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Le cauchemar de Fukushima

Le cauchemar est à peine commencé. Les effets de la radioactivité , sur terre comme sur mer seront dans quelques années un drame effroyable pour la faune, la flore et le genre humain. Les dirigeants japonais sont à un degré de folie destructrice comparable à celle des digeants de l'ex-URSS avec Tchernobyl.

Mais les dégâts risquent d'être bien plus importants sur les populations nippones du fait d'une très grande concentration des habitants.

Gaulois.

 L’eau est devenue un cauchemar à Fukushima

Etienne Dubuis
22-08-2013
http://www.lesoir.be/303344/article/actualite/monde/2013-08-22/l-eau-est-devenue-un-cauchemar-fukushima
Les responsables de la centrale ont eu pour priorité de refroidir ses réacteurs en les arrosant. Ils se retrouvent aujourd’hui avec un site inondé. Les solutions envisagées exigeront du temps.


Une « maison de l’épouvante » dans un parc d’attractions : c’est à cela que ressemble la centrale de Fukushima-Daiichi plus de deux ans après l’emballement de ses réacteurs, a lâché mercredi le président de l’autorité de sûreté nucléaire japonaise, Shunichi Tanaka. Une réaction de dépit causée par le nouveau problème qu’a connu le site en début de semaine : la fuite de quelque 300 tonnes d’eau hautement contaminée d’un réservoir de stockage. Un incident que l’instance de régulation a proposé de repositionner sur l’échelle internationale de classement des événements nucléaires, pour l’élever de 1 à 3 sur un total de 7 degrés.
Le tsunami du 11 mars 2011 a causé des dégâts considérables. En submergeant le site de la centrale, il a causé la fusion de trois de ses six réacteurs, provoqué des explosions dans les bâtiments de quatre de ces installations et entraîné le réchauffement de plusieurs piscines d’entreposage de combustibles usés. L’objectif que se sont alors fixé les autorités compétentes a été d’arrêter les fuites de radioactivité dans l’atmosphère, ce qui a supposé de refroidir dès que possible les réacteurs et les piscines.
Ce but a été atteint après plusieurs mois d’efforts, à fin 2011, grâce à l’injection massive d’eau de mer, puis d’eau douce sur les installations critiques. Mais la situation ne sera pas stabilisée tant que les réacteurs et les piscines abriteront des combustibles. Et quelque 300 tonnes d’eau continuent à être déversées chaque jour pour y maintenir les températures à des niveaux raisonnables. Une mesure indispensable, qui répond à l’urgence, mais qui pose elle-même problème actuellement.
L’eau ne cesse de s’accumuler
Les 100 tonnes injectées quotidiennement par l’homme sur chacun des trois réacteurs sinistrés s’échappent des cuves, qui ne sont plus étanches, puis sortent des enceintes de confinement, qui ne le sont pas davantage. De là, elles parviennent dans les sous-sols des bâtiments, où elles se mêlent à 400 autres tonnes issues d’infiltrations naturelles en provenance de la nappe phréatique. Quelque 300 tonnes sont récupérées pour continuer le processus de refroidissement. Mais les 400 tonnes restantes ne peuvent prétendre à cet usage. Et comme elles sont également contaminées, elles ne peuvent pas non plus être rejetées à la mer. Il n’existe dès lors pas d’autre option que de les stocker.
Depuis bientôt deux ans et demi que durent les opérations de refroidissement, quelque 280 000 tonnes d’eau se sont accumulées dans une large gamme de réservoirs. Or, la capacité actuelle du site est limitée à 300 000 tonnes. Et même si les autorités compétentes assurent qu’elles peuvent l’élever à 450 000, leur stratégie comporte des limites évidentes : le mouvement ne peut se perpétuer ad vitam aeternam. « Les fuites à répétition auxquelles nous assistons laissent songeurs », commente Jérôme Joly, directeur général adjoint chargé de la radioprotection à l’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). « La dernière en date, la plus importante, se caractérise par une double défaillance. L’eau a fui d’une cuve insuffisamment imperméable dans un bassin de rétention, d’où elle s’est échappée par une vanne laissée ouverte. L’eau, heureusement, n’était pas très contaminée et ne devrait pas provoquer de trop gros dégâts à l’environnement. Mais cette absence de maîtrise n’est pas acceptable. »
Purifier
Il ne s’agit cependant pas uniquement d’empêcher les fuites incontrôlées. L’opérateur du site, la société Tepco, doit aussi, doit surtout, résoudre le problème de fond, qui est l’accumulation d’eau sur place.
Une telle entreprise suppose d’abord de limiter les entrées de liquide. Tepco a commencé à s’y employer en creusant une douzaine de puits en amont de Fukushima-Daiichi. Objectif de ces forages : pomper de l’eau dans la nappe phréatique afin d’en baisser le niveau, jusqu’à rendre impossibles les ruissellements naturels vers la centrale. Cette opération exige ensuite d’évacuer l’eau accumulée depuis l’accident pour la déverser dans la mer, le seul réceptacle final possible. Pareil projet ne pose pas de problème de principe, assure Jérôme Joly. De nombreuses centrales procèdent de cette manière. Mais il n’est envisageable qu’à deux conditions : que l’eau soit purifiée et qu’un large accord sur les modalités soit obtenu.
Tepco a également progressé sur ce front. Elle a mis sur pied une unité de traitement de l’eau capable d’en extraire l’un des principaux contaminants, le césium. Et elle s’apprête à ouvrir une deuxième usine destinée à s’occuper d’autres substances radioactives. Mais l’opérateur butte sur la seconde condition : l’établissement des règles du jeu concernant les procédés techniques souhaitables, les rejets acceptables ou les contrôles à prévoir. «  Dans ce genre de situations, un consensus de toutes les parties prenantes est indispensable, insiste Jérôme Joly. Or, au Japon, on en est encore loin. »

 


Des cancers de la thyroïde à Fukushima

Le temps

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/21db08de-09c9-11e3-a25d-9bfba368c787|0#.Uhh7zH-iO9g

21 août 2013
Par Etienne Dubuis

  Un chercheur japonais présente cette semaine à Bâle une étude sans précédent sur l’accident nucléaire. Ses conclusions, dramatiques, sont contestées
Les radiations nucléaires causent des cancers de la glande thyroïde. La catastrophe de Tcher­nobyl l’a encore montré dans les années 1980 et on peut parier que celle de Fukushima va en témoigner à son tour. Il reste à savoir quand une multiplication des cas sera perceptible dans l’archipel nippon. Nombre de spécialistes considèrent qu’étant donné le rythme de développement de la maladie, il faudra attendre encore plusieurs années pour observer le phénomène. Or, un chercheur japonais, Toshihide Tsuda, professeur d’épidémiologie environnementale à l’Université d’Okayama, estime que le phénomène est déjà apparent. Une conviction qu’il est venu présenter à la méga-conférence sur l’environnement et la santé qui se tient cette semaine à Bâle sous les auspices de l’Institut tropical et de santé publique suisse.

Les statistiques collectées à Tchernobyl permettent de se faire une idée du rythme de développement de la maladie. D’après Toshihide Tsuda, le nombre de patients biélorusses de moins de 15 ans est passé de 2 en 1986, l’année de l’accident, à 4 en 1987, 5 en 1988 et 7 en 1989, avant de s’envoler à 29 en 1990 et à 59 en 1991 pour atteindre 82 en 1994. Deux ans et demi après la catastrophe, soit le laps de temps qui nous sépare de l’accident de Fukushima, les chiffres n’avaient donc pas encore explosé. Mais, insiste le chercheur, ils avaient commencé à s’élever. D’où l’hypothèse qu’au Japon aussi, un tel développement est peut-être d’ores et déjà perceptible.

Pour arriver à cette conclusion, Toshihide Tsuda a rassemblé de nombreux chiffres, tous tirés des statistiques officielles. Puis il s’est concentré sur la population des moins de 19 ans. Selon lui, un premier examen a révélé différents types de renflements, tels des nodules ou des kystes, chez 214 des 41 296 personnes soumises au ­dépistage, appartenant à cette classe d’âge et habitant les zones voisines de la centrale. Puis un second test, effectué sur 174 de ces 214 personnes, a repéré 13 cas de cancer de la thyroïde. La même procédure, réalisée cette fois dans des zones plus éloignées et donc moins irradiées de la même préfecture de Fukushima, a dé­celé 953 nodules ou kystes sur 135 586 personnes et 30 cas de cancer parmi les 594 patients soumis au deuxième test.

La présence de cancers de la thyroïde est tout à fait normale. Seule une multiplication des cas est susceptible de signaler un problème particulier, soit, dans le cas présent, une conséquence de l’accident nucléaire. Pour le savoir, il s’agit de comparer le nombre annuel de nouveaux cas de cancer de la thyroïde au Japon en période habituelle et le nombre annuel de nouveaux cas dans la préfecture de Fukushima au lendemain de la catastrophe. Si ces deux chiffres (des «incidences») sont les mêmes, ils n’indiquent rien de particulier. Si le premier est moins élevé que le second, ils sont en revanche susceptibles de traduire un événement.

A entendre Toshihide Tsuda, l’incidence annuelle du cancer de la thyroïde au Japon chez les moins de 19 ans est de 5 par million, tandis que l’incidence bisannuelle (2011-2013) du cancer de la thyroïde dans la préfecture de Fukushima au lendemain de la ­catastrophe est de 13 sur 41 296. Ce qui donne une incidence annuelle de 157 par million. Soit une incidence annuelle 31,48 fois ­supérieure à la «normale». Une évolution beaucoup plus forte et ­rapide que les développements subis par l’Union soviétique à la suite de la catastrophe de Tchernobyl. Et ce, alors même que, malgré toutes les erreurs dont elles se sont rendues coupables, les autorités japonaises se sont notoirement mieux occupées des victimes que les autorités soviétiques en leur temps.

«Si ce chiffre devait se vérifier, ce serait une bombe, commente Martin Röösli, directeur de l’unité d’épidémiologie environnementale et d’estimation du risque à l’Institut tropical et de santé publique suisse. Mais il est probable qu’il est biaisé par quelque distorsion. Une distorsion qui a pu être causée, très classiquement, par la procédure intense de dépistage à laquelle la population de la région a été soumise. De tels examens peuvent détecter des cas qui, en temps normal, seraient apparus sur une longue période ou même n’auraient jamais été décelés.»

«Le doute est d’autant plus ­permis, continue Martin Röösli, que l’énorme différence entre ­l’incidence du Japon et celle de Fukushima n’a pas d’équivalent dans la région sinistrée. Si l’impact sanitaire a été si différent ­entre les zones très touchées et les zones pas touchées du tout, cette variation devrait rester significative entre les zones un peu plus ou un peu moins touchées. Or, il n’en est rien. On trouve des pourcentages très comparables dans les régions situées à proximité immédiate de la centrale et les autres.»

Toshihide Tsuda reconnaît que ses chiffres ne doivent pas être pris «à la lettre» et que le processus de dépistage engagé par les autorités japonaises a pu introduire un «biais». Mais il assure que ce n’est là qu’une partie de l’explication. L’autre, il s’en dit convaincu, est la multiplication réelle des cas de cancers dus à la catastrophe, les signes annonceurs d’une déferlante à laquelle son pays devrait se préparer au plus tôt.



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