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Victimes de Tchernobyl : le nucléaire et la bougie

http://www.liberation.fr/terre/2013/04/26/victimes-de-tchernobyl-le-nucleaire-et-la-bougie_898961

Tribune

C'était il y a vingt-sept ans. Souffler les bougies d’anniversaire d’un accident nucléaire, un triste paradoxe pour les défenseurs de l’environnement et de la santé...
Par Daniel Cohn-Bendit, Corinne Lepage et Michèle Rivasi, députés européens

Des bougies, on n’est pas prêt d’arrêter d’en souffler, tant les conséquences d’un accident nucléaire sont sans fin. Tchernobyl aurait dû être un rappel à l’ordre pour l’humanité entière. Pourtant Fukushima a eu lieu et il est à craindre que les statistiques poussent le risque d’un autre accident majeur vers une probabilité certaine.
Une fois de plus, cet anniversaire nous rappelle pourquoi nous luttons contre le nucléaire. Tout d’abord pour honorer justement les centaines de milliers de liquidateurs qui se sont sacrifiés pour empêcher une contamination massive en Europe. Mais aussi pour les victimes qui n’auront d’autre choix que de vivre au milieu d’une catastrophe sanitaire et environnementale permanente.
Entre 6 et 7 millions de personnes vivent encore dans les 150 000 km2 de territoires contaminés au césium en Ukraine, en Biélorussie et en Russie. Victimes de l’irradiation lors de l’accident ou même victimes de la contamination interne par l’ingestion d’aliments cultivés dans ces territoires, 2,4 millions d’Ukrainiens (dont 428 000 enfants) souffrent de troubles liés à la catastrophe, selon les chiffres du ministère ukrainien de la santé. L’absence de démocratie en Ukraine comme en Biélorussie empêche tout devoir de vérité et de prise en charge médicale des victimes. Et l’histoire nucléaire de ces deux pays n’est pas étrangère au maintien de régimes autoritaires.
Aujourd’hui la sécurisation du site de Tchernobyl n’est pas achevée. Et quand les travaux seront finis, la solution ne sera que temporaire, pour une centaine d’années. Un fonds de 856 millions d’euros a été abondé pour créer une arche visant à démanteler le réacteur et empêcher toute réaction incontrôlable liée à l’infiltration d’eau. L’ensemble des coûts de sécurisation du site atteint le milliard et demi d’euros.
Actuellement, Bouygues et Vinci se partagent le juteux contrat de construction d’une arche métallique visant à protéger le sarcophage délabré existant. En février dernier, la neige a d’ailleurs provoqué l’effondrement d’un des bâtiments annexes du réacteur. Les travaux auraient dû être achevés l’an dernier, ils ne le seront qu’en 2015 en raison de complications liés à la nature de l’ouvrage : 18 000 tonnes de métal (la moitié du poids de la tour Eiffel) doivent être assemblées, érigées et déplacées au-dessus du sarcophage existant grâce à des rails traités au téflon et des vérins hydrauliques. A Fukushima, Tepco est toujours incapable de gérer le site au quotidien et l’emplacement côtier de la centrale rendra la sécurisation autrement plus compliquée. Inquiétant.
Mais ce qui nous inquiétait le plus depuis tant d’années c’était l’absence de considération pour les victimes actuelles. Après une longue bataille institutionnelle, nous avons su obtenir des avancées bien tardives. Lors du dépôt d’un amendement dans les propositions de budget en 2008, les eurodéputés écologistes ont demandé qu’une partie substantielle des fonds investis dans la sécurisation du site de Tchernobyl puisse être affectée à la protection des populations voisines. L’amendement fut validé par le Parlement européen et la Commission européenne fit le nécessaire en matière d’appel d’offres, sous notre impulsion.
Les processus administratifs et bureaucratiques sont longs. Suite à un marathon institutionnel de 5 années, et de multiples rendez-vous pris avec la Commission pour assurer le suivi de la mise en œuvre, nous inaugurons aujourd’hui un programme de recherche médicale visant à assurer le suivi des victimes de Tchernobyl.
Quatre millions d’euros vont être investis, notamment pour la construction de serres visant à cultiver des aliments en «terre sainte», ainsi que la construction d’un incinérateur disposant de filtres pour brûler le bois contaminé sans atteinte à l’environnement, tout en permettant la production d’électricité pour les riverains. Deux millions sur les quatre viseront à soutenir des mesures dédiées à la population de la région d’Ivankiev : mise à jour d’une carte des zones contaminées, programme de nutrition visant à prévenir la contamination interne et enfin programme sanitaire spécialement dédié à la protection des femmes enceintes et des enfants. L’accumulation de nouvelles données et leur analyse permettra de mieux comprendre l’impact de Tchernobyl sur les nouvelles générations et offrira la possibilité de mettre en place un protocole de vie (pour ne pas dire de survie) des populations en territoires contaminés.
Le bilan mortifère de Tchernobyl a toujours fait débat. L’Organisation mondiale de la santé avance une cinquantaine de morts par irradiation et 4 000 cancers de la thyroïde, mais l’accord de 1959 liant l’OMS à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) laisse planer un doute concernant l’objectivité de tels chiffres. D’autant plus que des travaux publiés en 2009 par l’Académie des Sciences de New York évaluent à près d’un million le nombre des morts causés par Tchernobyl. Et le bilan est loin d’être définitif.
La controverse touche aujourd’hui surtout aux conséquences de la contamination interne à faibles doses. Le travail de Yury Bandazhevsky a démontré que la contamination chronique avait des effets sanitaires (cardiovasculaires, hormonaux...) dépassant les paradigmes scientifiques existants. Nous espérons donc que les recherches médicales initiées grâce aux financements européens permettront de mieux identifier les risques liés à la vie en territoires contaminés. Et permettront aux populations affectées de cesser de vivre une fatalité insupportable.

TCHERNOBYL nous ouvrait les yeux, nos gouvernants, eux, n’ont rien vu
 
TCHERNOBYL
 
                                                             Et le ciel regardait la carcasse superbe
                                                                    Comme une fleur s’épanouir
                                                                                 Baudelaire
 
Centrale de la malédiction et de la mort
Mausolée  prémonitoire des apprentis sorciers
A toute heure, tu faisais feu de tes réacteurs.
Savais-tu qu’on avait introduit dans ton ventre
Une semence qui fermente ?
Tu devins, ce n’est pas neuf,
La grenouille devant le bœuf.
Orgueilleuse, gonflée, dans tous tes états,
Tu étais fière de ton éclat.
Jalouse du Soleil, de ses nombreux bienfaits,
Par tes rayons maudits, tu voulais l’égaler
Puis un jour, s’entrouvrirent tes entrailles putrides
Déversant sur le monde leurs humeurs fétides.
Vénéneuse fleur du mal, reine de dérision
Tu découvris ton «  ventre plein d’exhalaisons».
Dès lors, l’ombre du malheur s’étendit sur la Terre
Soumise et surprise plus que promise.
Répétition générale de l’Apocalypse
A bureaux  ouverts.
O, combien as-tu fait de victimes
Et à qui profite le crime,
Le saura t’on jamais ?
Dix ans après le drame, pudiquement, on annonçait :
Cinquante morts, cinq millions de contaminés
Sans compter les nouveaux-nés qui ne sont jamais nés.
Quatre mille innocents
Dont  mille quatre cents enfants,
Molosse insatiable, avide,
Furent baptisés au cancer de la thyroïde
Et pour faire bon poids, exode quasi biblique
Trois cent cinquante mille hommes furent chassés, déplacés.
La  terre stérile et souillée
Sur des milliers de kilomètres
Ne permet plus  désormais qu’on y pénètre..
Mais en France, de bonne heure
Accompagnant l’horreur
Tel un champignon vénéneux
Naît le mensonge hideux
D’une petite musique.
Rappelons-nous la chanson:
« Beau petit nuage obéissant
Pour plaire au ministre décent
Tu deviens évanescent
Au bord du Rhin compatissant »
Nous prend-on pour des innocents ?
Ce désastre, il peut se reproduire
Si au lieu de nous unir
Devant la prolifération, la multiplication,
Nous nous divisons.
Non il n’est pas de bon nucléaire
Qu’il soit civil ou militaire.
Méfions-nous de nos pauvres mémoires lassées,
Du danger que l’on croit à jamais conjuré,
Gardons, amis longtemps en nous le souvenir.
Serions-nous aujourd’hui autruches de l’avenir ?
Pour vouloir t’oublier : funeste Tchernobyl,
Ce petit matin glauque du vingt six avril.
Malgré ta fermeture,  tragique maison close
Tu imprimes longtemps ta mortelle nécrose.
Hélas ! Ces mêmes  hommes qu’on croit intelligents
Ignorent les devoirs et oublient les leçons
Si pour  notre malheur l’atome devient roi
C’est le temps des déchets qui tôt ou tard viendra.
Il y aura alors tant et tant de poubelles
A ramasser sans fin sur notre Terre si belle
Que nos enfants chéris seront tous éboueurs
Comme de leur avenir nous fûmes fossoyeurs.
 
                                                                                  BERNARD CLOUET
                                                                                                  (24 avril  2009)
 
 
Nouvelle édition du livre de Roger et Bella Belbéoch
« Tchernobyl, une catastrophe »  
1993 - Editions La Lenteur - Mai 2012.
 
PREFACE
 
Le livre que nous choisissons de rééditer aujourd’hui est incontestablement la meilleure étude historique sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et ses conséquences.
 
Paru dans la revue L’Intranquille en 1992, puis l’année d’après dans une version augmentée aux éditions Allia, il était devenu introuvable depuis de nombreuses années [1].
 
Maintenant que la « marmite du diable » s’est remise à déborder à Fukushima, il nous a semblé que l’exposé détaillé du précédent, en quelque sorte canonique, de Tchernobyl, serait des plus utiles pour ceux qui veulent comprendre ce qui se passe au Japon, puis s’efforcer de faire quelque chose de ce qu’ils auront compris.
 
Les chances de voir réapparaître, suite à cette nouvelle catastrophe, une opposition antinucléaire un tant soit peu conséquente (tant qualitativement que quantitativement) sont malheureusement très faibles – on sait depuis Tchernobyl à quel point la prétendue « pédagogie des catastrophes » est une illusion. Mais si Tchernobyl avait à peine ébranlé la passivité dans nos pays, ce peu de réactions paraît encore beaucoup en comparaison de l’atterrante indifférence qu’a suscitée, particulièrement en France, la catastrophe de Fukushima.
 
Il n’est pas excessif de dire que l’industrie nucléaire est une espèce de concentré de notre époque, un résumé ou une caricature de ses tendances de fond, de sa nature profonde, visible ailleurs en moins concentré (nous parlerons ici de l’électricité nucléaire, mais la chose est vraie également du nucléaire militaire : la signification de ce dernier fut d’ailleurs perçue longtemps avant celle de « l’atome civil »).
 
Et ce qui résume, ce qui concentre le plus parfaitement la nature de l’industrie nucléaire, c’est bien sûr la catastrophe nucléaire, et comment elle trouve sa place dans une société (comment elle transforme cette dernière, et comment elle est gérée par elle). Celle de Tchernobyl était sans doute la plus grave de toutes avant Fukushima. Elle est aussi, notamment grâce à ce livre, parfaitement « documentée ». Nous pouvons donc – nous devons – y étudier le hideux visage de notre époque.
 
Analyse du livre mais pas seulement >  http://sniadecki.wordpress.com/2012/06/25/dequeiros-tchernobyl/

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