• Détournements et truandages de la sciences

    Ou la guerre politico-scientifique

    Je ne suis pas sûr que ce soit nouveau. C'est dans la nature humaine, que ce soit à titre individuel ou au niveau des nations, chacun cherche à truander, à détourner ou à éliminer certains progrès scientifiques de l'autre.
    Gaulois.

    Comment des chercheurs ont « truandé » des revues scientifiques

    27 décembre 2015, par Pierre Barthélémy

    http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2015/12/27/comment-des-chercheurs-ont-truande-des-revues-scientifiques/

    Il y a quelque chose de pourri au royaume de la science. Coup sur coup, trois noms de l'édition scientifique ont été contraints de retirer plusieurs études qu'ils avaient publiées. Dans les trois cas, la fraude était intervenue au cours du processus de relecture et de validation des articles par les pairs (le peer review, selon la terminologie anglaise), c'est-à-dire au cœur-même de la machinerie scientifique. Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec cette procédure, voici la marche à suivre quand des chercheurs veulent publier le résultat de leurs travaux. Ils rédigent tout d'abord leur étude puis l'envoient à une revue. L'éditeur de celle-ci adresse ensuite le texte à un ou plusieurs spécialistes, les relecteurs, qui, par leur expertise, sont à mêmes de saisir la portée de l'article et censés en effectuer une analyse critique. Souvent anonymes, ils peuvent décider de rejeter ce dernier s'ils ne le jugent pas assez intéressant ou pas au niveau de la revue ; ils peuvent aussi, avant de se prononcer, demander un certain nombre d'éclaircissements voire de nouvelles expériences ; ils peuvent enfin accepter l'étude, en général au prix de corrections et de précisions. Si les experts donnent le feu vert, le texte est publié.
    Entre l'envoi initial et la parution de l'article, le processus peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, et cette validation par les pairs est censée garantir la qualité et le sérieux de la revue. Mais quand le peer review est piraté, comme cela vient de se produire à plusieurs reprises, c'est tout l'édifice scientifique qui est ébranlé. Les trois affaires ont été révélées au grand jour par l'excellent site "Retraction Watch". La première date du 16 décembre. L'éditeur Hindawi a été contraint de retirer d'un coup dix articles dont un des co-auteurs, le Sud-Coréen Jason Jung, avait frauduleusement soumis lui-même les rapports de relecture. Il est évidemment plus facile de voir son travail accepté par une revue quand on procède soi-même à son évaluation...
    La deuxième affaire touche un grand nom de l'édition scientifique, le Nature Publishing Group (NPG), qui, comme son nom l'indique, publie notamment la prestigieuse revue Nature. Dans un communiqué laconique rendu public le 18 décembre, le NPG annonce que trois articles, tous rédigés par des équipes chinoises et parus dans les journaux Cancer Gene Therapy et Spinal Cord, ont été retirés, c'est-à-dire désavoués. On n'a pas beaucoup d'explications mais, là encore, est en cause une fraude au niveau du peer review. Enfin, "Retraction Watch" a annoncé le 24 décembre que le groupe d'édition SAGE, après avoir mené une enquête sur des études suspectes soumises à une de ses revues, le Journal of the Renin-Angiotensin Aldosterone System (JRAAS), avait retiré 21 articles. Huit d'entre eux avaient déjà été publiés, tous issus d'équipes chinoises...
    Au total, en moins de dix jours, 34 études sont donc parties dans les oubliettes de la science. Cette rafale de rétractations n'est en réalité pas surprenante, car elle s'inscrit dans une sorte d'"opération mains propres" à laquelle les grands éditeurs du monde scientifique ont été contraints de se livrer depuis un an. En décembre 2014 en effet, le Comité sur l'éthique des publications (COPE, selon son acronyme anglais), organisation à but non lucratif regroupant plus de 10 000 éditeurs scientifiques dans le monde, lançait un signal d'alarme. Dans un communiqué, le COPE constatait "des tentatives systématiques et inconvenantes pour manipuler le processus de revue par les pairs de plusieurs journaux appartenant à différents éditeurs. Il apparaît que ces manipulations ont été orchestrées par un certain nombre d'agences tierces offrant leurs services à des auteurs."
    Pour comprendre ce qui peut sembler un tantinet obscur dans cet extrait, il faut entrer quelques minutes dans l'arrière-cuisine de la science, là où se mitonne la tambouille de la recherche. Très populaires en Asie – et notamment en Chine, comme j'ai déjà eu l'occasion de le signaler –, les "agences" auxquelles se réfère le communiqué du COPE sont des officines qui, moyennant finances, proposent aux chercheurs en mal de reconnaissance et soumis à la pression du "Publie ou péris" des articles clés en mains ou, plus simplement, une "aide" à la publication. Et, parfois, l'aide fait un détour par la tricherie. Comment cela ? Trois cas principaux se présentent. Dans les deux premiers, les fraudeurs profitent du laxisme de revues fainéantes, lesquelles demandent aux auteurs de fournir avec leurs articles une liste de spécialistes de leur domaine qui pourraient servir de relecteurs. Première possibilité : les chercheurs pressentis sont de mèche avec les auteurs (ou rémunérés par les agences pour leur mansuétude...) et, en attente d'un retour d'ascenseur, ils jouent au "passe-moi la salade, je t'envoie la rhubarbe" cher à un homme politique français qui ne connaît pas ses classiques.
    Seconde possibilité, nettement plus tordue, mais visiblement très en vogue : les auteurs ou, bien souvent, les agences qui agissent à leur place fournissent le nom de chercheurs mais avec de fausses adresses de courrier électronique. Du coup, sans se douter de l'entourloupe, les revues leur renvoient leurs études en leur demandant de les évaluer ! Il suffit de donner une réponse bienveillante mais assortie de quelques remarques judicieuses, histoire de ne pas éveiller la méfiance des éditeurs, et le tour est joué : un "pair" a validé le travail, on peut le publier. Dans le dernier cas de figure, on a affaire à un piratage classique : quelqu'un pénètre dans le système informatique gérant les études à relire et adresse celles qu'il veut valider à un reviewer fictif ou complice. C'est ce qui s'est produit pour le journal Optics & Laser Technology, du groupe Elsevier, qui a dû retirer en 2012 une dizaine d'articles frauduleusement acceptés.
    Depuis qu'a éclaté le scandale de ces manipulations du peer review, on a, selon "Retraction Watch", comptabilisé près de 300 rétractations, la plupart concernant des études venues d'Asie – chinoises, taïwanaises, sud-coréennes – et impliquant souvent les fameuses "agences" du marché noir de la science, que j'évoquais plus haut. Il y a un mois, Pékin, soucieuse de restaurer une crédibilité scientifique bien ébranlée, a réagi en interdisant aux chercheurs chinois de travailler avec ces agences. Quant aux éditeurs, ils ont lancé de nombreuses enquêtes internes dont les retombées n'ont sans doute pas fini de se faire sentir. Nombreuses sont également les revues qui ont promis de ne plus demander aux auteurs de leur fournir une liste de relecteurs potentiels. Histoire que la si essentielle validation se fasse bien par des pairs et non par des fantômes.
    Pierre Barthélémy

    Là où l'on voit le pillage très organisé.

    L'article qui suit ( Politis 2002 ) a été publié dans cette même rubrique il y a 4 ans.

    http://libre-infos.eklablog.com/-a25528744

    L'extrait d'article suivant, paru sous le titre ""In English exclusivement" dans "Politis" du 5 septembre 2002, mérite une attention particulière  :
    Johannesburg a atteint des sommets d'anglo-soumission. Même à l'occasion de myriades de conférences et d'évènements organisés par la société civile, c'est la défaite en rase campagne de la diversité linguistique. Certes les faibles moyens des ONG ont obligé à des coupes claires dans les budgets d’interprétariat. Mais quand même : la plus élémentaire des civilités (se préoccuper de ceux qui pourraient avoir des difficultés à suivre les débats) est passée à la trappe. Résultat :
    les Anglo-saxons monopolisent la parole. Les latins se réchauffent entre eux, les Africains errent. Très inquiétant. Certains suggèrent que la culture constitue un des piliers du développement durable.... Il y a du travail."
    Ceci est à comparer avec l'extrait suivant du "Journal des Finances", 22 au 28 mars 1997, sur Davos :
    "A Davos, lors du fameux « World Economic Forum », le français a été mis au ban des langues admises. Il faut y parler anglais, et nos représentants les plus illustres acceptent ce diktat au nom d'un mondialisme anglo-saxon."
    En la même année 1997, à propos du sommet de Kyoto, Dominique Voynet, auparavant ministre de l'environnement et membre de la direction des Verts, avait répondu au "Journal du Dimanche" (JDD, 14 décembre 1997) :
    "Toutes les discussions techniques se sont déroulées en anglais, sans la moindre traduction, alors qu'il s'agissait d'une conférence des Nations unies. Trop de délégués ont été ainsi en situation d'infériorité, dans l'incapacité de répondre efficacement, de faire entendre leurs arguments".
    Une allusion du même genre a trouvé place dans l'hebdomadaire "Témoignage Chrétien" du  7 février 2002 à propos du Forum de Porto Alegre auquel ont voyagé 68 000 participants de 150 pays :
    "Ne parlons pas des problèmes matériels : les interprètes font très souvent défaut".
    Ainsi pour traiter de sujets desquels dépend le sort de l'humanité et de la planète, à Kyoto comme à Johannesburg ou Porto Alegre, des spécialistes se déplacent du monde entier. Ils séjournent dans des pays où tout est très cher ( Japon ) ou des pays où la détresse et la misère frappent une grande partie de la population. Et leur temps est en grande partie vainement gâché. Quel est le coût financier et écologique de ces grandes « messes » où beaucoup aiment s'entendre parler mais ne prêtent guère attention à la voix des désespérés ?
    Consternant : des images de la télévision, ici comme en beaucoup d'autres circonstances semblables à travers le monde, montraient une manifestation de Zoulous. Des slogans en anglais apparaissaient sur les banderoles. Eh bien, même les hommes les plus pauvres se font ainsi, « GRATUITEMENT », les hommes-sandwiches de la langue d'un système économique
    qui les asphyxie.
    L'attitude irréfléchie des masses et de la plupart des hommes politiques facilite et accélère la réalisation de l'objectif de l' « Anglo-américaine Report 1961 » qui vise à imposer insidieusement "une autre façon de voir le monde" :  « l'anglais doit devenir la langue dominante » (…). La langue maternelle sera étudiée chronologiquement la première mais ensuite l'anglais, par la vertu de son usage et de ses fonctions, deviendra la langue primordiale. Le rapport proclame que ce Centre [ainsi est nommé le groupe des cinq pays réunis par la suite au sein du réseau d'espionnage "Échelon" : États-Unis, Grande-Bretagne, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande; le reste du monde est nommé "la Périphérie" !] a le monopole de langue, de culture et d'expertise, et ne devrait pas tolérer de résistance contre le règne de l'anglais). « Si des Ministres de l'Éducation nationale, aveuglés par le nationalisme [sic] refusent... c'est le devoir du noyau des représentants anglophones de passer outre ».
    On peut remarquer, à travers ces extraits d'informations, que les années passent et que l'absence de débat permet aux adversaires d'un développement durable et équitable de refermer le piège linguistique sur cette proie qu'est pour eux le reste du monde (la "Périphérie") afin de mieux la dépecer.
    La politique linguistique qui se résume ainsi : « Les profits et le droit intégral d'expression, c'est pour nous; les efforts, les dépenses et le bafouillage, c'est pour vous ! », reçoit donc un appui aussi gigantesque qu'aveugle de ceux qui souffrent le plus de cette situation. Le rejet irréfléchi d'une langue nationale, sans lien avec quelque puissance que ce soit, conçue pour empêcher cela, a permis le renforcement de la position de la langue de l'inéquité totale.
    Entendu le 8 septembre 2002, au journal de la Radio-Télévision Belge (RTBF) sur la chaîne TV5 :
    "En Belgique, un adulte sur dix ne sait pas écrire".
    Et ceci dans le pays, économiquement de bon niveau, où se trouve l'un des principaux centres de décision de l'Union européenne, un pays où il devient pratiquement impossible d'échapper à l'anglais.
    Ainsi, à force de tout sacrifier à l'anglais, les peuples deviennent de plus en plus incapables de parler et d'écrire leur propre langue sans pour autant atteindre le niveau d'élocution de natifs anglophones, sans se reconnaître dans cette langue étrangère.
    C'est ce que l'on nomme l'aliénation.
    L'anglais et la science
    Les anglophones ont réussi, en quelques décennies, à imposer l¹anglais comme langue universelle de la science. Comment s¹y sont-ils pris ? Quelles sont les conséquences de ce coup de Trafalgar ? Voilà deux questions auxquelles répond Charles Xavier Durand - de l¹Université de technologie de Belfort - Montbéliard dans une monographie d¹une cinquantaine de pages intitulée Le français: une langue pour la science et présentée à Québec le 19 mai 2001. Je vais tenter de vous la résumer.

    Quelques considérations liminaires s¹imposent. En dépit des thèses de certains linguistes, on sait que le langage conditionne la pensée, comme on sait que chaque langue correspond à une démarche mentale particulière. En conséquence, les mondes dans lesquels vivent les sociétés sont des mondes distincts, et non le même monde étiqueté différemment. On sait encore que c¹est dans la diversité que s¹épanouit la richesse créative en favorisant la variété des perceptions de la réalité et en exploitant la multiplicité des expériences de la vie, la diversité des langues exalte le progrès. Cela fait que tout chercheur qui s¹exprime dans une langue autre que la sienne s¹expose à être en retrait de celui qui emploie sa langue maternelle~ avec toute sa finesse. Il en résulte que la standardisation linguistique est un mythe, fondé sur l¹idée de la supériorité d¹une langue, mythe qui confine à l¹hégémonie et au racisme, mythe qui cautionne et conforte le rapport de forces existant.

    Revenons à la première question. Comment s¹y sont pris les anglophones pour imposer l¹anglais au monde de la science ? D'abord, fait ignoré du grand public, ils ont pratiqué le révisionnisme scientifique. Ils sont passés maîtres dans l¹art d¹occulter ce qui ne vient pas d'eux. Ainsi ne citent-ils jamais Ernest Duchesne qui, dès 1887, a écrit une thèse sur la pénicilline, dont l¹invention est attribuée à Fleming. Ni les Français Scott de Martinville et Charles Cros qui, en 1857 pour le premier et en 1877 pour le second, ont découvert le phonographe attribué à Edison. Ni Clément Ader, père de l¹avion, écarté au profit des frères Wright (notons à ce sujet la déclaration de George Bush - le père - qui a osé dire « Je peux paraître chauvin, mais je ne pense pas que voler aurait pu être inventé ailleurs qu'aux États-Unis d¹Amérique »). Ni Lamarck, Buffon, Vanini, Maillet, Diderot, que méconnaît le British Museum of Natural History de Londres en attribuant la théorie de l¹évolution à Darwin. Ni Henri Laborit - dans le domaine de la structure du cerveau humain - effacé par Paul Mac Lean, Karl Pribam et Wilder Penfield. Sans oublier le professeur Luc Montagnier, découvreur du virus du sida, dont les travaux ont été pillés par Robert Gallo... Demain, l'histoire ne retiendra plus que ce qui aura été publié en anglais, et les scientifiques seront convaincus que rien n¹est intéressant en dehors des travaux accomplis aux États-Unis.

    Cette monopolisation des savoirs est frappante en botanique. Depuis 1988 et le congrès de Berlin, les anglophones ont éliminé le français, qui est pourtant la langue d¹origine du code, Ils en sont même à substituer aux appellations latines des appellations anglo-saxonnes : l'amanite tue-mouche n¹est déjà plus Amanita muscaria mais Fly Agaric. Et, pour éviter des dénominations qu'ils ne contrôleraient pas, ils ont inventé la notion d'enregistrement de la publication, qui leur permet de maîtriser tout ce qui est découvert - quel que soit le pays de la découverte - voire d¹invalider les brevets correspondants.

    Parallèlement, les Anglo-saxons s'accaparent la formation scientifique : les ingénieurs français doivent passer par les universités anglaises ou américaines pour donner à leurs titres une reconnaissance internationale - pourtant, les cours donnés ne sont souvent que de pâles copies de ce qu'ils ont déjà étudié. Ce n'est pas pour rien que les Anglais envoient de nombreux agents de recrutement dans l'Hexagone pour promouvoir leurs universités, drainant ainsi des milliards aux dépens des établissements non anglophones. Et, comme le dit Charles Xavier Durand : En reconnaissant explicitement ou implicitement une langue scientifique internationale, on a déchu les autres de ce rôle et redirigé les jeunes, intéressés par un complément de formation à l'étranger, vers les pays anglo-saxons, en quasi-exclusivité.

    Puis, il y a la mainmise anglophone sur l'édition scientifique: la publication d'articles est devenue l'un des objectifs prioritaires du chercheur (c'est ce qui fait son renom). Or, que constate-t-on ? Que trois pays (États-Unis d'Amérique, Royaume-Uni et Pays-Bas) détiennent plus de 71 % des revues scientifiques dotées d¹un comité de lecture (66 % il y a dix ans) ; que des géants de la science comme le Japon, la C.E.I., la France et l'Allemagne n'en ont que 15 % ; qu'une analyse fine permet d'affirmer que 8,5 % des articles viennent du Japon, lequel ne maîtrise que 2,5 % des revues, 5,2 % des articles viennent de France, laquelle n'a que 2,6 % des revues... Bien entendu, les revues américaines peuvent ainsi prospérer aux dépens de celles des autres pays et inonder la planète d¹articles rédigés en anglais : elles deviennent les dépositaires de l'essentiel de la recherche scientifique. De surcroît, leurs bénéfices sont arrondis par les chercheurs étrangers puisqu'il est fréquent que ces derniers doivent payer pour être publiés! Les crédits de la recherche française pour engraisser les revues scientifiques américaines ? Oui, c¹est fréquent.

    Mais l'essentiel est à venir ; aujourd'hui, la valeur des scientifiques est fondée sur des indices de citation : combien les chercheurs ont-ils publié d'articles sur leurs travaux ? Comme les revues américaines ont monopolisé l'édition, c'est à elles qu'on va se référer pour juger les scientifiques du monde entier. L'indice le plus utilisé est celui de l'institut de l'information scientifique des États-Unis (ISI): il ne travaille qu'à partir des articles écrits en anglais. On arrive à ce paradoxe que les chercheurs français ne sont reconnus qu'en publiant en anglais. Pire encore : comme les revues scientifiques soumettent à des comités de lecture les articles proposés, cela signifie que les savants américains qui les composent ont un droit de veto sur tout ce qui se publie. De veto et de pillage, comme cela a été le cas pour le professeur Luc Montagnier, spolié de son titre de découvreur du virus du sida.

    Nous voici parvenus au summum de l'absurdité la marginalisation de la recherche non anglophone. Maurice Allais - qui reçut le prix Nobel d'économie en 1988 - en a fait les frais lui, qui n'a publié qu'en français, n'a été récompensé que cinq ans après son élève, Gérard Debreu, lequel publia en anglais. Le monde scientifique anglo-américain se trouve donc dans la position de juge et partie et peut ainsi s'attribuer publications et prix...sans vergogne. Avec ce que cela implique sur l'économie et qu'a décrit le journaliste américain Kevin Philipps. Selon lui, les compagnies américaines fabriquant des produits à haute valeur ajoutée décrochent des contrats non parce qu'elles sont les meilleures mais parce que leurs clients les croient les meilleures. Les représentants de Thomson, d¹Airbus, de Dassault ou de l'Aérospatiale pourraient en témoigner.

    Les conséquences de ces pratiques sont patentes. L'adoption générale de l'anglais comme langue des sciences limite la recherche d'informations aux articles disponibles dans cette langue et plonge dans l'oubli les chercheurs qui écrivent dans d'autres langues. De surcroît, les chercheurs francophones qui publient en anglais ont de forts risques de passer inaperçus, à la fois parce qu'ils ne pourront pas donner tout leur talent par rapport aux chercheurs dont l'anglais est la langue maternelle, mais aussi parce qu'ils seront noyés par la profusion anglophone et par le système de sélection des revues anglophones.

    L'adoption de l'anglais par les scientifiques français contribue au recul de la langue française et de son enseignement, parce que les scientifiques non francophones n'ont plus besoin - même en France - de maîtriser notre langue, mais aussi parce que les scientifiques francophones étrangers s¹interrogent sur le bien-fondé de l'apprentissage approfondi d'une langue qui ne croit plus à sa valeur.

    Enfin, et c'est sans doute le plus important, l'adoption de l'anglais par les scientifiques français annihile l'avantage concurrentiel de la recherche française et, par contamination, celui de l'économie française. Écoutez ce professeur réputé d¹une université des États-Unis d¹Amérique, membre de comités de lecture de revues américaines « Nous recevons les articles en première exclusivité, antérieurement à toute publication, Ils nous arrivent sur un plateau d'argent, écrits dans notre langue, sans que nous demandions quoi que ce soit à quiconque. Comment voulez-vous que nous nous empêchions d'en exploiter les meilleures idées ? (...) Il est arrivé à certains de mes collègues de refuser la publication d'un article lorsqu'ils voulaient pirater son contenu de façon à s'attribuer l'antériorité d'une idée qui les intéressait particulièrement. Et puis, comment ne pas évoquer à nouveau l'affaire Montagnier - Gallo ? Si, au lieu de communiquer ses travaux sur le virus du sida à la revue américaine Science en 1983 - et les mettre ainsi entre les mains de Robert Gallo, notateur de Science - Luc Montagnier les avait publiés en français, l'antériorité de sa découverte n'aurait pas été contestée, l'institut Pasteur n'aurait eu aucun mal à prouver l'utilisation illégale par l'équipe de Gallo de ses souches virales...et toucherait aujourd'hui l'ntégralité des bénéfices des brevets que la découverte du virus a permis de déposer, sans qu'ils aient été grevés de lourds frais de justice...

    Que faire ? Comment réagir ? En 1996, nous avions déjà, au C.L.E.C., des idées bien arrêtées sur le sujet, que nous exprimions à nos autorités de tutelle, comme vous le verrez dans la rubrique Ainsi va la langue du présent Dévorant. Au demeurant, les Japonais commencent à comprendre là, les chercheurs qui reçoivent des deniers publics doivent maintenant publier en priorité leurs travaux en japonais, dans les revues publiées au Japon. Du coup, le milieu scientifique anglophone s'abonne aux revues japonaises et en fait traduire les articles, souvent par des traducteurs japonais. On notera, sans ironie, que les articles refusés par les revues japonaises sont généralement traduits en anglais et soumis par leurs auteurs aux revues américaines ou européennes. C¹est tout bénéfice pour le pays du Soleil levant !

                                                                                                                    Myriam Hadoux
     


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  • Défendre le français....

    Tiens donc ! Voilà que Marianne abonde dans le bon sens, en tout cas celui qui prône la résistance contre les assauts du tout british qui nous est imposé tous azimuts.
    Il ne faut pas se méprendre sur la question qui ne consiste pas à se positionner contre l'anglais, mais à défendre et protéger notre langue le français.
    A travers la langue anglaise et le néolibéralisme qui va avec, nos valeurs philosophiques et culturelles, notre économie sont gangrenées de toutes parts.
    N'oublions jamais que l'anglais est la langue impérialiste du nouvel ordre mondial ou si vous préférez, de la gouvernance mondiale dont nous sommes déjà dépendants, pour notre plus grand malheur.

    Voir aussi les articles de cette même rubrique.

    Gaulois.

     


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  • La techno en anglais

    Ou l'anglais dominateur

    Voilà un moyen par excellence pour ruiner la recherche française.
    A la naïveté des étudiants bien compréhensible et excusable, s'oppose l'irresponsabilité des décideurs technocrates. 
    C'est bien connu, en tout cas par celles et ceux qui ont pris conscience du danger, la quasi totalité du savoir français est passé entre les mains du royaume unis ou des états-unis, par le truchement de la traduction « in english »

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Voir aussi mon article du 5 décembre 2011 :

    http://libre-infos.eklablog.com/-a25528744

    Un article de presse du 23 mai 2013 :

     

     

     

     

     

     

     


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  • Une visite qui dérange

     

    Si les dirigeants norvégiens cèdent à la chine, s'en est fini du libre arbitre de ce pays, comme bien d'autres d'ailleurs.
    N'oublions pas que la Chine a annexé le Tibet en 1950 et que le Dalaï-lama est en exile. Pour rappel, le chef spirituel du Tibet a reçu le prix Nobel de la paix dont l'organisation se tient à Oslo, justement en Norvège.
    Il est sans doute inutile de préciser qu'une grande puissance économique, tel que la Chine impose par voie de conséquence ses dictas politiques.
    La gouvernance mondiale est en train de prendre un virage extrêmement dangereux pour la démocratie. Dans un avenir très proche, combien de pays auront encore leur auto détermination ?

    Je prend le risque de dire que l'ONU " Organisation des Nations Unis " est une vaste fumisterie et ne sert que les intérêts des cinq hyper-puissances qui sont : Les USA, la Chine, la Russie, le Royaume- Uni et la France. 

    Qui a dit que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes ? 

    Gaulois.


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  • Servitude moderne

    Un film document à visionner et à méditer absolument.
    La thèse de ce film sur la servitude moderne est en gros « les hommes ne sont pas esclaves parce qu’il existe des maitres, mais il existe des maitres parce qui’ ils ont choisi de demeurer esclave »

    https://archive.org/details/servitude_moderne

    Gaulois.

    "Toute vérité passe par trois stades :
    En premier lieu on la ridiculise;
    en deuxième lieu on s'y oppose violemment;
    enfin on l'accepte comme si elle allait de soi."
    Schopenhauer

    De la servitude moderne est un livre et un film documentaire de 52 minutes produits de manière totalement indépendante ; le livre (et le DVD qu’il contient) est distribué gratuitement dans certains lieux alternatifs en France et en Amérique latine. Le texte a été écrit en Jamaïque en octobre 2007 et le documentaire a été achevé en Colombie en mai 2009. Il existe en version française, anglaise et espagnole. Le film est élaboré à partir d’images détournées, essentiellement issues de films de fiction et de documentaires.

        L’objectif central de ce film est de mettre à jour la condition de l’esclave moderne dans le cadre du système totalitaire marchand et de rendre visible les formes de mystification qui occultent cette condition servile. Il a été fait dans le seul but d’attaquer frontalement l’organisation dominante du monde.

        Dans l’immense champ de bataille de la guerre civile mondiale, le langage constitue une arme de choix. Il s’agit d’appeler effectivement les choses par leur nom et de faire découvrir l’essence cachée de ces réalités par la manière dont on les nomme. La démocratie libérale est un mythe en cela que l’organisation dominante du monde n’a rien de démocratique ni même rien de libérale. Il est donc urgent de substituer au mythe de la démocratie libérale sa réalité concrète de système totalitaire marchand et de répandre cette nouvelle expression comme une trainée de poudre prête à incendier les esprits en révélant la nature profonde de la domination présente.

        D’aucuns espéreront trouver ici des solutions ou des réponses toutes faites, genre petit manuel de « Comment faire la révolution ? ». Tel n’est pas le proposde ce film. Il s’agit ici de faire la critique exacte de la société qu’il nous faut combattre. Ce film est avant tout un outil militant qui a pour vocation de faire s’interroger le plus grand nombre et de répandre la critique partout où elle n’a pas accès. Les solutions, les éléments de programme, c’est ensemble qu’il faut les construire. Et c’est avant tout dans la pratique qu’elles éclatent au grand jour. Nous n’avons pas besoin d’un gourou qui vienne nous expliquer comment nous devons agir. La liberté d’action doit être notre caractéristique principale. Ceux qui veulent rester des esclaves attendent l’homme providentiel ou l’œuvre qu’il suffirait de suivre à la lettre pour être plus libre. On en a trop vu de ces œuvres ou de ces hommes dans toute l’histoire du XXº siècle qui se sont proposés de constituer l’avant-garde révolutionnaire et de conduire le prolétariat vers la libération de sa condition. Les résultats cauchemardesques parlent d’eux-mêmes. Par ailleurs, nous condamnons toutes les religions en cela qu’elles sont génératrices d’illusions nous permettant d’accepter notre sordide condition de dominés et qu’elles mentent ou déraisonnent sur à peu près tout. Mais nous condamnons également toute stigmatisation d’une religion en particulier. Les adeptes du complot sioniste ou du péril islamiste sont de pauvres têtes mystifiées qui confondent la critique radicale avec la haine et le dédain. Ils ne sont capables de produire que de la boue. Si certains d’entre eux se disent révolutionnaires, c’est davantage en référence aux « révolutions nationales » des années 1930-1940 qu’à la véritable révolution libératrice à laquelle nous aspirons. La recherche d’un bouc émissaire en fonction de son appartenance religieuse ou ethnique est vieille comme la civilisation et elle n’est que le produit des frustrations de ceux qui cherchent des réponses rapides et simples face au véritable mal qui nous accable. Il ne peut y avoir d’ambigüité sur la nature de notre combat. Nous sommes favorables à l’émancipation de l’humanité toute entière, sans aucune forme de discrimination. Tout pour tous est l’essence du programme révolutionnaire auquel nous adhérons.

        Les références qui ont inspiré ce travail et plus généralement ma vie sont explicites dans ce film : Diogène de Sinoppe, Étienne de La Boétie, Karl Marx et Guy Debord. Je ne m’en cache pas et ne prétend pas avoir inventé l’électricité. On me reconnaîtra simplement le mérite d’avoir su m’en servir pour m’éclairer. Quand à ceux qui trouveront à redire sur cette œuvre en tant qu’elle ne serait pas assez révolutionnaire ou bien trop radicale ou encore pessimiste n’ont qu’à proposer leur propre vision du monde dans lequel nous vivons. Plus nous serons nombreux à diffuser ces idées et plus la possibilité d’un changement radical pourra émerger.

        La crise économique, sociale et politique a révélé la faillite patente du système totalitaire marchand. Une brèche est ouverte. Il s’agit maintenant de s’y engouffrer sans peur mais de manière stratégique. Il faut cependant agir vite car le pouvoir, parfaitement informé sur l’état des lieux de la radicalisation de la contestation, prépare une attaque préventive sans commune mesure avec ce que nous avons connu jusqu’à maintenant. L’urgence des temps nous impose donc l’unité plutôt que la division car ce qui nous rassemble est bien plus profond que ce qui nous sépare. Il est toujours très commode de critiquer ce qui se fait du côté des organisations, des individus ou des différents groupes qui se réclament de la révolution sociale. Mais en réalité, ces critiques participent de la volonté d’immobilisme qui tente de nous convaincre que rien n’est possible. Il ne faut pas se tromper d’ennemis. Les vieilles querelles de chapelle du camp révolutionnaire doivent laisser la place à l’unité d’action de toutes nos forces. Il faut douter de tout, même du doute.

        Le texte et le film sont libres de droits, ils peuvent être copiés, diffusés, projetés sans la moindre forme de contrainte. Ils sont par ailleurs totalement gratuits et ne peuvent en aucun cas être vendus ou commercialisés sous quelque forme que ce soit. Il serait en effet pour le moins incohérent de proposer une marchandise qui aurait pour vocation de critiquer l’omniprésence de la marchandise. La lutte contre la propriété privée, intellectuelle ou autre, est notre force de frappe contre la domination présente.

        Ce film qui est diffusé en dehors de tout circuit légal ou commercial ne peut  exister que grâce à l’appui de personnes qui en organisent la diffusion ou la projection. Il ne nous appartient pas, il appartient à ceux qui voudront bien s’en saisir pour le jeter dans le feu des combats.
        
    Jean-François Brient et Victor León Fuentes      

    http://offensivelibertaire.over-blog.com/pages/DE_LA_SERVITUDE_MODERNE_FILM_LIVRE-2826730.html

    DE LA SERVITUDE MODERNE (FILM)+ LIVRE
    De la servitude moderne est un film documentaire de Jean-François Brient. Un document concis de 51 minutes pendant lesquelles ont en prend plein la gueule (pardonnez l'expression mais c'est le cas) sur la triste réalité de notre quotidien.
    Une vie d'esclave à plein temps, une maison/cage, un mode d'alimentation toxique, une vie vide...etc voila le triste constat que dresse Jean-François dans ce film.
    Ce qu'il y'a de bien aussi c'est que non satisfait de simplement nous faire prendre conscience de la déchéance et de la misère dans laquelle se trouve notre civilisation, il propose quelques pistes pour changer radicalement notre dure réalité quotidienne.

    Que dire de plus, il faut le voir, c'est tout.

    De la servitude moderne

    Chapitre I : Épigraphe
    « Mon optimisme est basé sur la certitude que cette civilisation va s’effondrer.
    Mon pessimisme sur tout ce qu’elle fait pour nous entraîner dans sa chute. »


     Chapitre II : La servitude moderne

    "Quelle époque terrible que celle où des idiots dirigent des aveugles."
    William Shakespeare


    La servitude moderne est une servitude volontaire, consentie par la foule des esclaves qui rampent à la surface de la Terre. Ils achètent eux-mêmes toutes les marchandises qui les asservissent toujours un peu plus. Ils courent eux-mêmes derrière un travail toujours plus aliénant, que l’on consent généreusement à leur donner, s’ils sont suffisamment sages. Ils choisissent eux-mêmes les maitres qu’ils devront servir. Pour que cette tragédie mêlée d’absurdité ait pu se mettre en place, il a fallu tout d’abord ôter aux membres de cette classe toute conscience de son exploitation et de son aliénation. Voila bien l’étrange modernité de notre époque. Contrairement aux esclaves de l’Antiquité, aux serfs du Moyen-âge ou aux ouvriers des premières révolutions industrielles, nous sommes aujourd’hui devant une classe totalement asservie mais qui ne le sait pas ou plutôt qui ne veut pas le savoir. Ils ignorent par conséquent la révolte qui devrait être la seule réaction légitime des exploités. Ils acceptent sans discuter la vie pitoyable que l’on a construite pour eux. Le renoncement et la résignation sont la source de leur malheur.

        Voilà le mauvais rêve des esclaves modernes qui n’aspirent finalement qu’à se laisser aller dans la danse macabre du système de l’aliénation.

        L’oppression se modernise en étendant partout les formes de mystification qui permettent d’occulter notre condition d’esclave.
        Montrer la réalité telle qu’elle est vraiment et non telle qu’elle est présentée par le pouvoir constitue la subversion la plus authentique.
        Seule la vérité est révolutionnaire.



     Chapitre III : L’aménagement du territoire et l’habitat

    « L’urbanisme est cette prise de possession de l’environnement naturel et humain par le capitalisme qui, se développant logiquement en domination absolue, peut et doit maintenant refaire la totalité de l’espace comme son propre décor. »
    La Société du Spectacle, Guy Debord.


    À mesure qu’ils construisent leur monde par la force de leur travail aliéné, le décor de ce monde devient la prison dans laquelle il leur faudra vivre. Un monde sordide, sans saveur ni odeur, qui porte en lui la misère du mode de production dominant.
        Ce décor est en perpétuel construction. Rien n’y est stable. La réfection permanente de l’espace qui nous entoure trouve sa justification dans l’amnésie généralisée et l’insécurité dans lesquelles doivent vivre ses habitants. Il s’agit de tout refaire à l’image du système : le monde devient tous les jours un peu plus sale et bruyant, comme une usine.
        Chaque parcelle de ce monde est la propriété d’un État ou d’un particulier. Ce vol social qu’est l’appropriation exclusive du sol se trouve matérialisé dans l’omniprésence des murs, des barreaux, des clôtures, des barrières et des frontières… ils sont la trace visible de cette séparation qui envahit tout.
        Mais parallèlement, l’unification de l’espace selon les intérêts de la culture marchande est le grand objectif de notre triste époque. Le monde doit devenir une immense autoroute, rationnalisée à l’extrême, pour faciliter le transport des marchandises. Tout obstacle, naturel ou humain doit être détruit.
        L’habitat dans lequel s’entasse cette masse servile est à l’image de leur vie : il ressemble à des cages, à des prisons, à des cavernes. Mais contrairement aux esclaves ou aux prisonniers, l’exploité des temps modernes doit payer sa cage.


    « Car ce n’est pas l’homme mais le monde qui est devenu un anormal. »
    Antonin Artaud

    Chapitre IV : La marchandise

    « Une marchandise paraît au premier coup d'œil quelque chose de trivial et qui se comprend de soi-même. Notre analyse a montré au contraire que c'est une chose très complexe, pleine de subtilité métaphysique et d'arguties théologiques. »
    Le Capital, Karl Marx


    Et c’est dans ce logis étroit et lugubre qu’il entasse les nouvelles marchandises qui devraient, selon les messages publicitaires omniprésents, lui apporter le bonheur et la plénitude. Mais plus il accumule des marchandises et plus la possibilité d’accéder un jour au bonheur s’éloigne de lui.

    « A quoi sert à un homme de tout posséder s’il perd son âme. »
                        Marc 8 ; 36

        La marchandise, idéologique par essence, dépossède de son travail celui qui la produit et dépossède de sa vie celui qui la consomme. Dans le système économique dominant, ce n’est plus la demande qui conditionne l’offre mais l’offre qui détermine la demande. C’est ainsi que de manière périodique, de nouveaux besoins sont créés qui sont vite considérés comme des besoins vitaux par l’immense majorité de la population : ce fut d’abord la radio, puis la voiture, la télévision, l’ordinateur et maintenant le téléphone portable.
        Toutes ces marchandises, distribuées massivement en un lapse de temps très limité, modifient en profondeur les relations humaines : elles servent d’une part à isoler les hommes un peu plus de leur semblable et d’autre part à diffuser les messages dominants du système. Les choses qu’on possède finissent par nous posséder.



     Chapitre V : L’alimentation

    « Ce qui est une nourriture pour l’un est un poison pour l’autre. »
    Paracelse

    Mais c’est encore lorsqu’il s’alimente que l’esclave moderne illustre le mieux l’état de décrépitude dans lequel il se trouve. Disposant d’un temps toujours plus limité pour préparer la nourriture qu’il ingurgite, il en est réduit à consommer à la va-vite ce que l’industrie agro-chimique produit. Il erre dans les supermarchés à la recherche des ersatz que la société de la fausse abondance consent à lui donner. Là encore, il n’a plus que l’illusion du choix. L’abondance des produits alimentaires ne dissimule que leur dégradation et leur falsification. Il ne s’agit bien notoirement que d’organismes génétiquement modifiés, d’un mélange de colorants et de conservateurs, de pesticides, d’hormones et autres inventions de la modernité. Le plaisir immédiat est la règle du mode d’alimentation dominant, de même qu’il est la règle de toutes les formes de consommation. Et les conséquences sont là qui illustrent cette manière de s’alimenter.
        Mais c’est face au dénuement du plus grand nombre que l’homme occidental se réjouit de sa position et de sa consommation frénétique. Pourtant, la misère est partout où règne la société totalitaire marchande. Le manque est le revers de la médaille de la fausse abondance. Et dans un système qui érige l’inégalité comme critère de progrès, même si la production agro-chimique est suffisante pour nourrir la totalité de la population mondiale, la faim ne devra jamais disparaitre.

    « Ils se sont persuadés que l’homme, espèce pécheresse entre toutes, domine la création. Toutes les autres créatures n’auraient été créées que pour lui procurer de la nourriture, des fourrures, pour être martyrisées, exterminées. »
    Isaac Bashevis Singer

        L’autre conséquence de la fausse abondance alimentaire est la généralisation des usines concentrationnaires et l’extermination massive et barbare des espèces qui servent à nourrir les esclaves. Là se trouve l’essence même du mode de production dominant. La vie et l’humanité ne résistent pas face au désir de profit de quelques uns.

    Chapitre VI : La destruction de l’environnement

    « C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain ne l’écoute pas. »
    Victor Hugo


    Le pillage des ressources de la planète, l’abondante production d’énergie ou de marchandises, les rejets et autres déchets de la consommation ostentatoire hypothèquent gravement les chances de survie de notre Terre et des espèces qui la peuplent. Mais pour laisser libre court au capitalisme sauvage, la croissance ne doit jamais s’arrêter. Il faut produire, produire et reproduire encore.

        Et ce sont les mêmes pollueurs qui se présentent aujourd’hui comme les sauveurs potentiels de la planète. Ces imbéciles du show business subventionnés par les firmes multinationales essayent de nous convaincre qu’un simple changement de nos habitudes de vie suffirait à sauver la planète du désastre. Et pendant qu’ils nous culpabilisent, ils continuent à polluer sans cesse notre environnement et notre esprit. Ces pauvres thèses pseudo-écologiques sont reprises en cœur par tous les politiciens véreux à cours de slogan publicitaire. Mais ils se gardent bien de proposer un changement radical dans le système de production. Il s’agit comme toujours de changer quelques détails pour que tout puisse rester comme avant.

    Chapitre VII : Le travail

    Travail, du latin Tri Palium trois pieux, instrument de torture.

    Mais pour entrer dans la ronde de la consommation frénétique, il faut de l’argent et pour avoir de l’argent, il faut travailler, c'est-à-dire se vendre. Le système dominant a fait du travail sa  principale valeur. Et les esclaves doivent travailler toujours plus pour payer à crédit leur vie misérable. Ils s’épuisent dans le travail, perdent la plus grande part de leur force vitale et subissent les pires humiliations. Ils passent toute leur vie à une activité fatigante et ennuyeuse pour le profit de quelques uns.

        L’invention du chômage moderne est là pour les effrayer et les faire remercier sans cesse le pouvoir de se montrer généreux avec eux. Que pourraient-ils bien faire sans cette torture qu’est le travail ? Et ce sont ces activités aliénantes que l’on présente comme une libération. Quelle déchéance et quelle misère !

        Toujours pressés par le chronomètre ou par le fouet, chaque geste des esclaves est calculé afin d’augmenter la productivité. L’organisation scientifique du travail constitue l’essence même de la dépossession des travailleurs, à la fois du fruit de leur travail mais aussi du temps qu’ils passent à la production automatique des marchandises ou des services. Le rôle du travailleur se confond avec celui d’une machine dans les usines, avec celui d’un ordinateur dans les bureaux. Le temps payé ne revient plus.

        Ainsi, chaque travailleur est assigné à une tache répétitive, qu’elle soit intellectuelle ou physique. Il est spécialiste dans son domaine de production. Cette spécialisation se retrouve à l’échelle de la planète dans le cadre de la division internationale du travail. On conçoit en occident, on produit en Asie et l’on meurt en Afrique.

    Chapitre VIII : La colonisation de tous les secteurs de la vie

    « C’est l’homme tout entier qui est conditionné au comportement productif par l’organisation du travail, et hors de l’usine il garde la même peau et la même tête. »
    Christophe Dejours

    L’esclave moderne aurait pu se contenter de sa servitude au travail, mais à mesure que le système de production colonise tous les secteurs de la vie, le dominé perd son temps dans les loisirs, les divertissements et les vacances organisées. Aucun moment de son quotidien n’échappe à l’emprise du système. Chaque instant de sa vie a été envahi. C’est un esclave à temps plein.

     Chapitre IX : La médecine marchande

    « La médecine fait mourir plus longtemps. »
    Plutarque

    La dégradation généralisée de son environnement, de l’air qu’il respire et de la nourriture qu’il consomme ; le stress de ses conditions de travail et de l’ensemble de sa vie sociale, sont à l’origine des nouvelles maladies de l’esclave moderne.
    Il est malade de sa condition servile et aucune médecine ne pourra jamais remédier à ce mal. Seule la libération la plus complète de la condition dans laquelle il se trouve enfermé peut permettre à l’esclave moderne de se libérer de ses souffrances.

        La médecine occidentale ne connaît qu’un remède face aux maux dont souffrent les esclaves modernes : la mutilation. C’est à base de chirurgie, d’antibiotique ou de chimiothérapie que l’on traite les patients de la médecine marchande. On s’attaque aux conséquences du mal sans jamais en chercher la cause. Cela se comprend autant que cela s’explique : cette recherche nous conduirait inévitablement vers une condamnation sans appel de l’organisation sociale dans son ensemble.

        De même qu’il a transformé tous les détails de notre monde en simple marchandise, le système présent a fait de notre corps une marchandise, un objet d’étude et d’expérience livré aux apprentis sorciers de la médecine marchande et de la biologie moléculaire. Et les maîtres du monde sont déjà prêts à breveter le vivant.
    Le séquençage complet de l’ADN du génome humain est le point de départ d’une nouvelle stratégie mise en place par le pouvoir. Le décodage génétique n’a d’autres buts que d’amplifier considérablement les formes de domination et de contrôle.

    Notre corps lui-aussi, après tant d’autres choses, nous a échappé.

    Chapitre X : L’obéissance comme seconde nature

    « À force d’obéir, on obtient des réflexes de soumission. »
    Anonyme

    Le meilleur de sa vie lui échappe mais il continue car il a l’habitude d’obéir depuis toujours. L’obéissance est devenue sa seconde nature. Il obéit sans savoir pourquoi, simplement parce qu’il sait qu’il doit obéir. Obéir, produire et consommer, voilà le triptyque qui domine sa vie. Il obéit à ses parents, à ses professeurs, à ses patrons, à ses propriétaires, à ses marchands. Il obéit à la loi et aux forces de l’ordre. Il obéit à tous les pouvoirs car il ne sait rien faire d’autre. La désobéissance l’effraie plus que tout car la désobéissance, c’est le risque, l’aventure, le changement. Mais de même que l’enfant panique lorsqu’il perd de vue ses parents, l’esclave moderne est perdu sans le pouvoir qui l’a créé. Alors ils continuent d’obéir.

        C’est la peur qui a fait de nous des esclaves et qui nous maintient dans cette condition. Nous nous courbons devant les maîtres du monde, nous acceptons cette vie d’humiliation et de misère par crainte.
        Nous disposons pourtant de la force du nombre face à cette minorité qui gouverne. Leur force à eux, ils ne la retirent pas de leur police mais bien de notre consentement. Nous justifions notre lâcheté devant l’affrontement légitime contre les forces qui nous oppriment par un discours plein d’humanisme moralisateur. Le refus de la violence révolutionnaire est ancré dans les esprits de ceux qui s’opposent au système au nom des valeurs que ce système nous a lui-même enseignés.
        Mais le pouvoir, lui, n’hésite jamais à utiliser la violence quand il s’agit de conserver son hégémonie.

     Chapitre XI : La répression et la surveillance

    « Sous un gouvernement qui emprisonne injustement, la place de l’homme juste est aussi en prison. »
    La désobéissance civile, Henry David Thoreau

    Pourtant, il y a encore des individus qui échappent au contrôle des consciences. Mais ils sont sous surveillance. Toute forme de rébellion ou de résistance est de fait assimilée à une activité déviante ou terroriste. La liberté n’existe que pour ceux qui défendent les impératifs marchands. L’opposition réelle au système dominant est désormais totalement clandestine. Pour ces opposants, la répression est la règle en usage. Et le silence de la majorité des esclaves face à cette répression trouve sa justification dans l’aspiration médiatique et politique à nier le conflit qui existe dans la société réelle.

    Chapitre XII : L’argent

    « Et ce que l’on faisait autrefois pour l’amour de Dieu, on le fait maintenant pour l’amour de l’argent, c’est-à-dire pour l’amour de ce qui donne maintenant le sentiment de puissance le plus élevé et la bonne conscience.»

    Aurore, Nietzsche

    Comme tous les êtres opprimés de l’Histoire, l’esclave moderne a besoin de sa mystique et de son dieu pour anesthésier le mal qui le tourmente et la souffrance qui l’accable. Mais ce nouveau dieu, auquel il a livré son âme, n’est rien d’autre que le néant. Un bout de papier, un numéro qui n’a de sens que parce que tout le monde a décidé de lui en donner. C’est pour ce nouveau dieu qu’il étudie, qu’il travaille, qu’il se bat et qu’il se vend. C’est pour ce nouveau dieu qu’il a abandonné toute valeur et qu’il est prêt à faire n’importe quoi. Il croit qu’en possédant beaucoup d’argent, il se libérera des contraintes dans lesquels il se trouve enfermé. Comme si la possession allait de paire avec la liberté. La libération est une ascèse qui provient de la maitrise de soi. Elle est un désir et une volonté en actes. Elle est dans l’être et non dans l’avoir. Mais encore faut-il être résolu à ne plus servir, à ne plus obéir. Encore faut-il être capable de rompre avec une habitude que personne, semble-t-il, n’ose remettre en cause.

    Chapitre XIII : Pas d’alternative à l’organisation sociale dominante
    Acta est fabula
    La pièce est jouée

    Or l’esclave moderne est persuadé qu’il n’existe pas d’alternative à l’organisation du monde présent. Il s’est résigné à cette vie car il pense qu’il ne peut y en avoir d’autres. Et c’est bien là que se trouve la force de la domination présente : entretenir l’illusion que ce système qui a colonisé toute la surface de la Terre est la fin de l’Histoire. Il a fait croire à la classe dominée que s’adapter à son idéologie revient à s’adapter au monde tel qu’il est et tel qu’il a toujours été. Rêver d’un autre monde est devenu un crime condamné unanimement par tous les médias et tous les pouvoirs. Le criminel est en réalité celui qui contribue, consciemment ou non, à la démence de l’organisation sociale dominante. Il n’est pas de folie plus grande que celle du système présent.

    Chapitre XIV : L’image

    « Sinon, qu’il te soit fait connaitre, o roi, que tes dieux ne sont pas ceux que nous servons, et l’image d’or que tu as dressé, nous ne l’adorerons pas. »

    Ancien Testament, Daniel 3 :18

    Devant la désolation du monde réel, il s’agit pour le système de coloniser l’ensemble de la conscience des esclaves. C’est ainsi que dans le système dominant, les forces de répression  sont précédées par la dissuasion qui, dès la plus petite enfance, accomplit son œuvre de formation des esclaves. Ils doivent oublier leur condition servile, leur prison et leur vie misérable. Il suffit de voir cette foule hypnotique connectée devant tous les écrans qui accompagnent leur vie quotidienne. Ils trompent leur insatisfaction permanente dans le reflet manipulé d’une vie rêvée, faite d’argent, de gloire et d’aventure. Mais leurs rêves sont tout aussi affligeants que leur vie misérable.

        Il existe des images pour tous et partout, elles portent en elle le message idéologique de la société moderne et servent d’instrument d’unification et de propagande. Elles croissent à mesure que l’homme est dépossédé de son monde et de sa vie. C’est l’enfant qui est la cible première de ces images car il s’agit d’étouffer la liberté dans son berceau. Il faut les rendre stupides et leur ôter toute forme de réflexion et de critique. Tout cela se fait bien entendu avec la complicité déconcertante de leurs parents qui ne cherchent même plus à résister face à la force de  frappe cumulée de tous les moyens modernes de communication. Ils achètent eux-mêmes toutes les marchandises nécessaires à l’asservissement de leur progéniture. Ils se dépossèdent de l’éducation de leurs enfants et la livrent en bloc au système de l’abrutissement et de la médiocrité.

        Il y a des images pour tous les âges et pour toutes les classes sociales. Et les esclaves modernes confondent ces images avec la culture et parfois même avec l’art. On fait appel aux instincts les plus sordides pour écouler les stocks de marchandises. Et c’est encore la femme, doublement esclave dans la société présente, qui en paye le prix fort. Elle en est réduite à être un simple objet de consommation. La révolte elle-même est devenue une image que l’on vend pour mieux en détruire le potentiel subversif. L’image est toujours aujourd’hui la forme de communication la plus simple et la plus efficace. On construit des modèles, on abrutit les masses, on leur ment, on crée des frustrations. On diffuse l’idéologie marchande par l’image car il s’agit encore et toujours du même objectif : vendre, des modes de vie ou des produits, des comportements ou des marchandises, peu importe mais il faut vendre.

    Chapitre XV : Les divertissements

    « La télévision ne rend idiots que ceux   
    qui la regardent, pas ceux qui la font. »
    Patrick Poivre d’Arvor

    Ces pauvres hommes se divertissent, mais ce divertissement n’est là que pour faire diversion face au véritable mal qui les accable. Ils ont laissé faire de leur vie n’importe quoi et ils feignent d’en être fiers. Ils essayent de montrer leur satisfaction mais personne n’est dupe. Ils n’arrivent même plus à se tromper eux-mêmes lorsqu’ils se retrouvent face au reflet glacé du miroir. Ainsi ils perdent leur temps devant des imbéciles sensés les faire rire ou les faire chanter, les faire rêver ou les faire pleurer.
        On mime à travers le sport médiatique les succès et les échecs, les forces et les victoires que les esclaves modernes ont cessé de vivre dans leur propre quotidien. Leur insatisfaction les incite à vivre par procuration devant leur poste de télévision. Tandis que les empereurs de la Rome antique achetaient la soumission du peuple avec du pain et les jeux du cirque, aujourd’hui c’est avec les divertissements et la consommation du vide que l’on achète le silence des esclaves.

    Chapitre XVI : Le langage

     « On croit que l'on maîtrise les mots, mais ce sont les mots qui nous maîtrisent. »
    Alain Rey

    La domination sur les consciences passe essentiellement par l’utilisation viciée du langage par la classe économiquement et socialement dominante. Étant détenteur de l’ensemble des moyens de communication, le pouvoir diffuse l’idéologie marchande par la définition figée, partielle et partiale qu’il donne des mots.
        Les mots sont présentés comme neutres et leur définition comme allant de soi. Mais sous le contrôle du pouvoir, le langage désigne toujours autre chose que la vie réelle.
        C’est avant tout un langage de la résignation et de l’impuissance, le langage de l’acceptation passive des choses telles qu’elles sont et telles qu’elles doivent demeurer. Les mots travaillent pour le compte de l’organisation dominante de la vie et le fait même d’utiliser le langage du pouvoir nous condamne à l’impuissance.
        Le problème du langage est au centre du combat pour l’émancipation humaine. Il n’est pas une forme de domination qui se surajoute aux autres, il est le cœur même du projet d’asservissement du système totalitaire marchand.

        C’est par la réappropriation du langage et donc de la communication réelle entre les personnes que la possibilité d’un changement radical émerge de nouveau. C’est en cela que le projet révolutionnaire rejoint le projet poétique. Dans l’effervescence populaire, la parole est prise et réinventée par des groupes étendus. La spontanéité créatrice s’empare de chacun et nous rassemble tous.
      
    Chapitre XVII : L’illusion du vote et de la démocratie parlementaire

    « Voter, c’est abdiquer. »
    Élisée Reclus

    Pourtant, les esclaves modernes se pensent toujours citoyens. Ils croient voter et décider librement qui doit conduire leurs affaires. Comme s’ils avaient encore le choix. Ils n’en ont conservé que l’illusion. Croyez-vous encore qu’il existe une différence fondamentale quant au choix de société dans laquelle nous voulons vivre entre le PS et l’UMP en France, entre les démocrates et les républicains aux États-Unis, entre les travaillistes et les conservateurs au Royaume-Uni ? Il n’existe pas d’opposition car les partis politiques dominants sont d’accord sur l’essentiel qui est la conservation de la présente société marchande. Il n’existe pas de partis politiques susceptibles d’accéder au pouvoir qui remette en cause le dogme du marché. Et ce sont ces partis qui avec la complicité médiatique monopolise l’apparence.  Ils se chamaillent sur des points de détails pourvu que tout reste en place. Ils se disputent pour savoir qui occupera les places que leur offre le parlementarisme marchand. Ces pauvres chamailleries sont relayées par tous les médias dans le but d’occulter un véritable débat sur le choix de société dans laquelle nous souhaitons vivre. L’apparence et la futilité dominent sur la profondeur de l’affrontement des idées. Tout cela ne ressemble en rien, de près ou de loin à une démocratie.
        La démocratie réelle se définit d’abord et avant tout par la participation massive des citoyens à la gestion des affaires de la cité. Elle est directe et participative. Elle trouve son expression la plus authentique dans l’assemblée populaire et le dialogue permanent sur l’organisation de la vie en commun. La forme représentative et parlementaire qui usurpe le nom de démocratie limite le pouvoir des citoyens au simple droit de vote, c'est-à-dire au néant, tant il est vrai que le choix entre gris clair et gris foncé n’est pas un choix véritable. Les sièges parlementaires sont occupés dans leur immense majorité par la classe économiquement dominante, qu’elle soit de droite ou de la prétendue gauche social-démocrate.
        Le pouvoir n’est pas à conquérir, il est à détruire. Il est tyrannique par nature, qu’il soit exercé par un roi, un dictateur ou un président élu. La seule différence dans le cas de la « démocratie » parlementaire, c’est que les esclaves ont l’illusion de choisir eux-mêmes le maitre qu’ils devront servir. Le vote a fait d’eux les complices de la tyrannie qui les opprime. Ils ne sont pas esclaves parce qu’il existe des maitres mais il existe des maitres parce qu’ils ont choisi de demeurer esclaves.

    Chapitre XVIII : Le système totalitaire marchand
    « La nature n’a créé ni maîtres ni esclaves,
    Je ne veux ni donner ni recevoir de lois. »
    Denis Diderot

    Le système dominant se définit donc par l’omniprésence de son idéologie marchande. Elle occupe à la fois tout l’espace et tous les secteurs de la vie. Elle ne dit rien de plus que : « Produisez, vendez, consommez, accumulez ! » Elle a réduit l’ensemble des rapports humains à des  rapports marchands et considère notre planète comme une simple marchandise. Le devoir qu’elle nous impose est le travail servile. Le seul droit qu’elle reconnait est le droit à la propriété privée. Le seul dieu qu’elle arbore est l’argent.
        Le monopole de l’apparence est total. Seuls paraissent les hommes et les discours favorables à l’idéologie dominante. La critique de ce monde est noyée dans le flot médiatique qui détermine ce qui est bien et ce qui est mal, ce que l’on peut voir et ce que l’on ne peut pas voir.

        Omniprésence de l’idéologie, culte de l’argent, monopole de l’apparence, parti unique sous couvert du pluralisme parlementaire, absence d’une opposition visible, répression sous toutes ses formes, volonté de transformer l’homme et le monde. Voila le visage réel du totalitarisme moderne que l’on appelle « démocratie libérale » mais qu’il faut maintenant appeler par son nom véritable : le système totalitaire marchand.

        L’homme, la société et l’ensemble de notre planète sont au service de cette idéologie. Le système totalitaire marchand a donc réalisé ce qu’aucun totalitarisme n’avait pu faire avant lui : unifier le monde à son image. Aujourd’hui, il n’y a plus d’exil possible.

    Chapitre XIX : Perspectives

    A mesure que l’oppression s’étend à tous les secteurs de la vie, la révolte prend l’allure d’une guerre sociale. Les émeutes renaissent et annoncent la révolution à venir.

        La destruction de la société totalitaire marchande n’est pas une affaire d’opinion. Elle est une nécessité absolue dans un monde que l’on sait condamné. Puisque le pouvoir est partout, c’est partout et tout le temps qu’il faut le combattre.

        La réinvention du langage, le bouleversement permanent de la vie quotidienne, la désobéissance et la résistance sont les maîtres mots de la révolte contre l’ordre établi. Mais pour que de cette révolte naisse une révolution, il faut rassembler les subjectivités dans un front commun.

        C’est à l’unité de toutes les forces révolutionnaires qu’il faut œuvrer. Cela ne peut se faire qu’à partir de la conscience de nos échecs passés : ni le réformisme stérile, ni la bureaucratie totalitaire ne peuvent être une solution à notre insatisfaction. Il s’agit d’inventer de nouvelles formes d’organisation et de lutte.

        L’autogestion dans les entreprises et la démocratie directe à l’échelle des communes constituent les bases de cette nouvelle organisation qui doit être antihiérarchique dans la forme comme dans le contenu.

       Le pouvoir n’est pas à conquérir, il est à détruire.

    Chapitre XX : Épilogue
     
    « O Gentilshommes, la vie est courte… Si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois. »
    William Shakespeare










     


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  • Les racines du mal

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Cette petite leçon d'histoire ne peut pas faire de mal. Des croisés aux conquistadors, ce demi millénaire aura un impact considérable sur la gouvernance mondiale.

    Les tenants de cette sombre période nous permettent de mieux cerner les aboutissants que nous subissons au quotidien. Mais aussi et surtout de comprendre les contradictions de la nature humaine, à la fois sociale et barbare.

    Gaulois.


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  • Prendre soin des âmes

    Ce texte, qu'un ami m'a autorisé à poster, me semble correspondre à cette société dans laquelle nous évoluons, tels des troupeaux de vache dépourvues de conscience. Le propos est dure ? A vous de juger et  vous faire votre propre opinion sur votre libre arbitre. Parfois Il est bon de regarder aussi derrière le miroir.

    Le texte aurait sans doute trouvé sa place dans les rubriques : " Société " ou " Culture ", mais je trouve qu'il convient assez bien ici. N'hésitez pas à donner votre avis.
    Bonne lecture.
    Gaulois.  

    Prendre soin des âmes
     
     
    Nous vivons des heures sombres qui devraient placer chacunE de nous face à son âme ! Par l'âme j'entends ce qui fait de nous des êtres à la liberté inaliénable ...  La liberté de dire NON quand on veut nous faire dire, voire nous faire penser, par capitulation et reddition,  que blanc c'est noir ! Car c'est bien de cela dont il s'agit dans notre société de l'hyper-communication et de la prise de contrôle des esprits par des procédés relevant de la psychologie sociale alliée aux technologies hyper performantes utilisées par les medias de masse ; nous sommes l'objet d'une sorte de détournement à distance de notre âme, c'est-à-dire de notre capacité à nous regarder comme des êtres doués d'autonomie.
     
    Le poids de la norme pèse de plus en plus. Les conduites sont surveillées et font l'objet de prescriptions de plus en plus nombreuses et contraignantes. Nous sommes soumis à une forme de harassement permanent dans un environnement dense et en mouvement perpétuel. Nous essayons de suivre tant bien que mal, spectateurs exténués d'un spectacle permanent auquel nous restons étrangers. Nous sommes néanmoins requis pour jouer les figurants.
     
    Cela se passe par le canal d'un dispositif de propagande relevant de l'allégorie de la grenouille plongée dans une casserole d'eau dont la température s'élève progressivement. Au début elle trouve cela agréable. Puis quand ça lui devient insupportable, il est trop tard : ses muscles ne réagissent plus ; ils sont alors comme paralysés. Les flots de messages sous lesquels nous croulons quotidiennement sont notre bain d'eau tiède à nous. Tout cela nous est d'abord agréable car nous permet d'échapper à soi-même, constitue un divertissement. Mais au bout d'un certain temps nous nous rendons compte que tout ceci n'a pas de sens ; que la vie qu'on nous fait mener dans cette société n'a pas de sens. Que ce flux ininterrompu d'images et de sons diffusé par les différents médias, supports publicitaires compris, constitue en fait un univers qui s'interpose entre nous et notre perception du monde où nous vivons.
     
    Au fil du temps c'est comme si ce n'est plus nous qui pensions notre monde mais comme si le monde était pensé pour nous. Comme si une certaine vision du monde nous était inculquée à force de nous être ressassée à longueur de journée. Inévitablement, nous sommes formatés et nous finissons par penser comme on nous fait penser ; on nous dit quoi penser sous une forme de prêt à penser bien confortable qui constitue une norme standard assimilée par l'immense majorité d'entre-nous. Elle constitue un critère de normalité et d'intégration. Il devient difficile de s'en affranchir et de s'en écarter sous peine de se mettre (ou d'être mis) à l'écart. Il devient donc dans ces conditions bcp plus confortable de se conformer au modèle  ainsi défini. Le problème c'est qu'un beau jour, pour les moins atteints d'entre-nous, on se rend compte que tout ceci est absurde et ne mène nulle part en terme de liberté d'être soi par soi-même ! Certains s'en sortent, apparemment, en recourant au cynisme et à la dérision !
     
    Le système dans lequel nous vivons fonctionne maintenant en pilotage automatique. Il est extrêmement bien rodé et il poursuit sur sa lancée comme un satellite mis en orbite ! Tous les acteurs de ce dispositif ont trouvé leur place, les dirigeants comme les dirigés et personne n'a envie de s'attaquer à modifier le comportement du monstre - si tant est que cela soit possible ! Or quelle est la marque de fabrique du système dans lequel nous baignons nous occidentaux ? Le positivisme, le scientisme, le rationalisme. En conséquence de quoi domine l'idée que tout résulte de phénomènes matériels explicables. Et que tout ce qui doit être pensé relève du domaine de l'intelligence pure. Raison pour laquelle en toute modestie bcp de gens se disent incompétents pour donner leur avis sur le cours des événements qui modèlent le monde et nos existences. Les humains n'ont plus voix au chapitre pour parler de leur vie et de leur humanité dans le monde comme il va.
     
    Pour couronner le tout nous évoluons sous le règne du relativisme ambiant. Et par définition un tel phénomène est neutre du point de vue des valeurs. Tout se vaut. Et si tout se vaut, vaut davantage la valeur de celui ou celle qui est le plus apte à l'imposer aux autres personnes. C'est la loi du chacun pour soi, la loi de la jungle où les plus faibles privés de tout repère sont réduits à adopter des conduites d'automates. Et se voient dépossédés de leur irréductibilité ; ce qui fait qu'ils sont eux et pas un autre ! Qui fait d'eux des êtres libres et dignes, en droit de revendiquer le respect de qui ils sont au nom du simple fait qu'ils sont ! Toute cette dimension de l'existence est non seulement devenue indicible pour bcp d'entre nous. Mais cette réalité est aussi souvent tout simplement inconcevable !
     
    Isolés, livrés à eux-mêmes, subissant les affres de l'individualisme sans guère pouvoir jouir de ses avantages, ils subissent leur sort comme les têtes de bétail d'un troupeau ! Car sincèrement, toute proportion gardée, qu'est-ce qui nous distingue d'un troupeau de vaches ? Et pour la plupart d'entre-nous nous ne sommes même pas en situation de pouvoir gambader dans les prés. Oh certes nous pouvons discuter, critiquer, désapprouver. Oui bien sûr. Mais en aucun cas nous ne pensons davantage notre condition, sauf exceptions, que des vaches ! Nous sommes des vaches parlantes. Nous ne pensons pas notre condition d'humain et nos conditions de vie. Parce qu'il a tjrs été plus facile de s'en remettre à d'autres pour cela ; et parce qu'aussi la puissance d'un système qui nous enserre dans ses ramifications technotroniques nous écrase et nous anéantit. Anéantit notre volonté d'être et annihile notre puissance d'agir. "La dictature c'est ferme ta g... et la démocratie c'est cause toujours !"  Je ne sais pas si c'est Coluche qui disait cela mais il aurait pu tant ça lui ressemble !

    N'attendez pas qu'on vous dise quoi penser et quoi faire eu égard à la façon dont nous sommes dirigés et manipulés pour être des éléments dociles, insusceptibles de remettre en cause l'ordre établi. Il est temps d'exercer son esprit critique ; de l'aiguiser ou plus simplement de le ressusciter. Pensons par nous-même ; c'est un exercice exigent ; mais il y va de notre dignité tout simplement ; sans même parler de notre avenir.

    "Il y a une phrase merveilleuse de Thucydide : « Il faut choisir : se reposer ou être libre. » Et Périclès dit aux Athéniens : « Si vous voulez être libres, il faut travailler. »" Cités par Castoriadis.
    Tant pis si cet apostrophe en choque certainEs. Observateur intéressé de l'organisation de notre monde, j'ai acquis l'intime conviction que les humains attachés à leur dignité ne peuvent plus cautionner les pratiques que l'on observe de la part des dirigeants. Pratiques qui ensuite se diffusent dans la société. Ils doivent absolument s'en désolidariser et le faire savoir. C'est le commencement de la résistance.

    J'ai voté contre Sarkozy en mai. J'étais sans illusion quant aux "socialistes". Je considère désormais qu'il n'y a plus rien à attendre d'eux. Pas la peine de gaspiller notre énergie à les maudire. Ils sont la proie des structures forgées par notre civilisation et qui maintenant la forgent ; ils sont dépassés par les forces à l'oeuvre. Ce que vous ne pouvez maîtriser, feignez d'en être l'organisateur !

    Nous ne devons plus compter que sur nous-mêmes pour préserver la part d'humanité de ce monde. L'autre jour un copain pestait contre les capitalistes expliquant qu'ils allaient "aller au bout de leur logique" ! Je poursuivis alors : "Je pense plutôt que c'est leur logique qui ira au bout des capitalistes".

    Je vous le dis comme je le pense, je prends mes risques : "Renversez la vapeur ; machine arrière toute" ! Ayez le désir de changer votre vie en commençant par changer d'état d'esprit. Je ne sais pas si il est encore temps de se sauver de l'emprise de ce système scélérat. Mais il est grand temps de renouer avec notre âme ! Cessez de faire confiance ; rompez avec le conformisme ambiant. Constatez par vous-mêmes puis alertez autour de vous. Tout le monde doit stopper les machines ! Cesser d'adhérer et de cautionner, fut-ce en se taisant !


    Pour faire quoi ensuite ? Je ne sais pas. Mais laisser aller de l'avant serait la pire des attitudes ; ce serait une attitude complice jusqu'au bout de la faillite d'un système emballé qui nous conduit à notre perte après avoir fait de nous des quasi-zombies, nous avoir déjà vidé de notre âme !

    Je m'exprime ici en poète car je suis persuadé que c'est le meilleur moyen pour trouver la voie du nécessaire sursaut ! Celle que notre monde mécaniste bannit de ses conceptions. Car la poésie par définition est immaitrisable par un système quel qu'il soit puisque la poésie c'est l'âme en liberté dans les champs qui chante sa propre musique ; pas celle qu'on veut nous inculquer.
    L'attitude des dirigeants occidentaux est pathétiquement médiocre et tragiquement funeste car sans issue autre que le désastre : un monde de zombies sans âme. Reprenons notre liberté. Machine arrière toute et tous ensemble. D'abord dans notre tête et dans notre coeur ; engageons tout notre corps dans cette posture de refus et de défi à la puissance aveugle et bestiale qui engloutit la vie et se vautre dans l'absurde et l'abject ! Sortons du sordide ... Parlons-nous de cela. Retrouvons la joie des plaisirs simples, des moments d'humanité authentiques partagés en marge de toute cette sophistication abêtissante et déshumanisante car nous privant de notre âme pour mieux disposer de la disponibilité de notre cerveau !
     
    Car notre cerveau doit être disponible à l'emprise des contrôleurs pour que ceux-ci puissent nous diriger à distance ; nous télécommander, nous suggérer si ce n'est nous imposer quoi penser et quoi faire. Le tout en nous laissant croire que nous sommes souverains en matière de définition de nos valeurs !!! Toute la finesse de l'art réside dans cette capacité à faire de nous des êtres conditionnés à se croire libres de tout conditionnement ! Mais cette liberté est à la liberté ce que le canadadry est à l'alcool !
     
    Prenons soin de nos âmes : la nôtre et celle d'autrui. Préservons-les des griffes du système prédateur ! Pour cela, ne cherchons pas les héros à l'extérieur ; l'héroïsme ne consiste pas tant à sauver le monde qu'à se sauver soi du monde. L'héroïsme du quotidien par lequel nous ne succombons pas aux sirènes du renoncement à soi-même, nous n'abdiquons pas notre souveraineté et nous restaurons notre légitimité à penser notre vie d'après le critère de la sauvegarde de notre âme. Notre âme en tant que la Vie en nous, êtres irréductibles et inaliénables ...
     
    Suite à quoi nous n'avons plus à nous définir par rapport au système mais par rapport à notre réalité intérieure en lien avec notre environnement. Nous nous définissons à partir de nous-mêmes en tenant compte de l'extérieur mais ce n'est plus l'extérieure qui nous impose ses critères. Nous sommes affranchis, émancipés. Avec le désir héroïque, utopique, de vivre une vie la plus émancipée, la plus affranchie possible, en lien avec notre milieu !
     
    Là est le véritable progès qui vaille ... selon moi ! Le progrès de l'âme, entendue comme alliance de la sensibilité et de la raison, alliance du connu et de l'inconnu, ouverture au métaphysique. Il faut remettre sur ses pieds un attelage qui marche sur la tête. La raison doit seconder la sensibilité et non l'occulter, l'étouffer. Chaque acte allant dans ce sens, chaque acte témoignant du respect, de l'attention à soi et à autrui, chaque action empreinte d'humanité est une réussite à porter au crédit de l'âme du monde dont la nôtre descend ...
     
    Dire, écrire ces choses-là n'a l'air de rien ; mais il se pourrait qu'une partie du salut de l'humanité se trouve dans cette direction !
     
    "Renverser la vapeur et faire machine arrière toute !"
     
    Dans nos têtes et dans nos coeurs ... pour préparer demain : il y a tant à faire ! L'aventure de la modernité ne fait que commencer ; nous n'en sommes qu'au brouillon, au premier jet ! Soyons modernes, soyons humains ; restaurons l'ordre des valeurs avec la Vie au centre, l'humain au centre de la Vie et la sensibilité au centre de l'humain ...
     

    Pascal


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  • Anglais ou Italien ?

    Tout est dit à la fin de cet article, dans une seule phrase : " C'est plus difficile de trouver un professeur d'italien qu'un professeur d'anglais ".

    Encore et toujours l'anglais qui prédomine, avec bien entendu la complicité bienveillante de l'éducation nationale.

    Gaulois.

     

     

     

     

     


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  • L'anglais impérialiste

    La gouvernance mondiale use de différentes armes parmis lesquelles la langue. L'anglais imposé est une arme culturelle redoutable.

    Fondamentalement, ce n'est pas la pratique de l'anglais qui pose problème, mais bien cette poussée des milieux officiels à

    « l' Imposer ». Même si cette langue n'est pas encore majoritairement pratiquée dans le monde, elle devient la langue officielle internationale. C'est la langue « Impérialiste ».

    L'ONU possède 6 langues officielles, le mandarin, le français, l'espagnol, le russe, l'arabe et l'anglais. Les langues de travail du secrétariat de l'ONU sont l'anglais, puis le français.

    Il faut sans doute une langue officielle de base. Mais qui ignore que l'ONU c'est d'abord la toute puissance États-unienne et le Royaume-Uni, avec la langue qui va avec « l'Anglais ».

    Nous sommes face au symbole de l'ordre mondial, la « Gouvernance mondiale »

     Quand va-t-on réagir ?

    L'extrait d'article suivant, paru sous le titre ""In English exclusivement" dans "Politis" du 5 septembre 2002, mérite une attention particulière  :

    Johannesburg a atteint des sommets d'anglo-soumission. Même à l'occasion de myriades de conférences et d'évènements organisés par la société civile, c'est la défaite en rase campagne de la diversité linguistique. Certes les faibles moyens des ONG ont obligé à des coupes claires dans les budgets d’interprétariat. Mais quand même : la plus élémentaire des civilités (se préoccuper de ceux qui pourraient avoir des difficultés à suivre les débats) est passée à la trappe. Résultat :

    les Anglo-saxons monopolisent la parole. Les latins se réchauffent entre eux, les Africains errent. Très inquiétant. Certains suggèrent que la culture constitue un des piliers du développement durable. Il y a du travail."

    Ceci est à comparer avec l'extrait suivant du "Journal des Finances", 22 au 28 mars 1997, sur Davos :

    "A Davos, lors du fameux « World Economic Forum », le français a été mis au ban des langues admises. Il faut y parler anglais, et nos représentants les plus illustres acceptent ce diktat au nom d'un mondialisme anglo-saxon."

    En la même année 1997, à propos du sommet de Kyoto, Dominique Voynet, auparavant ministre de l'environnement et membre de la direction des Verts, avait répondu au "Journal du Dimanche" (JDD, 14 décembre 1997) :

    "Toutes les discussions techniques se sont déroulées en anglais, sans la moindre traduction, alors qu'il s'agissait d'une conférence des Nations unies. Trop de délégués ont été ainsi en situation d'infériorité, dans l'incapacité de répondre efficacement, de faire entendre leurs arguments".

    Une allusion du même genre a trouvé place dans l'hebdomadaire "Témoignage Chrétien" du  7 février 2002 à propos du Forum de Porto Alegre auquel ont voyagé 68 000 participants de 150 pays :

    "Ne parlons pas des problèmes matériels : les interprètes font très souvent défaut".

    Ainsi pour traiter de sujets desquels dépend le sort de l'humanité et de la planète, à Kyoto comme à Johannesburg ou Porto Alegre, des spécialistes se déplacent du monde entier. Ils séjournent dans des pays où tout est très cher ( Japon ) ou des pays où la détresse et la misère frappent une grande partie de la population. Et leur temps est en grande partie vainement gâché. Quel est le coût financier et écologique de ces grandes « messes » où beaucoup aiment s'entendre parler mais ne prêtent guère attention à la voix des désespérés ?

    Consternant : des images de la télévision, ici comme en beaucoup d'autres circonstances semblables à travers le monde, montraient une manifestation de Zoulous. Des slogans en anglais apparaissaient sur les banderoles. Eh bien, même les hommes les plus pauvres se font ainsi, « GRATUITEMENT », les hommes-sandwiches de la langue d'un système économique
    qui les asphyxie.

    L'attitude irréfléchie des masses et de la plupart des hommes politiques facilite et accélère la réalisation de l'objectif de l' « Anglo-américaine Report 1961 » qui vise à imposer insidieusement "une autre façon de voir le monde" :  « l'anglais doit devenir la langue dominante » (…). La langue maternelle sera étudiée chronologiquement la première mais ensuite l'anglais, par la vertu de son usage et de ses fonctions, deviendra la langue primordiale. Le rapport proclame que ce Centre [ainsi est nommé le groupe des cinq pays réunis par la suite au sein du réseau d'espionnage "Échelon" : États-Unis, Grande-Bretagne, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande; le reste du monde est nommé "la Périphérie" !] a le monopole de langue, de culture et d'expertise, et ne devrait pas tolérer de résistance contre le règne de l'anglais). « Si des Ministres de l'Éducation nationale, aveuglés par le nationalisme [sic] refusent... c'est le devoir du noyau des représentants anglophones de passer outre ».

    On peut remarquer, à travers ces extraits d'informations, que les années passent et que l'absence de débat permet aux adversaires d'un développement durable et équitable de refermer le piège linguistique sur cette proie qu'est pour eux le reste du monde (la "Périphérie") afin de mieux la dépecer.

    La politique linguistique qui se résume ainsi : « Les profits et le droit intégral d'expression, c'est pour nous; les efforts, les dépenses et le bafouillage, c'est pour vous ! », reçoit donc un appui aussi gigantesque qu'aveugle de ceux qui souffrent le plus de cette situation. Le rejet irréfléchi d'une langue anationale, sans lien avec quelque puissance que ce soit, conçue pour empêcher cela, a permis le renforcement de la position de la langue de l'inéquité totale.

    Entendu le 8 septembre 2002, au journal de la Radio-Télévision Belge (RTBF) sur la chaîne TV5 :

    "En Belgique, un adulte sur dix ne sait pas écrire".

    Et ceci dans le pays, économiquement de bon niveau, où se trouve l'un des principaux centres de décision de l'Union européenne, un pays où il devient pratiquement impossible d'échapper à l'anglais.

    Ainsi, à force de tout sacrifier à l'anglais, les peuples deviennent de plus en plus incapables de parler et d'écrire leur propre langue sans pour autant atteindre le niveau d'élocution de natifs anglophones, sans se reconnaître dans cette langue étrangère.

    C'est ce que l'on nomme l'aliénation.

    L'anglais et la science

    Les anglophones ont réussi, en quelques décennies, à imposer l¹anglais comme langue universelle de la science. Comment s¹y sont-ils pris ? Quelles sont les conséquences de ce coup de Trafalgar ? Voilà deux questions auxquelles répond Charles Xavier Durand - de l¹Université de technologie de Belfort - Montbéliard dans une monographie d¹une cinquantaine de pages intitulée Le français: une langue pour la science et présentée à Québec le 19 mai 2001. Je vais tenter de vous la résumer.

    Quelques considérations liminaires s¹imposent. En dépit des thèses de certains linguistes, on sait que le langage conditionne la pensée, comme on sait que chaque langue correspond à une démarche mentale particulière. En conséquence, les mondes dans lesquels vivent les sociétés sont des mondes distincts, et non le même monde étiqueté différemment. On sait encore que c¹est dans la diversité que s¹épanouit la richesse créative en favorisant la variété des perceptions de la réalité et en exploitant la multiplicité des expériences de la vie, la diversité des langues exalte le progrès. Cela fait que tout chercheur qui s¹exprime dans une langue autre que la sienne s¹expose à être en retrait de celui qui emploie sa langue maternelle~ avec toute sa finesse. Il en résulte que la standardisation linguistique est un mythe, fondé sur l¹idée de la supériorité d¹une langue, mythe qui confine à l¹hégémonie et au racisme, mythe qui cautionne et conforte le rapport de forces existant.

    Revenons à la première question. Comment s¹y sont pris les anglophones pour imposer l¹anglais au monde de la science ? D'abord, fait ignoré du grand public, ils ont pratiqué le révisionnisme scientifique. Ils sont passés maîtres dans l¹art d¹occulter ce qui ne vient pas d'eux. Ainsi ne citent-ils jamais Ernest Duchesne qui, dès 1887, a écrit une thèse sur la pénicilline, dont l¹invention est attribuée à Fleming. Ni les Français Scott de Martinville et Charles Cros qui, en 1857 pour le premier et en 1877 pour le second, ont découvert le phonographe attribué à Edison. Ni Clément Ader, père de l¹avion, écarté au profit des frères Wright (notons à ce sujet la déclaration de George Bush - le père - qui a osé dire « Je peux paraître chauvin, mais je ne pense pas que voler aurait pu être inventé ailleurs qu'aux États-Unis d¹Amérique »). Ni Lamarck, Buffon, Vanini, Maillet, Diderot, que méconnaît le British Museum of Natural History de Londres en attribuant la théorie de l¹évolution à Darwin. Ni Henri Laborit - dans le domaine de la structure du cerveau humain - effacé par Paul Mac Lean, Karl Pribam et Wilder Penfield. Sans oublier le professeur Luc Montagnier, découvreur du virus du sida, dont les travaux ont été pillés par Robert Gallo... Demain, l'histoire ne retiendra plus que ce qui aura été publié en anglais, et les scientifiques seront convaincus que rien n¹est intéressant en dehors des travaux accomplis aux États-Unis.

    Cette monopolisation des savoirs est frappante en botanique. Depuis 1988 et le congrès de Berlin, les anglophones ont éliminé le français, qui est pourtant la langue d¹origine du code, Ils en sont même à substituer aux appellations latines des appellations anglo-saxonnes : l'amanite tue-mouche n¹est déjà plus Amanita muscaria mais Fly Agaric. Et, pour éviter des dénominations qu'ils ne contrôleraient pas, ils ont inventé la notion d'enregistrement de la publication, qui leur permet de maîtriser tout ce qui est découvert - quel que soit le pays de la découverte - voire d¹invalider les brevets correspondants.

    Parallèlement, les Anglo-saxons s'accaparent la formation scientifique : les ingénieurs français doivent passer par les universités anglaises ou américaines pour donner à leurs titres une reconnaissance internationale - pourtant, les cours donnés ne sont souvent que de pâles copies de ce qu'ils ont déjà étudié. Ce n'est pas pour rien que les Anglais envoient de nombreux agents de recrutement dans l'Hexagone pour promouvoir leurs universités, drainant ainsi des milliards aux dépens des établissements non anglophones. Et, comme le dit Charles Xavier Durand : En reconnaissant explicitement ou implicitement une langue scientifique internationale, on a déchu les autres de ce rôle et redirigé les jeunes, intéressés par un complément de formation à l'étranger, vers les pays anglo-saxons, en quasi-exclusivité.

    Puis, il y a la mainmise anglophone sur l'édition scientifique: la publication d'articles est devenue l'un des objectifs prioritaires du chercheur (c'est ce qui fait son renom). Or, que constate-t-on ? Que trois pays (États-Unis d'Amérique, Royaume-Uni et Pays-Bas) détiennent plus de 71 % des revues scientifiques dotées d¹un comité de lecture (66 % il y a dix ans) ; que des géants de la science comme le Japon, la C.E.I., la France et l'Allemagne n'en ont que 15 % ; qu'une analyse fine permet d'affirmer que 8,5 % des articles viennent du Japon, lequel ne maîtrise que 2,5 % des revues, 5,2 % des articles viennent de France, laquelle n'a que 2,6 % des revues... Bien entendu, les revues américaines peuvent ainsi prospérer aux dépens de celles des autres pays et inonder la planète d¹articles rédigés en anglais : elles deviennent les dépositaires de l'essentiel de la recherche scientifique. De surcroît, leurs bénéfices sont arrondis par les chercheurs étrangers puisqu'il est fréquent que ces derniers doivent payer pour être publiés! Les crédits de la recherche française pour engraisser les revues scientifiques américaines ? Oui, c¹est fréquent.

    Mais l'essentiel est à venir ; aujourd'hui, la valeur des scientifiques est fondée sur des indices de citation : combien les chercheurs ont-ils publié d'articles sur leurs travaux ? Comme les revues américaines ont monopolisé l'édition, c'est à elles qu'on va se référer pour juger les scientifiques du monde entier. L'indice le plus utilisé est celui de l'institut de l'information scientifique des États-Unis (ISI): il ne travaille qu'à partir des articles écrits en anglais. On arrive à ce paradoxe que les chercheurs français ne sont reconnus qu'en publiant en anglais. Pire encore : comme les revues scientifiques soumettent à des comités de lecture les articles proposés, cela signifie que les savants américains qui les composent ont un droit de veto sur tout ce qui se publie. De veto et de pillage, comme cela a été le cas pour le professeur Luc Montagnier, spolié de son titre de découvreur du virus du sida.

    Nous voici parvenus au summum de l'absurdité la marginalisation de la recherche non anglophone. Maurice Allais - qui reçut le prix Nobel d'économie en 1988 - en a fait les frais lui, qui n'a publié qu'en français, n'a été récompensé que cinq ans après son élève, Gérard Debreu, lequel publia en anglais. Le monde scientifique anglo-américain se trouve donc dans la position de juge et partie et peut ainsi s'attribuer publications et prix...sans vergogne. Avec ce que cela implique sur l'économie et qu'a décrit le journaliste américain Kevin Philipps. Selon lui, les compagnies américaines fabriquant des produits à haute valeur ajoutée décrochent des contrats non parce qu'elles sont les meilleures mais parce que leurs clients les croient les meilleures. Les représentants de Thomson, d¹Airbus, de Dassault ou de l'Aérospatiale pourraient en témoigner.

    Les conséquences de ces pratiques sont patentes. L'adoption générale de l'anglais comme langue des sciences limite la recherche d'informations aux articles disponibles dans cette langue et plonge dans l'oubli les chercheurs qui écrivent dans d'autres langues. De surcroît, les chercheurs francophones qui publient en anglais ont de forts risques de passer inaperçus, à la fois parce qu'ils ne pourront pas donner tout leur talent par rapport aux chercheurs dont l'anglais est la langue maternelle, mais aussi parce qu'ils seront noyés par la profusion anglophone et par le système de sélection des revues anglophones.

    L'adoption de l'anglais par les scientifiques français contribue au recul de la langue française et de son enseignement, parce que les scientifiques non francophones n'ont plus besoin - même en France - de maîtriser notre langue, mais aussi parce que les scientifiques francophones étrangers s¹interrogent sur le bien-fondé de l'apprentissage approfondi d'une langue qui ne croit plus à sa valeur.

    Enfin, et c'est sans doute le plus important, l'adoption de l'anglais par les scientifiques français annihile l'avantage concurrentiel de la recherche française et, par contamination, celui de l'économie française. Écoutez ce professeur réputé d¹une université des États-Unis d¹Amérique, membre de comités de lecture de revues américaines « Nous recevons les articles en première exclusivité, antérieurement à toute publication, Ils nous arrivent sur un plateau d'argent, écrits dans notre langue, sans que nous demandions quoi que ce soit à quiconque. Comment voulez-vous que nous nous empêchions d'en exploiter les meilleures idées ? (...) Il est arrivé à certains de mes collègues de refuser la publication d'un article lorsqu'ils voulaient pirater son contenu de façon à s'attribuer l'antériorité d'une idée qui les intéressait particulièrement. Et puis, comment ne pas évoquer à nouveau l'affaire Montagnier - Gallo ? Si, au lieu de communiquer ses travaux sur le virus du sida à la revue américaine Science en 1983 - et les mettre ainsi entre les mains de Robert Gallo, notateur de Science - Luc Montagnier les avait publiés en français, l'antériorité de sa découverte n'aurait pas été contestée, l'institut Pasteur n'aurait eu aucun mal à prouver l'utilisation illégale par l'équipe de Gallo de ses souches virales...et toucherait aujourd'hui l'ntégralité des bénéfices des brevets que la découverte du virus a permis de déposer, sans qu'ils aient été grevés de lourds frais de justice...

    Que faire ? Comment réagir ? En 1996, nous avions déjà, au C.L.E.C., des idées bien arrêtées sur le sujet, que nous exprimions à nos autorités de tutelle, comme vous le verrez dans la rubrique Ainsi va la langue du présent Dévorant. Au demeurant, les Japonais commencent à comprendre là, les chercheurs qui reçoivent des deniers publics doivent maintenant publier en priorité leurs travaux en japonais, dans les revues publiées au Japon. Du coup, le milieu scientifique anglophone s'abonne aux revues japonaises et en fait traduire les articles, souvent par des traducteurs japonais. On notera, sans ironie, que les articles refusés par les revues japonaises sont généralement traduits en anglais et soumis par leurs auteurs aux revues américaines ou européennes. C¹est tout bénéfice pour le pays du Soleil levant !

                                                                                                                    Myriam Hadoux

     

    En France

    En France, la langue pratiquée est le français, jusqu'à preuve du contraire. Pour combien de temps ?

    En effet, lentement mais sûrement, l'anglais gagne du terrain. Nous assistons à la montée du

    « Franglais ! »

     Il est naturel qu'une langue emprunte aux autres langues. Mais à ce point et à partir d'une seule source, ce n'est plus de l'emprunt : c'est une invasion. La plupart des langues du monde sont victimes de ce raz-de marée de termes anglo-américains.

     

    Parlez-vous anglosnob ? Liste de mots franglais.

     L'article ci-dessous est un exemple frappant de la bêtise ! Selon une prof d'anglais : « Si l'on pouvait apprendre les langues dès la naissance, ce serait génial ! »


     Pour faire bonne mesure, le ministre de l'éducation Luc Chatel y va de son idéologie et réinvente l'apprentissage de l'anglais dès 3 ans !


    Et ce dernier article où il est question d'un réseau national «  La Mini School ».

    A noter dans cette article : « Plus l'enfant est jeune, plus il s'imprègne de façon naturelle des automatismes d'une langue » Çà fait peur, car c'est exactement la même chose avec d'autres doctrines, telles que la religion.

    A 3 ou 4 ans, l'enfant n'a pas son libre arbitre. Il est directement influencé par des idéologies extérieures venant des adultes. Plus tard, l'enfant risque d'avoir un blocage justement parce qu'il aurait peut-être souhaité apprendre une autre langue, plutôt que celle imposée par son entourage.

    Donner un enseignement « Dirigé et orienté » à un tout jeune enfant est malsain, voir dandereux. Ce n'est pas cela l'éducation d'un enfant. Il doit d'abord assimiler les fondamentaux jusqu'à la fin du CE1. Si les langues vivantes sont abordées en CE1, un éventail de langues doit être proposé au sein de l'établissement scolaire. En aucun cas une langue ne devrait être imposée arbitrairement, comme c'est le cas actuellement pour l'anglais. Et surtout pas à 4 ou 5 ans.

    L'apprentissage d'une langue autre que celle de son pays d'origine doit être librement consentie. Au nom de la liberté du savoir, de la culture, de la liberté tout simplement et de la richesse des langues.

     


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