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Pas besoin d'ajouter un commentaire, Jean-Pierre Petit est on ne peut plus claire sur ce projet de fusion nucléaire qui relève de la folie humaine démesurée.

Gaulois.

« Les Z-machines permettent d’envisager une fusion nucléaire pratiquement sans déchets »
Par Jérome, le 14 janvier 2013 à 23:06

Jean-Pierre PETIT

Suite à la publication de notre article sur le laser MegaJoule, des lecteurs nous ont réclamé des précisions sur le concept de Z-Machine. Nous avons demandé à Jean-Pierre PETIT, ancien directeur de recherche au CNRS, de nous présenter cette troisième voie en matière de fusion nucléaire…
Jean-Pierre PETIT, bonjour, que reprochez vous à des projets comme ITER ou au laser Mega-Joule ?

Jean-Pierre PETIT – Sensibilisé par la catastrophe de Fukushima, j’ai réalisé, en participant à une manifestation à Aix en Provence en 2011, que j’étais le seul scientifique présent. J’ai pris conscience de l’absence en général de la communauté scientifique sur ce terrain du nucléaire, si on excepte quelques anti-nucléaires traditionnels (déjà âgés maintenant), se limitant au domaine de la fission, militant, à juste titre, contre ce projet dément de surgénérateur à neutrons rapides (Superphénix). Comme d’ailleurs les courageux militants anti-nucléaires de la première heure, qui se montrèrent conscients, à une époque où nous, scientifiques sommeillions dans nos bureaux. Certain laissèrent leur vie dans ce combat, d’où nous étions, nous, scientifiques, absents.

Ce que beaucoup de gens ignorent c’est que le premier geste de François Hollande, quand il prit ses fonctions de Président,  fut de signer l’accord pour la construction du réacteur expérimental Astrid, qui est un surgénérateur à neutrons rapides, refroidi au sodium, fer de lance d’une option rebaptisée « réacteurs de IV° génération ». Or Astrid n’est rien d’autre que Superphénix, « amélioré ». Personne ne réagit. Personne ne proteste. Pas plus qu’on ne proteste contre les idées démentielles appuyées par nos nucléo-députés Bataille et Vido : peupler le pays, d’ici la fin du siècle, de surgénérateurs à neutrons rapides, hyper dangereux, générateurs de déchets, fonctionnant au plutonium 239 pur, de manière à exploiter les 300.000 tonnes d’uranium 238 , issues de 50 années d’enrichissement isotopique, pour extraire du minerai l’uranium 235, fissile. Devenir ainsi « autonomes énergétiquement pour les 5000 ans à venir ».
 
J’ai aussi réalisé que face au projet ITER, il n’y avait pas de prises de position solidement appuyées sur des considérations réellement scientifiques. Je me suis donc plongé dans ce domaine, pendant deux années, aidé par des gens du milieu (mais tenant à garder un prudent anonymat). J’ai réalisé alors avec stupeur les failles béantes du projet ITER, qui ne découlaient ni du risque sismique, ni de la dangerosité du tritium, mais simplement du fait que ces machines, les tokamaks, étaient foncièrement instables. Pour faire court : ces instabilités appelées disruptions sont l’équivalent, dans ces machines, des … éruptions solaires (ce qui étaient d’ailleurs signalé noir sur blanc dans un rapport produit en 2007 par l’Académie des Sciences de Paris, sous la direction de l’académicien Guy Laval). Depuis que j’ai soulevé ce lièvre, les chantres du projets sont moins enclins à comparer ITER à « un soleil en bouteille ».
 
J’ai aussi créé une gêne en révélant que Putvinky, (avec qui j’avais dîné), « monsieur disruption » à ITER-Organization, réalisant que le problème était insoluble, avait rendu son tablier en juin 2012, abandonnant non seulement ITER (il avait rejoint l’équipe en 2009, achetant une propriété dans la région) mais la formule tokamak. Il est reparti travailler aux USA.
 
J’ai aussi découvert que ces questions, ainsi que bien d’autres, avaient été totalement passées sous silence dans le dossier de 7000 pages qu’ITER Organization avait mis en consultation libre durant l’été 2011, à l’occasion de d’Enquête Publique, devant déboucher sur une autorisation ou une non autorisation de l’implantation de « l’installation nucléaire de base ITER » (c’était le nom retenu). Une enquête publique qui avait été gérée comme si cette opération avait concerné l’implantation d’une station d’incinération à proximité d’un village. Je n’ai obtenu, cet été là, qu’un report de quelques mois de la décision, qui étaient déjà prise avant que cette commission fantoche, dirigée par André Grégoire « ne commence ses travaux ». Négligeant mes avertissements, celui-ci a signé le rapport final, se concluant par « avis favorable avec recommandations ». Et il m’a dit en substance « ils auront deux ans pour résoudre le problème des disruptions ». A noter que le mot « disruption » était tout simplement absent des 7000 pages mises en libre consultation !
 
Là j’ai compris que cette conclusion donnant le feu vert à ITER avait déjà été rédigée avant que cette pseudo enquête publique, complètement truquée,  ne démarre, en plein été 2011. Mais cela n’étonnera personne.
 
J’ai commencé à écrire des textes sur ces problèmes. L’un ‘eux a été repris et diffusé au sein de la Commission Européenne par la députée Michèle Rivasi, en français et en anglais. En même temps la revue NEXUS a publié la copie de ce texte dans ses colonnes. Ceci a suscité l’ire du CEA, qui a publié une « réfutation » dans son site, en français et en anglais, dont je n’ai pu connaître le ou les auteurs, apprenant seulement qu’il s’agissait d’un groupe de gens qui ne tenaient pas à révéler leur identité (…). Cette « réfutation » se trouve toujours sur le site. Evidemment, ma tentative d’obtenir un légitime droit de réponse pour  démonter ces arguments est restée sans réponse (voir ceci sur mon site http://www.jp-petit.org ).
 
Plus récemment, dans son numéro de janvier-février 2013 la revue Nexus a publié une interview où je pointe le doigts sur le fiasco du NIF américain, en en expliquant les raisons, Mégajoule étant pratiquement la copie conforme du NIF, à quelques dizaines de lasers près (176 contre 192). J’ai donc pronostiqué (comme le font outre Atlantique nombre de scientifiques américains) que le NIF ne permettra pas d’obtenir la fusion, et que par conséquent le projet Mégajoule serait de l’argent (6,6 milliards d’euros), dépensés en pure perte. Le CEA publiera-t-il une seconde réfutation de mes dires dans son site ? Affaire à suivre.
 
Vous prônez une 3e voie pour la fusion nucléaire : celle des Z-machines. Comment fonctionnent-elles ?
 
Jean-Pierre PETIT - A l’issue de ce périple de deux années dans les domaines de la fission et de la fusion, en incluant le problème dramatique de la gestion des déchets, ma conclusion est que la façon actuelle de tirer de l’énergie du nucléaire apporte plus de maux que de bienfaits. Et que ces maux, dans les décennies à venir, créeront des drames horribles dont les catastrophes de Tchernobyl, puis de Fukushima ne sont que les pâles prémices. Le redémarrage des réacteurs japonais montre la puissance des lobbies, contre tout souci de la santé publique et des vies humaines.
 
En 2006 j’ai découvert, dans un article publié par mon vieil ami, le grand spécialiste des plasmas  Malcom Haines (hélas très malade) que les Américains, au laboratoire  Sandia, Nouveau Mexique, avaient obtenu des températures de plus de deux milliards de degrés dans un machine que j’avais vue en 1976, construite par Gerold Yonas. Cette découverte était fortuite (comme nombre de découvertes importantes dans l’histoire des sciences). J’ai immédiatement compris l’importance de ce saut incroyable effectué en 2005, la température maximale atteinte dès cette époque étant de 3,7 milliards de degrés. Ces valeurs ont suscité des réactions de scepticisme chez « les spécialistes français des plasmas chauds ».
 
Je suis allé à plusieurs congrès scientifiques internationaux, au top niveau. Il a fallu quatre années pour que l’interprétation des expériences, donnée par Haines, finisse par s’imposer, au congrès de Biarritz, 2011, consacré aux Z-machine, où il fit un exposé magistral, en tant que « personnalité invitée », communication appuyée par la publication d’un papier de 196 pages, sur le sujet, dans une revue à comité de lecture, devenu la Bible dans ce domaine.
 
En peu de mots, les plasmas de fusion  sont sujets à toute une palette d’instabilités. Dans les tokamaks, celles-ci finissent par donner des disruptions, décharges de dizaines de millions d’ampères, venant frapper la paroi (en tous point comparables aux jets de plasma des éruptions solaires). Dans les manips de fusion par laser, elle condamnent la filière (il s’agit alors  » de l’instabilité de Raleigh Taylor »). Dans les Z-machines elles … accroissent la température du plasma !
 
Ainsi le malheur des uns fait le bonheur des autres.
 
A Biarritz, j’appris de la bouche de Valentin Smirnov, directeur du département fusion à l’Institut des Hautes Températures de Moscou, qu’il dirigeait la construction d’une Z-machine russe, Baïkal, qui sera plus puissante que le ZR américain ( successeur de la Z-machine ). Après les Américains, les Russes se lancent aussi dans ce domaine, pied au plancher.
 
Schématiquement, on pourrait dire que la Z-machines (et maintenant ses multiples variantes, comme MAGlif) est à des machines comme ITER,( où on s’efforce de maintenir constante la température du plasma de fusion), ce que sont les moteurs à combustion interne, impulsionnelle, vis à vis des machines à vapeur. L’avantage des moteurs à combustion interne est de pouvoir faire brûler un mélange combustible-oxygène à une température de 1000°, obtenue pendant une fraction de seconde, la température générale du moteur restant inférieure à cette de l’eau bouillante.
 
Comme le moteur à explosion, des générateurs fondés sur le système des Z-machines seraient dotée d’un système de stockage d’énergie électrique, pendant du volant d’inertie de ce même moteur. Enfin ces générateurs exploiteraient un procédé de conversion directe de l’énergie, par MHD, opérationnel depuis les travaux d’Andréi Sakharov, des années cinquante. Pourquoi cette formule suscite-t-elle un tel rejet, en particulier en France ? Pour deux raisons. Elle rend obsoletes tous les efforts associés au générateurs à fission, au surgénérateurs, aux bancs laser et à ITER. Tout le nucléaire classique est remis en cause, et se trouve dans l’incapacité d’intégrer ce concept outsider dans ses plans.
 
La France dispose déjà d’une Z-machine : le Sphinx. Qu’est-ce qui la distingue des Z-machines américaines ou russes ?

Jean-Pierre PETIT - La France possède effectivement sa Z-machine : le Sphinx, implantée dans un laboratoire de l’armée, à Gramat. Cette machine est hors course, hors jeu, de par sa conception même. Ca n’est qu’un bête générateur de rayons X, qui ne dépasse pas quelques dizaines de millions de degrés, et ne peut faire plus. Par ailleurs, une des caractéristiques essentielles, si ne qua non,  de ces machines « Z » est de devoir délivrer leur intensité en un temps très bref. Cent milliardièmes de seconde pour la machine américaine, 150 milliardièmes de seconde pour la monstrueuse machine russe, en construction : Baïkal. La machine française ayant un temps de décharge de 800 milliardièmes de seconde, est … trop lente. De part sa conception, on ne peut pas améliorer ses performances. Par ailleurs les gens qui la servent manquent de compétences en la matière, ne serait-ce que sur le plan théorique, qui est très pointu. Un domaine pratiquement neuf, défriché par des gens comme Haines, celui des plasmas hyper chauds, hors d’équilibre.
 
Le Sphinx est trop lent, ne peut être amélioré. Megajoule et le NIF sont aussi hors jeu. Dans les installations NIF et Mégajoule, il  manque un facteur 50 sur l’énergie focalisée sur cible (voire mon complément d’information dans mon site) . Inversement, les machines américaines et russes visent d’emblée ces 10-15 mégajoules sur cible (l’énergie contenue dans le fond d’une tasse de tisane, voir l’article complémentaire sur mon site, mais délivrée en 100-150 milliardièmes de seconde). Une énergie seuil issue des expériences secrètes Centurion Halite américaines (les Russes ayant mené de leur côté des campagnes similaires et étant parvenus aux mêmes résultats).
 
Les Z-machines russes et américaines permettent, potentiellement, du fait des températures atteintes, ce auquel jamais les autres filières ne pourront prétendre : envisager ce qui est véritablement le Graal de la physique nucléaire : la fusion Bore Hydrogene, aneutronique. Une fusion qui ne génère pratiquement pas de radioactivité et aucun déchet, sinon … de l’hélium. Cette réaction démarre à un milliard de degrés. Jusqu’en 2005 l’obtention d’une telle température aurait paru relever de la science fiction. Aujourd’hui ZR, avec son intensité portée de 18 à 26 Millions d’ampères, est très probablement passé de 3,7 à 8 milliards de degrés. Mais, comme me l’avait dit Malcom Haines à Biarritz en 2011 : « Je pense qu’ils l’ont fait, mais ils ne te le diront jamais, pour des raisons de secret défense.  »
 
Car, vous l’imaginez bien, cette percée comporte aussi son volet armement : les « bombes à fusion pure », où un mélange de fusion peut être mis à feu sans utiliser de bombe A, mais l’électricité fournie par un explosif, dérivé des premiers concepts expérimentés par Sakharov dès les années cinquante ( 100 millions d’ampères en 1954 ).
 
Ceci étant, une nouvelle percée, qui correspond au montage MagLif (une variante du montage « Z » ) montre que cette filière s’est maintenant imposée outre Atlantique, comme une nouvelle façon d’obtenir l’ICF (Inertial Confinement Fusion), la « fusion par confinement inertiel », qui est à la base des systèmes de recherche de fusion auto-entretenue, initiée par lasers.
 
La fusion par laser est hors course, comme démontré récemment sur le banc américain NIF. Mais, cela aurait-il fonctionné (l’ignition), ces systèmes n’auraient jamais pu donner des générateurs industriels, du fait du rendement des lauser, inférieur à 1,5 % . Ce ne furent jamais que des installations d’essai à visées militaires.

Pensez vous que les américains ou les russes pourraient maitriser la fusion nucléaire civile plus rapidement que les Français ? A quel horizon ?
 
Jean-Pierre PETIT - Bien évidemment ! En s’accrochant à un dinosaure du nucléaire comme ITER, ou à une machine 50 fois trop peu puissante comme Mégajoule, les Français font de mauvais choix, ratent complètement le coche. Quand la fusion deviendra réalité, en Russie et en Amérique, avec cette filière Z, et son astucieuse variante MAGlif, les Français se retrouveront encombrés de véritables fossiles technico-scientifiques.
 
On pourra objecter que des réactions de fusion on été obtenues sur la machine JET, avec extraction de puissance. Mais, sur ce plan, je citerai ce que m’a écrit tout récemment Glenn Wurden, directeur de la fusion à Los Alamos (…) :   »Je ne pense pas qu’on parviendra un jour à transformer un tokamak en générateur de puissance, car on ne trouvera jamais ce matériau magique capable de résister à l’impact des neutrons de fusion, 7 fois plus énergétiques que les neutrons de fission. Ce matériau magique n’existe simplement pas et n’existera jamais ».
 
Vos écrits en matière d’ufologie ou sur les attentats du 11/09 vous ont décrédibilisé auprès de nombreuses personnes, en particulier en France. Que répondez-vous à vos détracteurs ?
 
Jean-Pierre PETIT - Vous me décrivez comme « décrédibilisé auprès de nombreuses personnes », sans citer la moindre d’entre elles. Récemment j’avais été interviewé par un journaliste de la revue Inrockuptible, qui s’était adressé à moi comme à un « complotiste ». J’avais demandé qui formulait cette opinion. Réponse du journaliste : « c’est ce qui émerge quand on consulte les forums ». Ainsi, à notre époque, voici comment émerge une réputation : à travers des propos tenus sur des forums, par des gens intervenant sous des pseudonymes ! A comparer avec l’absence de signature de la réfutation publiée par le CEA.
 
En vérité, cette situation de « discrédit auprès de certaines personnes » est bien étrange, ne trouvez-vous pas ? Je suis « discrédité par les gens qui, au CEA,  s’occupent de fusion » , mais aucun n’accepte d’être face à moi. Référez vous à la dérobade de Bernard Bigot et de ses adjoints, experts en matière de fusion, lors d’un face à face filmé, qui a donné cette interview où seule figure Michèle Rivasi, qui prend acte du fait que mes détracteurs ont déclaré forfait.
 
Je suis « discrédité » dans le monde de l’astrophysique et de la cosmologie, par des gens comme Riazuelo, par exemple, de l’Institut d’Astrophysique de Paris. Mais depuis des années lui et le directeur de son labo restent muets face à mes demandes successives d’exercice de droit de réponse en séminaire  où, scientifiquement, Riazuelo ne tiendrait pas dix minutes face à moi, et il le sait. Dans ce genre de face à face scientifiques je ne me suis jamais dérobé et je n’ai jamais perdu un combat.
J’aimerais d’abord connaître les noms de ces détracteurs et pouvoir leur faire face, leur répondre à découvert, ce débat étant filmé et mis aussitôt sur le net. Et cela dans tous les domaines.
Dans le domaine des plasmas, de la fusion et du nucléaire, interrogez à mon sujet Robert Dautray, ancien directeur des projets scientifiques du CEA, ainsi que Paul Henri Rebut, concepteur du tokamak français de Fontenay aux Roses, puis Guy Laval, membre de l’académie des sciences, qui a dirigé la composition du rapport de 2007 sur « l’énergie à partir de la fusion ». Notez leurs réponses à mon sujet et publiez les.
Dans le domaine de l’astrophysique, proposez à Alain Riazuelo, par exemple, d’accepter un face à face filmé, puis diffusé sur le net, où il pourra jouer les détracteurs de mes travaux, à ses risques et périls.
Enfin sur le sujet du 11 septembre, je suggère une rencontre semblable, nous opposant, Alix (qui s’occupe de reopen 9/11) à nos détracteurs. Rencontre également filmé et diffusée.
Je pense ainsi avoir répondu à vos questions  !

http://www.jp-petit2.org/nouv_f/NEXUS_jan_2013.html
 
Jean-Pierre Petit, ancien directeur de recherche au Cnrs.

Z machine : conférence de Jean-Pierre Petit à… par UFO-Science

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ITER et la fusion nucléaire dans une impasse ? L'avis de J-P Petit

http://goo.gl/sAfP0 

Il n’a pas sa langue dans sa poche et n’a de compte à rendre à personne. Comme il est à la retraite, Jean-Pierre Petit est un de ces esprits libres qui gratte les autres là où ça fait mal. Depuis plusieurs mois, cet ancien directeur de recherche au CNRS, interpelle l’état et les scientifiques sur les dangers d'ITER et remet en cause le développement de cette technologie coûteuse qui mène selon lui à "une impasse". Nous n'avons pas su résister à l'envie de lui poser quelques questions. Attention, ça balance !
- Gizmodo : Depuis plusieurs mois vous dénoncez sur votre site le projet ITER defusion nucléaire civile. Vos arguments sont ils économiques ? sécuritaires ? scientifiques ? Pourquoi une telle croisade ?
Jean-Pierre Petit : Je ne suis pas le seul à soulever une masse de critiques sur le plan scientifique. Le mot "croisade" est-il approprié ? Je ne le pense pas. La critique la plus forte que l'on peut faire sur ce projet, ce sont ses assises mensongères. Mensonge par omission. Avant que je ne publie mes articles, aviez-vous vu quelque part inscrit le mot " disruption" ? J'en doute. Et il en est de même pour les politiques-décideurs, qui ont été, pour reprendre une expression de Michèle Rivasi "enfumés". 

(ndlr : Jean-Pierre Petit dénonce l'instabilité chronique des tokamaks, ces chambre de confinement magnétique destinée à contrôler un plasma pour produire de l'énergie par fusion nucléaire. le terme tokamak vient du russe «тороидальная камера с магнитнымикатушками » (toroïdalnaïa kamera smagnitnymi katushkami : en français, chambre toroïdale avec bobines magnétiques...) 

- Gizmodo : Vous pensez donc que la fusion contrôlée dans un Tokamak est une impasse scientifique ?
Jean-Pierre Petit : Je pense que la formuletokamak est une impasse. Et je ne suis pas le seul à le dire. Lisez Wurden. 

- Gizmodo : L'homme ne pourrait donc jamais contrôler l'énergie des étoiles ? 

Jean-Pierre Petit : Le Soleil n'est pas untokamak. Et un tokamak ne résume pas la fusion à lui tout seul. C'est la propagande du CEA qui vous a mis cela dans la tête. L'énergiede fusion fait partie de la panoplie de la physique. Affirmer qu'on ne pourra jamais extraire de l'énergie de cette façon serait absurde. Ceci étant, beaucoup de gens identifient " fusion " avec " fusiondeutérium-tritium". Il existe d'autres voies "non impossibles" comme la fusion aneutroniqueBore Hydrogène. Si vous consultez Wikipedia vous pourrez lire que cette filière est présentée comme "impossible" parce que l'énergieproduite par fusion, à plus d'un milliard de degrés, serait inférieure) l'énergie perdue par rayonnement (Ndlr : je n’ai pas trouvé le mot "impossible" mais "difficile" dans Wikipédia). Oui, si les températures électronique et ionique sont égales. Mais dans les Z-pinches, la température électronique est 100 fois plus faible que la température ionique. Alors cette objection tombe et cette affaire se trouve relancée. Mon ami Malcom Haines, grand spécialiste de ces questions, pense qu'une possibilité existe. Un détail qui a son importance : cette fusion Bore Hydrogène a pour déchet... de l'hélium et ne produit pratiquement pas de neutrons. 

- Gizmodo : Votre profil est sujet à polémiques et vos analyses ont été critiquées par le CEA qui apporte même des réponses à vos accusations. Qu'en pensez-vous ? 

Jean-Pierre Petit : Quand les critiques s'expriment à voix haute, en dévoilant leur identité, l'affaire est vite réglée. En terrain découvert, je n'ai jamais perdu un combat, et cela se sait. Maintenant si vous voulez tenir compte des avis formulés sous pseudonymes... Et je n'ai pas entendu le CEA formuler des réponses crédibles à mes accusations. 

Pouvez-vous accorder foi à des gens qui formulent des critiques, sur leur site, de manière anonyme, en se défilant lorsque je leur offre la possibilité d'un face à face filmé et diffusé sur le net ? 

- Gizmodo : L'énergie nucléaire a toujours bénéficié d'une certaine bienveillance de la part des esprits "rationnels" ou "scientifiques". Mais depuis Fukushima, faut-il sérieusement se résoudre, à l'image des autorités allemandes, à l'abandon de cette filière ? 

Jean-Pierre Petit : L'énergie nucléaire charrie avec elle des problèmes considérables. Gestion de déchets très toxiques et dangereux, de très longue durée de vie, risques d'accident grave dès qu'une installation vieillit. Risque quand des phénomènes naturels se mêlent de la partie. Il y a que cette filière est née en France sous l'impulsion de De Gaulle qui voulait la bombe A, puis la bombe H. Le nucléaire civil s'est ensuite organisé en lobby, en complexe nucléo-industriel et financier. Les projets agités en novembre à l'Assemblée Nationale, lors d'une audition d'expert, suscitée et animée par le député (socialiste) Bataille sont de la folie furieuse. La France a 60 tonnes de plutoniumdans le site de la Hague. Elle en possède 240 autres tonnes ailleurs. Le projet soutenu par bataille vise à porter ce stock à mille tonnes (de quoi tuer tous les êtres humains de la planète, avec une substance qui, antérieurement à sa production par l'homme, n'existait pas dans la nature, vu que sa durée de vie est de 24.000 ans). Grâce à ce stock on pourrait alors, en 2060, commencer le déploiement de réacteurs dits de IV° génération (des surgénérateurs à neutrons rapides), qui permettraient d'assurer 5000 années d'indépendance énergétique en "brûlant" notre stock de 300.000 tonnes d'uranium 238, issu des actions d'enrichissement du minerai. Toujours selon les conclusions de cette audition, le déploiement de ces générateurs de IV° génération s'achèverait en 2100. Comment percevez-vous le fait que des hommes se réunissent pour dresser un tableau du futur énergétique avec 90 années d'avance ! Pourquoi, en 1900, des parlementaires, s'appuyant sur des dires d'experts, n'auraient-ils pas envisagé gravement le déploiement des machines à vapeur jusqu'à l'an 2000 (en incluant des projets d'avions à vapeur). Ces gens vous paraissent-ils tenir des discours raisonnables ? 

Les énergies renouvelables pourraient être exploitées à très grande échelle, à condition de s'en donner les moyens. On pourrait résumer cela en disant "nos descendant nous béniront d'avoir fait ce choix". A l'inverse ils nous maudiront si nous persistons dans la folie du nucléaire, en priorisant le critère du coût dukilowatt-heure, sans nous soucier des conséquences gravissimes et insolubles dont hériteront nos descendants dans les décennies à venir. 

Les Allemands ont tenté un stockage de déchets dans une mine de sel, à Asse. 100.000 fût on été jetés dans cette mine, sans grande précaution. A l'usage il s'est avéré que cette mine subissait des infiltrations d'eau et... se déformait (10 cm par an). Conclusion : il faudra extraire ces futs. Coût estimé de l'opération : de 3 à 8 milliards d'euros.... 

- Gizmodo : Qu'il faudra donc ajouter aux 20 milliards d'euro du projet ITER. En ces temps de disette, les contribuables apprécieront ! Merci pour vos réponses !
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Pour info, Jean-Pierre Petit distribue gratuitement et dans plusieurs langues des BD de vulgarisation scientifique via le site de son association Savoir sans frontières.
Sa fiche Wikipédia
Son site 

De plus, il est prêt à débattre publiquement avec des scientifiques et des responsables du CEA autour des questions évoquées dans cet article.

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ITER : Le bateau coule normalement

Concernant ITER, voir la critique scientifique de Jean-Pierre Petit, développé à partir du lien ; " Le bateau coule normalement ", ou aussi ; http://environnement-lanconnais.asso.fr/spip.php?article461

10 décembre 2011

Jean Pierre Petit  www.jp-petit.org/NUCLEAIRE/ITER/ITER_fusion_non_controlee/wurden.htm

A l'automne 2011 j'avais, à la demande de Michèle Rivasi, rédigé une note de 13 pages à l'attention de la Commission Information-Recherche-Energie du parlement européen, qu'elle commença à distribuer à la quarantaine de députés francophones concernés. Depuis, cette note a été traduite en anglais et sa diffusion se poursuit, pour s'étendre au 124 membres de cette commission. Son titre, évocateur :
Iter, chronique d'une faillite annoncée
Peu de temps après, la revue Nexus décide de publier la copie conforme de cette note dans son numéro de novembre/décembre.
A la même époque, Michèle Rivasi reçoit une lettre furibarde de l'étudiant Cédric Reux, auteur d'une thèse de doctorat soutenue en novembre 2011 à l'IRFM, Institut de recherche sur la Fusion Nucléaire, sis à Cadarache, thèse consacrée à l'étude des "disruptions" dans les tokamaks. L'adresse où cette thèse peut être téléchargée : http://pastel.archives-ouvertes.fr/pastel-00599210/en/
Dans cette thèse j'avais personnellement découvert ce qui était su de longue date (trois bonnes décennies) : que les tokamaks étaient des machines instables, sujettes à des instabilités de grande ampleur, appelées "disruptions", se traduisant par des coups de foudre intérieurs particulièrement rapides, imprévisibles, violents et destructeurs. Très justement, ce garçon disait, dans son préambule et sa conclusion, que ce phénomène devrait être maîtrisé, sous peine de créer des dommages sérieux dans le tokamak géant qu'on s'apprête à construire en France, précisément à Cadarache, le tokamak ITER.
J'avais cité quelques passages extraits de cette thèse dans cette note. Dans sa lettre (qui n'était pas, je pense, de sa main) Cédric Reux s'insurgeait contre le fait que j'aurais, disait-il, utilisé de manière partisane des fragments de sa thèse pour en détourner l'esprit.
Il était visible que cette lettre, qui évoquait sans équivoque l'examen d'un recours en justice, ressemblait fort au préambule d'un procès en diffamation, que le CEA et ITER ORGANIZATIOn auraient puissamment appuyé en fournissant au plaignant force témoignages montrant que mon article aurait été pour lui cause de préjudice professionnel.
Très vite, j'ai publié la version complète de ce document, qui rendait complètement ridicule le contenu de cette lettre, étant donné que dans ce document de 115 pages figuraient 880 lignes extraites de la thèse de Cédric Reux.
Je ne détournais pas son contenu, je me contentais de le présenter. Le lecteur pourra consulter ce document en activant le lien suivant.
Iter, chronique d'une faillite annoncée, dossier complet
Toujours poussé par le CEA, le fantassin Reux souhaita rencontrer dame Rivasi, en lui fixant rendez vous à une adresse parisienne, qu'il indiquait. Au passage, il avait marqué quelque réticence quand la députée européenne avait exigé que je sois présent. La date avait été arrêtée : le 16 novembre 2011, à 19 h 30.
Entre temps, un journaliste, intrigué par la lecture de l'article paru dans Nexus, avait contacté Michèle Rivasi en demandant s'il lui serait possible de filmer l'entrevue, en se proposant de reproduire, sans coupure ni commentaire, l'enregistrement dans son site Enquête et Debat. Elle accepta.
Il restait à avertir le sieur Reux de cette décision. C'est alors que les choses se compliquèrent. Michèle Rivasi découvrit que l'adresse proposée n'était pas, comme elle l'avait cru, l'adresse des parents de Cédric, mais celle ... du siège parisien du CEA !
En même temps, Michèle Rivasi reçut une longue lettre émanant de Bernard Bigot, administrateur général du CEA, lui indiquant qu'un face à face entre Cédric Reux et moi était exclu, que le CEA s'y opposait fermement, et que lui et Alain Becoulet, responsable du département "chauffage du plasma", et directeur adjoint de l'IRFM seraient également présent à cette rencontre, qui ne pourrait se faire qu'au CEA, et sans journaliste.
La députée européenne ne l'entendit pas de cette oreille et maintint le lieu de la rencontre dans un simple bureau de l'Assemblée Nationale, celle-ci devant être filmée.
A trois contre un, cette rencontre aurait dû leur sembler jouable. D'autant plus qu'il n'était nullement question pour moi de lancer des attaques contre le jeune Cédric Reux, mais de le féliciter au contraire pour la clarté et la précision de sa thèse de doctorat. Mais je me serais refusé à avaler une conclusion, disons "revisitée", qui aurait été en contradiction flagrante avec son contenu.
Sans prévenir, les trois ne vinrent pas au rendez-vous. le journaliste filma donc une interview où seuls Michèle Rivasi et moi-même pûmes nous exprimer, en l'absence de contradicteurs. On trouvera cette vidéo à cette adresse :

                    http://www.enquete-debat.fr/archives/michele-rivasi-et-jean-pierre-petit-a-propos-diter
 
Le lendemain de cette séance, c'est à dire le 17 novembre 2011 le CEA, e, sans prévenir le moins du monde les intéressés, à savoir Michèle Rivasi, la revue Nexus et moi, le CEA installa dans son site un commentaire de 10 pages en anglais, et sa traduction en français, se référant à la note diffusée au sein de la commission Energie du Parlement Européen. Un texte dépourvu de toute signature, assorti de propos assez appuyés, comme :
 
Nous sommes affligés de constater la légèreté avec laquelle des informations scientifiques publiées dans des revues de renommée internationale, leurs auteurs, mais également les lecteurs de l’article lui-même, y sont manipulés à des fins partisanes étrangères à la recherche et aux progrès des connaissances.

Par un tel comportement intellectuellement malhonnête, Mr J.P Petit se disqualifie lui-même ipso facto du débat, qu’il soit scientifique ou sociétal.

La réponse logique à une telle diatribe aurait été un débat filmé avec l'auteur du dit texte. Le journaliste qui avait filmé l'interview avec Michèle Rivasi téléphona donc au CEA pour s'enquérir de son identité. Mais il lui fut répondu que ce texte émanait d'un groupe de personnes, dont aucune ne souhaitait que son nom soit mentionné, ni ne souhaitait débattre avec moi.
Déconcerté, il se tourna donc vers celui qui, in fine, se trouve être le responsable au plus haut niveau de ce qui se dit, s'écrit ou se fait au CEA, à savoir Bernard Bigot, administrateur général, qu'il ne put contacter que par personne interposée. La réponse, téléphonique, finit par lui parvenir. Une face à face entre Bigot et moi n'était simplement pas envisageable. L'interlocutrice répercuta la réaction de Bigot en disant :
- La seule chose qui soit possible, et qui tient toujours, est que madame Rivasi rencontre monsieur Bigot au CEA, seule, sans monsieur Petit, et en l'absence de journaliste. Ainsi monsieur Bigot, qui a l'habitude de s'adresser à des politiques, serait à même de lui fournir toutes les informations nécessaires et de répondre à ses questions.
Je crois que monsieur Bigot ne se rend pas très bien compte dans quoi il a mis les pieds et ce qu'entraînera sa réponse arrogante. Ce que montre cette situation, c'est que nos "nucléocrates" se situent au dessus de toute critique et remise en cause possible. "Informer", oui. Débattre ? Hors de question !
Dans cette réponse du CEA je suis décrit comme un lamentable amateur, accumulant les erreurs et les confusions. Je vous laisse le soin de découvrir ce texte. Il faut se référer à la page :
http://www-fusion-magnetique.cea.fr/en_savoir_plus/articles/disruptions
pour trouver en bas de page cette "réponse" du CEA, suivie de sa traduction en anglais.
http://www-fusion-magnetique.cea.fr/en_savoir_plus/articles/disruptions/analyse_critiquearticle_petit_nexus_vf.pdf
Sa version anglaise :
A rebuttal prepared by the French Commission of Atomic and Alternative Energies in reply to an article entitled "ITER: Chronicle of an Inevitable Failure" published by Mr. Jean-Pierre Petit in the November 12th issue of the review Nexus
C'est bien la toute première fois que le CEA commente un document quelconque, doublé d'un article paru dans la presse (Nexus) et cela, non sur quelques lignes, mais au long de plus de dix pages. Il faut vraiment que ce texte les aient touchés pour que cela provoque une réaction d'une telle ampleur.
Dixit Michèle Rivasi, au moment où il devint évident, le 16 novembre 2011, que la rencontre se tiendrait sans les sieurs Bigot, Becoulet et Reux :
- Il faut vraiment que tu leur foutes une sacrée trouille pour qu'ils se déflent à ce point !
C'est le cas. Car quand on est sûr de soi, et de la nullité d'un adversaire, on l'affronte publiquement, on le défait et on le ridiculise aux yeux de tous, en particulier des citoyens du pays. Seulement voilà, si Bigot, Becoulet et Reux étaient venus à l'Assemblée Nationale le 16 novembre, pour un débat filmé, qui aurait été défait et ridiculisé ???
Le fait est qu'en explorant simplement les tenants et aboutissants d'ITER, qui est le premier tokamak de grande taille, j'ai mis la main sur une masse croissante de documents, de plus en plus éclairants. Il y a eu d'abord, très vite, outre la thèse de Cédric Reux, celle de l'Anglais Andrew Thornton (janvier 2011) :
http://etheses.whiterose.ac.uk/1509/1/AT_thesis_FINAL.pdf
puis un retour vers l'audit scientifique mené par l'Académie des Sciences de Paris, en 2007, sous l'égide de l'académicien Guy Laval, consacré aux perspectives d'exploitation de la fusion pour produire de l'énergie :
http://www.bibsciences.org/bibsup/acad-sc/common/articles/rapport6.pdf
Dans ce rapport j'ai trouvé, au chapitre 2, page 69 la confirmation qu'il existait effectivement un parallèle étroit entre les disruptions, se produisant dans les tokamaks, depuis les premiers essais menés sur ces machines et les ... éruptions solaires, dont connaît la violence inouïe. L'une des signataire de cet article était précisément madame Pascale Hennequin, directrice de la thèse de Cédric Reux !

                                                   Des disruptiuon naturelles : les éruptions solaires

Si on revient au texte mis en ligne par le CEA le 17 novembre 2011, soit le lendemain même de la date qui avait été prévue pour une rencontre avec Michèle Rivasi et moi, on est tenté de se dire que ce texte, en deux langues, avait été conçu pour pouvoir être remis en mains propres à la députée européenne, afin que celle-ci puisse diffuser cette mise au point aux 124 membres de la Commission Information Recherche Energie, après que Bigot et Bécoulet aient pu la convaincre de la nullité des propos que j'avais tenus dans le document que j'avais conçu pour elle.
Mais tout ne s'est pas passé comme le CEA l'espérait. Visiblement, la maison peine à trouver un champion susceptible de venir à bout de l'amateur-trublion que je suis, qui ne cherche qu'à mettre ces gens face à leurs propres érits et déclarations.
J'avais déjà été confronté à une telle dérobade durant l'été, au moment des sessions de la Commission d'Enquête Publique auxquelles j'ai participé. A l'automne André Grégoire, animateur et président de l'Enquête publique diligentée par le préfet des Bouches du Rhône m'avait dit :
- Il faut se rendre à l'évidence : les responsables scientifiques locaux du projet ITER semble tenir à leur anonymat (...).
Le 16 novembre 2011 Bigot et Bécoulet déclarèrent donc forfait. Ne parlons pas de ce pauvre Reux, qui dans tout cela n'y est pour rien et n'est coupable que... d'avoir fait son travail avec un peu trop de conscience et de clarté d'exposition de ses résultats.
Forfait lamentable également devant mes demandes de débats filmés, en réponse aux attaques insultantes dont j'ai été l'objet.
La "Grande Presse" reste silencieuse. Le mot " disruption " n'est pas encore apparu dans ses colonnes. Tout est donc pour le mieux dans les meilleurs des plasmas instables possibles. Mais ce problème finira bien par s'imposer et faire tache d'huile. Il est dommage que cette information n'ait pas été reprises avant que ne soit prise la décision, positive, par le Parlement Européen, d'approuver l'extension du budget d'ITER, de 5 à 15 milliards d'euros, avec une quotte part européenne se montant à 1,3 milliards d'euros, ce qui n'est pas rien (sans qu'on ait apporté de précision sur les budgets dans lesquels cette rallonge serait prélevée).
La décision définitive sera prise Lundi 12 décembre 2011, en séance plénière, à l'issue d'un vote. Une décision qui sera prise par des parlementaires non-informés, ou plutôt désinformés, "enfumés", pour reprendre l'expression favorite de Michèle Rivasi, laquelle, lors d'une visite estivale du site de Cadarache, au sein d'une délégation parlementaire venue pour se faire expliquer pourquoi le budget du projet avait soudain triplé, avait découvert que celui-ci ne faisait l'objet ... d'aucune assurance !
En poussant son enquête plus loin, elle reçut la réponse suivante : "Vous touchez là un point sensible, car les Etats ne veulent pas en supporter le coût ".
D'autres voix lui répétèrent qu'il n'était pas nécessaire d'assurer une telle machine, vu que "si un disfonctionnement survenait, les réactions de fusion s'arrêtaient d'elles-mêmes". Dans de telle conditions, assurer la machine aurait dû représenter une charge des plus modestes et une bonne affaire pour une commagnie d'assurance. Mais alors, dans ces conditions, pourquoi aucune ne s'était-elle présentée pour asurer un engin par essence aussi rassurant ? Pourquoi aucun pays n'avait-il accepté d'en supporter un coût a priori aussi modeste?
De facto, si quoi que ce soit survient, ce sont les collectivités locales, et l'Etat français qui payera ces nucléopots cassés.
Un jour on entendra des gens poser la question " faut-il arrêter le projet ITER ?"
En intervenant avant la construction de cette maudite machine, il aurait été moins coûteux de suspendre ces travaux, en attendant que cette question de la maîtrise des disruptions ait pu être réglée (si elle peut l'être un jour, ce qui n'est franchement pas évident). On évalue à 3 milliards d'euros les indemnités qu'il aurait fallu verser aux entreprises qui avaient investi pour pouvoir faire face à de nombreuses commandes qui avaient déjà été passées.
Mais 3 milliards, c'est quand même le cinquième de 15.
Comment évoquer en quelques mots ce problème des disruptions ? Laissons à d'autres le soin de s'en charger.
Ce fut le thème central d'un colloque qui s'est récemment tenu, en septembre 2011, à Princeton, US (la Mecque de la Fusion).

                                          http://advprojects.pppl.gov/ROADMAPPING/presentations.asp

Dans ce colloque, une communication d'un "senior researcher", Wurden. Titre de sa communication :
Dealing with the Risk and Consequences of Disruptions in Large Tokamaks:
Examen des risques et des conséquences des disruptions dans les grands tokamaks

http://advprojects.pppl.gov/ROADMAPPING/presentations/MFE_POSTERS/WURDEN_Disruption_RiskPOSTER.pdf
 
Ci-après, une des pages de ce pdf, au contenu des plus explicites :

                                                         ITER sera-t-il le dernier tokamak construit ?
 
Nous avons fait effectuer une traduction de ce pdf en langue française, et cette traduction a été revue avec attention par un spécialiste des tokamaks. Ce texte peut sembler assez sommaire. Il ne s'agit pas d'un article, mais de la traduction pdf, faite par son auteur dans la version anglaise, d'un powerpoint dont il s'est servi pour sa présentation (qui est l'équivalent d'une série de diapositives, de "slides"). Afin de coller le plus possible au texte, beaucoup de passages ont été transcrits au mot à mot.
Il ne s'agit pas de présenter un document "en bon, français", mais de bien noter le contenu de cette communication qui, d'une certaine façon reflète la position américaine, vis à vis du projet ITER.
La traduction en français du pdf de Wurden
Les Américains sont, avec les Russes, les grands spécialistes des plasmas chauds. Ils ont une vaste expérience des tokamaks. Wurden insiste bien pour dire que les disruptions représentent le verrou de cette technologie. Ce sont des phénomènes qui ne sont absolument pas maîtrisés. Comme le notait un spécialiste des tokamaks dans un forum : "quand les concepteurs d'ITER se sont mis sur leurs planches à dessin, ils ont sous-estimé le problème".
Le premier design d'ITER remonte à une vingtaine d'années, et démarra peu après la percée effectuée, en 1997, sur le tokamak JET, situé à Culham, où la fusion put être obtenue pendant une courte seconde avec un rapport Q = puissance thermique produite sur puissance injectée, de 0,67.
Quand ce design fut lancé, les concepteurs pensèrent peut être que ces problèmes pourraient être maîtrisés. Or il n'en a rien été. Le 24 octobre 2011 le CEA a mis sur son site une page montrant l'atténuation d'une disruption par injection de gaz froid. Une technique initiée il y a une dizaine d'années, poursuivie à travers les thèses de Reux et de Thornton.
Ce que le CEA s'abstient de dire c'est que les expériences réalisées à ce jour l'ont été en opérant sur des plasmas stables, ce qui est dit explicitement dans la thèse de Reux. Ce qui revient à tester un extincteur sur un "non-incendie".
Mais la disruption survient cependant. Parce qu'une fuite de gaz, un envahissement par un polluant provoquent immanquablement une disruption. C'est une cause parmi de nombreuses autres possibles. Mais, stricto sensu, ces essais ne peuvent être considérés comme concluants. D'où les mots employés dans le texte du CEA me critiquant :
- Les résultats actuels sont encourageants, et on peut raisonnablement penser qu'une ou même plusieurs de ces méthodes innovantes, au delà de celle déjà disponible, seront au point en 2019-2020 pour le premier plasma d'hydrogène, et à plus forte raison en 2026 avec le premier plasma deutérium-tritium.
Il s'agit d'un simple acte de foi, d'un pari risqué. L'histoire de la physique des plasma abonde de situation où l'espoir n'a pas suffi (exemple : la production d'électricité par des générateurs MHD, entre 1960 et 1980, jusqu'à abandon final, après l'échec de dizaines d'équipes, de milliards de dollars dépensés, dans une dizaine de pays, mobilisant des milliers de chercheurs).
Wurden critique ce pari, en allant même jusqu'à dire que si l'entreprise ITER est un fiasco, ou s'enlise, cet échec rejaillira en jetant le discrédit sur l'idée même d'extraction d'énergie par la fusion. Il martèle l'idée que, toutes affaires cessantes, toutes les équipes travaillant sur les tokamaks doivent se concentrer sur ce problème des disruptions, "before ITER".
Le lecteur traduira ce "before" comme il le voudra. La simple sagesse, étant donné que dans le monde entier, toutes les équipes piétinent sur cette question des disruption depuis des décennies, serait de suspendre le projet en attendant que le problème soit maîtrisé.
Comme le note Reux dans son préambule, ces disruptions ont jusqu'ici été la cause de dégâts relativement minimes. A l'échelle de machines comme ITER, ceux-ci prendraient, note-t-il, une toute autre envergure.
Quant à Thornton, il écrit, page 14 de sa thèse :
- The disruptions will case severe damage to future tokamaks and would be a catastrophy in power plants tokamaks.
Traduction :
- Les disruptions seront la cause de dommages sévères sur les futurs tokamaks (dont ITER est le chef de file). Sur des "tokamaks de puissance" ( à l'échelle de machine sursceptibles de produire plus d'un millier de mégawatts électriques ) un tel phénomène serait simplement catastrophique.
J'ai été, dans la critique du CEA, taxé de malhonnêteté intellectuelle, sans même pouvoir connaître le nom, ou les noms de ceux qui avaient écrit ces mots.
Jamais, dans ma carrière, dans toute mon existence, je n'ai été insulté de cette façon par des gens qui sont censés occuper des postes de responsabilités. Je suis au quotidien traité de tous les noms possibles, dans des forums, par d'illustres inconnus, dont on ne coinnaît ni le nom, ni les états de service, ni la formation à laquelle ils sont censés appartenir.
Là, je ne connais pas les auteurs de ce texte dirigé contre moi. Mais une chose est sûre : ce sont des gens du CEA.
En face à face, mano a mano, jamais de tels imbéciles n'auraient pu lancer de telles critiques sans que je ne réponde avec fermeté. Je n'ai pas la réputation de mâcher mes mots. Et c'est peut être à cause de cela, et du fait que l'ensemble aurait été filmé et mis sur la place publique que les sieurs Bigot et Becoulet on préféré s'abstenir de venir au rendez-vous du 16 novembre, à l'Assemblée Nationale. Et c'est toujours pour la même raison que les auteurs du texte qui me salit ne souhaitent ni se découvrir, ni me faire face dans un débat filmé.
Car en fait on est en droit de se demander de quel côté se situe la malhonnêteté intellectuelle. Les auteurs anonymes prétendent que le CEA n'a jamais cherché à dissimuler le fait que les tokamaks souffrent d'une instabilité chronique. Le document de référence cité est "ITER Physics Basis" où "plus de 35 pages sont consacrées au sujet". Un texte publié en 2007 dans le journal Nuclear Fusion.
Mais qui a eu accès à ce document ? Le public ? Les politiques ? Les décideurs ?
Allons donc ! Jusqu'à ce que je mette en ligne des dossiers sur ce sujet qui, à part les spécialistes d'une discipline soigneusement sanctuarisée connaissait le mot ... disruption ?
J'adresserai au CEA, et plus particulièrement à son Administrateur Général, Monsieur bernard Bigot, un texte, avec prière d'inserrer, au titre d'un légitime droit de réponse. Mais cet envoi sera-t-il suivi d'un écho quelconque ? On peut en douter. C'est la raison pour laquelle ce texte figurera dans une des annexes du livre que Michèle Rivasi et moi-même sommes en train d'écrire, et qui sera publié le plus vite possible. Un ouvrage qui se voudra lisible par le plus large public possible.
Le drame de Fukushima nous a appris que le monde du nucléaire pouvait comporter d'immenses pans d'irresponsabilité et d'incompétences. La position française consiste à se réclamer d'une excellence dans ce domaine de techno-science qu'est le nucléaire. L'affaire ITER, qui ne fait que commencer, révélera qu'en France ce projet est géré par des gens qui ne sont pas à la hauteur des responsabilités dont ils sont les détenteurs, par une constellation de spécialistes, pointus dans tel ou tel domaine, mais dont aucun n'a une vision d'ensemble du projet. Et qu'en fait :
ITER est un corps sans tête
A titre de conclusion de cette page, je regrette de ne pas avoir été en position de pénétrer dans cette connaissance des tokamaks et de découvrir au passage leurs failles, ce qui m'aurait permis d'informer le public et les politiques-décideurs. Je ne sais pas quand la "Grande Presse" reprendra le ballon , ni même si elle le fera.

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