Non, le cancer n’est pas le fruit du hasard !
Il est coutume de dire que le hasard fait bien les choses !
La preuve, puisque ces scientifiques véreux – N'ayons pas peur des mots - rejettent sur le hasard une majorité de cancers.
C'est bien pratique pour tous ceux qui nous polluent sans vergogne avec une industrialisation à outrance. Si la sagesse des acteurs industriels et politique était à la hauteur des enjeux de la survie des êtres vivants, ces cancers soi-disant dû au hasard disparaîtraient.
Pas besoin d'être scientifique pour affirmer que le hasard, dans ce domaine bien précis est pure spéculation. Au stade des recherches actuelles, des scientifiques honnêtes sont en mesure de prouver qu'il y a corrélation entre les diverses et nombreuses pollutions et les cancers.
Les plus septiques avanceront que les cancers existent depuis bien plus longtemps avant la révolution industrielle. Certes on ne peut pas le nier puisque des facteurs naturels entrent en ligne de compte. Ce qui est plus évident en revanche, c'est la recrudescence du nombre des cancers en quelques décennies et correspondant avec un court décalage au début de cette industrialisation à outrance.
Cette propagande honteuse vise à satisfaire les lobbies, avec comme toujours la bénédiction des décideurs politiques dont l'ambition est d'abord d’asseoir leur position sur l'échelle sociale.
LE MONDE | 07.01.2015
Par Annie Thébaud-Mony
En ces premiers jours de 2015, les médias ont diffusé le message selon lequel le cancer serait essentiellement le fruit du hasard. Une aubaine pour les industriels de l’amiante, de la chimie, des pesticides, du nucléaire, du pétrole et j’en passe… Pour eux, sans aucun doute, cette « découverte scientifique » devrait clore toute controverse sur le rôle des risques industriels dans la survenue du cancer !
L’origine de cette pseudo-découverte est un article paru dans la prestigieuse revue Science, le 2 janvier, présentant les résultats d’une corrélation statistique particulière (Christian Tomasetti et Bert Vogelstein, « Variation in cancer risk among tissues can be explained by the number of stem cell divisions », www.sciencemag.org, 2 janvier). Partant de l’observation d’une différence de fréquence du nombre de cancers selon les organes (poumon, colon, cerveau, etc.) – à l’exclusion de ceux qui sont actuellement en augmentation vertigineuse (sein et prostate) –, Christian Tomasetti et Bert Vogelstein font l’hypothèse que ces variations s’expliqueraient par des modalités différentes de division cellulaire au sein de ces organes. Ils prennent en considération ce que les biologistes appellent les cellules souches, qui ont la capacité de s’autorenouveler, de se différencier en d’autres types cellulaires et de proliférer en culture. Ils établissent ensuite une corrélation statistique entre le nombre total de divisions cellulaires de ce type de cellule sur la durée moyenne de la vie dans la population américaine et le risque moyen de survenue du cancer de tel ou tel organe aux Etats-Unis. Statistiquement significative, la corrélation est alors interprétée comme validant l’hypothèse selon laquelle le cancer serait issu – pour l’essentiel – d’un sinistre loto cellulaire. La faute à « pas de chance » !
Ce raisonnement simpliste fait penser à d’autres corrélations qui auraient pu fonder des hypothèses tout aussi fantaisistes. Pour alerter les étudiants de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) sur les risques d’interprétation hâtive en matière de statistiques, Joseph Klatzmann, ancien administrateur à l’Insee, ancien professeur d’économie rurale à l’Institut national agronomique Paris-Grignon, directeur d’études à l’EHESS, citait fréquemment l’exemple suivant (Joseph Klatzmann Attention Statistiques ! Comment en déjouer les pièges. La Découverte, 1985, dernière réédition, 1996) : entre les années 1950 et 1990, la courbe de croissance d’utilisation des réfrigérateurs a été exactement parallèle à celle de l’épidémie de cancer. Serait-ce l’utilisation du réfrigérateur qui cause le cancer ? A l’évidence, une telle interprétation prêterait à sourire si elle ne reflétait pas ce que les auteurs de l’article de Science se sont permis de faire, à savoir extrapoler d’une corrélation à l’affirmation d’une causalité.
Trois angles morts
Or, au moins trois angles morts de leur « démonstration » la discréditent totalement. Tout d’abord, ils omettent de faire référence dans leur modèle au fait que la cellule souche ne se transforme pas spontanément en cellule cancéreuse. Elle le fait sous l’effet de mutations qui elles-mêmes sont produites par des agents cancérogènes externes. On retrouve ici le rôle de l’amiante, des rayonnements ionisants, des fumées diesel, des pesticides et autres substances toxiques connues depuis longtemps pour leurs propriétés cancérogènes (sans parler de toutes celles dont la toxicité n’a pas été testée…).
Le deuxième angle mort est ce qu’occulte le recours à une incidence globale du cancer dans la population générale, à savoir les inégalités face au cancer. Pour ce qui est de la situation française (qui n’est pas fondamentalement différente de celle de la population américaine), un ouvrier a dix fois plus de risque de mourir de cancer (et de façon précoce avant 65 ans) qu’un cadre supérieur. Sauf à considérer que les ouvriers ont des cellules souches tout à fait particulières – ce qui ressemblerait à une forme d’eugénisme –, force est de considérer, pour comprendre cette inégalité, la différence très significative d’exposition à des cancérogènes professionnels, mise en évidence par une enquête du ministère du travail. Selon l’enquête Sumer 2010 réalisée par la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques et la direction générale du travail-Inspection médicale du travail, les ouvriers sont dix fois plus exposés dans leur travail à des cancérogènes que les cadres supérieurs.
Le troisième angle mort est la non-prise en compte par Christian Tomasetti et Bert Vogelstein des connaissances acquises de longue date sur les caractéristiques fondamentales du cancer, suite aux travaux de nombreuses disciplines scientifiques autres que l’épidémiologie. Cette maladie commence, certes, au cœur des cellules mais s’inscrit, pour chaque individu touché, à la croisée de deux histoires. L’une est celle des atteintes, simultanées et/ou répétées, provoquées par les agents toxiques (poussières, substances chimiques, rayonnements) au cours de multiples événements de la vie professionnelle, résidentielle, environnementale et comportementale ; l’autre est, face à ces agressions, celle des réactions de défense de l’organisme, elles-mêmes extrêmement variables selon les individus. Plus se multiplie la présence de molécules toxiques dans la vie quotidienne, et plus se multiplient aussi, non seulement les processus mutagènes ou cancérogènes propres à chacun d’eux, mais ce qu’on appelle la synergie entre eux et aussi la manière dont ces différents processus interfèrent eux-mêmes avec les mécanismes de défense de l’organisme.
Ajoutons que l’étude ainsi publiée par la revue Science a été sponsorisée par des fondations privées dont la première est le fonds Virginia & D. K. Ludwig pour la recherche sur le cancer. Le fondateur en est Daniel Ludwig, un magnat américain du transport maritime qui fut le promoteur des supertankers, mais aussi de la déforestation en Amazonie brésilienne pour l’exploitation arboricole d’espèces de pins et eucalyptus à croissance rapide pour le marché mondial de la pâte à papier. Vendant cette exploitation à un consortium brésilien, Daniel Ludwig a investi le produit de cette vente dans le fonds qui porte son nom, soutenant ainsi la production de connaissances sur le cancer, utiles aux industriels mais fondamentalement nuisibles à la santé publique.
Répercussion médiatique
Que la statistique appliquée au cancer s’inscrive, une fois de plus, dans cette mise en doute systématique des effets mortifères des risques industriels, que j’ai longuement décrite récemment, ne m’étonne malheureusement pas. En revanche, mon inquiétude est la répercussion médiatique d’un tel article et ses effets sur l’opinion publique, alors que l’épidémie de cancer a pris des proportions catastrophiques en France et dans le monde. Entre 1984 et 2012, le nombre annuel de nouveaux cas est passé, en France, de 150 000 à 355 000. Selon l’Organisation mondiale de la santé, pas moins de 15 millions de décès sont dus au cancer dans le monde chaque année soit presque un décès toutes les deux secondes. Et encore, ces chiffres sous-estiment grandement ce qui se passe dans les pays où une part importante de la population est privée d’accès à un quelconque diagnostic de cancer.
Or le cancer est évitable, à condition d’éradiquer les cancérogènes en milieu de travail, dans l’environnement et la consommation. Pourtant, dans le champ de l’épidémiologie, des chercheurs s’obstinent à produire des modèles statistiques dénués de sens par rapport à la réalité dramatique du cancer. L’outil mathématique utilisé pour cette production de l’incertitude donne à la démarche l’apparence de la rigueur, de l’objectivité, pour tout dire de la science. Surtout, cela rend quasi impossible l’échange et la discussion entre, d’une part, les travailleurs et citoyens, victimes de cancers associés à l’exposition aux substances toxiques, et, d’autre part, les scientifiques qui jonglent avec les chiffres, abstraits et anonymes, de milliers de cas de cancers. Ainsi, des spécialistes servent la cause des industriels, en renforçant, par des travaux scientifiques publiés, l’incertitude concernant les liens entre toxiques et cancer.
Avec l’extension de la chimie, du nucléaire, la prolifération des cultures OGM, la dissémination des nanoparticules, les risques de la téléphonie mobile et autres nouvelles technologies, sous couvert de « progrès », industriels et responsables politiques s’affranchissent chaque jour davantage de l’obligation première fondamentale du respect de la vie, avec la complicité des plus prestigieuses institutions scientifiques. L’article paru dans Science, le 2 janvier, en témoigne une fois encore.
Annie Thébaud-Mony est sociologue, directrice de recherches honoraire à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, chercheuse associée au Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers professionnels (GISCOP 93) à l’université Paris XIII. Elle est l’auteure de Travailler peut nuire gravement à votre santé (La Découverte, « Poche », 2008) et de La science asservie. Santé publique : les collusions mortifères entre industriels et chercheurs, La Découverte, Paris, 2014.
Annie Thébaud-Mony (Sociologue)
Si nous naviguons sur la toile, nous trouvons une infinité de documents sur les cancers et l'environnement. Ce papier datant de 2009 semble indiquer une approche de la vérité, même si la timidité de l'INSERM ( Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale ) et de l'AFSSET ( Agence Française de Sécurité Sanitaire de l'Environnement et du Travail ) sont évidentes.
Gaulois.
Cancer et environnement: l’Afsset prône un «changement de paradigme»
Le 03 juillet 2009 par Sabine Casalonga
Dans son avis sur l’expertise de l’Inserm «Cancers et environnement» rendu public hier, l’Afsset prône l’application du principe de précaution par la réduction des expositions aux facteurs de risque, qu’ils soient avérés ou suspectés, en priorité chez les plus vulnérables. Certaines recommandations figureront dans les prochains plans gouvernementaux.
«L’environnement explique sans aucun doute la hausse de l’incidence actuelle des cancers», souligne Gérard Lasfargues, chargé de l’expertise en santé environnement à l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset). De fait, les facteurs environnementaux sont suspectés d’être en partie responsables de l’augmentation du nombre de cancers depuis 1980 –estimé de 35% chez les hommes et de 43% chez les femmes en France en taux d’incidence annuel (en prenant en compte l’évolution démographique). Objet de controverse, la part de l’environnement dans l’origine des cancers varierait de 1 à plus de 50%. En réalité, cette estimation est difficile à réaliser au regard de la diversité des substances chimiques considérées, ainsi que du manque de données sur l’action synergique de multiples polluants à faible dose et sur les mécanismes biologiques à l’origine de nombreux cancers. D’après les études récentes, les facteurs environnementaux interagiraient avec d’autres facteurs (génétiques, métaboliques).
Rendue publique en octobre 2008 (1), l’expertise collective de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a justement évalué le rôle des facteurs environnementaux avérés (amiante, radiations ionisantes etc.), et suspectés (pesticides, polluants de l’air, ondes électromagnétiques, etc.) dans la survenue de 9 types de cancer (2) en forte augmentation depuis 25 ans. Dans son avis, l’Afsset a repris les principales conclusions de l’expertise, complété les recommandations sur la base d’auditions réalisées avec des associations, des juristes et des experts, mais aussi ajouté ses propres recommandations en matière de recherche, évaluation et gestion des risques.
L’Afsset plaide pour un «changement de paradigme» en matière de réglementation, visant à compléter la stratégie actuelle fondée sur l’évaluation du danger des substances (caractère cancérogène) par une approche d’évaluation des risques sanitaires. En effet, l’exposition d’un grand nombre de personnes à un agent cancérogène à faible dose induit le même impact sur la santé qu’une exposition à forte dose d’un petit nombre de personnes. L’Afsset déplore ainsi que la réglementation Reach ne concerne que les substances produites à un volume élevé sans tenir compte des niveaux d’exposition réels.
«Le dichlorométhane, une substance produite à 11.000 tonnes par an, très utilisée dans l’industrie (plastique) et dans des produits courants (cosmétiques, pneus) est associée à une exposition forte de la population. Pourtant la réglementation n’impose pas de règles contraignantes puisqu’il est classé cancérogène de catégorie 3 [effet suspecté mais non avéré, en raison d’un manque de données épidémiologiques], explique Martin Guespereau, directeur général de l’Afsset. Nous estimons qu’il faut agir dès maintenant en appliquant le principe de précaution». L’Afsset proposera bientôt une révision de la valeur-limite d’exposition professionnelle (VLEP) pour cette substance.
La coexistence de plusieurs classifications, à l’échelle française, européenne ou internationale, est également source de confusion. A titre d’exemple, le formaldéhyde classé cancérogène de catégorie 1 par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) est classé catégorie 3 par l’UE (3). Or, cette classification joue un rôle en procédure pénale pour la détermination de la faute et de la réparation du préjudice subi. Parmi les autres recommandations de l’Afsset figurent en milieu professionnel la substitution des substances cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR) ou à défaut la réduction des expositions, le renforcement des contrôles réglementaires, des actions d’information, de sensibilisation et de formation et l’amélioration de la surveillance des cancers et des populations exposées.
Côté recherche, l’Afsset plaide également pour un nouveau modèle fondé sur un renforcement des études d’exposition, l’utilisation des biomarqueurs et l’interdisciplinarité avec le recours aux sciences humaines et sociales mais aussi le développement de l’approche socio-économique. «Les inégalités d’exposition aux facteurs environnementaux en fonction des catégories professionnelles, du sexe ou de l’âge, méritent d’être prises en compte», souligne Martin Guespereau.
Autre nouveauté, l’Afsset souhaite que les études de coût-bénéfice, très fréquentes aux Etats-Unis mais rares en France, soient introduites dans le débat afin d’influencer les décideurs. «On peut ainsi évaluer à 130.000 euros le bénéfice sanitaire et social de la prise en compte des fibres courtes d’amiante dans la réglementation telle que préconisée par l’Afsset dans un avis récent (4)», souligne Martin Guespereau. Certaines recommandations de l’Afsset devraient être incluses dans les prochains plans gouvernementaux: PNSE 2 (5) plan Cancer, et plan Santé au travail.
(1) Dans le JDLE «Cancers et environnement: forts soupçons sur les pesticides»
(2) Cancers du poumon, du sein, de la thyroïde, de l’ovaire, du testicule, de la prostate, mésothéliomes, tumeurs cérébrales et hémopathies malignes (leucémies, lymphomes)
(3) Dans le JDLE «Formaldéhyde au travail: l’Afsset préconise de renforcer la prévention»
(4) Dans le JDLE «Amiante: vers un durcissement de la réglementation?»
(5) Plan national santé environnement 2 (2009-2013)