• Souriez, vous êtes irradiés !

       Une déclaration, une injure de plus aux victimes, à mettre sur le compte de la secte nucléaire.

    Vous lisez bien :

    " L'impact de la radioactivité ne vient pas vers les personnes souriantes. Il vient vers les personnes nerveuses (...) Ceci est prouvé par l'expérimentation sur les animaux "
    Yamashita Shunichi, Département de Médecine moléculaire de l'Université de Nagasaki,
    intervenant à Fukushima.

    http://www.youtube.com/watch?v=g0i7BgwNtiQ

    http://onaironaironair.wordpress.com/2011/05/27/conferencier-shunichi-yamashita-professeur-duniversite-de-nagasaki/

    ---

    On ne vit jamais deux fois la même chose

    http://fukushima-diary.com/

    [Édito]

       Le 18 mars 2011 à 13:00, j’étais dans une voiture toutes fenêtres fermées et climatisation coupée.
    C’était deux jours après que le plus gros nuage de retombées ait touché Tokyo et la révolution était toujours dans l’air.
    Je travaillais comme ingénieur civil sur un chantier BTP.
    Parce que Tepco avait commencé son “Blackout Électrique” pour nous montrer à quel point l’électricité est précieuse, on ne pouvait plus travailler à l’intérieur des bureaux et j’ai été affecté au chantier pour le travail de terrain.
    La décision de la société de nous faire travailler dehors parce que nous ne le pouvions plus à l’intérieur aurait été juste si la radioactivité n’avait pas été là.
    Je ne pouvais pas comprendre pourquoi ils ne comprenaient pas le risque radioactif mais je devais obéir sous peine d’être viré.
    Je demandais à mes amis des réseaux sociaux – la plupart d’entre eux étaient hors du Japon – de m’envoyer un email dès qu’il se passait quelque chose de terrible à Fukushima.
    Ce jour-là j’ai appris deux choses :
    1. Si vous suivez les vieux japonais vous êtes cuits.
    2. L’information est capitale, vraiment.
    En regardant les cendres voler au-dessus de la rue, je me rêvait éveillé d’être le dernier être vivant de l’île, rapportant le niveau de radioactivité, les créatures mutantes et mes propres problèmes de santé.
    1 an et 10 mois sont passés. Je suis de l’autre côté de la planète.
    Toutefois, je ne retrouverai jamais ce que j’ai perdu pendant mes stupides rêves éveillés de ces jours-là.
    Il y a 2 types d’erreurs. Les unes sont celles que vous pouvez rattraper à tout moment, comme de se couper les cheveux trop court, ou bien de se tromper d’achat, etc. Les autres sont celles que vous ne pouvez pas réparer, comme la santé ou le temps.
    Chaque fois que je regarde cette photo je pense à ça.
    Ne gaspillez pas cet éditorial, j’espère que vous apprenez de mes regrets.

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    «Fukushima a brisé des familles»

    Le Courrier  
    16 JANVIER 2013

    http://www.lecourrier.ch/105036/fukushima_a_brise_des_familles

    Thierry Jacolet
    IMPACT SOCIAL • L’accident nucléaire a provoqué une fracture sociale dans la région contaminée. Le chercheur Alain Kaufmann a étudié sur place ses répercussions sur la vie des habitants.
    C’est une menace invisible et inodore. Elle a pourtant déjà fait pas mal de dégâts depuis qu’elle est entrée par effraction dans la vie des habitants de la Préfecture de Fukushima, il y a bientôt deux ans. Le risque radioactif a fait éclater des familles et des communautés entières parmi les 2 millions d’habitants de cette région contaminée. Mais aussi au sein des milliers d’évacués des environs de la centrale accidentée qui ont été envoyés dans cette préfecture pour être logés dans des abris provisoires.
    «Le désastre a provoqué une fracture sociale», résume le sociologue des sciences Alain Kaufmann. Le directeur de l'Interface sciences-société à l’Université de Lausanne a séjourné dernièrement dans cette préfecture meurtrie avec trois collègues de l’Université de Caen, dans le cadre d’un programme de recherche du CNRS baptisé NEEDS (nucléaire, environnement, énergie, déchets et société). Il a rencontré les autorités et la population. Interview.
    Quel est l’impact social de la catastrophe?
    Alain Kaufmann: Les conséquences sont profondes. Près de 250 000 personnes ont été déplacées dans et à l’extérieur de la Préfecture de Fukushima. Beaucoup de familles ont été brisées car il y a eu de fortes tensions concernant ces départs. Ce qui a conduit à une hausse du nombre de divorces. Les hommes, qui assurent le plus souvent le revenu de la famille, ont dû ou voulu rester en zone contaminée. Les femmes sont souvent parties avec les enfants.
    Ce sont les mères de famille qui souffrent le plus?
    Oui car ce sont elles qui se projettent le plus dans le futur à travers leurs enfants, notamment leurs filles car elles ne savent pas si leurs filles pourront avoir un jour des enfants ou s’il y a un risque d’anomalies. Cette mémoire s’inscrit dans les corps des femmes et pourrait se transmettre de génération en génération. Fukushima a réactivé le spectre d’Hiroshima et de Nagasaki.
    Comment sont accueillies les personnes transférées de la zone évacuée vers les villes ou villages de réfugiés?
    Pas nécessairement bien. Les autorités locales craignent une stigmatisation. Certains cas ont été rapportés dans les médias concernant des enfants dans les écoles. Ce phénomène avait déjà été observé à Hiroshima et Nagasaki avec les hibakushas. Des communautés ont été souillées par la radioactivité. Certaines personnes ne veulent même pas déclarer qu’elles sont déplacées. Elles se sentent déclassées par leur statut de «réfugié».
    De quelle manière ces réfugiés du nucléaire tiennent-ils le coup?
    Par la reconstruction communautaire. Les gens hébergés dans des appartements ou des villages provisoires sont souvent très seuls au début. Alors, ils reconstituent des communautés de personnes déplacées. C’est le cas de certaines paysannes du village d’Itate qui se sont remises à pratiquer l’agriculture bio près de la ville de Fukushima. Les rituels traditionnels contribuent aussi à mieux digérer la catastrophe. Le drame est que ces réfugiés sont sortis de leur communauté. Ils n’ont plus leur réseau de sociabilité. Certains sont relogés dans des conditions difficiles comme des containers. Ils le vivent très mal.
    Et dans les zones contaminées, comment les habitants restés sur place se comportent-il face à la radioactivité?
    Comme on a pu l’observer à la suite de Tchernobyl, mais de manière beaucoup plus importante, les gens tentent de s’approprier les moyens de radioprotection, en faisant eux-mêmes des mesures. En particulier les paysans qui analysent leur production pour limiter la contamination alimentaire. Le citoyen doit se débrouiller seul. C’est grave. L’Etat s’est déresponsabilisé.
    Quels genres de traumatismes avez-vous observé parmi la population?
    On observe beaucoup de stress post-traumatique, notamment chez les enfants qui sont logés dans les villages provisoires de réfugiés. Il y a aussi beaucoup de colère.
    De la colère contre qui?
    Contre le gouvernement, les industriels du nucléaire, certains scientifiques et experts japonais. Ils font des discours lénifiants pour dire qu’il n’y a pas de risque. Comme certains lobbys pronucléaires au niveau international, ils affirment que les effets les plus dévastateurs des accidents nucléaires sont liés à l’anxiété – la radiophobie – et non l’irradiation. Un expert japonais a même dit qu’il fallait sourire aux radiations pour ne pas subir de dommages! Il y a une crise de confiance parmi la population. Les autorités ont même revu à la hausse les doses limites de radioactivité considérées comme acceptables dans le reste du monde. Il y a aussi eu une campagne de culpabilisation des Japonais qui ne mangeaient plus les produits en provenance de Fukushima. Ils ont été taxés de mauvais citoyens.
    Les autorités font-elles quand même des efforts en matière de prévention ou de protection?
    Les autorités de Fukushima et le gouvernement sont dans une optique de retour à la normale et de reconstruction avec le programme de décontamination (ndlr: ébranchage, nettoyage au Kärcher de bâtiments, décapage de la terre sur 5-10 centimètres...). Il est très difficile pour un Etat d’abandonner une partie importante de son territoire pour des centaines d’années. Comme il est très difficile sur le plan culturel et affectif d’abandonner ou de raser des sites parfois sacrés tels que des forêts contaminées. La catastrophe nucléaire produit une fracture irréversible dans le temps et dans l’espace. C’est toute la mémoire sociale qui est affectée, comme la capacité à se projeter dans le futur. I


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