’abord le sol avant de replanter ». Nous avons par ailleurs fait des propositions en vue de permettre l’élevage de poissons dans la zone. Tout ça, c’était ce que nous savions faire, ou en tout cas ce sur quoi nous étions habitué·e·s à travailler à Maïak. Mais l’idée de l’État, à l’époque, n’était pas forcément de rétablir l’agriculture, la pêche, etc.

    M. : Comment la « zone » de Tchernobyl a-t-elle été encadrée ?

    N.B.M. : La zone de trente kilomètres était entourée de barbelés électriques. Il y avait un point de contrôle strict à Tchernobyl, puis un autre à Pripiat. Les travailleur·se·s avaient un pass. Et ceux qui pouvaient entrer à Tchernobyl ne pouvaient pas forcément passer à Pripiat. Mais, aux alentours, les riverain·e·s trouvaient toujours un moyen d’y pénétrer. Nous avions nous-mêmes creusé un tunnel pour aller dans les villages d’à côté, pour avoir un peu de liberté… On ne pouvait pas sortir facilement sinon. On était tout le temps surveillé. La sortie légale, c’était une fois tous les quinze jours.

    M. : Était-il avantageux de travailler dans la « zone » à la fin des années 1980 ?

    N.B.M. : Les salaires dans la « zone » étaient très élevés. En temps normal le salaire d’ingénieur·e ne dépassait pas 120 roubles. Quand j’ai été envoyée à Tchernobyl, je n’ai pas demandé ce qu’allait être mon salaire. J’ai reçu 1 500 roubles par mois ! Il y avait également des missions ponctuelles, payées cinq ou dix fois un salaire mensuel si elles étaient particulièrement dangereuses.

    M. : Où viviez-vous précisément ? À Tchernobyl ou à Pripiat ?

    N.B.M. : Personne ne dormait à Pripiat. Les liquidateur·rice·s étaient installé·e·s à Tchernobyl. Les soldat·e·s dormaient dans des tentes. Les « civil·e·s » étaient placé·e·s dans des résidences abandonnées, qu’on a transformées en dortoirs. On les a décontaminées, nettoyées un peu, puis on s’y est installé. Elles étaient pour l’essentiel équipées de meubles récupérés sur place, ceux qui étaient utilisables après la décontamination. J’étais cadre, mais je dormais aussi dans un dortoir, avec plusieurs autres femmes. C’était du luxe quand même par rapport, par exemple, aux cuisinières, qui dormaient dans des dortoirs très peuplés, devaient se réveiller à 4h30 du matin pour préparer les repas, etc. À Tchernobyl, il y avait une cantine et un hôpital.

    M. : Et votre laboratoire ?

    N.B.M. : Notre « labo » était à Pripiat. Nous nous sommes installé·e·s dans les locaux d’une école maternelle évacuée. Avant la « guerre », je veux dire avant Tchernobyl [rires], on avait construit quatre serres à Pripiat, d’après la technologie hollandaise. On y faisait pousser des plantes hors-sol, ça s’appelle la culture hydroponique. Bien sûr, avec l’accident, tout ça était contaminé. Je travaillais à élaborer une technique pour décontaminer tout ça. On a aussi mis en place une ferme avec des porcs, des vaches, plus une ruche. On avait jusqu’alors travaillé avec l’atome militaire, on voulait voir ce que ça donnait avec l’atome civil. On a appris qu’il n’y avait pas de différence : civil·e ou militaire, c’était pareil ! J’ai travaillé un an dans ce laboratoire, dans la division de décontamination et de remise en culture, en tant qu’ingénieure principale. Ensuite je suis devenue ingénieure de la division s’occupant de l’enfouissement de déchets.

    M. : Comment avez-vous procédé pour prendre en charge les déchets de Tchernobyl ?

    N.B.M. Les déchets de haute activité étaient emmenés en voitures plombées, on les enfouissait pas loin de Pripiat. Pour l’enfouissement, toutes les machines étaient dirigées à distance. C’était des machines importées de l’étranger. Les voitures qui transportaient des déchets de moyenne activité ou d’autres voitures et bus qui circulaient dans la zone devaient être décontaminés régulièrement. On avait des points de « traitement sanitaire » pour ces machines. Concernant les voitures très contaminées, et abandonnées, une machine les écrasait les pressait les unes sur les autres, puis on mettait du béton dessus, puis de l’herbe. Les soldats lavaient les routes, les maisons ; ils enlevaient les couches supérieures du sol et ramenaient les débris aux sites d’enfouissement des déchets. À côté des villages, on creusait des trous, on y mettait tout ce qu’il y avait à détruire. Beaucoup de personnes ont travaillé à ces tâches.

    M. : Et quel fut le sort des objets personnels contaminés ?

    N.B.M. : Lors de ma première année à Tchernobyl, nous avons eu pour mission d’inventorier tous les objets personnels et meubles dans les habitations abandonnées. Les dosimétristes les mesuraient. Ceux qui étaient propres ou récupérables, des lits, etc., étaient distribués aux paysan·e·s des alentours. Ceux qui étaient classés « non utilisables » devaient être enfouis. Les soldat·e·s venaient, prenaient un drap et balançaient ces objets dans des camions stationnés au-dessous des fenêtres. Pour accomplir cette mission, on se déplaçait en bus. On l’appelait « bus pleurant » parce que, parmi les employé·e·s, parmi nous les liquidateur·rice·s, nombreux·ses étaient ceux·lles qui étaient d’ancien·e·s habitant·e·s. Il·elle·s devaient cataloguer leurs propres objets comme déchets, et puis pleuraient quand il·elle·s voyaient qu’ils étaient balancés de la fenêtre pour finir dans la déchèterie.

    M. : Les animaux étaient également contaminés. Qu’est-ce qu’ils sont devenus ?

    N.B.M. : À Tchernobyl, dans les villages, il a fallu tuer tous les animaux puis les enterrer. Mais beaucoup d’animaux se sont évadés. Lorsque nous avons décidé de créer une ferme expérimentale, on nous a fourni un hélicoptère et nos gars sont partis chercher ces animaux. Ils ont trouvé des vaches, qu’ils ont enfermées dans un enclos. Il·elle·s y ont également enfermé un bœuf qui n’a pas voulu y rester et a défoncé la clôture. Tout le troupeau l’a suivi. Cela faisait un an qu’ils étaient en pâturage sauvage. Des chiens se sont croisés avec des loups en se transformant en des animaux terribles, avec des allures de loup. Il n’était pas possible de se promener seul·e le soir, ils pouvaient encercler et attaquer. La rage s’est propagée. Il y avait beaucoup de renards, des renards enragés attaquaient les soldat·e·s qui vivaient dans des tentes, ils les mordaient au cou. La rage était également fréquente chez les sangliers.

    M. : Et concernant les plantes, on sait aujourd’hui que certaines d’entre elles ont subi de fortes mutations. Quelles sont vos observations de première main là-dessus, en tant que scientifique ?

    N.B.M. : Nous observions des mutations à la fois chez les plantes et chez les animaux. Surtout au printemps, qui est un moment de grande vulnérabilité, les conifères sont des plus vulnérables. Comme ils ne se défeuillent pas, la radioactivité dans les aiguilles continue d’agir. Un exemple de mutation des conifères est ce qu’on appelle le « balai de sorcière » : la branche ne pousse plus en longueur, à la place de cela, plusieurs rameaux s’y développent à partir d’un même point, à l’horizontal.

    M. : Vous avez aussi évoqué lors de certaines de vos conférences publiques un phénomène de momification des corps. Pouvez-vous préciser de quoi il s’agit ?

    N.B.M. : J’ai souvent parlé du cas d’un chien qu’on avait trouvé à l’école maternelle où mon labo s’est installé. Il était à moitié aveugle, sa peau était détruite. Nous avons dû le chasser, c’était en automne 1987, et nous avons retrouvé plus tard son corps momifié à l’hôpital abandonné de Pripiat. Dans le même hôpital toujours, un jour du printemps 1988, un professeur de l’Université de Kazan en mission à Pripiat m’a demandé d’enlever l’alarme. Il voulait y chercher un récipient dont il avait besoin pour stocker de l’eau radioactive. Nous sommes allés dans le service de gynécologie. Il y avait une cuve, j’ai enlevé le couvercle et j’ai vu des corps de « bébés », de fœtus couleur chocolat, avec des petits bras, petites jambes, des nombrils. Ces fœtus avaient peut-être 7-8 mois. Ensuite le professeur a crié de la salle d’opération : « Viens voir ! » Il m’a montré des embryons dans la boîte des instruments. Nous avons laissé la cuve, nous sommes allés dans le service pédiatrique et c’est là que nous avons vu ce chien, mi-couché, mi-assis sur un lit d’enfant. Son corps ne s’est pas non plus décomposé, il a été momifié. Nous sommes parti·e·s, il m’a rappelé plus tard pour vider la cuve. Nous avons pris un chauffeur, une pelle et nous avons fait une tombe improvisée pour les fœtus et les embryons. Nous avons laissé une marque, mais je ne dis à personne laquelle, on ne sait jamais. J’ai compris rétrospectivement que certaines doses de radiation tuent des bactéries qui participent à la décomposition de la chair.

    M.: Revenons maintenant aux corps irradiés des liquidateur·rice·s. Pour commencer, pouvez-vous nous décrire les conditions de travail à Tchernobyl ?

    N.B.M. : Les ouvrier·ère·s travaillaient quinze jours, puis avaient quinze jours de repos. Pour les supérieur·e·s, c’était vingt jours, puis dix jours de repos. Il y avait cette rotation. Donc au bout de quinze jours, c’est l’équipe suivante qui reprenait les lits du dortoir. Au travail, on mettait des habits spéciaux. Le plus souvent des habits militaires. Mais c’était pour les supérieur·e·s, les cadres. Pour les autres, c’étaient de simples habits de travailleur·se·s du bâtiment. Après le rappel des troupes soviétiques de l’Afghanistan, on nous a massivement distribué leurs habits. On avait également des masques sur le visage, faits en « tissu de Pétrianov » : une couche de gaze à l’extérieur, une sorte de ouate de coton à l’intérieur. C’était les mêmes que celles portées par les travailleur·se·s des centrales. Des années plus tard, lors d’une conférence publique à Moscou, un employé a parlé de ce « tissu de Pétrianov ». Il a raconté qu’il y a eu au début tout un lot défectueux qui devait être jeté. Mais un affairiste aurait revendu le lot défectueux à l’administration de la zone. Je me suis alors souvenue que nous avions arrêté de porter les masques à un moment, car le tissu se transformait en bouloches, on avait l’impression d’inspirer des trucs chimiques. Quand on a reçu un lot de masques normaux, on a commencé à les porter à nouveau. On portait également des dosimètres individuels que l’on devait rendre aux postes de contrôle une fois le travail terminé. Mais ma mère m’avait expliqué que ces dosimètres avaient un seuil et n’enregistraient pas les doses au-dessus de ce seuil. Et qu’ils ne prenaient pas en compte toute l’exposition interne. À plusieurs reprises, j’ai réclamé qu’on me donne des « crayons », qui sont des appareils permettant de mesurer le rayonnement en temps réel. J’aurais pu ainsi calculer la dose absorbée. Mais on ne m’en a pas donné. Nos doses et notre santé ont été classifiées.

    M. : Comment les maladies ou les problèmes surgis sur place ont-ils été pris en charge ?

    N.B.M. : Il y avait un bureau médical auquel on s’adressait si l’on avait des problèmes. Ce n’est qu’en 1987 qu’il·elle·s ont créé une polyclinique et que l’on a commencé à faire des analyses. Plus tard, des instituts de médecine spécialisés ont été créés en URSS. Ceux·lles qui sont restés travailler dans la zone plus d’une année ont été inclus·es dans un groupe d’observation expérimentale. Au bout de trois périodes de travail dans la zone, donc tous les trois mois environ, on devait faire des analyses et voir tous les médecins. C’est ainsi que l’on a diagnostiqué ma tumeur à temps. C’est le médecin traitant sur place qui effectuait ces tests, mais les résultats arrivaient chez les médecins en chef, qui eux les transféraient aux médecins de recherche. Les résultats complets n’étaient donc pas donnés à mon médecin traitant, ni à moi, ils partaient directement chez les scientifiques. Et quand il y avait des gens qui tombaient réellement malades, on les envoyait à l’hôpital de Kiev par exemple.

    M. : Y avait-il des dispositifs permettant aux liquidateur·rice·s de réduire le risque subi ?

    N.B.M. : J’ai élaboré à Tchernobyl tout un cours intitulé « Radioactivité pour les nul·le·s ». J’apprenais aux hommes comment faire pipi ! Eux, ils font pipi puis se lavent les mains. Alors qu’il faut faire l’inverse. Et aussi apprendre à fumer la cigarette autrement. Se laver les mains d’abord. Idem, avant d’ouvrir une bouteille, il faut se laver les mains. J’apprenais aussi aux travailleur·se·s comment préparer un petit sac à emporter avec soi en cas d’évacuation urgente.

    M. : L’exposition à la radioactivité avait-elle des effets directs ou immédiats, d’après vos observations et votre propre expérience de travail ?

    N.B.M. : Fatigue, faiblesse, envie de dormir… À Tchernobyl, au début, on ne comprenait pas ce que c’était, les effets de radiation. Mais quand on mangeait, le repas ne suffisait pas pour longtemps, le métabolisme était beaucoup trop rapide. Après la manipulation des échantillons, on avait le sang qui coulait du nez, ainsi que la diarrhée. Notre immunité avait baissé, on avait souvent la grippe. À l’école maternelle où l’on travaillait, il y avait une pièce avec des matelas par terre. Les malades restaient là pendant que les autres travaillaient. Tout cela c’était la « norme » quand j’étais à Pripiat. Lorsque je rentrais à la maison, je dormais tout le temps. J’ai aussi observé que la radioactivité agit sur la potence sexuelle. Des hommes sous mon autorité étaient nombreux à me prier de leur permettre d’aller voir leurs femmes rien que pour une nuit. Un jour, un technicien de laboratoire, âgé de 60 ans, m’a avoué qu’il n’arrivait pas à tenir quinze jours, qu’il voulait rentrer exceptionnellement chez lui pour retrouver sa femme. J’étais étonnée. Ensuite, j’ai observé aussi qu’il y a une autre phase liée à l’irradiation, c’est la phase d’impuissance sexuelle. Elle n’est pas forcément définitive. Les gens se faisaient traiter moyennant des médicaments prescrits à l’hôpital. Cela dit, à force d’un couplage stress-radiation-fatigue-alcool, il arrive aussi que ça devienne permanent. Tout cela a détruit beaucoup de familles. Tellement que ma chef comptable à Tchernobyl se plaignait car toutes les familles divorçaient, et ça lui créait du travail supplémentaire.

    M. : Vous avez, tout à l’heure, qualifié Tchernobyl de « guerre ». Pouvez-vous y revenir ?

    N.B.M. : Les liquidateur·rice·s disent souvent « j’ai été en guerre ». Même si on n’a pas annoncé officiellement une situation de guerre, tout le fonctionnement en relevait. Pendant le combat, vous devez obéir. Là-bas, c’était pareil. Même en cas de petites infractions, les gens pouvaient être renvoyés. Il y avait aussi une grosse interdiction sur l’alcool. La vodka, on la donnait seulement à ceux·lles qui effectuaient des tâches très difficiles, sur le sarcophage par exemple, de même que lors d’une bataille on la donnait aux moments critiques, lors d’une attaque, etc. Toutes les opérations étaient décidées par l’état-major comme en cas de guerre. Dans cet état-major, il y avait des gens du gouvernement, des responsables de la zone, des académicien·ne·s et des représentant·e·s de l’armée. Et les soldat·e·s étaient vraiment séparé·e·s de nous. Il·elle·s vivaient dans des tentes, il·elle·s ne vivaient pas avec nous. En plus des soldat·e·s, il y avait des officiers des troupes de forces chimiques déployés sur place. Quand ces jeunes officiers arrivaient, il·elle·s me voyaient, jeune femme à responsabilité, et il y en avait toujours un qui me faisait la cour. Ensuite, quand il·elle·s voyaient que ce n’était pas possible, il·elle·s me prenaient sous leur protection. Une femme dans la zone ne pouvait pas vraiment se déplacer toute seule. D’ailleurs les hommes travaillant dans la zone avaient pour la plupart leurs femmes sur place, en plus de leurs femmes officielles. Et l’administration facilitait cette organisation. Ils obtenaient ainsi des résidences plus grandes, etc. Il était très dur pour une femme seule de travailler dans la « zone », elle était très vulnérable. Pour finir avec le caractère guerrier de la vie sur place, tout le quotidien était géré, entièrement. On était nourri, logé. On n’avait qu’à travailler. Et c’était un travail très dur, pénible. Au bout d’un moment, on en arrive à oublier les simples réflexes du quotidien. Moi j’ai complètement changé après la « guerre ». Avant, j’aimais bien m’habiller, prendre soin de moi, travailler pour acquérir des choses par exemple matérielles. Après, tout cela est devenu mineur. Je n’ai même plus eu envie de mettre une jupe. J’ai compris que tout ce qui comptait, c’était la famille, la santé, et le reste n’avait plus aucune importance. On me dit : « Tu es une victime de Tchernobyl ».

    M. : Vous êtes, en réalité, une victime de Tchernobyl au sens plein. De quelle manière le travail dans la « zone », et plus généralement dans la radioactivité, a-t-il détérioré votre santé ?

    N.B.M. : Mes ami·e·s rigolent souvent quand on se voit : « Tu as travaillé seize ans dans tout ça, et tu te portes bien. » Moi je réponds : « Parce que la radioactivité m’a gelée »… C’est vers le printemps 1988 que mes soucis sont apparus. J’ai commencé à avoir mal à l’estomac, au foie. En hiver, je me suis retrouvée à l’hôpital de Puchtcha-Voditsa, situé dans une banlieue de Kiev. J’y ai rencontré d’autres victimes, dont un jeune homme semi-paralysé qui avait fait partie de la garde des forces de l’ordre mobilisées sur le site pendant les premiers jours suivant l’accident. Il était devenu un « légume ». Au printemps 1991, j’ai été opérée d’une partie de la tyroïde. En septembre de cette année, ma mère est décédée. J’ai alors commencé à lire les lettres que je lui avais écrites au cours des années, et j’ai réalisé que j’avais oublié pas mal d’événements que j’y décrivais. Cette année-là, j’ai souffert de la perte de mémoire à court terme. J’ai lu après que, d’après la littérature médicale, c’était l’une des conséquences de l’irradiation, couplée à la fatigue et au stress. Je suis rentrée définitivement à la maison au tout début 1992. Et on m’a embauchée sur le site de Maïak en tant qu’ingénieure de construction. C’est à cette période que j’ai commencé à avoir des malaises étranges, je ne pouvais plus marcher, j’avais mal à la plante des pieds. Ensuite j’ai eu de très forts maux de tête. Mais je m’efforçais à travailler. Et puis il y a eu une avarie dans un atelier sous terre. J’y suis descendue – il y faisait moins vingt degrés – habillée d’un scaphandre plombé, pour faire un constat. C’est ce qui m’a probablement achevée. Peu de temps après, j’ai été hospitalisée. Les médecins ont pensé que c’était une dysenterie. J’avais très mal à la tête. La pression artérielle baissait. Mon état a empiré, la pression a commencé à augmenter très fortement. Et je me suis dit : « Voilà, c’est comme cela que l’on meurt ». J’ai pensé que j’étais morte, je sentais comme des épines dans mon corps. Je me voyais aussi de l’extérieur : je m’étais pliée en deux et je volais dans un tunnel. J’ai alors senti une main et j’ai ouvert les yeux : il y avait plein de médecins autour de moi. Ils n’ont pas compris ce qui s’était passé. Ils m’ont dit que mes analyses étaient bonnes, qu’il n’y avait pas d’infection, et ils m’ont jetée de l’hôpital le lendemain. Ensuite, j’ai commencé à avoir des crises épileptiques. Les urgentistes m’amenaient à l’hôpital, je restais couchée à l’accueil, ils ne savaient pas quoi faire, je repartais ensuite à la maison. Je ne pouvais plus aller au travail. Les médecins disaient que je simulais pour avoir des « papiers[6] ». Mais moi, je n’avais pas besoin de ces papiers, je les avais déjà.

    M. : Vous avez donc été reconnue victime d’irradiation bien avant 1991 ?

    N.B.M. : Oui, ça s’est fait quand j’étais à l’hôpital de Pouchtcha-Voditsa pour la deuxième fois, en 1990. Je souffrais alors d’un problème avec ma colonne vertébrale. J’avais des « nœuds » sur les vertèbres, qui faisaient pression sur les nerfs. Je devais porter ma main dans ma poche, et je marchais en traînant la jambe. Quelqu’un m’a dit : « Envoie tes papiers, il y a une commission d’expertise médicale ». J’ai envoyé et j’ai oublié. Et ensuite, j’ai eu une réponse de la commission d’expertise médicale de Tcheliabinsk : il·elle·s ont établi le lien avec l’irradiation. Plus tard, il a été presque impossible d’obtenir de tels certificats. Ensuite, quand j’ai commencé à avoir des maladies incompréhensibles, les médecins ont décidé qu’il s’agissait de problèmes psychiatriques. Une fois, lors d’une consultation médicale à Oziorsk, j’ai eu une crise, on m’a mise sous perfusion. Le médecin responsable m’a dit qu’ils allaient me mettre sous perfusion à domicile et que je devais arrêter de travailler. J’ai démissionné. Il·elle·s ont établi une deuxième catégorie d’invalidité. Et ensuite, à la fin 1993 j’ai passé deux mois dans un centre psychiatrique pour la réhabilitation des personnes atteintes d’un syndrome post-traumatique à Tcheliabinsk. Cela m’a sauvé la vie.

    M. : Concernant les victimes, le concept de « radiophobie » notamment a été mis en avant à l’époque, y compris par les agences internationales. Dans quelle mesure les problèmes psychiatriques, les syndromes post-traumatiques ou les atteintes neurologiques ont-ils été prégnants et reconnus ?

    N.B.M. : À partir de 1992, on a beaucoup parlé dans les médias des suicides des liquidateur·rice·s de Tchernobyl, ceux·lles-ci occupaient la première place pour les suicides. Mais après, on a étouffé l’affaire. J’ai cherché des données. Apparemment, il s’agissait vraiment d’atteintes au système nerveux. Et les médecins ne savaient pas quoi en faire, il·elle·s jetaient simplement les patient·e·s dehors, comme ce fut mon cas. Aussi, une grande partie des liquidateur·rice·s étaient jeunes, il·elle·s avaient entre 18 et 20 ans au moment de l’accident. Il·elle·s sont devenus des handicapés à 30 ans. On peut donc comprendre leur état psychologique. Et quand j’avais mes maux de tête, j’avais aussi des pensées suicidaires, rien ne m’aidait. Je sortais sur mon balcon et je m’imaginais en train de tomber, je me sentais indifférente. J’ai été qualifiée invalide en 1994, à 42 ans. Mais personne ne m’a expliqué la raison par exemple de mes crises épileptiques. Ces crises que j’avais, je tremblais terriblement, les yeux ouverts, cela terrifiait les gens. C’est bien des années plus tard, en 1998 je crois, qu’il·elle·s ont établi un diagnostic. Une fois, on m’a fait une IRM qui a révélé une cicatrice, une sorte de signe comme quoi j’avais eu un accident vasculaire cérébral. Cela est probablement survenu lorsque j’étais à l’hôpital, avec ce que l’on pensait être une dysenterie, quand j’ai eu l’impression d’être morte. La cicatrice était près de cette partie du cerveau que l’on appelle hypothalamus. Donc mes crises étaient des crises hypothalamiques.

    M. : Et qu’en est-il d’éventuels cancers ou problèmes génétiques ?

    N.B.M. : En 1995, après avoir déjà été qualifiée d’invalide, j’ai lu quelque part, à propos de l’Académie militaire de Saint-Pétersbourg, qu’elle faisait des bilans de santé des Tchernobyliens. Je leur ai écrit, il·elle·s m’ont invitée à passer des examens médicaux. Il·elle·s m’ont prise très au sérieux. Il·elle·s ont essayé d’établir des diagnostics. Il·elle·s en ont établi une vingtaine, dont le « syndrome d’irradiation chronique ». J’ai demandé à mon médecin ce que cela voulait dire. Cela voulait dire que la quantité des aberrations chromosomiques dépassait la norme. J’avais 20% de chances de donner naissance à un bébé malformé, m’a dit le médecin. Ensuite, à la polyclinique de Maïak, on m’a repris ces documents médicaux et le certificat a disparu de mon dossier. Je ne l’ai jamais retrouvé. Pendant de nombreuses années, j’ai été surveillée pour une tumeur de la thyroïde droite. Au printemps 2011, on m’a fait une ponction de la tyroïde à l’Institut de biophysique d’Oziorsk. On m’a dit qu’ils ont trouvé des « cellules BL », on ne m’a pas parlé de « cellules de cancer ». Je suis rentrée, et j’ai appris qu’il pouvait s’agir d’un cancer. En été 2011, j’ai été opérée de la tyroïde au service cancérologique de Tcheliabinsk. Le cancer n’a pas été confirmé mais je vois régulièrement un cancérologue, car il y a un risque, donc il faut surveiller.

    M. : Vous avez à plusieurs reprises évoqué le fait d’être « jetée » de l’hôpital, tout comme le fait que l’obtention d’un statut de victime a été progressivement rendue difficile. Comment cela s’est opéré ? De quels types de compensations ou gestes de reconnaissance les liquidateur·rice·s ont-ils pu bénéficier ou non ?

    N.B.M. : Au début 1991, le gouvernement a saisi nos supérieur·e·s pour discuter d’un projet de loi sur les avantages et les compensations. Les gens se sont exprimé·e·s mais ne croyaient pas qu’une telle loi allait vraiment être adoptée, que l’on allait être compensé pour les dommages subis. Il s’agissait de nombreux privilèges. Je suis montée sur la tribune et j’ai dit : « La loi sera adoptée, mais ce ne seront que ceux·lles proches du pouvoir qui en profiteront ». La même année, il y a eu le congrès des liquidateur·rice·s de toute l’URSS qui a donné naissance à une organisation, lUnion Tchernobyl. La loi sur les compensations a ensuite été adoptée. Mais les mécanismes de mise en application n’ont pas été activés. Ceux·lles qui ont pu en profiter étaient effectivement ceux·lles qui étaient proches du pouvoir, des commandant·e·s, des généraux·les, des gens qui n’ont pas passé une seule journée à Tchernobyl. Il·elle·s ont obtenu des appartements, des voitures, des datchas, une ligne téléphonique, tout. Et dans les régions, on ne pouvait prétendre à rien. On ne me payait rien à l’époque. Ce n’est que des années plus tard, après que mon invalidité a été établie, que l’on m’a payée d’emblée trois-quatre ans de compensations. Mais ce n’était pas grand-chose. Plus tard, lorsque des textes d’application de la loi ont été adoptés, j’ai obtenu un lot de terrain en 1995, ce qui m’a beaucoup aidée. Travailler la terre était mon moyen de réhabilitation. En 1997, nous avons créé une organisation de défense des droits des liquidateur·rice·s de Tchernobyl à Oziorsk, une filiale locale de l’Union Tchernobyl de Russie. Pendant huit-neuf ans, nous avons bien travaillé. Quand il y a eu des limitations à ces avantages, nous avons élaboré un ensemble de méthodes de résistance.

    M. : Quelles sont les limitations intervenues en matière de réparation des dommages ?

    N.B.M. : Au tout début, il y avait une longue liste de maladies pour lesquelles un lien avec l’irradiation suite à l’accident pouvait être officiellement établi. J’ai été dans la première vague. Ensuite, on n’a eu de cesse de rayer des maladies de cette liste, même les tumeurs. À l’une des assemblées générales, j’ai dit à nos liquidateur·re·s : « Dites à vos conjoint·e·s de ne pas signer un refus d’autopsie si vous décédez ». Puisque l’autopsie est le seul moyen d’établir le lien entre le décès et l’irradiation. Les conjoint·e·s pouvaient ainsi recevoir des compensations. Mais le personnel de l’hôpital les forçait à signer ce refus. Il y avait de plus en plus d’« astuces » pour limiter les compensations. Il y a aussi eu la réforme de la retraite anticipée pour les liquidateur·rice·s. Au début, pour la période 1986-1987, une année à Tchernobyl était équivalente à trois ans de travail, pour 1988-1989 à deux ans de travail. À la fin des années 1990, il y a eu des modifications. La norme d’une année pour trois a été remplacée par celle d’une année pour un an et demi. Puis, en 2004, la loi sur la monétisation des avantages sociaux en nature est intervenue. Avant, les médicaments, les séjours dans des maisons de repos, les transports en commun, etc., tout était gratuit pour les liquidateur·rice·s. Avec cette loi a été fixée une somme d’argent à laquelle on avait désormais droit. Et on devait choisir : soit on recevait cette somme directement, soit on optait pour les avantages en nature. Avant, on pouvait bénéficier des avantages dont la valeur correspondait à environ 100 000 roubles par an. Quand un montant fixe a été établi, on n’a eu droit qu’à 2 000 roubles par an. D’ailleurs, il n’était plus vraiment possible d’obtenir ces avantages en nature. La liste des avantages a été très réduite. Enfin, il y a aussi eu une optimisation des soins. Avant, on avait droit à tout type d’analyses ou d’examens médicaux nécessaires, et on pouvait se faire soigner. Après la monétisation, cela a changé. J’ai à un moment donné eu des problèmes d’intestins, je n’ai pas pu accéder à l’hôpital pendant plusieurs mois. J’ai fini par débarquer à l’hôpital, un pyjama dans mon sac. Jadis considérés comme des « héro·ïne·s de la nation », nous sommes devenu·e·s un « fardeau pour la nation ».

     

    [1] Z. A. Medvedev, Désastre nucléaire en Oural, Cherbourg, Isoète, 1988.

    [2] Obninsk est une ville scientifique soviétique, située à une centaine de kilomètres de Moscou, où le premier réacteur civil au monde a été connecté au réseau en 1954.

    [3] K. Brown, Plutopia. Nuclear Families, Atomic Cities, and the Great Soviet and American Plutonium Disasters, New York, Oxford University Press, 2013, chapitre 3.

    [4] Les pays étrangers disposant de réacteurs soviétiques envoient leur combustible usé au centre de retraitement de Maïak. Selon la législation en vigueur, ils doivent reprendre les déchets issus du retraitement, mais cela ne se fait pas forcément.

    [5] Il s’agit de la forêt située dans la zone de dix kilomètres autour de la centrale de Tchernobyl et qui a été très fortement irradiée suite à l’accident. La radioactivité a tué les arbres, essentiellement des pins, qui sont devenus bruns, d’où la référence à la couleur rouge. Au lendemain de la catastrophe, ces arbres ont été arrachés au bulldozer et enfouis en tant que déchets nucléaires. Le site de la forêt reste encore aujourd’hui extrêmement contaminé.

    [6] Il s’agit de certificats médicaux requis pour établir l’invalidité en lien avec l’exposition à la radioactivité.

     

     


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  • Documentaire contesté

    Le 26 avril dernier, ARTEE diffusait un documentaire sur la catastrophe de Tchernobyl qui commençait il y a 30 ans.

    Combien de téléspectateurs sont bernés par ce document de propagande favorable au lobbies nucléaire. Quoi de mieux que la télévision, ce gros bocal à cornichons, pour endormir la société moutonnière.

    La présentation qu'en faisait ARTEE

    Le document en question est encore visible ici : 

    https://www.youtube.com/watch?v=NMnQVgjJAW8

    Sur le blog Médiapart, Yves Lenoir nous éclaire sur ce document controversé à plus d'un titre.

    Gaulois.

    Tchernobyl : un étrange documentaire diffusé par Arte

    1er mai 2016 

    Par Yves Lenoir

    Blog : https://blogs.mediapart.fr/yves-lenoir/blog

    Le 26 avril 2016, trente ans après l'accident de Tchernobyl, Arte a diffusé Tchernobyl, Fukushima : vivre avec. Avec l’apparence d’un travail d’investigation rigoureux, le message est clair : certes, une terrible catastrophe, mais 30 ans après des experts ont montré aux populations des régions contaminées comment s'adapter à leur environnement. Quels intérêts servent-ils ? Nous le dévoilons ici.

     

    Tchernobyl : un étrange documentaire diffusé par Arte

    Yves Lenoir, auteur de La Comédie atomique (La Découverte, 2016), président de l’association Enfants de Tchernobyl Belarus, 1er mai 2016

     

    Le 26 avril 2016, à l’occasion du trentième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, Arte a diffusé un étrange documentaire, Tchernobyl, Fukushima : vivre avec, réalisé par le journaliste Olivier Julien. Avec toute l’apparence d’un vrai travail d’investigation, se voulant rigoureux, portant un message très clair : bien sûr, il s’agit d’une terrible catastrophe, mais trente ans après, les meilleurs experts ont montré aux populations des régions contaminées comment s'adapter à leur environnement. D'où viennent ces experts, quels intérêts servent-ils ? Nous le dévoilons ici.

    Un précédent qui a fait florès

    Le 25 mai 2010, Arte avait diffusé Tchernobyl, une histoire naturelle ?, réalisé par Antoine Barnas et Luc Riolon. Un message sans ambiguïté : la zone interdite de Tchernobyl, que sa radioactivité ambiante élevée avait conduit à évacuer, se révèlerait en fait comme une sorte de paradis terrestre retrouvé où prolifèrent une grande faune sauvage quasi disparue ailleurs, des rongeurs bien vivaces et une nature luxuriante. Certes, la végétation peut montrer des réactions curieuses à l’agression radioactive, mais cela n’enlève rien à sa vitalité et la seule séquelle à déplorer pourrait bien n’être que l’incidence surprenante de cancers chez certaines espèces d’oiseaux migrateurs. Depuis sa diffusion, ce « documentaire » prétendument « scientifique » alimente la rumeur que finalement Dame Nature sait merveilleusement s’adapter aux retombées d’un accident atomique. Ringardisé le ginkgo biloba d’Hiroshima (le seul arbre à avoir survécu aux rayonnements de la bombe) ! Car les retombées de Tchernobyl ont été, dans la zone, plus d’un millier de fois plus denses qu’en leur temps celles d’Hiroshima et Nagasaki. Une bonne raison de craindre pour l’humanité la continuation de l’Âge de l’énergie atomique venait fort opportunément d’être « scientifiquement » réfutée.

    Depuis vingt-cinq ans, avec son collègue Tim Mousseau de l’Université de la Caroline du Sud à Columbia, Anders Pape Møller, biologiste à l’Université Paris-Sud Orsay, suit l’évolution de la chaîne de la vie dans la zone interdite de Tchernobyl et aux alentours. Le vendredi 22 avril 2016, il participait à une émission de Science publique sur France Culture, « Catastrophe nucléaire : la nature peut-elle survivre aux radiations ? ». Que nous a-t-il dit à propos de ce film ? Qu’il ne correspond pas à la réalité. Il a expliqué, entre autres, que certaines des scènes animalières avaient été tournées dans une forêt allemande ; que suite à la diffusion du film, les tours operators de Tchernobyl avaient mis au menu de leurs offres une virée dans la nature pour voir les grands animaux ; mais que, las, les clients revenaient si férocement déçus qu’il a fallu aménager un enclos près de l’un des villages évacués, où l’on cantonne quelques pièces de gibier à disposition du regard des visiteurs ! De la « science », oui, celle du cinéma de fiction et de la propagande… Pour bien comprendre en quoi il s’agit d’une « désinformation », on pourra également se reporter au commentaire détaillé de ce film publié par le professeur de médecine Michel Fernex.

    Après l’adaptation spontanée de la Nature, celle par persuasion des hommes

    Débarrassée de la présence de l’homme, la Nature se serait donc adaptée. Qu’en est-il des populations confrontées à l’existence dans un milieu fortement contaminé ? C’est l’objet du film Tchernobyl, Fukushima : vivre avec. N’y allons pas par quatre chemins : c’est un « embedded documentaire » qui ne s’en cache pas, ce que les téléspectateurs attentifs auront perçu. En effet, son réalisateur, qui le reconnaît par ailleurs, s’en est remis au point de vue, aux indications et aux sources d’un responsable impliqué tant à Tchernobyl qu’à Fukushima, juge et partie s’il en est en l’occurrence. Le côté « potemkine » du document aura cependant certainement échappé à la plupart. C’est pourquoi, sans prétendre à une exhaustivité que seule une contre-enquête sur place permettra d’atteindre, voici quelques éclaircissements sur la carrière de Jacques Lochard – le responsable en question –, sur les options fortes du scénario, sur l’engagement social de quelques « seconds rôles » et sur l’origine de certains documents d’archive retenus pour parsemer l’œuvre. Force m’est d’entrer dans quelques détails. J’essaierai de le faire de telle sorte que celles et ceux qui n’ont pas vu le film soient à même de se rendre compte des procédés auxquels le réalisateur et son principal pourvoyeur de données et de conseils, le dit Jacques Lochard, ont eu recours.

    Sans lumières particulières sur les mésaventures des Sami du Sud, cette société d’éleveurs de rennes établie depuis des temps immémoriaux en Norvège et confrontée aux difficultés engendrées par les retombées de Tchernobyl sur son territoire, ce qui suit ne concerne que les deux autres volets du film, à savoir l’adaptation de deux échantillons de populations contraintes de rester dans des lieux contaminés, l’un dans un raïon (canton) du Belarus, et l’autre dans un district de la préfecture de Fukushima.

    On remarquera le « cadrage » très serré du document : toutes les personnes filmées, tant au Belarus qu’au Japon, sont des participants en nombre limité des programmes pilotés par Lochard dans ces deux pays. Une minuscule parcelle de la réalité nous est ainsi implicitement présentée comme la situation prévalant dans les vastes espaces contaminés.

    Le maître de cérémonie : Jacques Lochard

    Jacques Lochard est tacitement présenté comme le chef de file d’une équipe de « Français », venus au secours des populations abandonnées de tous à leur triste sort, dans l’ignorance des choses et la terreur des radiations. Rien n’est dit de l’intrication d’organismes que sa seule présence révèle. On le voit comme un grand-père moustachu bienveillant, évoquant son émotion lorsqu’il aurait perçu la détresse des gens auxquels il aurait alors décidé de consacrer sa science et son dévouement, désintéressé cela va sans dire. Il est intervenu tant à Tchernobyl, en fait une dizaine d’années entre 1996 et 2005, qu’à Fukushima, à partir de 2011, ce qui attesterait d’un engagement dans la continuité au seul service de l’humanité. Et le montage impose de se persuader que sans lui et ses collaborateurs, le malheur dans l’ignorance serait resté le lot de tous ces pauvres gens.

    Jacques Lochard, économiste de formation, a été recruté en 1977 par le docteur Henri Jammet, chef du Département de radioprotection du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), pour mettre en musique le « principe d’optimisation » que venait d’adopter la Commission internationale de protection radiologique (CIPR, affiliée à l’OMS depuis 1956), une association de droit privé où Jammet exerçait une responsabilité d’autorité depuis 1962. Selon le « principe d’optimisation », la valeur optimale – c’est-à-dire tolérable– de l’exposition aux radiations d’un groupe humain correspond à celle où le coût immédiat d’un surcroît de protection est ultérieurement compensé, des années – voire des dizaines d’années – plus tard, par celui, évité, des soins médicaux nécessités par les maladies radio-induites. On conçoit que des compétences en économie et en mathématique soient nécessaires pour appliquer au cas par cas ce principe (au demeurant très discutable, tant il fait bon marché de la santé des populations, comme je l’explique dans mon livre La Comédie atomique). La résolution des problèmes ainsi posés est hors de l’entendement des biologistes et médecins qui constituaient alors les effectifs de la CIPR et de ses comités spécialisés.

    Pour donner une apparence d’indépendance à la prestation de ce service d’évaluation des niveaux « tolérables » de radiations, dont chacun comprend l’utilité stratégique en cas de crise radiologique majeure, le CEA et EDF avaient créé l’année précédente, en 1976, une association paravent loi de 1901, dont ils étaient les seuls membres, baptisée Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire (CEPN) et installée dans l’établissement du CEA de Fontenay-aux-Roses, à deux pas du bureau d’Henri Jammet. D’où l’on déduit que le CEPN est un agent au service des objectifs du CEA et d’EDF… qui sont aussi, du fait de l’imbrication des institutions, ceux de la CIPR et de l’OMS. C’est là que Jacques Lochard va commencer à donner sa mesure, sous le contrôle de son conseil d’administration CEA-EDF.

    La carrière de l’homme est exemplaire. À la fin des années 1970, il devient directeur du centre. En 1983, un an après la constitution du « Comité amiante » favorable à la poursuite des usages de cette roche mortifère, le CEPN publie très opportunément une étude maison qui apporte la solution scientifique du problème de l’optimisation de l’exposition des travailleurs aux fibres de ce poison… Après février 1989, suite à la publication des cartes de la contamination de l’URSS par les retombées de Tchernobyl, les personnes qui se découvrent avoir vécu trois ans exposées très au-delà de la limite de dose recommandée par la CIPR demandent à être évacuées. L’OMS envoie alors une mission où l’on distingue le président de la CIPR, l’Argentin Dan Beninson, et le Français Pierre Pellerin, de son Comité 3. Ils sont chargés de persuader tous ces gens d’accepter une dose annuelle tout-à-fait « tolérable » de cinq fois la dite limite. On imagine sans peine que cette population s’est rebiffée, puis résignée par manque de moyens pour évacuer et, enfin, qu’elle a commencé à craindre pour sa santé et, surtout, celle des enfants, qui ne cessait de se dégrader.

    En 1996, à l’approche du dixième anniversaire de l’accident, on a pu noter une conjonction de faits certainement pas fortuite. La cause de tous les maux autres que les cancers de la thyroïde survenant dans les zones contaminées est officiellement attribuée à la « radiophobie », concept brumeux désignant le stress psychologique lié à la peur irraisonnée des radiations et ses effets somatiques. En 1993, Lochard a été introduit au Comité 3 alors présidé par Henri Jammet. Il acquiert ainsi une reconnaissance internationale pour son savoir-faire d’optimiseur d’exposition aux toxiques radioactifs et autres. Mais, sans doute parce que la CIPR désirait alors œuvrer en coulisse, c’est avec la casquette CEPN qu’il va concevoir et mener une expérience bon marché visant le maintien des habitants dans les zones contaminées de Tchernobyl : ce sera le programme ETHOS à Olmany de 1996 à 2001. En 1997, juste récompense pour son implication « optimisante », il passe du Comité 3 au bien plus prestigieux Comité 4, celui chargé de l’application des recommandations. En 2009, son zèle au service de l’acceptabilité sociale d’un accident atomique – le programme ETHOS a officiellement prouvé que l’on peut vivre dans un territoire contaminé par la pire catastrophe atomique imaginable – est récompensé : il est coopté dans la Commission principale et prend la présidence du Comité 4. Quatre ans plus tard, dans le contexte de Fukushima il est élevé à la position de vice-président de la CIPR. Le CEA, en la personne de Jacques Lochard, se trouve ainsi avoir un homme à lui à une marche du sommet de la radioprotection mondiale… Pourquoi n’en a-t-on pas informé les téléspectateurs du film Tchernobyl, Fukushima : vivre avec ?

    Du passé faisons table rase… mais aussi un usage détourné de ses traces

    Vassily Nesterenko avait été écarté de ses responsabilités au sein du comité central du PC biélorusse le 7 mai 1986 : quelques jours après l’explosion du réacteur n° 4, on lui reprochait de créer la panique avec sa demande d’évacuer les territoires contaminés jusqu’à 100 km de Tchernobyl, alors même que venait d’arriver de l’OMS le rapport de la première réunion d’experts de la CIPR et du Comité scientifique des Nations unies sur les effets des radiations atomiques (UNSCEAR), qui recommandait expressément de ne prendre aucune mesure de protection particulière suite à cette catastrophe.

    Lorsque le scandale révélant les mensonges et la mise en danger de centaines de milliers d’habitants exposés fut révélé, en février 1989, tous les responsables administratifs et politiques perdirent la confiance de l’opinion. Nesterenko était le recours et il reçut du gouvernement biélorusse les moyens et la liberté d’action qu’il réclamait depuis trois ans. Il fit fabriquer 300 000 compteurs de radiation précis à distribuer dans toutes les zones contaminées du Belarus. Simultanément, il créa l’Institut de radioprotection indépendant Belrad et 370 centres de contrôle de la radioactivité des aliments, dont un à Olmany avec d’autres dans des cantons alentour. J’évoque ici Olmany, car c’est là qu’au cours de l’année 1996, comme il est dit dans le film d’Arte, Lochard et son équipe débarquèrent. Auparavant, en 1995, Nesterenko avait acquis des fauteuils spectrométriques dits anthropogammamétriques, dotés d’un détecteur ultra-sensible placé dans le dossier avec lequel on peut mesurer la concentration de différents radioéléments présents dans le corps, notamment le césium radioactif, à terme la part dominante des retombées de Tchernobyl. Il put ainsi mesurer plusieurs mois avant l’arrivée « des Français » toute la population d’Olmany. La moyenne enregistrée dans les archives de Belrad était alors de 243 bq/kg, une charge dangereuse, surtout pour les enfants.

    Le film évoque-t-il cette intervention précoce de Belrad, avec tous les moyens et les compétences requis pour informer, mesurer et instruire les gens sur les précautions à prendre ? Que nenni. Lochard déclare qu’il a découvert une population délaissée en proie à l’inquiétude et soumise au diktat de l’ignorance. Pour faire plus vrai, le film contient une séquence d’une interview d’Anastasia Fedosenko, la radiométriste du village chargée du contrôle des produits alimentaires, notamment les champignons, les baies sauvages, le gibier et les légumes des potagers familiaux. Ses propos tels que conservés au montage donnent à croire qu’elle confirme ceux de Lochard.

    Juste après la diffusion du film, nous avons fait téléphoner à Mme Fedosenko pour lui demander ce qu’elle pensait de cette relation des faits. Très en colère après avoir appris les déclarations de Lochard – elle a même proposé d’en témoigner par écrit –, elle a affirmé que Belrad était arrivé à Olmany en 1994 et l’avait alors formée et embauchée comme radiométriste. Après le départ de Lochard, elle avait repris le travail pour Belrad et le cahier qu’on la voit feuilleter dans le film est celui où elle note les mesures selon le protocole de Belrad. Elle a rappelé la tristesse qu’elle avait éprouvée à la mort de Vassily Nesterenko fin août 2008 et l’admiration pour le courage qu’il avait montré en survolant pendant une demi-heure le réacteur en feu de Tchernobyl afin de mesurer la radioactivité des endroits où allaient devoir intervenir les liquidateurs.

    Nous avons aussi demandé au directeur de Belrad, Alexey Nesterenko, docteur en écologie, le fils de Vassily, l’origine des photos montrant des séances de mesure de la charge corporelle avec les fauteuils ou bien des opérations de contrôle de la nourriture. Il est formel, un bon nombre proviennent de Belrad, ce que le film d'Arte ne mentionne pas. Car Vassily Nesterenko, ignorant le but réel d’ETHOS, à savoir évincer Belrad d’un maximum de territoires, avait fourni toute la collaboration possible à Lochard, ses mesures, des photos, etc. Il avait aussi décrit la méthode mise au point pour combiner information, éducation, contrôle des aliments et des personnes. Et il avait ajouté que Belrad commençait alors à appliquer la prophylaxie de la pectine, un complément alimentaire extrait de fruits qui accélère l’élimination naturelle des métaux lourds et des radioéléments de l’organisme. La pectine est chère et représente aujourd’hui 15 % environ des dépenses de Belrad. ETHOS, optimisation mais aussi satisfaction de ses commanditaires obligent, a récusé ce moyen propre à limiter les effets sanitaires des accidents de contamination. La cabale contre son usage par Belrad a alors commencé.

    Ironie de l’histoire : le réalisateur et Lochard n’ont su éviter de semer quelques petits cailloux sur les plates bandes bien tondues du scénario : exemples, ils ont placé une photo où l’on voit un enfant tenir un flacon de pectine (mais ce n’est pas signalé, évidemment) et une séquence où l’indication Belrad-SOSNA (le nom des compteurs fabriqués par Nesterenko au début des années 1990) est parfaitement lisible sur l’instrument qu’Anastasia Fedosenko a dans la main !…

    Notons enfin que la vérité sur le rôle d’ETHOS et ses commanditaires n’a rien d’un secret d’État et que le réalisateur du film aurait très facilement pu accéder à cette information, qu’il n’a apparemment pas jugé utile de consulter. On peut notamment renvoyer à un article très explicite publié en 2002 par la CRIIRAD, « Des structures écrans au service du nucléaire ».

    Restons-en là. D’autres remarques sont possibles sur cette partie du documentaire d’Arte, mais il faudra auparavant prendre l’avis des intervenants biélorusses. Vu la nature du régime politique du Belarus, tout ne peut pas être écrit : la sécurité de personnes est en jeu.

    Rebelote au Japon

    On ne change pas une équipe que l’on a déclarée gagnante. Mais au Japon, il ne fallait pas attendre dix ans avant de réagir : il y a une cinquantaine de réacteurs atomiques à redémarrer. Les questions subalternes doivent donc être rapidement réglées, notamment celle de l’accoutumance aux radiations des populations exposées. Aussi, dans le courant de l’été 2011, la CIPR, suivant la politique de communication intensive décidée au début des années 2000, se lance sous son label cette fois dans la réédition de l’opération d’ETHOS, avec une version pensée pour le contexte culturel et social japonais. C’est la même équipe du CEPN (pratique, Lochard a les deux casquettes) qui dirige la manœuvre. ETHOS doit être comprise comme une opération de communication, une histoire à raconter pour redonner espoir et restaurer l’idée que l’énergie atomique est bonne et les dangers de la radioactivité bien moindres que beaucoup le craignent. Pour cela, il faut simuler une demande sociale. On s’arrange donc pour susciter, ou créer ex nihilo, une association qui apparaîtra comme demanderesse et partenaire dans l’organisation qui va restaurer la sérénité pour le présent et la confiance dans un avenir radieux. Dans la précipitation, le lancement de l’ICRP Dialogue Initiative in Fukushima a lieu fin novembre 2011 avant qu’une telle association n’ait vu le jour…

    Ce n’est en effet qu’en février 2012 que Mme Ryoko Ando, que l’on voit réciter sa leçon de la bonne élève élevée en exemple aux yeux du monde dans toutes les séquences du film où elle est utile, apparaît dans l’histoire post-Fukushima en créant l’association ETHOS in Fukushima. Or, bien évidemment aucun Japonais, et surtout pas une citoyenne lambda vivant dans une petite ville de la préfecture de Fukushima, n’avait jamais entendu parler d’ETHOS. Encore aujourd’hui, rares là-bas sont ceux qui savent que ce nom a un lien avec le Belarus et l’accident de Tchernobyl. Cette association est un leurre, l’alibi « demande sociale » pour l’entrée en scène de la CIPR. Manipulation du réel, mise en scène d’une mascarade, comment qualifier autrement la douzaine de séminaires avec les habitants qu’elle a localement animée pendant quatre ans ? Habileté suprême, la CIPR s’efface presque : la communication de l’ICRP Dialogue Initiative in Fukushima a été confiée à ETHOS in Fukushima, comme une appropriation du savoir en accoutumance par la société japonaise elle-même.

    La Fondation japonaise Chiro avait établi un lien avec Belrad en 1996. Immédiatement après le 11 mars 2011, Alexey Nesterenko et Mme Tatsumi Masako, directrice de l'antenne de Minsk de la fondation, ont décidé de traduire en japonais le manuel de radioprotection rédigé en 2003 par le Directeur adjoint de Belrad, Vladimir Babenko. Le 12 octobre 2011, six semaines avant le premier séminaire de l'ICRP Dialogue Initiative in Fukushima, Vladimir Babenko était l'invité du Japan National Press Club de Tokyo. Au cours d'une conférence de 1h 47' il présenta la version japonaise de son manuel, publiée par Sekai Bunkasha Publisher. Le succès fut immense car le livre s'adresse aux maîtres et maîtresses d'école et aux parents, afin qu'ils prennent connaissancedes précautions requises pour protéger les enfants contre l'exposition et la contamination radioactives. Lochard et la CIPR-CEA sont venus après pour tenter de neutraliser toute réaction autonome de la société japonaise. Enfants de Tchernobyl Belarus participe étroitement aux liens entre Belrad et le Japon depuis mars 2011 (1, 2, 3).

    La grande absente : l’information sur l’évolution de l’état de santé des enfants

    Un séminaire récapitulatif des deux premiers programmes ETHOS à Olmany et dans sa région s’est tenu à Stolyn en 2001. Vassily Nesterenko et le professeur de médecine Michel Fernex, le seul participant indépendant survivant, y assistaient. La présentation du dernier exposé par la pédiatre biélorusse chargé du suivi des enfants avait été sabotée : pas de transparents, ni de rétroprojecteur, ni d'interprète mis à sa disposition. Personne ne pouvait lire les tableaux de chiffres et les graphiques sur les feuilles au format A4 qu’elle brandissait au dessus de sa tête. En fait, comme l’agronome français de l’INRA participant à ETHOS, Henri Ollagnon, le confiait à Michel Fernex : « On a fait un boulot formidable… mais les enfants vont de plus en plus mal. » Michel Fernex est donc allé trouver la pédiatre, qui lui a montré ses observations. Très inquiétantes. Une seule donnée suffit pour illustrer cette évolution : le nombre de maladies infectieuses, avait augmenté de plus de 50 % durant le déroulement du programme. Le rapport de la pédiatre ne figurant pas dans les actes du colloque, Fernex a écrit à Lochard pour en connaître la raison ; réponse : « Mal présenté, incompréhensible. » Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage ; quand on veut occulter une information gênante, on la prétend incompréhensible…

    À l’instar des actes du séminaire de Stolyn, dans les territoires biélorusses et japonais « réhabilités » sous la férule de Lochard, on ne parlerait pas de santé. Rien n’est dit à ce propos dans le film d'Arte, à l’exception d’une intervenante qui évoque deux cancers survenus ces dernières années dans la famille d’une personne… mais qui ne pourrait dire de même dans la sienne !

    Le mépris pour la vérité historique, le mépris pour les populations que l’on apprivoise aux conditions d’un environnement contaminé par les radioéléments, le mépris pour les personnes dont on manipule le témoignage, et le mépris pour les esprits faibles que l’on exploite sans vergogne. Que ressentir d’autre après avoir visionné ce film ? On aimerait connaître les objectifs que la chaîne de télévision de service public Arte se donnait en sélectionnant ce documentaire pour le diffuser un jour très symbolique, celui du trentième anniversaire du début du désastre de Tchernobyl.

     

     


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  • Vacances à Tchernobyl

    Ou la curiosité morbide

    Ça ne vous tente pas, des vacances à Tchernobyl ?

     Et quand nous y sommes des bains d'uranium, en guise de cure thermale.

     Si si ! vous devriez essayer, il n'y a pas plus vivifiant.

     Dire que ceux qui sont épris de voyeurisme pour singer à Tchernobyl traitent les anti-nucléaires de zozos, bobos Affligeant !

    Bon, je ne met pas tous ceux-là dans le même panier.

    Gaulois.

     

    Enfant de Tchernobyl

     

     

    https://www.youtube.com/watch?v=w1YEgpi4V-U

     Un peu plus loin :

    http://voyages.ideoz.fr/visite-tchernobyl-pripyat-guide-ukraine/

    http://www.nationalgeographic.fr/13331-le-tourisme-nucleaire-a-tchernobyl/

    http://www.francophonia.net/viewtopic.php?f=48&t=54684&sid=4d31aada1d417c440f425369315b8a84

    Etc...

     


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  • Tchernobyl : Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement

    Après l'ouvrage de Wladimir TchertkoFf « Le crime de Tchernobyl » qui est un témoignage sans pareil sur la catastrophe de Tchernobyl,  je vous conseille vivement de lire cet autre ouvrage puissant
    « Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement »., il s'agit du recueil de preuves sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl, de loin le plus important qui ait été publié.
     Bien qu'il  soit un peu plus technique, il reste cependant accessible à la compréhension du grand public. Censuré par l'académie des sciences de Moscou ( et pour cause ! ), il sera finalement publié par l'académie des sciences de New-York.

    Gaulois.


    Toutes les infos ici :

    http://independentwho.org/fr/2015/04/17/livre-tchernobyl-consequences/

    17 - avril - 2015
    Le volume 1181 des Annales de l’Académie des Sciences de New-York, intitulé «Tchernobyl : Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement», des professeurs Nesterenko, Yablokov et du Dr Nesterenko, vient d’être publié en français.
    Pourquoi devrait-on lire ce livre ?

    Six décennies de dissimulation institutionnelle, internationale et à un niveau élevé, a privé le monde entier d’une information médicale et scientifique particulièrement importante sur les conséquences sanitaires des activités nucléaires industrielles et militaires.
    Ce livre rend disponibles d’énormes quantités de preuves issues d’études indépendantes entreprises dans le monde entier et dans les pays les plus touchés, des données uniques et fiables qui ont été ignorées et continuent de l’être par l’organisation mondiale de la santé. Il  fournit une vision exhaustive des dimensions réelles de la catastrophe de Tchernobyl sur la santé et l’environnement.
    Avec les preuves qui se sont accumulées au Japon après le désastre de Fukushima, de plus en plus de citoyens soupçonnent les autorités, au niveau national ou international, de ne pas avoir dit toute la vérité. Les citoyens ont raison d’être méfiants, et ce d’autant plus que les experts de santé publique ont été plus ou moins exclus, depuis le début de l’ère nucléaire, de la tache vitale d’évaluation des effets de l’énergie nucléaire sur la santé et de l’établissement de normes et de critères.
    Au niveau international, l’Organisation Mondiale de la Santé a abdiqué son rôle dans le domaine critique du rayonnement et de la santé et elle est subordonnée à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, dont le mandat est de promouvoir l’utilisation de l’atome. En dépit de ce conflit d’intérêt évident, l’AIEA dicte sa politique à l’OMS dans le domaine du rayonnement et de la santé. Les conseils et les directives (recommandations) sur les effets sanitaires des activités nucléaires émanent de l’institution nucléaire, qui n’a ni mandat, ni compétence dans la santé publique et qui est dominée par des physiciens et des ingénieurs du nucléaire et des radiologues médicaux – en d’autres termes, par ceux qui utilisent cette technologie.
    Le livre sur Tchernobyl, publié par l’Académie des Sciences de New-York, est un antidote puissant à la pseudoscience de l’institution nucléaire et sa lecture est essentielle pour n’importe quelle personne à la recherche de preuves fiables issues de sources indépendantes sur les effets de l’énergie nucléaire sur la santé et l’environnement.

    “Lire ou télécharger gratuitement la version pdf de ce livre”

    Il est également possible d’acheter une version papier de ce livre. Le livre est imprimé à l’unité par Lulu.com au prix de 12,75 € + 1,50 € de taxe sur la valeur ajoutée et 3,99 € de frais d’envoi pour un envoi en courrier postal, soit un total de 18,24 € . Pour l’envoi en courrier postal, livraison sous 4 à 7 jours ouvrés une fois l’impression terminée.

    “Acheter la version papier”

     


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  • Tchernobyl Forever

    Plutôt que de vous faire un laïus, en ce triste anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl,   je vous invite à lire ce document :

    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/tchernobyl-forever-151158

     

    Tchernobyl, un immense cri de désespoir

     Gaulois.

    Tchernobyl est une ombre lugubre de l'humanité.

     

     


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  • L'existence de l'Institut Belrad compromise. Aidez-nous à le sauver.

    Cet appel est à relayer autour de vous.
    Plus que jamais, nous devons aider celles et ceux qui luttent à la fois contre la nucléocratie et les effets des contaminations radioactives causées par les catastrophes de Tchernobyl, Fukushima et très probablement les catastrophes à venir.

    Pour en savoir plus :

    http://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php?id=liens
    http://belrad-institute.org/FR/doku.php

    Gaulois.

     

     


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  • Tchernobyl – Ca se Corse !

       C'est bien connu, malgré les dénégations des nucléocrates, la Corse fut touchée de plein fouet par le nuage de Tchernobyl. Pourtant, le territoire Français était protégé par la frontière....
    Cette enquête épidémiologique rétroactive est remarquable. Elle devrait, normalement, embarrasser ceux qui nient les conséquences des retombées radioactives. Et bien non !Le gouvernement actuel quand à lui s'entête dans la continuité de cette technologie mortifère.
    Gaulois.

    Voici en préliminaire un rappel édifiant du contexte Corse. Merci aux docteurs Denis et Sophie Fauconnier :
     
    http://www.bakchich.info/societe/2008/05/05/exclusif-cancers-et-tchernobyl-un-medecin-corse-accuse-52556
    http://www.corsematin.com/t/Denis-Fauconnier
    http://nuage-radioactif.com/


    L’impact sanitaire de Tchernobyl en Corse

     
    Voici l'intégralité de l’intervention du Dr Sophie Fauconnier lors du Forum scientifique et citoyen sur la radioprotection qui a eu lieu à Genève les 12-13 mai 2012. Son analyse s’appuie sur les travaux de son père, le Dr Denis Fauconnier.
    Les cancers de la thyroïde augmentent en France de façon très importante voire exponentielle depuis la fin des années 1970. Le nombre de cas par an et pour 100 000 habitants n’a cessé de croître : 1,5 en 1975 ; 2,5 en 1985 ; 4,5 en 1995 ; 8,15 pour la période 2002-2006 ; 9,8 en Corse pendant la période 1998-2001.
    Très régulièrement, dans la littérature scientifique et la presse, des spécialistes avancent des arguments pour écarter l’impact de Tchernobyl sur les pathologies thyroïdiennes. Ils se gardent bien d’évoquer la survenue d’autres pathologies thyroïdiennes dites bénignes : thyroïdites, goitres multihétéronodulaires (GMHN), nodules, dysfonctionnements...
    Nous allons examiner un par un leurs arguments.
    "L’augmentation a commencé avant 1986."
    Oui mais... en ce qui concerne la faible augmentation avant 1986, vers la fin des années 70, il faut rappeler que l’échographie thyroïdienne a été mise en place à cette époque et il est tout à fait normal qu’à une nouvelle technologie de dépistage s’associe une augmentation des cas recensés, du moins transitoirement.
    La logique voudrait qu’après cette ascension de la courbe d’incidence on retrouve un plateau et non pas un accroissement de l’augmentation.
    "Des régions moins contaminées ont plus d’augmentation de cancers de la thyroïde que l’Est de la France."
    Dans le Calvados, moins contaminé, ou dans le Tarn, on a des augmentations d’incidence plus fortes que dans l’Est de la France, en Alsace.
    Il faut souligner plusieurs points :
    L’Isère, qui bénéficie d’un registre des cancers ancien, enregistre la plus forte augmentation d’incidence des cancers de la thyroïde, 800 % d’augmentation en 20 ans, pour atteindre le niveau le plus haut avec la Corse pour la période 2003-2006.
    Le Calvados, systématiquement cité, fait partie de la Basse-Normandie avec une forte activité laitière. Il ne faut pas oublier que la Basse-Normandie est encadrée de centrales nucléaires. Le lait et les produits laitiers sont les principaux vecteurs des radionucléides après un accident.
    Au début du mois de mai 1986, l’Ouest et le Sud de la France bénéficient d’un climat plus doux. Dans les pays de l’Est et dans l’Est de la France, la plupart des troupeaux sont encore à l’étable, alimentés par des foins, ensilages et autres aliments engrangés l’année précédente. Dans les régions où le climat est plus doux les animaux sortent dans les pâturages.
    En Corse, les animaux, vaches, brebis, chèvres, sont toujours en stabulation libre, quasiment jamais alimentés à l’étable, d’où une plus forte contamination en iodes radioactifs. Le printemps, étant plus précoce, les jardins commencent à produire, radis, poireaux, pissenlits, asperges, mais surtout des légumes à larges feuilles : salades et blettes qui constituent un large réceptacle pour les particules radioactives, notamment si les dépôts se sont faits par temps sec, par bruine ou par brouillard.
    Il est important de distinguer les différents modes de dépôts des radioéléments en fonction des conditions climatiques.
    Une pluie ou averse importante pendant le passage d’un nuage radioactif entraînera beaucoup de radioéléments dans la terre et les analyses ultérieures retrouveront beaucoup de césium 137.
    Un dépôt par temps sec ou par bruine ou brouillard imprégnera d’un cocktail de radioéléments essentiellement la partie aérienne des végétaux et pâturages avec, pour conséquence, une contamination rapide des animaux, des produits laitiers et des légumes.
    Tout agriculteur qui projette de brumiser un produit phytosanitaire ou un désherbant, consulte la météo : une pluie entraînerait un lessivage du végétal et le traitement perdrait beaucoup en efficacité. Il en est de même pour les radionucléides de Tchernobyl. Le pouvoir contaminant d’une bruine, d’un brouillard, est plus fort que des dépôts par précipitation en ce qui concerne les végétaux. Donc en ce qui concerne les pathologies thyroïdiennes, il ne faut pas tenter d’établir une corrélation entre la survenue de ces pathologies et la concentration de césium retrouvé dans le sol. Les pathologies thyroïdiennes doivent plutôt être mises en relation avec les habitudes alimentaires et le mode de vie (ruralité, élevage, autoconsommation...)
    "Les iodes radioactifs n’engendrent pas d’augmentation des cancers de la thyroïde chez l’adulte."
    Faux. En Biélorussie, à partir d’un registre des cancers, le Professeur Demitchik a montré une augmentation des cancers de la thyroïde chez l’adulte de 500 % entre 1986 et 2000.
    "La plus grande vigilance des médecins et les moyens de dépistage plus sophistiqués permettent de dépister un plus grand nombre de cancers, surtout des microcancers, c’est à dire des tumeurs inférieures à 1 cm de diamètre."
    Faux. J’ai étudié 201 cas de cancers de la thyroïde survenus en Corse entre 1985 et 2006 avec notamment les circonstances de diagnostic, le type cellulaire, la taille, le bilan d’envahissement ; l’âge, le sexe et le lieu de résidence des malades en 1986.
    Dans mes conclusions, on retiendra qu’un tiers des cancers sont de découverte fortuite ; la moitié des cancers de découverte fortuite ont dépassé le stade de microcancer mais surtout on retiendra que les microcancers de découverte fortuite asymptomatiques, sans complication, ne représentent que 8 % des cas. C’est à dire que les 92 % restant étaient soit des cancers qui s’étaient révélés du fait de leur taille ou du fait de la gêne occasionnée ou du fait de troubles fonctionnels associés, soit de microcancers agressifs avec effraction de la capsule ou envahissement ganglionnaire ou métastase.
    Au moment du diagnostic, parmi les microcancers, 11 % présentaient des complications, envahissement ganglionnaire ou métastase.
    Est-ce la manifestation d’une agressivité particulière des cancers de la thyroïde en Corse, région la plus exposée du fait de l’importance des retombées et des habitudes alimentaires des habitants ?
    Les preuves de l’impact sanitaire de Tchernobyl en France, exemple de la Corse
    La Corse est située à près de 2000 km de Tchernobyl et pourtant elle a été très concernée par les retombées radioactives, en raison de son survol par le panache radioactif avec des conditions météorologiques défavorables au plus mauvais moment de l’année et à cause d’habitudes alimentaires particulières.
    En effet, en 1986 la Corse a enregistré des dépôts de césium 137 de 4000 à 40 000 Bq/m2 selon les régions, 20 000 à 400 000 Bq d’iode 131/m2 donc trois fois plus d’iode 132.
    Les laits de chèvres et de brebis, les premiers jours de mai 1986, ont contenu des taux souvent supérieurs à 10 000 Bq d’iode 131 par litre, jusqu’à 100 000 Bq/litre pour l’IPSN-CEA.
    La radioprotection n’a pas respecté les limites réglementaires en 86, les habitudes alimentaires particulières n’ont pas été prises en compte, il n’a pas été tenu compte de la vulnérabilité particulière des populations rurales.
    Des pathologies caractéristiques et des organes cibles ont permis, avec le recul, de bien cerner l’impact de la pollution radioactive ; or tous ces indicateurs sont au rouge dans notre région.
    Le pic des hypothyroïdies néonatales en PACA et en Corse
    Hypothyroïdies néonatales en Corse : entre 1980 et 1985, on a dépisté six cas d’hypothyroïdie néonatale dans les deux départements, soit une moyenne de un cas par an. En 1986, on a dépisté cinq cas, dont quatre cas entre le 15 mai et le 15 octobre 1986.
    Hypothyroïdies néonatales en région PACA : 75 cas d’hypothyroïdies néonatales ont été dépistés en 8 ans entre 1978 et 1985 avec une moyenne de 9,3 cas par an. Dans la même région, 23 cas ont été dépistés en 1986. On observe donc cette année-là un excès de 14 cas. Ces chiffres sont éloquents.
    La justice a été sollicitée pour étudier ces cas avec notamment les mois de naissance.
    Pathologies thyroïdiennes en Haute-Corse
    Il y a une forte augmentation des pathologies thyroïdiennes. L’analyse de l’expertise des fichiers du Dr Vellutini, seul endocrinologue en Haute Corse ayant exercé avant et après 1986, révèle une augmentation de 117% dans la proportion de consultants pour des problèmes thyroïdiens par rapport aux autres pathologies endocriniennes après 1986.
    En d’autres termes, la proportion de consultants pour des problèmes thyroïdiens a plus que doublé après 1986. Ceci est à mettre en parallèle avec la très forte augmentation des ventes du médicament Lévothyrox en France.
    Parmi les différentes pathologies thyroïdiennes, ce sont les thyroïdites type Hashimoto qui ont augmenté dans les plus fortes proportions.
    Les cancers de la thyroïde chez les enfants
    En région PACA, troublante affaire des cancers de la thyroïde des enfants et du registre régional des cancers de l’enfant du Pr Bernard. Conférence de presse d’Annie Sugier, directrice de l’IPSN, le 27 mars 1996 aux journaux Le Monde et Le Nouvel Observateur : trois cancers de la thyroïde de l’enfant enregistrés pendant la période 1984 à 1991 et 14 cancers en 1992, 93 et 94. Ces chiffres ont été rectifiés par la Direction Régionale de la Santé, il y aurait eu erreur dans l’interprétation des données.
    Ce registre, ouvert en 1984, n’a plus donné d’informations à partir de cette date (1996), contrairement aux autres registres régionaux. La justice a été sollicitée pour élucider cette affaire.
    Leucémies de l’enfant en Corse
    Plusieurs cas du même type de leucémie (LLA) ont été signalés pour des enfants nés en 1985 et en 1986, dont deux cas pour la seule Haute Corse et nés au deuxième semestre 86 (données non exhaustives) alors que l’incidence nationale est habituellement très faible, de l’ordre de 3,3 cas pour 100000 et qu’il n’y a en Corse que 2800 naissances par an. Le registre PACA Corse devait détenir ces informations.
    Les cancers de la thyroïde de l’adulte
    Le taux d’incidence des cancers de la thyroïde en Corse sur la période 1998-2001 est le plus élevé pour les hommes, incidence trois fois plus élevée que la moyenne nationale et deux fois plus élevée que dans le Doubs (département qui enregistre la plus forte incidence sur le continent).
    Pour les femmes, l’incidence du cancer de la thyroïde, en Corse, est du même ordre de grandeur que l’incidence la plus élevée enregistrée sur le continent, c’est-à-dire le Tarn.
    Globalement, l’incidence du cancer de la thyroïde en Corse est la plus forte des régions françaises surveillées, deux fois supérieure à l’incidence moyenne nationale.
    Pathologies malignes graves
    Excès de pathologies malignes graves survenues dans la cohorte des jeunes nés au deuxième semestre 1986, c’est-à-dire dont les mères étaient enceintes en mai 86.
    Ne serait-ce que dans notre micro-région, sans faire de recherches particulières, on a pris connaissance, parmi les 80 naissances de cette période, de trois cas de pathologies malignes graves, soit un cas sur 26 ; il s’agit d’un lymphome, d’une leucémie et d’un cancer de la thyroïde.
    Ces trois cas ne sont nullement exhaustifs. Trois cas pour une si petite cohorte est tout à fait anormal compte tenu des très faibles incidences respectives à l’âge de survenue.
    La succession de pics dans les différentes pathologies classiquement radio-induites devrait convaincre la communauté scientifique de l’impact de Tchernobyl sur la santé de la population Corse.
    Les élus de la Collectivité Territoriale de Corse ont décidé, pour répondre aux interrogations légitimes de la population, de financer une étude épidémiologique visant à mesurer l’impact de Tchernobyl et à mettre en place un registre des cancers, réclamé depuis 26 ans auprès des services de l’État.
    L’équipe médicale italienne (Ospedale Galleria de Gênes), composée de chercheurs épidémiologistes, endocrinologues, a remporté le marché qui a fait l’objet d’un appel d’offre européen. D’ici un an nous devrions avoir les premières conclusions.
    Sophie Fauconnier Médecin
    Le texte intégral de cette intervention est disponible sur : www.nuage-radioactif.com
     

    Corse: forte hausse des maladies thyroïdiennes après Tchernobyl
    Ajaccio (France) (AFP) - 04.07.2013 

    La catastrophe nucléaire de Tchernobyl (1986) a provoqué une forte augmentation des maladies thyroïdiennes, dont des cancers, en Corse, l'une des régions françaises les plus exposées au nuage radioactif, selon une enquête indépendante italienne présentée jeudi à Ajaccio.

    La catastrophe nucléaire de Tchernobyl (1986) a provoqué une forte augmentation des maladies thyroïdiennes, dont des cancers, en Corse, l'une des régions françaises les plus exposées au nuage radioactif, selon une enquête indépendante italienne présentée jeudi à Ajaccio.

    Selon le document, le nombre de cancers de la thyroïde a augmenté de 28,29% chez les hommes en Corse, après le passage du nuage radioactif (pas de chiffre significatif chez les femmes).

    L'augmentation du pourcentage de thyroïdites a été de 55,33% chez les femmes et de 78,28% chez les hommes.

    Concernant les enfants, selon l'enquête, "le risque de thyroïdites chez les moins de 18 ans vivant en Corse et exposés au nuage de Tchernobyl est augmenté de 62,5% par rapport aux enfants n'ayant pas été exposés".

    Réalisée par le groupement Ospedali Galliera de Gênes, cette "Enquête épidémiologique rétroactive concernant les conséquences du nuage de Tchernobyl sur les populations de Corse" a été remise à la Collectivité territoriale de Corse (CTC) qui l'avait commandée.

    L'équipe de 25 chercheurs, dirigée par le professeur Paolo Cremonesi de l'hôpital Galliera, avait emporté l'appel d'offres européen lancé en 2011 par la CTC.
    Inédite au plan européen, selon ses auteurs, l'étude a été effectuée sur la base de 14.000 dossiers médicaux archivés et plus particulièrement sur 5.500 dossiers "complets" concernant des patients ayant consulté avant et après l'accident de la centrale nucléaire ukrainienne du 26 avril 1986.

    Alors que les autorités françaises avaient nié tout effet du passage du nuage radioactif sur la France en 1986, cette enquête va notamment permettre à des associations de patients de demander réparation en justice, a indiqué la présidente de la commission Tchernobyl de l'Assemblée de Corse, Josette Risterucci.

    Mme Risterucci a souhaité que d'autres régions puissent s'inspirer du travail des chercheurs italiens pour dénoncer le "mensonge d'Etat" qui avait suivi en France la catastrophe et obtenir réparation.

    Article consultable sur TV5 Monde :

    http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/p-1911-Corse-forte-hausse-des-maladies-thyroidiennes-apres-Tchernobyl-.htm?&rub=14&xml=newsmlmmd.urn.newsml.afp.com.20130704.7a3e4b1e.2d86.4c07.8010.c69b3365817f.xml

    Le rapport final, très instructif, est consultable ici :
    http://www.corse.fr/Consultez-le-rapport-final-relatif-a-l-enquete-epidemiologique-retroactive-concernant-les-consequences-du-nuage-de_a4221.html



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  • Victimes de Tchernobyl : le nucléaire et la bougie

    http://www.liberation.fr/terre/2013/04/26/victimes-de-tchernobyl-le-nucleaire-et-la-bougie_898961

    Tribune

    C'était il y a vingt-sept ans. Souffler les bougies d’anniversaire d’un accident nucléaire, un triste paradoxe pour les défenseurs de l’environnement et de la santé...
    Par Daniel Cohn-Bendit, Corinne Lepage et Michèle Rivasi, députés européens

    Des bougies, on n’est pas prêt d’arrêter d’en souffler, tant les conséquences d’un accident nucléaire sont sans fin. Tchernobyl aurait dû être un rappel à l’ordre pour l’humanité entière. Pourtant Fukushima a eu lieu et il est à craindre que les statistiques poussent le risque d’un autre accident majeur vers une probabilité certaine.
    Une fois de plus, cet anniversaire nous rappelle pourquoi nous luttons contre le nucléaire. Tout d’abord pour honorer justement les centaines de milliers de liquidateurs qui se sont sacrifiés pour empêcher une contamination massive en Europe. Mais aussi pour les victimes qui n’auront d’autre choix que de vivre au milieu d’une catastrophe sanitaire et environnementale permanente.
    Entre 6 et 7 millions de personnes vivent encore dans les 150 000 km2 de territoires contaminés au césium en Ukraine, en Biélorussie et en Russie. Victimes de l’irradiation lors de l’accident ou même victimes de la contamination interne par l’ingestion d’aliments cultivés dans ces territoires, 2,4 millions d’Ukrainiens (dont 428 000 enfants) souffrent de troubles liés à la catastrophe, selon les chiffres du ministère ukrainien de la santé. L’absence de démocratie en Ukraine comme en Biélorussie empêche tout devoir de vérité et de prise en charge médicale des victimes. Et l’histoire nucléaire de ces deux pays n’est pas étrangère au maintien de régimes autoritaires.
    Aujourd’hui la sécurisation du site de Tchernobyl n’est pas achevée. Et quand les travaux seront finis, la solution ne sera que temporaire, pour une centaine d’années. Un fonds de 856 millions d’euros a été abondé pour créer une arche visant à démanteler le réacteur et empêcher toute réaction incontrôlable liée à l’infiltration d’eau. L’ensemble des coûts de sécurisation du site atteint le milliard et demi d’euros.
    Actuellement, Bouygues et Vinci se partagent le juteux contrat de construction d’une arche métallique visant à protéger le sarcophage délabré existant. En février dernier, la neige a d’ailleurs provoqué l’effondrement d’un des bâtiments annexes du réacteur. Les travaux auraient dû être achevés l’an dernier, ils ne le seront qu’en 2015 en raison de complications liés à la nature de l’ouvrage : 18 000 tonnes de métal (la moitié du poids de la tour Eiffel) doivent être assemblées, érigées et déplacées au-dessus du sarcophage existant grâce à des rails traités au téflon et des vérins hydrauliques. A Fukushima, Tepco est toujours incapable de gérer le site au quotidien et l’emplacement côtier de la centrale rendra la sécurisation autrement plus compliquée. Inquiétant.
    Mais ce qui nous inquiétait le plus depuis tant d’années c’était l’absence de considération pour les victimes actuelles. Après une longue bataille institutionnelle, nous avons su obtenir des avancées bien tardives. Lors du dépôt d’un amendement dans les propositions de budget en 2008, les eurodéputés écologistes ont demandé qu’une partie substantielle des fonds investis dans la sécurisation du site de Tchernobyl puisse être affectée à la protection des populations voisines. L’amendement fut validé par le Parlement européen et la Commission européenne fit le nécessaire en matière d’appel d’offres, sous notre impulsion.
    Les processus administratifs et bureaucratiques sont longs. Suite à un marathon institutionnel de 5 années, et de multiples rendez-vous pris avec la Commission pour assurer le suivi de la mise en œuvre, nous inaugurons aujourd’hui un programme de recherche médicale visant à assurer le suivi des victimes de Tchernobyl.
    Quatre millions d’euros vont être investis, notamment pour la construction de serres visant à cultiver des aliments en «terre sainte», ainsi que la construction d’un incinérateur disposant de filtres pour brûler le bois contaminé sans atteinte à l’environnement, tout en permettant la production d’électricité pour les riverains. Deux millions sur les quatre viseront à soutenir des mesures dédiées à la population de la région d’Ivankiev : mise à jour d’une carte des zones contaminées, programme de nutrition visant à prévenir la contamination interne et enfin programme sanitaire spécialement dédié à la protection des femmes enceintes et des enfants. L’accumulation de nouvelles données et leur analyse permettra de mieux comprendre l’impact de Tchernobyl sur les nouvelles générations et offrira la possibilité de mettre en place un protocole de vie (pour ne pas dire de survie) des populations en territoires contaminés.
    Le bilan mortifère de Tchernobyl a toujours fait débat. L’Organisation mondiale de la santé avance une cinquantaine de morts par irradiation et 4 000 cancers de la thyroïde, mais l’accord de 1959 liant l’OMS à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) laisse planer un doute concernant l’objectivité de tels chiffres. D’autant plus que des travaux publiés en 2009 par l’Académie des Sciences de New York évaluent à près d’un million le nombre des morts causés par Tchernobyl. Et le bilan est loin d’être définitif.
    La controverse touche aujourd’hui surtout aux conséquences de la contamination interne à faibles doses. Le travail de Yury Bandazhevsky a démontré que la contamination chronique avait des effets sanitaires (cardiovasculaires, hormonaux...) dépassant les paradigmes scientifiques existants. Nous espérons donc que les recherches médicales initiées grâce aux financements européens permettront de mieux identifier les risques liés à la vie en territoires contaminés. Et permettront aux populations affectées de cesser de vivre une fatalité insupportable.

    TCHERNOBYL nous ouvrait les yeux, nos gouvernants, eux, n’ont rien vu
     
    TCHERNOBYL
     
                                                                 Et le ciel regardait la carcasse superbe
                                                                        Comme une fleur s’épanouir
                                                                                     Baudelaire
     
    Centrale de la malédiction et de la mort
    Mausolée  prémonitoire des apprentis sorciers
    A toute heure, tu faisais feu de tes réacteurs.
    Savais-tu qu’on avait introduit dans ton ventre
    Une semence qui fermente ?
    Tu devins, ce n’est pas neuf,
    La grenouille devant le bœuf.
    Orgueilleuse, gonflée, dans tous tes états,
    Tu étais fière de ton éclat.
    Jalouse du Soleil, de ses nombreux bienfaits,
    Par tes rayons maudits, tu voulais l’égaler
    Puis un jour, s’entrouvrirent tes entrailles putrides
    Déversant sur le monde leurs humeurs fétides.
    Vénéneuse fleur du mal, reine de dérision
    Tu découvris ton «  ventre plein d’exhalaisons».
    Dès lors, l’ombre du malheur s’étendit sur la Terre
    Soumise et surprise plus que promise.
    Répétition générale de l’Apocalypse
    A bureaux  ouverts.
    O, combien as-tu fait de victimes
    Et à qui profite le crime,
    Le saura t’on jamais ?
    Dix ans après le drame, pudiquement, on annonçait :
    Cinquante morts, cinq millions de contaminés
    Sans compter les nouveaux-nés qui ne sont jamais nés.
    Quatre mille innocents
    Dont  mille quatre cents enfants,
    Molosse insatiable, avide,
    Furent baptisés au cancer de la thyroïde
    Et pour faire bon poids, exode quasi biblique
    Trois cent cinquante mille hommes furent chassés, déplacés.
    La  terre stérile et souillée
    Sur des milliers de kilomètres
    Ne permet plus  désormais qu’on y pénètre..
    Mais en France, de bonne heure
    Accompagnant l’horreur
    Tel un champignon vénéneux
    Naît le mensonge hideux
    D’une petite musique.
    Rappelons-nous la chanson:
    « Beau petit nuage obéissant
    Pour plaire au ministre décent
    Tu deviens évanescent
    Au bord du Rhin compatissant »
    Nous prend-on pour des innocents ?
    Ce désastre, il peut se reproduire
    Si au lieu de nous unir
    Devant la prolifération, la multiplication,
    Nous nous divisons.
    Non il n’est pas de bon nucléaire
    Qu’il soit civil ou militaire.
    Méfions-nous de nos pauvres mémoires lassées,
    Du danger que l’on croit à jamais conjuré,
    Gardons, amis longtemps en nous le souvenir.
    Serions-nous aujourd’hui autruches de l’avenir ?
    Pour vouloir t’oublier : funeste Tchernobyl,
    Ce petit matin glauque du vingt six avril.
    Malgré ta fermeture,  tragique maison close
    Tu imprimes longtemps ta mortelle nécrose.
    Hélas ! Ces mêmes  hommes qu’on croit intelligents
    Ignorent les devoirs et oublient les leçons
    Si pour  notre malheur l’atome devient roi
    C’est le temps des déchets qui tôt ou tard viendra.
    Il y aura alors tant et tant de poubelles
    A ramasser sans fin sur notre Terre si belle
    Que nos enfants chéris seront tous éboueurs
    Comme de leur avenir nous fûmes fossoyeurs.
     
                                                                                      BERNARD CLOUET
                                                                                                      (24 avril  2009)
     
     
    Nouvelle édition du livre de Roger et Bella Belbéoch
    « Tchernobyl, une catastrophe »  
    1993 - Editions La Lenteur - Mai 2012.
     
    PREFACE
     
    Le livre que nous choisissons de rééditer aujourd’hui est incontestablement la meilleure étude historique sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et ses conséquences.
     
    Paru dans la revue L’Intranquille en 1992, puis l’année d’après dans une version augmentée aux éditions Allia, il était devenu introuvable depuis de nombreuses années [1].
     
    Maintenant que la « marmite du diable » s’est remise à déborder à Fukushima, il nous a semblé que l’exposé détaillé du précédent, en quelque sorte canonique, de Tchernobyl, serait des plus utiles pour ceux qui veulent comprendre ce qui se passe au Japon, puis s’efforcer de faire quelque chose de ce qu’ils auront compris.
     
    Les chances de voir réapparaître, suite à cette nouvelle catastrophe, une opposition antinucléaire un tant soit peu conséquente (tant qualitativement que quantitativement) sont malheureusement très faibles – on sait depuis Tchernobyl à quel point la prétendue « pédagogie des catastrophes » est une illusion. Mais si Tchernobyl avait à peine ébranlé la passivité dans nos pays, ce peu de réactions paraît encore beaucoup en comparaison de l’atterrante indifférence qu’a suscitée, particulièrement en France, la catastrophe de Fukushima.
     
    Il n’est pas excessif de dire que l’industrie nucléaire est une espèce de concentré de notre époque, un résumé ou une caricature de ses tendances de fond, de sa nature profonde, visible ailleurs en moins concentré (nous parlerons ici de l’électricité nucléaire, mais la chose est vraie également du nucléaire militaire : la signification de ce dernier fut d’ailleurs perçue longtemps avant celle de « l’atome civil »).
     
    Et ce qui résume, ce qui concentre le plus parfaitement la nature de l’industrie nucléaire, c’est bien sûr la catastrophe nucléaire, et comment elle trouve sa place dans une société (comment elle transforme cette dernière, et comment elle est gérée par elle). Celle de Tchernobyl était sans doute la plus grave de toutes avant Fukushima. Elle est aussi, notamment grâce à ce livre, parfaitement « documentée ». Nous pouvons donc – nous devons – y étudier le hideux visage de notre époque.
     
    Analyse du livre mais pas seulement >  http://sniadecki.wordpress.com/2012/06/25/dequeiros-tchernobyl/


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  • Non lieu de Pierre Pellerin – Suite

    Suite à un échange avec un ami plus au fait que moi-même, il me paraît indipensable d'apporter quelques précisions sur le non lieu du Pr Pellerin.
    Voici l'essentiel de cet échange assez éclairant sur les difficultés liées au nucléaire.

    Gaulois.

    Y. L.
    Le non-lieu de Pellerin est la conséquence normale de l'acceptation du modèle dose-effet de la CIPR (dont l'autorité, celle d'une simple association "caritatives", procède de sa reconnaissance comme entité ad hoc par l'UNSCEAR, l'AIEA, la FAO etc et l'OMS, donc de l'ONU). Comme la dose n'a pas pu être reconstruite, l'effet, le cancer, ne peut en dériver. Aucun des plaignants ne peut exhiber une mesure de l'état radioactif de sa thyroïde après le passage du nuage de Tchernobyl. Par suite, Pellerin ne peut être accusé : il manque la preuve formelle que devrait apporter chaque plaignant.
    Je ne suis pas juriste, mais dans une situation analogue, 280 familles avaient obtenu réparation de 12,5 M$ de Metropolitan Edison pour 280 naissances avec trisomie 21. Aucune preuve individuelle n'aurait pu être retenue. La plainte collective et traitée comme telle révélait une anomalie épidémiologique majeure.

    Les juges de la CdC ne sont pas des épidémiologistes. Je ne connais pas le dossier et ne puis évaluer ce qui ne les a pas convaincu.
    Il faudrait faire un debriefing de cette pénible aventure avec la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy et voir où le bât blesse, soit dans la latitude de faire des saisines collectives vs celle d'une addition de saisines individuelles, soit dans une incompréhension par le corps judiciaire de la portée d'une grande anomalie sanitaire suite à une pollution fugace mais avec effet retardé. Dans le premier cas, d'un côté c'est l'épidémiologie qui est l'élément majeur du dossier et fait preuve en elle même ; dans le second, on est complètement coincé puisque la relation de cause à effet ne peut être appuyée sur la moindre preuve de l'effectivité de l'agression.
    Je ne suis pas sûr que l'on puisse accuser les juges d'épouser les intérêts des forces que Pellerin a protégé en se mettant en première ligne.

    Gaulois
    La difficulté majeur dans le cas de contaminations radioactives réside à faire le lien de cause à effet.
    Il se passe trop de temps entre la contamination et les effets sur la santé. Ce qui arrange bien le lobbie nucléaire....Dont Pellerin.
    Lorsque le travail des scientifiques indépendants sur la question sera " Officiellement " reconnu, les choses seront différentes.
    Je reste assez réservé sur l'impartialité des juges, même s'ils ne peuvent pas juger Pellerin comme on juge un voleur. Dans le premier cas, ils manquent de repères juridiques justement freinés par le lobbie.
    Sauf si je n'ai pas tout compris....

    Y.L.
    Difficile de faire la part des choses sans un examen détaillé du dossier et des attendus. La CdC juge la forme, la procédure, pas le fond.
    Si cela a été le cas (on peut partir de cette hypothèse), cela veut dire que la meilleure saisine concevable ne peut déboucher sur autre chose qu'un non-lieu.
    Nous aurions donc une pratique judiciaire inappropriée pour ce type de délit avec conséquences survenant à long terme et par nature statistiques.
    En gros : Pellerin sort totalement blanchi, puisqu'il n'y avait pas lieu de le poursuivre. Donc, si un accident survient en France, les gens n'accorderont aucune confiance aux autorités (et ils auront raison). La CRII-Rad ne pourra pas répondre à la demande par manque de moyens. Et ce sera une terrible pagaille.
    Les juges auraient dû réfléchir à deux fois et considérer que Pellerin n'avait pas fait son job correctement. On bute ici sur l'appréciation du risque que le modèle CIPR, reconnu dans la législation, minimise monstrueusement. Ce modèle dérive des données sélectionnées par l'UNSCEAR. Tant qu'on n'aura pas déboulonné ces deux statues, on restera bien démuni

    Gaulois

    En fait, pour les juges de la CdC, la question ne se situe pas sur les normes, qui est une question de fond. Tout au plus les juges pouvaient repprocher à Pellerin de ne pas avoir activé des précautions à prendre comme l'ont fait je crois des pays frontaliers à la France. Mais dans ce cas il fallait alors s'attaquer aussi aux responsables politiques en place en 1986, pour le manque d'appréciation des risques. Michèle Barzach alors ministre de la Santé, jugeait que le nuage de Tchernobyl n'avait pas contaminé la France et qu'il n'y avait aucune précaution particulière à prendre liée à la santé publique. Alors qu'elle exerçait sa tutelle sur la SCPRI et Pellerin.
     
    C'est vrai qu'il faut bien connaître le dossier pour en tirer des conclusions souvant trop hâtives.
    Cependant, il doit être rare de voir des plaignants, victimes du nucléaire obtenir gain de cause devant les tribunaux.
    Sauf si je suis mal informé et bien que le contexte soit différent, les vétérants des essais nucléaires s'y sont cassés les dents aussi.
     
    Le lobbie nucléaire est puissant, assez pour inflencer des juges. Pas sûr qu'ils aient rendu justice en toute indépendence aux victimes même avec un dossier bien ficelé.
    Il faut être retors pour démonter / démontrer tout cet imbroglio qui gravite autours du nucléaire.


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  • La cour de cassation confirme le non-lieu de Pierre Pellerin

     Souvenez-vous du Pr Pellerin qui, en 1986 affirmait que le nuage de Tchernobyl n'avait pas franchi la frontière...
     Le déni continue .... Même au sein de la justice française ... Les prochaines étapes  pour les plaignants et les associations :  la Cour Européenne de justice ?  puis le tribunal pour juger les crimes de santé publiques qui se monte en Italie ?  La secte nucléaire a gangréné toutes les instances et la justice française n'y a pas échappé.

    Combien de médecins et spécialistes connaissent les causes des cancers de la thyroïde ? Parmi eux, combien ont le courage de dire la vérité ? Préférant se taire afin de ne pas compromettre leur carrière !

    Gaulois.

      Le 21 novembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg

     

     

     

     

     

     

               Tchernobyl : 26 ans déjà !

    La cour de cassation a confirmé, mardi 20 novembre, le non-lieu dans l'enquête sur l'impact du nuage de Tchernobyl en France.

    Cette décision met définitivement hors de cause l'ancien patron du Service central de protection contre les rayons ionisants (SCPRI, aujourd’hui fondu dans l’IRSN), Pierre Pellerin.

    Seul à avoir été poursuivi dans ce dossier, il avait été mis en examen pour tromperie aggravée, mais la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris l'avait mis hors de cause le 7 septembre 2011 en prononçant le non-lieu.

    La cour d'appel avait estimé qu'il «n'a pas été constaté, en France, une augmentation significative des cancers de la thyroïde» et qu’il était, «en l'état des connaissances actuelles, impossible d'établir un lien de causalité certain entre les pathologies constatées et les retombées du panache radioactif de Tchernobyl», rappelle la cour de cassation dans son arrêt.

    Ce que confirme un rapport de l’Institut national de veille sanitaire (InVS), datant de 2011. «Une évaluation des conséquences sanitaires de l'accident de Tchernobyl en France a été publiée en 2001. Ce travail concluait que les connaissances scientifiques actuelles ne permettent pas d’exclure la possibilité d’un faible excès de cancers de la thyroïde en France lié à cet accident. Cependant, les estimations quantitatives de risque sanitaire (EQRS) utilisant les niveaux d’exposition aux retombées de cet accident (cartographie de l'Institut de radioprotection et sûreté nucléaire –IRSN- ont permis d’exclure un impact important des retombées de Tchernobyl en France. Par ailleurs, les évolutions temporelles et les répartitions spatiales de l’incidence du cancer de la thyroïde ne peuvent être expliquées par les retombées de l’accident de Tchernobyl. Compte tenu des ordres de grandeur estimés, des excès de cas de cancers de la thyroïde, tels qu’ils sont attendus pour ces niveaux d’exposition, seront difficiles à mettre en évidence.»

    Avocat de parties civiles dans, Bernard Fau estime que l'on «ferme de plus en plus le prétoire pénal aux affaires de santé publique», alors qu'il n'y a, selon lui, «aucun autre moyen d'accéder à la vérité» pour les victimes. L'avocat de Pierre Pellerin, Georges Holleaux, se satisfait de ce que la cour de cassation mette «fin à 25 ans de danse du scalp autour» de son client. Pierre Pellerin, qui est «très soulagé», «n'a pas menti et n'a trompé personne», a ajouté l'avocat.

    L'enquête avait été ouverte en 2001, suite au dépôt d’une plainte de l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT) et de la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad).

    La juge d'instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy avait concentré ses investigations sur les informations communiquées en termes de radioactivité sur l'Hexagone au moment du passage du nuage au printemps 1986, en particulier sur une minimisation des risques encourus.

    Dans un autre rapport, publié en 2011, l’InVS rappelait que le cancer de la thyroïde avait connu une forte croissance (+6% par an, en moyenne) en France, entre les années 1980 et 2000. «Les facteurs de risque du cancer de la thyroïde sont encore mal connus et seuls l’exposition aux radiations ionisantes, en particulier durant l’enfance, et le déficit en iode sont clairement établis», indique l’étude. Les 7 auteurs rappellent aussi que des facteurs nutritionnels, reproductifs, hormonaux et anthropométriques sont également suspectés, ainsi que des susceptibilités génétiques.

    Ces arguments n’ont pas convaincu les autorités corses. En novembre 2011, la collectivité territoriale a débloqué un budget de 400.000 euros pour financer une étude épidémiologique sur les conséquences sanitaires du passage du nuage de Tchernobyl au-dessus de l’île. Le travail a été confié à l’hôpital Galliera de Gênes (Italie).

    Connaître ses adversaires

    Yves Lenoir, spécialiste des questions nucléaires et président de l'association " Enfants de Tchernobyl Belarus ", nous éclaire ici sur un autre personnage, mais pas seulement.

    Gaulois.

    A propos de Mikhaïl Balonov
       Il faut aller plus loin que la seule présentation de Balonov mais en partant de celle-ci pour montrer le défi que nous devons relever. Malheureusement les uns et les autres raisonnent à partir de vieilles idées caduques ou non pertinentes. Nos adversaires sont bien plus intelligents et infiniment mieux préparés.
    Mikhaïl Balonov est un radiobiologiste de formation.

    L'examen de ses publications permet de distinguer deux phases dans sa carrière.

    La première est une carrière de laboratoire consacrée aux effets du tritium sur le vivant et à sa dosimétrie. La première publication date de 1974 et la dernière et cinquième de 1989. Il se révèle ainsi un scientifique très peu productif et limité à un seul sujet.

    La catastrophe de Tchernobyl a été la chance de sa vie, qu'il a su saisir. De scientifique il s'est mué en propagandiste militant de l'innocuité des retombées de l'accident. Quelques mois après ce dernier, il se rendit dans une région très polluée de la Russie d'où les gens demandaient à être évacués. Pour les convaincre de se calmer il fit venir avec lui un scientifique accompagné de sa femme enceinte et les présenta comme allant vivre et travailler sans crainte dans la région (voir le papier publié par le Lancet en avril 2006).

    Ce haut fait le fit manifestement remarquer et, très rapidement, il fut introduit dans les sphère dirigeantes de l'atome et de la radioprotection onusienne (AIEA, CIPR, UNSCEAR) et de leur haut-parleur l'OMS. Le rythme de ses publication fut en gros multiplié par 6, ce qui laisse à penser que sa signature vaut sésame depuis 1990. Elles sont toutes consacrées aux séquelles de Tchernobyl et d'autres pollutions radioactives d'ampleur, dans des domaines très largement en dehors de ses compétences académiques.

    Ayant gravi tous les échelons, il a joué un rôle central dans les travaux du Chernobyl Forum (une organisation d'"experts" envoyés par toutes les agences de l'ONU et par les trois républiques de l'ex-URSS touchées par Tchernobyl) et dans la rédaction du rapport final publié en 2005. Satisfait par l'excellence de sa prestation l'UNSCEAR lui confia la direction de la rédaction de son rapport 2008 sur Tchernobyl, qui apparaît comme une resucée de celui du Chernobyl Forum, sans doute pour apporter aux conclusions controversées de ce dernier (seulement 50 morts et 4000 cancers à venir) le sceau de la "science onusienne des radiations". Après 2008 il a passé le plus clair de son temps à prêcher la doctrine Tchernobyl de l'UNSCEAR et de la CIPR (où il est président du Comité 2 chargé de la dosimétrie) dans colloques et conférences.

    Après Fukushima, il s'introduisit dans le paysage japonais en envoyant une offre de service publique bilingue (anglais et japonais) où il se présentait avec sa seule casquette CIPR. Sa fonction de consultant auprès de l'AIEA n'était, notamment, pas mentionnée… Puis il prit la direction de la préparation du rapport sur la dosimétrie de Fukushima, assisté d'une pléiade de "spécialistes", dont le fameusement souriant Pr Shunichi Yamashita (qui avait participé, en tant que détaché de son Université à la CIPR, aux travaux du Chernobyl Forum). Ce rapport a été publié par l'OMS en mai dernier. L'étiquette OMS est là pour abuser la crédulité du public puisqu'à part le secrétariat et trois observateurs aucun de ses rédacteurs n'émarge à la liste des employés de l'organisation.

    Le rapport sur la dosimétrie est le premier étage de la construction du déni des séquelles de Fukushima. Il faut ici se rappeler que la dosimétrie de Tchernobyl avait été l'occasion d'un couac retentissant. Les mesures des taux de pollution radioactive des régions touchées étaient acquises fin mai-début juin 1986 (j'en ai la preuve sous forme de cartes sorties d'ordinateurs que j'ai photographiées à Moscou en 1990). Par application des relations dose-effet du modèle CIPR, les soviétiques avaient calculés qu'il fallait prévoir 40 000 cancers mortels. La délégation soviétique, dirigée par Valéry Legassov, à la conférence de l'AIEA d'août 1986 annonça ce chiffre. Les autres délégations convergeaient vers 4000 ! La presse se fit l'écho de ces divergences. Un vrai désastre, bien plus grave que l'accident. Heureusement des personnes comme le Chef du Département de Radioprotection du CEA, le Dr Henri Jammet, lequel avait pris les devants dès mai 86 (vu la cacophonie des recommandations officielles selon les pays touchés) avaient mis en chantier deux Conventions à l'AIEA, les fameuses Conventions de Déclaration, et d'Assistance qui furent votées fin septembre 1986 par l'AG de l'ONU. La Convention d'Assistance donne la gestion des crises radiologiques à l'AIEA (le mot "santé" n'apparaît pas dans ce texte). La cohérence ne ferait plus défaut.

    Revenons à la dosimétrie. La seule solution pour combler le fossé entre les prévisions était de revoir la dosimétrie. Legassov fut visiblement mis sur la touche puisque c'est Moïsseiev (Moisseiev avait publié un papier sur la sûreté des réacteurs RBMK dans le numéro de février 1983 du bulletin de l'AIEA, où il présentait cette technologie comme l'une des plus sûre car exempte du risque de perte totale de refroidissement, ce qui est vrai…) qui dirigea la délégation soviétique à la seconde conférence de l'AIEA sur Tchernobyl de septembre 1987. La porte de sortie trouvée fut une série d'erreurs d'un facteur de 7 à 15 dans les évaluations des doses au public. En clair l'application directe du modèle CIPR ne donnait pas le bon résultat et il avait fallu raboter les coefficients, point par point, pour "harmoniser" et "normaliser" le bilan prévisionnel de Tchernobyl à celui demandé par le reste du monde. Ce bilan s'est avéré "bon" puisque presque vingt ans plus tard il a été quasiment confirmé par le rapport du Chernobyl Forum.

    La dosimétrie est donc la clé du bilan d'une catastrophe radiologique. Ce qui se passe sur le terrain ne compte pas. Tout ce qui se produit non prévu par le modèle ne peut être imputé aux radiations ! Comme jamais aucun gouvernement ne mettra en cause les conclusions d'un rapport onusien, toute contestation basée sur les chiffres est vouée à l'échec ! La seule solution : montrer que ces rapports n'obéissent pas aux critères imposés pour la production de science, c'est-à-dire, au premier chef, toutes les références (un chiffre, une courbe, autant de références), et une controverse ouverte organisée à l'initiative d'un responsable politique.

    A Fukushima les choses se sont passées sans hiatus. L'AIEA et l'UNSCEAR ont pris les choses en main à peine les pompes de refroidissement enfin en fonction. Et le programme de préparation du bilan prévisionnel définitif de la catastrophe fut défini en mai 2011 et présenté à la conférence de septembre 2011. Après la dosimétrie, il annonçait un rapport provisoire de l'UNSCEAR sur les effets sur la santé pour fin 2012 et le rapport définitif pour mars 2013. Le fait que l'OMS endosse le rapport sur la dosimétrie devait sans doute contribuer à endormir l'opinion (la presse ne s'en fit quasiment pas l'écho…, sinon bêtement) et rassurer les décideurs. L'AIEA n'a pas bonne presse après Fukushima…

    On voit pour conclure que Balonov est la cheville ouvrière du dispositif. Il a l'expérience ; on connaît son sens de la communication et l'inventivité de son esprit quand il s'agit de faire avaler les pilules.

    Pendant ce temps-là, sur le terrain, les économistes adeptes et experts du "principe d'optimisation" conditionnent les habitants et les élus des régions touchées pour les persuader que les mesures qui leur sont et seront imposées sont ce qu'il y a de meilleur. Le CEPN, encore sous couvert de la CIPR, est à la manœuvre ; encore un vétéran de Tchernobyl…

    La tragédie radiologique de Fukushima reproduit celle de Tchernobyl avec presque 15 ans d'avance, si on prend pour point de départ la date de l'accident atomique.

    Le travail que j'ai entrepris depuis avril 2011 vise à persuader que l'ennemi n'est pas tant la radioactivité, qui, en dehors du nuage d'iode, agit lentement, voire très lentement, que la clique constituée de ceux qui ont reçu des agences radioprotectrices de l'ONU la mission d'en nier la dangerosité à long terme.


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  • Une histoire pas si naturelle

    Voilà que l'on constate les effets de la radioactivité à Fukushima. Comme par exemple l'apparition de papillons mutants.

    http://www.rtl.fr/actualites/international/article/des-papillons-mutants-decouverts-apres-fukushima-7751617993

    C'était prévisible et des scientifiques « Indépendants » l'on démontré à Tchernobyl.
    Pourtant, la secte nucléocrate continue son œuvre criminelle de désinformation.
    Oui ! Criminel. Les travaux de nombreux scientifiques qui, depuis la catastrophe de Tchernobyl, ne parviennent pas à faire entendre leur voix sur les réels danger de l'atome et les conséquences catastrophiques de la radioactivité.
    C'est ainsi que ARTEE diffusait le 21 août le documentaire « Tchernobyl ; une histoire naturelle », déjà diffusé en 2010 je crois. Ce documentaire est une vraie provocation et une insulte pour les millions de victimes de la catastrophe de Tchernobyl. Il y a fort à parier que le réalisateur de ce document était sponsorisé par le lobby nucléaire.
    Pour qui n'aurait pas assimilé le sens de cette parodie, ARTEE rediffuse le samedi 1er septembre 2012 à 12h25.

    Je vous invite à consulter la critique de l'éminent Pr Michel Fernex ici : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=article_impr&id_article=26155

    Ou là : http://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php?id=base_documentaire:articles-2011:etb-024

    Désinformation, mensonge et mépris sont les devises de la secte nucléocrate qui ne pourra pas éternellement se moquer ainsi des populations.

    Gaulois.


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  • Le Tribunal permanent des peuples (TPP) – Session Tchernobyl : 

    Tchernobyl, conséquences sur l'environnement, la santé et les droits de la personne (1996 )

    Le tribunal permanent des peuples est un tribunal « d’opinion et non de pouvoir ». Il s'agit d'une assemblée dans laquelle des personnalités reconnues dénoncent juridiquement des actes qu’elles estiment répréhensibles, en se basant sur le droit international. Des jurés remettent des avis consultatifs au jury qui dirige et médiatise le « procès ». Les sentences prononcées n’ont pas d’effet contraignant, mais les avis émis se veulent basés sur la législation réelle et sont communiqués aux autorités. Le premier tribunal d’opinion fut le Tribunal Russel (fondé en 1966 par J.-P. Sartre et Bertrand Russel) pour juger les crimes de guerre des États-Unis au Vietnam.
    Fait troublant et indice de la puissance de la secte atomique : Parmi les nombreuses sessions du TPP depuis sa création, celle ayant trait à Tchernobyl est absente de la recension des activités du TPP, telles que Wikipedia, pro-nucléaire, les rapportent : fr.wikipedia.org/wiki/Tribunal_permanent_des_peuples  

    Gaulois.

     Source : Site de l'association Enfants de Tchernobyl Belarus :  

    enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php?id=notre_association

    ( Copier-coller les liens dans votre navigateur, s'ils ne fonctionnent pas )
     
    Tribunal Permanent des Peuples : " Tchernobyl, conséquences sur l'environnement, la santé et les droits de la personne(1996) "
    Tchernobyl représente un tournant de l'ère atomique, au même titre que la bombe d'Hiroshima avait révélé au Monde sidéré le chemin parcouru depuis la découverte du radium en 1898. Une grande défaite de la sagesse et de la mesure, une défaite désirée dans la célébration de la force sans limite.
    Rares sont ceux qui ont pressenti le potentiel de destruction engendré par cette découverte, tel le philosophe-historien Henry Adams, bien seul à avoir su penser en cette matière :
         “Le postulat de l’unité, lequel était la marque de la pensée humaine au Moyen-Âge, a succombé très lentement aux preuves da la complexité. La stupeur de la science devant le radium en est une preuve.
         (…) Encore un siècle ou un demi-siècle ne sera pas nécessaire pour mettre sans dessus dessous la pensée. Le droit, dans ce cas, disparaîtrait en tant que théorie ou principe a priori, et céderait la place à la force. La moralité deviendrait police.
         Les explosifs atteindraient une violence cosmique. La désintégration dominerait l’intégration.”
    Henry Adams, in lettre à l’historien
    Henry Osborn Taylor, 1903
    Développée dans le secret, le mensonge et l'illusion l'énergie atomique a empoisonnée la Terre entière, suite à la dispersion de l'équivalent de 10 000 fois les retombées de la bombe d'Hiroshima. La destruction du réacteur 4 de Tchernobyl y a rajouté une contamination aigüe sur de vastes territoires, et spécialement en Biélorussie, Ukraine et Russie, mais aussi en Scandinavie, en Allemagne et en Autriche.
    Le déni des dégâts provoqués par les radiations atomiques s'inscrit dans la filiation de l'image bienfaisante de l'usage intensif des rayonnements ionisants et du radium en médecine et dans certaines applications courantes. Il a structuré la propagande atomique depuis l'explosion d'Hiroshima et a connu une extension obscène depuis que les observations des médecins et chercheurs ont pris la mesure des conséquences sanitaires et écologiques de Tchernobyl.
    L'initiative collective à l'origine de la session du Tribunal Permanent des Peuples rapportée ci-dessous n'aurait pu être menée à bien sans une implication sans réserve de témoins et de militants de la vérité et de la justice. Elle restaure la dignité des victimes et met en lumière la duplicité des institutions et des hommes qui ont placé leurs intérêts dans le développement de l'énergie atomique. Le tableau détaillé et complexe qui en est résulté est unique et d'une actualité brûlante au moment où les questions sur l'avenir des populations touchées par Fukushima s'accumulent, dans une grande confusion parfois.

    Document PDF Téléchargeable sur le même site.






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  • Tchernobyl 26 ans

    Une catastrophe nucléaire ne se commémore pas ! Tchernobyl a commencé il y a 26 ans et continue pour très longtemps. C'est un requiem pour l'éternité.

    Les victimes de cette catastrophe qui continue se comptent par centaines de milliers dans l'indifférence quasi générale. 

    N'oublions surtout pas Fukushima dont l'ampleur de la catastrophe est semblable, voir pire encore que celle de Tchernobyl.

    Puisse les tocsins de ces catastrophes rester assourdissants et faire changer les hommes

    Les images qui suivent sont insoutenables mais nécessaires pour, peut-être ? Réveiller quelques consciences.

    Gaulois.

     

    *

     

    Supplique aux hommes et à la terre
     
     
    S'il existe un dieu sur l'univers
    il est aujourd'hui vaincu, anéanti
    car le diable a gagné la partie :
    les hommes vont détruire leur terre
    en y enterrant leurs déchets nucléaires
    condamnant à mort froidement
    leurs descendants
    améliorant ainsi le noir travail de Lucifer !
     
    Terre ! les hommes sont tous devenus fous !
    ils veulent faire de toi un immonde fourre-tout :
    dans tes entrailles fécondes, qui depuis des millénaires
    nous donnent la vie, ils veulent sans remords empiler
    leurs déchets nucléaires dont ils ne savent plus que faire !
     
    Terre ! je sais qu'un jour tu leur feras payer !
    alors de ton ventre meurtri resurgiront les radionucléides
    ensemencés par ces démons cupides.
     
    Terre ! Comment te protéger de leur industries prolifique ?
    Ces assassins irresponsables, nucléocrates et politiques
    assoiffés de pouvoir et d'argent
    qui chaque jour nous empoisonnent impunément,
    ont décidé de poursuivre leur oeuvre diabolique
    soucieux de profits financiers au mépris de l'éthique.
     
    Terre ! Ouvre-leur les yeux avant qu'ils ne commencent !
    Révolte-toi ! Bouge-toi ! Refuse cette mortelle semence
    qu'un jour, victimes innocentes, nos enfants,
    paieront de leur vie et tous leurs descendants
    Danielle CHARLEMAGNE

     


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  • Tchernobyl Forever

    Un documentaire à voir ou à revoir. Réalisé en 2010, et diffusé sur Arte peu après la catastrophe de Fukushima.
    Réalisateur : Alain De Halleux
    Producteurs : CRESCENDO FILMS.
    Vingt-cinq ans après, et alors que la crise au Japon ravive le débat sur l'avenir du nucléaire, Thema enquête sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl et sur ses représentations chez la jeune génération.
    Comment la jeunesse ukrainienne perçoit-elle l'histoire de Tchernobyl ? Un documentaire qui interroge la mémoire de la catastrophe et son avenir.


    Source : Média Part
    http://blogs.mediapart.fr/edition/nucleaire-lenjeu-en-vaut-il-la-chandelle-pour-lhumanite/video/140312/tchernobyl-forever

    Ou

    Tchernobyl forever




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  •  

    Les véritables dimensions de la catastrophe de Tchernobyl

    Jusqu'à sa mort en Août 2008, le Pr V.N. Nesterenko a pris fait et cause de la catastrophe de Tchernobyl. Il avait apporté son soutien à l'organisation Independent Who à Genève. ( Voir rubrique : Nucléaire – Indépendance pour l'OMS )

    Sa lettre ci-dessous apporte un éclairage sans appel sur cette catastrophe.

    Gaulois.

    V.N. NESTERENKO  devant l'OMS à Genève

    10 février 2012

    Lettre du Professeur Vassili Nesterenko à Wladimir Tchertkoff, Solange Fernex et Bella Belbéoch.

    Chers collègues,

    Bien peu sont encore en vie aujourd’hui de ceux qui, dès les premiers jours de la catastrophe de Tchernobyl, participèrent directement à l’estimation de la situation radiologique au bloc 4 de la centrale atomique de Tchernobyl, ainsi qu’aux actions visant à prévenir la dégradation de cette catastrophe en explosion atomique.

    Par malheur l’académicien Valeri Legassov, radiochimiste de talent, nous a quittés un an après la catastrophe. Il était, comme moi, membre du Conseil interministériel à l’énergie atomique d’U.R.S.S. Dès avant l’accident de Tchernobyl, à nombre de réunions du Conseil présidées par le ministre de la construction mécanique moyenne, Efim Slavski, en présence de l’académicien Anatoli Alexandrov, Legassov a exigé le durcissement des mesures de sécurité de l’exploitation de la centrale atomique de Tchernobyl qui dépendait du Ministère d’Energétique d’U.R.S.S. (ministre Piotr Neporojni).
    Je vais donc essayer de reconstituer à l’aide de mes archives (notes de 1986) la chronologie des événements et je décrirai les mesures prises par le Gouvernement d’U.R.S.S. et la Commission Spéciale du Conseil des Ministres pour essayer de localiser l’accident survenu à la centrale de Tchernobyl.

    Le 27 avril 1986 je pris l’avion pour Moscou où je devais me rendre pour affaires. Je remarquai dans l’avion que mon dosimètre de poche donnait des valeurs bizarres : une très grande puissance de dose (des centaines de fois supérieures à ce qu’on observe d’ordinaire à une altitude de 8 000 mètres). Je me dis que mon appareil était hors d’état.

    Le matin du 28 avril je me rendis au Kremlin, à la Commission militaro-industrielle du Conseil des Ministres de l’U.R.S.S., pour y régler des questions urgentes ayant trait aux essais de la centrale atomique mobile « Pamir » dont j’étais le constructeur en chef. C’est là que j’appris l’angoissante nouvelle : un accident était arrivé à la centrale atomique de Tchernobyl, un incendie s’y était déclaré, et le matin du 26 avril une Commission gouvernementale s’y était déjà rendue en avion.

    Je connaissais bien la construction du réacteur R.B.M.K. dans lequel on utilise comme modérateur de neutrons plusieurs milliers de tonnes de graphite. On sait que lorsque le réacteur fonctionne dans son régime normal, tout le graphite est contenu dans un cylindre d’acier. Le ralentissement des neutrons dans le graphite fournit 6 à 7% de toute la puissance du réacteur. Pour maintenir la température de travail du graphite à 500-600°C, le cylindre à graphite est rempli d’un gaz inerte : un mélange d’azote et d’hélium. Le fluide caloporteur (eau) circule à l’intérieur de l’assemblage de graphite.

    On sait que l’accident s’est produit à cause d’erreurs du personnel qui effectuait une expérience nucléairement dangereuse : il s’agissait de voir comment, en cas d’arrêt d’urgence du réacteur, on pouvait utiliser le dégagement calorifique résiduel pour la production supplémentaire d’énergie électrique.

    Les barres absorbantes utilisées dans ce réacteur étaient raccourcies et sans bouts en graphite devant remplir le canal au moment de la sortie de la barre du coeur du réacteur ; par conséquent au moment de la sortie des barres le canal se remplissait d’eau (le fluide caloporteur).

    Le protocole de l’expérience avait été soumis par la direction de la centrale atomique de Tchernobyl au ministère, au constructeur en chef (l’académicien Nikolai Dollejal), et au responsable scientifique du réacteur (l’académicien Anatoli Alexandrov). N’ayant pas reçu de réponse positive écrite, la direction de la centrale de Tchernobyl prit malgré tout la décision d’effectuer le 25 avril 1986 les expériences prévues.
    Mémorial de Tchernobyl, Kiev @ AP Photo/Efrem Lukatsky, thejournal.ie

    Le réacteur R.B.M.K. se distingue par un enrichissement relativement faible du combustible (1,8% en uranium 235) et des coefficients positifs de température fort importants, surtout aux niveaux de puissance peu élevés du réacteur.

    En été 1986, après l’accident, le ministre de construction mécanique moyenne, E. Slavski, me montra tout le programme de l’expérience. Selon ce programme il fallait abaisser la puissance du réacteur jusqu’à 800 Mw puis, à partir de ce niveau de puissance, étudier après le lâchage des barres du système de sécurité la marche par inertie du turbogénérateur pour déterminer la quantité d’énergie électrique produite.

    Au moment de l’expérience, la puissance du réacteur chuta jusqu’à 60-80 Mw et selon les lois de physique le réacteur tomba dans un « trou d’iode ». Dans cette situation il fallait arrêter le réacteur, attendre 2 ou 3 jours que les isotopes d’iode à vie brève se désintègrent et que la puissance revienne à son niveau normal.

    Selon les dires des participants de l’expérience, le personnel de la centrale atomique a extrait les barres compensatrices du cœur du réacteur et mis en marche les pompes de circulation complémentaires pour amener de l’eau dans le réacteur. La radiolyse de la vapeur dans le canal fit se former un mélange détonnant d’hydrogène et d’oxygène qui provoqua la première explosion thermique au sein du réacteur.

    Il y eut une déviation du flux de neutrons dans le réacteur, l’eau qui avait rempli les canaux libérés des barres absorbantes se mit à bouillir. En 3 ou 5 secondes la puissance du réacteur se vit centuplée. Les éléments combustibles en céramique (en bioxyde d’uranium) à basse conductibilité calorifique furent rapidement détériorés par les énormes tensions thermiques.

    On sait que la décomposition de l’eau se produit avec le plus d’efficacité sur les éclats de combustible. Suivit une seconde déflagration du mélange détonnant qui déchira l’enveloppe hermétique du graphite et fit éclater la dalle de béton supérieure (environ 1200 tonnes ; elle se trouve aujourd’hui encore inclinée à 60°). L’air eut ainsi accès au réservoir de graphite. Lorsqu’il brûle dans un milieu d’air, le graphite donne une température allant jusqu’à 3600-3800°C. À cette température les enveloppes de zirconium des éléments combustibles et des tubes de force dans le graphite jouèrent le rôle de bougies d’allumage et de catalyseurs, contribuant au développement ultérieur de l’accident.

    Les 1700 canaux actifs du réacteur contenaient 192 tonnes d’uranium (enrichis à 1,8% d’uranium 235). De plus les canaux de maintien contenaient les assemblages de cartouches déjà utilisées qui avaient été déchargées du réacteur.

    Sous l’effet de la grande température du graphite en feu, les canaux du combustible se sont mis à fondre (comme les électrodes dans l’arc voltaïque) et le combustible fondu commença à couler en bas et à s’infiltrer dans tous les orifices des câbles électriques.

    Le réacteur reposait entièrement sur une dalle de béton de 1 mètre d’épaisseur. En bas, sous le réacteur, on avait construit de puissantes chambres de béton pour la collecte des déchets radioactifs.

    Comme le personnel continuait à pomper l’eau dans le réacteur avec les pompes de circulation, l’eau s’infiltra bien sûr dans ces souterrains en béton armé. Un grand risque apparut : si la masse en fusion perçait la dalle de béton sous le réacteur et pénétrait dans ces chambres de béton, il pouvait se créer des conditions favorables à une explosion atomique. Les 28-29 avril 1986 les collaborateurs du département de la physique des réacteurs de l’Institut de l’énergie atomique de l’Académie des sciences de Biélorussie ont fait des calculs qui montrèrent que 1300-1400 kg du mélange uranium+graphite+eau constituaient une masse critique et une explosion atomique d’une puissance de 3 à 5 Mégatonnes pouvait se produire. Une explosion d’une telle puissance pouvait provoquer des radiolésions massives des habitants dans un espace de 300-320 km de rayon (englobant la ville de Minsk) et toute l’Europe pouvait se trouver victime d’une forte contamination radioactive rendant la vie normale impossible.

    Je fis un rapport sur les résultats de ces calculs le 3 mai 1986 à une réunion chez le premier secrétaire du C. C., N. Sliounkov. Voici quelle était mon estimation de la situation que j’exposai à cette réunion : la probabilité d’une explosion atomique n’était pas grande car au moment de l’explosion thermique tout le cœur avait été mis en pièces et dispersé non seulement à l’intérieur du réacteur mais sur tout l’espace industriel entourant la centrale.

    On me demanda pourquoi je ne garantissais pas à 100% qu’une explosion atomique ne pouvait avoir lieu à Tchernobyl. Je répondis que pour cela il fallait connaître l’état de la plaque de béton sous le réacteur. Si la plaque n’avait aucune brèche, aucune fente ou crevasse et si des fentes n’allaient pas apparaître plus tard, on pouvait affirmer qu’il n’y aurait pas d’explosion atomique.

    Il y a une chose que je sais pour sûr : des milliers de wagons de chemin de fer avaient été réunis autour de Minsk, Gomel, Moguilev et les autres villes se trouvant dans un rayon de 300-350 km de la centrale de Tchernobyl pour l’évacuation de la population si une telle nécessité se présentait.

    On s’attendait à ce que l’explosion puisse avoir lieu les 8 ou 9 mai 1986. C’est pourquoi toutes les mesures possibles furent prises pour éteindre avant cette date le graphite qui brûlait dans le réacteur. On amena d’urgence à Tchernobyl des dizaines de milliers de mineurs des mines des environs de Moscou et du Donbass pour qu’ils creusent un tunnel sous le réacteur et installent un serpentin de refroidissement pour refroidir la dalle de béton du réacteur et exclure toute possibilité de formation de fentes dans cette plaque. Les mineurs durent travailler dans des conditions infernales (haute température et haut niveau de radiation) pour sauver la plaque de béton de la ruine. Il est impossible de surestimer ce que ces hommes pleins d’abnégation ont fait pour prévenir une éventuelle explosion nucléaire. La plupart de ces jeunes gens sont devenus invalides, nombre d’entre eux sont morts à l’âge de 30-40 ans.

    Il est évident que la situation radiologique dans le réacteur était terrifiante. Comme un accident de cette envergure n’avait pas été prévu au moment de l’élaboration du projet, il n’y avait pas à la centrale de Tchernobyl d’appareils dosimétriques capables de mesurer des niveaux de radiation aussi élevés.

    C’est pour cette raison qu’on m’amena en hélicoptère de Minsk à Tchernobyl dans la nuit du 1 mai. Dans l’hélicoptère nous avions installé le spectromètre-gamma pour la mesure de doses puissantes que possédait notre Institut et qui devait équiper la centrale atomique « Pamir » dont le réacteur avait une défense biologique incomplète et de forts niveaux d’irradiation.

    En survolant le réacteur à l’aube du 1 mai avec l’académicien Legassov, nous réussîmes à mesurer la puissance d’irradiation sur le toit du réacteur qui était de 12 000 - 14 000 R/h (la puissance mortelle pour un homme est de 600 R/h). Pendant le survol du réacteur d’abord à 300 m. d’altitude, puis à 150 m. la puissance de dose à l’intérieur de l’hélicoptère s’était élevée respectivement jusqu’à 100-400 R/h.

    Les académiciens Legassov et Guidaspov proposèrent de pomper du gaz carbonique dans les ruines du réacteur (considérant qu’il repousserait l’air), de verser de l’hélicoptère du sable et de la poudre de dolomie sur le graphite en feu, ce qui devait éteindre le graphite.

    Dans les premières heures qui suivirent l’accident on avait déversé sur le réacteur en feu plusieurs milliers de tonnes de plomb pour éviter une explosion atomique. Ce plomb s’évapora, s’éleva dans les airs et retomba dans les régions sud de la Biélorussie, ce qui est une des causes du taux élevé de plomb dans le sang des enfants des districts administratifs de Braguine, Khoiniki et Narovlia.

    On sait que le 7 mai 1986 l’incendie qui faisait rage dans le bloc 4 de la centrale atomique de Tchernobyl fut éteint. Pourtant il y eut encore plusieurs rejets de gaz radioactifs en provenance du réacteur et le service de radioprotection de notre Institut enregistra une augmentation de 3 à 4 fois de la contamination radioactive dans le district de Narovlia (70 km de la centrale de Tchernobyl).

    L’exploit des centaines de milliers de jeunes gens - pompiers, soldats, mineurs¬ « liquidateurs » de ce terrible accident, ne connaît pas son pareil.

    Selon l’estimation des physiciens, il y avait dans le réacteur de la centrale de Tchernobyl près de 400 kg de plutonium. On estime que près de 100 kg de plutonium ont été rejetés dans l’environnement au moment de l’incendie (1 microgramme de plutonium est une dose mortelle pour un homme pesant 70 kg).

    Mon opinion est que nous avons frisé à Tchernobyl une explosion nucléaire. Si elle avait eu lieu, l’Europe serait devenue inhabitable.

    Une idée dangereusement fausse fait son chemin en Occident : du moment que les réacteurs de la centrale de Tchernobyl sont arrêtés, il paraît qu’il n’y a plus de risque d’explosion atomique. Or tant que le combustible nucléaire se trouve à l’intérieur du réacteur en ruines, il présente un danger non seulement pour l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie mais pour les populations de l’Europe entière.

    Les peuples d’Europe devraient selon moi être infiniment reconnaissants aux centaines de milliers de liquidateurs qui au prix de leur vie sauvèrent l’Europe d’un malheur atomique gravissime.

    Selon la déclaration faite en 1996 par la direction de l’association « Union de Tchernobyl », plus de 20 000 hommes de 30 à 40 ans qui avaient participé à la liquidation des conséquences de Tchernobyl étaient morts à cette date.

    Dans le rapport national intitulé « Les conséquences de Tchernobyl au Bélarus 17 ans après » (Minsk, 2003) on note une augmentation du nombre des cas de toutes les espèces de cancers (cancers du colon, des poumons, de la vessie, de la thyroïde) supérieure à celle observée chez les habitants des régions non contaminées, et ce d’une valeur statistiquement fiable. On prévoit avant 2030 et rien qu’au Bélarus le développement de 15 000 cas de cancers de la thyroïde induits par la situation radiologique.

    Les enfants constituent la partie la plus vulnérable de la population du Belarus. Selon les données officielles du ministère de la Santé du Bélarus, si en 1985 85% des enfants étaient en bonne santé, en 2000 il y en a moins de 20% dans tout le pays et moins de 10% dans le district de Gomel.

    Voilà pourquoi il est nécessaire d’organiser d’urgence la protection radiologique des 500 000 enfants qui habitent dans les territoires contaminés du Belarus.

    V.N. NESTERENKO , janvier 2005.

    Membre-correspondant de l’Académie des sciences du Belarus, Professeur, docteur ès sciences techniques, « Liquidateur » des conséquences de l’accident survenu à la centrale atomique de Tchernobyl en 1986. Vassili Nesterenko est mort le 28 août 2008.

    Sources : Revue Artefacte, travail, art, science… société, n° 2, décembre 2011, disponible sur :

    http://www.artefacte-asso.com/

    Voir sur ce même sujet l’article de Françoise Paul-Lévy, Complément d’une lettre et Aux sauveteurs de Tchernobyl, in Artefacte, n° 2, décembre 2011. Ce texte a également été diffusé sur le site tchernobyl.verites.free.fr. Commentée et accompagnée de schémas, sur le site dissidentmedia.org/infonucleaire.

    URL de cet article 15805
    http://www.legrandsoir.info/les-veritables-dimensions-de-la-catastrophe-de-tchernobyl.html

     

     

    Complément d’une lettre par Françoise PAUL LEVY

        C’est pas facile le boulot de citoyen, celui qui fait qu’on cherche à s’informer pour et avant de juger et que plus ou moins on y arrive. C’est pas pour s’excuser, c’est seulement un constat, qu’il s’agisse de la vie à peu près ordinaire ou d’événements qui n’en font pas partie. La catastrophe de Tchernobyl le montre amplement.
        Le 26 avril 1986, explosion thermique 1 à la centrale électrique de Tchernobyl du réacteur nucléaire n° 4,  entré en fonction en 1983 2 . Déjà là les difficultés : c’est grâce à V. Nesterenko que je viens seulement de lire que j’ai appris la distinction à faire entre thermique et nucléaire mais dire que je comprends exactement serait mentir. À une exception près : que si l’explosion avait été nucléaire, si les hommes qui sont intervenus sur les lieux n’avaient pas fait tout ce qui était possible pour empêcher que de thermique, elle devienne nucléaire et n’y avaient pas réussi au prix et au mépris du danger pour leurs vies, une telle explosion « pouvait provoquer des radiolésions massives des habitants dans un espace de 300-320 km de rayon (englobant la ville de Minsk) et toute l’Europe pouvait se trouver victime d’une forte contamination radioactive rendant la vie normale impossible » (citation de la lettre-document de Vassili Nesterenko, datée de 2005). C’eut été eux et nous dans le pire, un pire qui littéralement excède ce que je et sans doute nous tous pouvons concevoir. Grâce à eux, ce pire là a été évité et le pire qu’ils affrontent, c’est chez eux qu’il est resté. Ça vaudrait bien une minute mondiale de silence tous les 7 mai, vous ne sentez pas ? Pensons-y. Cette nécessité de silence me saisit, c’est un obstacle à franchir pour continuer d’écrire ; ce que je veux pourtant ; en exprimer la difficulté pour fabriquer une médiocre passerelle. La centrale de Tchernobyl est dite électrique ; naguère j’eusse dit centrale nucléaire mais ce sont les réacteurs qui le sont. Électrique parce qu’elle produit de l’électricité. Nucléaire civil, alors comme on dit ? Mais je lis chez Y. Lecerf et E. Parker, dans un passage un peu alambiqué que « tous les réacteurs soviétiques du même type que celui de Tchernobyl sont issus d’une technique à usage militaire et parfois même encore utilisés à des fins miliaires en URSS »3 . Et chez V. Nesterenko ceci : « Le matin du 28 avril je me rendis au Kremlin, à la Commission militaro-industrielle du Conseil des Ministres de l’URSS, pour y régler des questions urgentes ayant trait aux essais de la centrale atomique mobile « Pamir » dont j’étais le constructeur en chef. C’est là que j’appris l’angoissante nouvelle : un accident était arrivé à la centrale atomique de Tchernobyl, un incendie s’y était déclaré, et le matin du 26 avril une Commission gouvernementale s’y était déjà rendue en avion ». Commission militaro-industrielle donc ; toutes les centrales atomiques en dépendaient- elles ?

    Mais à date actuelle,  ailleurs dans le monde, comment ça se passe, comment ça s’organise ? Y a-t-il l’équivalent de cette commission ou y a-t-il séparation stricte du nucléaire militaire et civil ? Qui nous le dira ? Nucléaire civil, ça fait moins peur que l’autre, à tort peut-être mais si de fait c’est plutôt militaro- industriel, ça veut, ça voudrait dire quoi ? Qui nous le dira ? Encore que civil, si proche de civilité et de civilisation, c’est pas forcément le terme le plus approprié quand on sait que les enfants dans les régions contaminées naissent avec des malformations et grandissent comme des vieillards mais si ça peut aussi faire le rapprochement avec civisme et indiquer que les gens qui y bossent ont en eux l’esprit civique, tant mieux. Je me sens dans tout ça dépassée et dans tout ça citoyenne comment ? Qui me le dira ?
        Maintenant l’explosion du 26 avril. Pas une mais deux (voir le document de V. Nesterenko) avec destruction d’éléments du bâti et incendies ; et avec dans le documentaire réalisé par T. Johnson l’indication que le sol de la centrale se met à trembler4.  Or : « Je fis un rapport sur les résultats de ces calculs le 3 mai 1986 à une réunion chez le premier secrétaire du CC5 , N. Sliounkov. Voici quelle était mon estimation de la situation que j’exposai à cette réunion : la probabilité d’une explosion atomique n’était pas grande car au moment de l’explosion thermique tout le cœur avait été mis en pièces et dispersé non seulement à l’intérieur du réacteur mais sur tout l’espace industriel   entourant  la  centrale.  On  me  demanda  pourquoi   je  ne garantissais pas à 100% qu’une explosion atomique ne pouvait avoir lieu à Tchernobyl. Je répondis que pour cela il fallait connaître l’état de la plaque de béton sous le réacteur. Si la plaque n’avait aucune brèche, aucune fente ou crevasse et si des fentes n’allaient pas apparaître plus tard, on pouvait affirmer qu’il n’y aurait pas d’explosion atomique » (même document). Il faut admettre qu’il y avait une incertitude sur les fentes puisque : « Il y a une chose que je sais pour sûr : des milliers de wagons de chemin de fer avaient été réunis autour de Minsk, Gomel, Moguilev et les autres villes se trouvant dans un rayon de 300-350 km de la centrale de Tchernobyl pour l’évacuation de la population si une telle nécessité se présentait. ». C’est-à-dire en cas d’explosion atomique.     Et il écrit encore : « Mon opinion est que nous avons frisé à Tchernobyl une explosion nucléaire. Si elle avait eu lieu, l’Europe serait devenue inhabitable. » La date butoir c’était le 8 mai : en quelques jours les liquidateurs ont évité le pire du pire. Coïncidence que j’ai envie de noter : selon T. Johnson, réalisateur d’un documentaire intitulé La bataille de Tchernobyl, cette centrale porte un nom : celui de Lénine ; c’est la centrale Lénine mais l’usage courant a retenu le nom du lieu, Tchernobyl ; au passage noter également que parmi les premiers arrivés, il y avait : les petits groupes de cinq qui faisaient la garde du parti communiste en cas de coup dur.   
       
        L’explosion condense plusieurs drames de niveaux et de nature différents, celui du nucléaire et de ses dangers, celui de l’Ukraine où se trouve la centrale, celui des risques courus par les populations qui se trouvaient dans sa proximité ; celui de l’Union Soviétique ; celui du gouvernement Gorbatchev dont on pouvait attendre une sorte de renouveau quoique sur ce point les avis divergent mais sur lequel peut-on raisonnablement penser la catastrophe n’a pu que lourdement peser, immédiatement évidemment  et probablement jusqu’à sa démission en 1991 ; drame de ceux que l’on a appelés les liquidateurs et dont la grandeur n’apparaîtra ou ne m’apparaitra qu’au bout de longues années, vingt ans plus tard, vingt ans trop tard ; et puis avec le nuage qui s’est formé et s’est élevé dans l’atmosphère, drames tout de suite perçus des particules radioactives et de leurs retombées en Union Soviétique, en Europe ou encore ailleurs dans le monde, étendant les menaces, variables certes, à d'autres populations. Stupeur et nécessité de savoir ; et de savoir quoi faire.
        Peut-on faire confiance aux informations officielles qu’elles viennent d’Union Soviétique ou d’ailleurs ? Aux journalistes ? Aux spécialistes ? Dès les premiers jours des contradictions apparaissent  et ça va durer longtemps. Il y a celles qui tendent à minimiser l’accident et celles qui le maximisent mais sa mesure réelle échappe. Pour là-bas et pour ici, la vérité est un besoin, une urgence et on a le sentiment qu’elle est, comme souvent, difficile à saisir. 

        En France, il y aura la querelle du nuage avec ses aspects sérieux et ses côtés loufoques. Au mois de mars de cette même année, les élections législatives ont été favorables à la droite : gouvernement de J. Chirac et cohabitation. J’aimerais savoir si Monsieur Mitterrand et Monsieur Chirac ont parlé ensemble du nuage. De toute façon, outre les autres motifs, il y a le plus souvent dans l’air, prête à servir, l’idée que les gens comme vous et moi sont facilement sujets à la panique et qu’il faut nous en préserver, enfants que nous sommes ; alors que de mon point de vue, erroné peut-être, ce n’est pas la rétention mais la diffusion des informations qui évite les effets de panique, en nous permettant de saisir la situation au lieu d’errer d'un préjugé à l’autre.
        En mai 1986, se crée la Criirad, un groupe de physiciens et de chercheurs  indépendant et c’est un contrepoids bienvenu au SCPRI dont les agents missionnés font serment de secret 6 . Les débats les plus pénibles dont certains inacceptables, portent sur le nombre des morts, des blessés, des malades provoqués par la catastrophe de Tchernobyl : s’il y a un domaine dans lequel l’honnêteté devrait prévaloir sans difficulté, c’est bien celui-là ; depuis le début et à tout moment. Si l’Union Soviétique n’existe plus, les territoires touchés, eux, demeurent et c’est là-bas d’abord que les gens vivent et meurent avec le désastre de Tchernobyl. 
       
        Et pourtant : dés l’accident connu, deux chiffres concernant le nombre immédiat  des morts : 2 ou 2000 ?7  Qui croire et quoi croire ? Au bout de quelques temps, c’est 2 qui s’impose. Depuis, avoir à constater que les affrontements demeurent, que la réalité et la vérité si dépendantes l’une de l’autre ont bien du mal à se faire connaître et reconnaître, en particulier dans les dix premières années ; et par exemple s’agissant des organisations internationales liées à l’O.N.U. : apprendre par le documentaire de W. Tchertkoff, Controverses nucléaires et par Michel Fernex que les actes du congrès de  l’O.M.S. (Organisation mondiale de la santé ; mondiale, on lit bien)  tenu à Genève en 1995 n’ont pas été publiés en raison d’un accord ancien entre l’O.M.S. et l’A.I.E.A. (Agence internationale pour l'énergie atomique ; internationale, on lit bien) qui donnait à cette agence droit de contrôle sur la diffusion des données recueillies par l’O.M.S. lorsque l’énergie atomique était en cause ; dans le même documentaire, apprendre du Docteur Nakajima - ancien directeur de l’O.M.S. -que l’O.M.S. et l’A.I.E.A. constituent des départements de l’O.N.U. mais que l’organisation de santé dépend du Conseil pour le développement économique et social tandis que l’agence elle relève du Conseil de sécurité, ce qui donne un accès fut-il vague aux priorités et aux systèmes d’autorité. Mais ce documentaire, c’est en 2011 seulement que je l’ai vu.
        Un peu plus tôt mais si tard déjà, avoir aussi à constater que les victimes ont dû et doivent se battre pour faire reconnaître  qu’elles  le  sont et à l’égard des pouvoirs dans ces
    régions et à l’égard des organisations internationales. Ce seul constat est déjà une désolation.
        Mais il y a concernant les liquidateurs des faits que ni nous ni les générations qui nous suivront ne doivent oublier : ils ont donné volontairement ou sur ordre leurs vies pour leur pays et pour nous, ici en Europe. Pour ce qui me concerne, il a fallu qu’en 2006, il y a cinq ans V. Kitaev vienne à Toulouse pour qu’enfin je commence à comprendre. V. Kitaev était alors et est sans doute encore président de l’association Union Tchernobyl de la région de Moscou qui cherche à défendre les droits de ceux que l’on a appelés les liquidateurs. Liquidateurs ? Ce mot  en russe dit peut-être exactement ce qu’il faut mais en français résonne bizarrement : dit-on liquidateurs de Fukushima ? À-t-on dit liquidateurs pour les pompiers des Twin Towers ? Dire sauveteurs pour ceux qui sont intervenus à Tchernobyl. Monsieur Kitaev est allé dans plusieurs villes de France. C’est le 12 avril qu’il est à Toulouse, invité par les associations Les Amis de la terre et Sortir du nucléaire. Il ne parle pas le français. C’est Carine Clément qui assure la traduction. Ses vêtements, ses attitudes, sa voix manifestent de la simplicité, de la volonté, de la modestie et presque de la timidité. Certes, il ne se prend pas pour un héros, peut-être parce qu’à la différence de tant d’autres qu’il a connus lui vit encore. Avec lui et par lui, le bouleversant entre et reste dans la salle où nous sommes. V. Kitaev est présent pour soutenir la cause des liquidateurs-sauveteurs.  Il parle des vivants et des morts, de la situation des malades, des promesses faites et non tenues, des difficultés. Comme s’il s’agissait d’oublier en les oubliant.
        
        Pompiers, volontaires, pilotes d’hélicoptères, soldats appelés et réservistes,  mineurs, spécialistes venus creuser un tunnel. Combien étaient-ils engagés dans cette guerre avec la centrale ? 600 000, 800 000, un million ? Les chiffres varient. Combien sont morts ou invalides 20 ans après ? Selon  Monsieur Kitaev et son association 25 000 pour les uns et plus de 160 000 pour les autres. Ils nous ont protégés. Ce même soir, au cours de cette même réunion  le documentaire Le Sacrifice a été diffusé et par lui des images d’Anatoli Saragovietz qui aimait tant la vie et qui était en train de la perdre à cause de son intervention à la centrale et de la maladie des rayons, comme certains l’appelle. Alors j’ai décidé une toute petite chose : leur écrire, faire signer cette lettre par d’autres et l’envoyer à celui qui est venu nous parler, à son nom et à l’adresse à Moscou de l’Union Tchernobyl. En un jour et demi plus de 100 personnes l’avaient cosignée. Elle est partie en recommandé par le courrier de l'Université. Elle n’est jamais arrivée. Après une réclamation, les feuillets de recommandation et la lettre sont revenus. Que s’est-il passé ? Je ne sais. Un incident au départ ou à l’arrivée ? Il aurait fallu l’énergie de chercher. Je ne l’ai pas eue : j’étais devenue malade et une lettre vingt ans après, c’était si peu.  J’ai abandonné, pas bien contente de moi à cause des signataires et avec nostalgie parce qu’ici en 2006,  les liquidateurs-sauveteurs et leur action étaient plutôt négligés. Quelques personnes avaient fait des copies, envisageaient de recueillir des signatures et d’en faire envoi de leur côté. Peut-être celles-là sont-elles parvenues à leur destination.

    Frédéric a jugé qu’Artefacte pouvait publier cette lettre mais j’ai voulu la compléter. On a le choix de respecter, d’admirer ces jeunes hommes, de les accueillir dans nos cœurs ou bien de ricaner en jugeant qu’ils ont été bien cons de risquer leurs santés ou leurs vies pour les autres et qu’à leur place on se serait taillé le mieux qu’on aurait  pu. Chacun a le choix. Mais quel qu’il soit, ici où nous sommes, nous sommes face à ceci qu’ils ont aussi sauvé l’Europe. Est-ce qu’il peut y avoir des ricaneurs assez ricaneurs pour devoir leur sauvegarde à ces jeunes hommes des premières heures et des premiers jours et ne pas le reconnaître ? Pourtant ni vous ni moi n’avons fait grand chose. Leur dire merci avant qu’ils ne meurent, ce presque rien nous ne l’avons pas fait. Le nuage oui nous a préoccupés, la centrale, le réacteur, la contamination, les civils.
        Mais  les volontaires,  « éduqués par le parti » à faire simplement leur devoir comme le dit l’un d'eux ? Et tous les autres, décidés ou  par obligation  qui sont allés faire le boulot, le terrible boulot par patriotisme et par altruisme, mal informés, mal protégés ? La situation imposée par la catastrophe de Tchernobyl était, on en convient aujourd’hui, tout à fait inédite, rendant vaines probablement les dispositions prévues antérieurement eussent-elles été améliorées et renforcées, comme le voulait V. Legassov. On peut faire une sorte de maladroit rapprochement avec le tsunami qui nous a-t-on dit a pris de cours à Fukushima les exploitants de Tepco. Sauf si V. Legassov avait imaginé un accident proche de celui qui a eu lieu auquel cas la responsabilité de ceux qui n’en auraient pas tenu compte serait lourdement engagée et on peut penser que cela se saurait. V. Ternienko pour sa part indique qu’« un accident de cette envergure n’avait pas été prévu au moment de l’élaboration du projet ». Et c’est bien l’inédit qui fait aujourd’hui  consensus. Qui peut savoir quoi faire dans une situation inédite ? J’aimerais tellement qu’il y ait une réponse à cette question. On a reproché et on reproche encore aux autorités soviétiques d’avoir envoyé au casse-pipe un si grand nombre de jeunes hommes et on reconnaît que les consignes étaient de limiter l’exposition à quelques secondes et à quelques minutes. Quel était le moins épouvantable des choix ? Beaucoup de gens et peu de temps, en comptant sur la brièveté comme une chance possible ou moins de gens et plus longtemps que délibérément ainsi on envoyait à une mort certaine ? D’autres situations inédites peuvent-elles se produire ?  Qui nous le dira ? Quels seront alors les choix ? Que se passe-t-il à Fukushima ? Mais autant qu’il faille comprendre l’inédit ne serait pas la seule menace, la répétition le serait aussi. Je lis ceci dans l’ouvrage d’Y. Lecerf et E. Parker, très défenseurs du nucléaire civil et d’un leadership français dans ce domaine au titre d'un des scénarios, selon leur expression, qu’ils considèrent comme possibles. C’est à la page 249 ; « le plus simple pour en finir avec le nucléaire européen serait un second Tchernobyl ». Les auteurs envisagent alors deux versions. L’une voudrait qu’il s’agisse « d’un « faux Tchernobyl », d’un simple coup de désinformation. « On laisserait croire qu’un accident grave a eu lieu. On larguerait même quelques saletés dans l’atmosphère pour l’accréditer ». Passons sur le on et le largage et lisons la deuxième version. « L'accident pourrait aussi être véritable et avoir été provoqué par des services secrets dans une installation nucléaire quelconque ». Y. Lecerf et E. Parker (cf la présentation qui est faite d’eux en 4ème de couverture de leur livre) ont été ingénieurs nucléaires et ont exercé différentes responsabilités institutionnelles et ce sont deux hommes qui estiment, on pourrait dire tranquillement, qu’un second Tchernobyl pourrait être du à une action de services secrets. Il convient d’ajouter que pour eux, au moins en 1987 date de leur publication, le premier Tchernobyl n’est pas un accident grave et qu’ils utilisent les termes de « non-événement » pour qualifier peut-être l’accident lui-même et en tout cas ses retombées européennes (voir le premier paragraphe page 229 qui laisse hésitant sur l’extension à donner au « non-événement ») ; de sorte que  le second Tchernobyl qu’ils évoquent ne pourrait, selon eux, doit-on penser, qu’être dépourvu de gravité. Mais quand même : un accident nucléaire mais cette fois provoqué, une action des services secrets : qui pourrait prendre une telle décision si méprisante des gens ordinaires ? Tu te sens les sentiments, les nerfs et les pensées en boule, ne laissant le passage qu’à un seul impératif. Il faut qu’une telle décision, action, situation soient impossibles : à court terme le machiavélisme peut sembler servir mais quoiqu’en disent certains il est je crois bien une marque d’impuissance qui finit par se montrer. En tout cas il faut rendre impossibles ses formes les plus morbides. Il faut que les autorités civiles et religieuses se prononcent ; que les partis politiques, les syndicats, les associations, les clubs de dirigeants prennent position ; que des engagements internationaux nous délivrent de ce genre de menaces ; que l’O.N.U. décide d’un referendum mondial qui nous permette de dire que nous ne voulons pas  d’actes comme ceux-là. Il faut que ceux qui seraient tentés par ces formes de guerre aillent chercher en eux la morale d’y renoncer. Utopies mes il faut ? Mais alors quoi ? Quoi ferra notre protection ? Qui nous la garantira ? Et comment exercer nos droits et nos devoirs de citoyens à l’égard de ceux que nous aimons, de nos semblables et de nous-mêmes ? Parfois je crains que nous comptions bien peu. Si rien ne se fait d’autre que le silence, il sonnerait comme un aveu. 

    Françoise PAUL-LEVY, professeur de Sociologie à l’Université de Toulouse le Mirail

    Début novembre 2011.

     

    1 Lire à ce sujet la lettre du Professeur V. Nesterenko.

    2 Pour la date de 1983, voir Y. Lecerf et E. Parker, L'affaire Tchernobyl, P.U.F., 1987, p.34.

    3 Même ouvrage p.13.

    4 In La bataille de Tchernobyl, 2006.

    5 Comité Central du parti communiste.

    6 Décret paru au J. O. (Journal Officiel ) le 15 juin 1966, article 2.

    7 Même ouvrage de Y. L . et E. P.  pp.9-11.

     


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