L’inquiétant déclin des oiseaux à Fukushima
Comme par hasard, pour le gouvernement japonais et le comité scientifique de l'ONU, c'est-à-dire l'AIEA, tout va bien. Faut-il s'étonner de ce discours ? Évidemment non puisque la plupart des états dans le monde et l'ONU sont les artisans de cette énergie mortifère. Le nucléaire a toujours été une erreur fondamentale et un pari fou sur l'avenir de l'humanité.
Gaulois.
Le Temps - 04 septembre 2014
L’inquiétant déclin des oiseaux à Fukushima
Par Daniel Eskenazi, Tokyo
Le déclin des oiseaux près de la centrale dévastée inquiète les biologistes, qui contredisent le discours rassurant des autorités
Depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima, les études des effets des radiations nucléaires sur les faunes terrestre et marine sont rares. Dans son dernier rapport, le Comité scientifique de l’ONU sur les conséquences des émissions radioactives estime que les niveaux de radioactivité sont trop faibles pour provoquer des effets aigus sur l’ensemble des organismes vivants. Pour le gouvernement japonais et l’Agence internationale de l’énergie atomique, les taux de contamination radioactive sont trop peu élevés pour que l’on puisse observer des changements significatifs dans l’environnement.
Timothy Mousseau, professeur de sciences biologiques à l’Université de Caroline du Sud, ne partage pas ces avis. Il y a deux semaines, lors du 26e Congrès ornithologique international à Tokyo, il a présenté les résultats de ses études effectuées dans la région de Fukushima entre 2011 et 2014. «Nous avons effectué 1500 relevés pour estimer la quantité d’oiseaux, d’insectes et la biodiversité sur 400 sites dans la région de Fukushima. La configuration du terrain et la répartition très hétérogène de la radioactivité ont créé un environnement très particulier dans la zone d’exclusion de Fukushima. Dans certaines aires, le taux de radioactivité est très élevé, tandis que dans d’autres situées à proximité il est très bas. Cette hétérogénéité permet de répliquer à grande échelle des tests sur les effets des radiations sur les animaux», relève-t-il.
Premier constat: la population des 14 espèces d’oiseaux étudiées diminue avec le temps. Deuxième constat: la biodiversité a elle aussi été réduite. Elle l’est d’autant plus dans les zones où la radioactivité est élevée. «Nous analysons actuellement nos données. Il est encore trop tôt pour avancer un chiffre précis concernant la réduction de la population d’oiseaux et de la biodiversité dans la région de Fukushima. Mais le constat est clair. La contamination radioactive autour de Fukushima Daiichi, même à des niveaux peu élevés, engendre un impact négatif sur la biodiversité et les populations animales», insiste Timothy Mousseau. Outre les oiseaux, les cigales et les papillons ont eux aussi subi des pertes dans les mois qui ont suivi la catastrophe.
Ces résultats corroborent plusieurs études effectuées dès les années 2000 par le chercheur dans la région de Tchernobyl. Dans les zones les plus contaminées, la population d’oiseaux avait chuté de 66%, la biodiversité de plus de 50%.
Au-delà des effets des radiations sur les populations d’oiseaux, Timothy Mousseau a observé des mutations génétiques, tant à Tchernobyl qu’à Fukushima. Chez certaines hirondelles, telles que l’hirondelle rustique, le plumage comporte des taches blanches anormales caractéristiques d’un albinisme partiel. Ces anomalies ont été également constatées chez une quinzaine d’individus par la Wild Bird Society of Japan, une organisation privée, entre 2012 et 2013. «La fréquence de cette anomalie augmente avec le temps. Elle pourrait résulter soit d’une augmentation du taux de mutations génétiques, soit de l’influence du stress oxydant sur les cellules en raison des radiations», estime le chercheur.
Pour Ian Fairlie, expert indépendant dans le domaine des effets de la radioactivité sur l’environnement, même si on ne connaît pas les raisons exactes de l’augmentation du nombre d’oiseaux possédant des taches blanches anormales sur le plumage, leur présence constitue indubitablement un marqueur de l’exposition aux radiations. «Il existe probablement d’autres mutations, mais celles-ci sont plus facilement repérables», confie-t-il. Autre tendance observée: la taille des cerveaux des oiseaux a diminué dans les zones hautement radioactives.
Les effets négatifs des radiations sur les animaux, Zbyszek Boratynski, docteur en biologie de l’Université de Porto, les a également décelés dans la région de Fukushima dans une étude qui devrait paraître dans les prochains mois. «Nos premiers résultats montrent plusieurs effets. Nous avons observé au Japon, comme à Tchernobyl d’ailleurs, une fréquence de la cataracte très élevée chez les rongeurs. Dans le cas des souris, presque toutes celles que nous avons analysées possédaient cette maladie dans un des deux yeux», relève-t-il. La taille des cerveaux des rongeurs a diminué dans les zones fortement radioactives. La couleur du pelage a aussi été modifiée, ce qui les rend plus vulnérables envers les prédateurs et affecte donc leur capacité de survie.
De son côté, Joji Otaki, professeur associé à la Faculté des sciences de l’Université de Ryukyus, à Okinawa, a publié en mai dernier dans Nature les résultats d’une étude sur les conséquences de l’exposition aux radiations internes pour le Zeeria maha , un des papillons les plus courants au Japon. Des feuilles ont été récoltées dans cinq sites présentant des taux de radioactivité différents. Elles ont constitué la nourriture de larves provenant de papillons capturés à Okinawa, soit à 1750 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Un autre groupe de larves s’est nourri de feuilles non contaminées. Les analyses ont démontré que le taux de mortalité et d’anomalies avait fortement augmenté, particulièrement avec de faibles taux de radiation. Les chercheurs japonais avaient déjà publié les résultats préliminaires d’une autre étude dans le Journal of Heredity. Des papillons avaient été récoltés dans la région de Fukushima en mai et en septembre 2011. Les analyses mettaient en avant les anomalies morphologiques décelées sur les antennes, les pattes, les yeux, voire une réduction de la taille des ailes antérieures. L’augmentation des anomalies avait été constatée sur les deux générations suivantes. Le 15 septembre prochain, une nouvelle étude réalisée par la même équipe de chercheurs devrait être publiée.
Par ailleurs, Timothy Mousseau publiera prochainement une étude sur la base des analyses effectuées sur les hirondelles dans la région de Fukushima en 2012 et 2013. «Nous devrions recevoir davantage de fonds afin de poursuivre nos études. Les coûts de décontamination et les compensations liés à la catastrophe sont estimés à plus de 80 milliards de dollars. Si 0,1% de la somme totale était consacré à la recherche scientifique pour comprendre les effets de la catastrophe nucléaire sur les animaux, nous disposerions de plus de 80 millions de dollars», conclut le biologiste.
Des pédiatres dénoncent le nucléaire : pourquoi ?
04 septembre 2014 | Par Philips Michel
A première vue, les pédiatres n’ont pas de raisons particulières de s’intéresser au nucléaire !
Ils ne sont pas plus écolos que d’autres ! On comprend qu’ils s’intéressent aux vaccins, aux accidents domestiques, à l’obésité, au développement psychomoteur des enfants. Mais le nucléaire ? Existerait-il une relation entre le nucléaire et les enfants ? A première vue, non !
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Le pédiatre ne suit pas son patient durant toute la vie. Il ne l’accompagne que durant la toute première étape de son existence. Au bout d’un temps, souvent assez court, très court même (5-6 ans), son petit client lui échappe ! L’enfant poursuit sa route sans lui !
Alors, ce qui motive le pédiatre, c’est de faire en sorte que, au terme de ce délai très court, l’enfant dispose des meilleurs atouts pour devenir un adulte en bonne santé, un adulte bien dans sa tête. Un adulte heureux.
Or il se fait que, aujourd’hui, de plus en plus souvent, les pédiatres reçoivent des informations comme quoi, dans le monde, non seulement la vie n’est pas un long fleuve tranquille pour les jeunes patients mais, au delà, des enfants arrivent au monde porteurs d’un handicap. Ou, dans certaines circonstances, des enfants qui allaient bien, deviennent malades. Parfois gravement : cancer de la thyroïde, troubles hormonaux, etc.
Des enfants, dans certains lieux, naissent prématurément. Ou malformés. Parfois il s’agit d’anomalies génétiques mais souvent ces enfants ne se sont pas développés normalement dans le ventre de leur mère.
D’autres développent des maladies que l’on ne rencontrait que très rarement auparavant.
Certains développent des pathologies habituellement rencontrées chez des adultes. De la cataracte, par exemple.
Parfois, leurs moyens de défense (immunité) sont diminués, ils sont fragiles, trop souvent malades.
Alors, des pédiatres se posent des questions.
Des parents se posent également des questions. Des mères s’interrogent : « Après ce que nous avons connu, oserai-je encourager ma fille à devenir mère ? ».
En cherchant un peu, des pédiatres constatent l’existence d’une relation entre le nucléaire et certains troubles sanitaires de l’enfant. Et chaque année, de plus en plus.
Des pédiatres constatent : santé des enfants, environnement et nucléaire sont liés.
Parfois il s’agit des effets d’un nuage radioactif venu de très loin. Les cas d’hypothyroïdie chez les nouveaux-nés de Californie ont augmenté après Fukushima.
Parfois des enfants sont les victimes, avec leurs parents, d’un accident nucléaire. Ils survivent… mais ne sont plus « comme avant ».
Devant ces problèmes, que l’on est bien en mal de soigner ou de guérir, des pédiatres se posent la question de « que faire ? ».
Comment faire en sorte que les enfants arrivent à l’âge adulte sans rencontrer ces troubles de santé ? A défaut de soigner, ne pourrait-on pas au moins prévenir ?
La prévention, c’est la meilleure des armes pour assurer une bonne santé, la meilleure des façons pour assurer le meilleur avenir possible aux enfants.
Alors, faute de pouvoir agir sur la santé de ceux qui ont subi ces accidents, ces médecins choisissent de se battre sur ce terrain de la prévention.
Ils s’engagent et se battent pour « les générations futures », les générations des plus sensibles, les enfants à naitre, les femmes qui les portent, les petites filles qui deviendront un jour des femmes et qui voudront, peut-être, devenir mères à leur tour.
C’est ainsi que, de pédiatre, des médecins deviennent des partisans d’un abandon du nucléaire.
Ces pédiatres considèrent que Radioactivité et Enfance ne font pas bon ménage. Pour eux, la radioactivité comporte des risques que les humains ne savent pas suffisamment maitriser pour continuer à en défendre l’usage.
Pour eux, les désavantages du nucléaire ne justifient pas que l’on continue à s’en servir.
On le voit, la prise de position de certains pédiatres contre le nucléaire est le résultat d’une réflexion. Le résultat d’un questionnement, pas le résultat d’un choix écologique de simple citoyen. Une manière de mettre en accord une éthique professionnelle et une réflexion scientifique.
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4 Pédiatres au moins, au niveau mondial, se battent pour dénoncer les risques que le nucléaire fait courir à la santé des enfants.
La plus connue est sans doute Helen Caldicott.
La seconde est aussi une femme, pédiatre et cardiologue. Elle se nomme Galina Bandajevsky. Elle est ukrainienne.
Le troisième pédiatre est un américain. Il se nomme Wladimir Wertelecki.
Le dernier est allemand. Il se nomme Alex Rosen.
Un mot à leur sujet.
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Le Dr Helen Caldicott est australienne. Elle est pédiatre. A première vue, rien ne la destinait à se préoccuper du nucléaire. Et pourtant, elle a créé une fondation « Nuclear Free Planet ».
Par le biais de sa pratique médicale, elle a pris conscience des risques que le nucléaire faisait courir aux gens. Aux gens mais surtout aux personnes les plus sensibles : les enfants, les femmes enceintes.
Dans le cadre de sa fondation, elle organise des symposiums rassemblant des scientifiques. Elle leur permet de s’exprimer, de nous faire part de leurs travaux, de leurs recherches.
Son objectif est de permettre aux gens de prendre conscience des dangers du nucléaire. Faire prendre conscience des risques du nucléaire pour les générations futures. Une manière simple de faire coïncider ses préoccupations de pédiatre avec la réalité du nucléaire d’aujourd’hui.
Sur ce site, vous trouverez des vidéos (sous titrées en français) de divers interventions de scientifiques invités à un symposium qui s’est déroulé en 2013 à New York.
Voici, sous titrée en français, la vidéo de son intervention personnelle :
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Le Dr Galina Bandajevsky a accompagné son mari, le professeur Bandajevsky, dans ses études sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl*.
Pédiatre et cardiologue, elle a mis en évidences plusieurs types de problèmes de santé chez les enfants de Biélorussie qui ont subi des effets de la radioactivité après Tchernobyl.
Elle a montré que ces enfants de Biélorussie présentaient des troubles cardiaques habituellement rencontrés chez des adultes. Présentaient des cataractes comme des personnes âgées.
80% de ces enfants ne sont pas en bonne santé.
Dans la partie nord-ouest de la Biélorussie, là où le nuage radioactif n’est pas passé, ces problèmes de santé ne sont pas présents.
Ses travaux ont été publiés. Il suffit de taper Galina Bandajevsky sur Google.
Par exemple, lire ici.
En 2003, elle a été invitée à Paris par Amnesty International. Une façon de soutenir ce médecin dans son combat pour obtenir la libération de son mari, emprisonné en Biélorussie pendant 5 ans en raison de ses prises de position après Tchernobyl.
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Wladimir Wertelecki est américain. Il est né en Pologne et est devenu professeur d’université en Alabama du Sud. Il est pédiatre et aussi spécialiste en génétique. A ce titre, il étudie les conséquences de la radioactivité sur le développement intra-utérin des enfants.
Il est aujourd’hui surtout connu pour une importante étude menée dans une province du nord de l’Ukraine, une région soumise à une forte radioactivité après Tchernobyl. Il a mis en évidence une fréquence anormalement élevée des cas de Spina bifida et des cas de microcéphalie chez les enfants conçus après Tchernobyl. Voir cette vidéo (en anglais sous titrée en français) :
Son intervention a eu lieu dans le cadre d’un congrès organisé à New York par la fondation Caldicott en 2013.
Les pédiatres savent que les malformations congénitales sont très difficiles à soigner, qu’elles entrainent souvent de graves conséquence sur la santé et qu’elles s’accompagnent d’une très faible qualité de vie pour ceux qui en sont atteints.
Mettre en évidences les conséquences d’une exposition à de la radioactivité est un bon moyen de sensibiliser les populations aux risques sanitaires liés à l’usage du nucléaire.
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Le Docteur Alex Rosen est allemand. Il travaille dans un service de pédiatrie à Berlin. Il est membre de l’IPPNW une organisation internationale regroupant des médecins qui s’investissent pour une prévention de la guerre nucléaire. A son sujet, lire l'article de Véronique Gallais, ici.
Depuis 1980, il a publié une série de documents visant à sensibiliser les gens. Voir ici.
Dans la vidéo suivante (en allemand sous titrée en français), le docteur Alex Rosen stigmatise un rapport de l’UNSCEAR, une agence dépendant de l’ONU mais inféodée à l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique), qui présente une vision banalisée de la catastrophe de Fukushima.
Ces 4 pédiatres ont en commun la passion de leur métier. Ils aiment les enfants. Pour eux, s’opposer au nucléaire est la meilleure façon de défendre les enfants, une autre manière de se battre en faveur de l’avenir de nos enfants, en faveur de notre propre avenir. Tant il est indéniable que le nucléaire, dans ses utilisations énergétiques et/ou guerrières, est incompatible avec un avenir humanitaire de qualité.