• La corrida conforme avec la Constitution, selon le Conseil

    Un pays dont sa constitution est capable de reconnaître la tauromachie est un pays sans âme.

    Pour la France, faut-il s'en étonner, au regard d'un passé loin d'être glorieux.

    Gaulois.

    le 21 septembre 2012
    http://www.maxisciences.com/corrida/la-corrida-conforme-avec-la-constitution-selon-le-conseil_art26694.html

      Ce matin, le Conseil constitutionnel devait décider si la tauromachie doit ou non être interdite. La question était alors de savoir si la corrida est compatible avec la loi. A 10H, le Conseil a rendu son verdict : oui, la corrida est bien conforme à la Constitution.
    C'est une nouvelle bataille de perdue pour le comité radicalement anticorrida (Crac) Europe et l'association Droits des animaux (DDA). Les deux associations étaient en effet à l'origine d’une procédure judiciaire qui a conduit à l'examen d'une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) sur la tauromachie. Le but : montrer que la corrida n'est pas conforme à la Constitution et en particulier à l'une des des dispositions de l'article 521-1 du Code pénal, qui réprime les actes de cruauté commis contre les animaux.
    Les anticorrida réclamaient alors notamment la suppression de l'alinéa 7 de
    cet article, qui prévoit des dérogations à cette règle en autorisant la tauromachie et les combats de coq sous couvert "du principe de tradition locale ininterrompue". Ils voulaient ainsi démontrer "le principe d'égalité devant la loi et l'objectif de clarté que doit revêtir cette loi". "En cas de rupture d'égalité et manque de clarté, la loi devrait, selon eux, être déclarée anticonstitutionnelle", estimaient-ils. Ce matin, le Conseil constitutionnel devait ainsi analyser cette question et rendre son verdict quant à la conformité de la tauromachie. Une décision qui a été rendue aux alentours de 10H et qui a créé un vent de déception parmi les défenseurs des bêtes.
    En effet, le Conseil a décidé de rejeter le recours des associations et d'estimer que la corrida était parfaitement conforme à la loi. "Ces pratiques traditionnelles ainsi autorisées ne portent pas atteinte à des droits constitutionnels protégés", a ainsi indiqué la haute juridiction ajoutant encore : "la différence de traitement instaurée par le législateur entre agissements de même nature accomplis dans des zones géographiques différentes est en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit". Pour l'heure, le gouvernement n'a fait part d'aucune réaction officielle. Néanmoins, avant même que la décision du Conseil ne soit rendu, les anti-corridas ne mâchaient pas leurs mots quant à sa position.
    La politique pro-corrida du gouvernement dénoncée
    Interrogé il y a peu par l'AFP, Jean-Pierre Garrigues, président du Crac Europe indiquait ainsi que bien que "M. Hollande nous affirme par courrier sa neutralité, il n'est pas neutre lorsque le jour même de l'examen de notre requête par les Sages [mardi 11 septembre] le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, s'exprime en direct sur une chaîne nationale pour affirmer son amour de la tauromachie". En effet, il y a dix jours, le ministre avait également fait part de son opinion sur son compte Twitter suscitant de très nombreuses critiques. Pour M. Garrigues, "force est de constater que le gouvernement Hollande-Ayrault ne fait que poursuivre la politique pro-corrida du gouvernement Sarkozy-Fillon".
    De même, le président a également pointé du doigt le "silence de Cécile Duflot, Aurélie Filippetti, Christiane Taubira et Marylise Lebranchu, qui, avant d'être au gouvernement, avaient signé le manifeste du Crac Europe pour l'abolition de la corrida en France". Selon M. Garrigues, ce manifeste a été "signé à ce jour par 1 600 personnes dont de nombreux élus et reçu le soutien de personnalités telles que Robert Hossein, Johnny Hallyday, Albert Jacquard et Luc Montagnier". Mardi, Brigitte Bardot avait d'ailleurs reçu le soutien de Jean-Paul Belmondo et Alain Delon, avec lesquels elle avait co-signé un appel commun aux "sages" du Conseil leur demandant d'"abolir" la tauromachie sur tout le territoire. Mais tout ceci ne semble donc pas avoir eu d'impact sur la décision du Conseil.
    48% des Français pour l'interdiction
    Selon un sondage Ifop publié hier, 48% des Français serait pour l'interdiction de la corrida tandis qu'une étude CSA estime qu'ils sont 57% à pencher pour l'arrêt de la tauromachie. 48% considèrent ainsi qu'"il ne doit pas y avoir d'exception et que la corrida doit être interdite partout en France parce qu'il s'agit d'une pratique cruelle". En revanche, 42% prônent le statu quo, c'est-à-dire que "la corrida doit continuer à être autorisée dans les villes du sud de la France où elle est pratiquée de longue date", selon l'enquête Ifop précisant que 10% des personnes interrogées ne se prononcent pas.
    De leur côté, les défenseurs des villes taurines estiment que la corrida "revêt un intérêt général, un pluralisme culturel, social et régional" et qu'il s'agit d'"une tradition locale ininterrompue". Ils estiment également que "l'animal ne bénéficie pas d'un droit absolu" et "peut être chassé ou élevé pour la consommation".
    "Nous sommes dans une dictature tauromachique", a clamé le Crac Europe lors du rendu du verdict. Avec la DDA, celui-ci entend toutefois bien épuiser tous les recours internes pour se faire entendre. Il pourrait ainsi passer par l’Assemblée nationale avec une nouvelle proposition de loi pour l'abolition de la corrida et sa mise à l'ordre du jour des députés, ou encore saisir, si nécessaire, la Cour européenne des droits de l'homme. Tout ceci n'était donc qu'une nouvelle bataille pour ceux qui entendent bien prolonger leur combat.
    Et vous que pensez-vous de la décision du Conseil ?

    Corrida conforme à la Constitution

    le 22-09-2012

    La France vient de consacrer la torture animale
    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/630339-corrida-conforme-a-la-constitution-la-france-vient-de-consacrer-la-torture-animale.html

                               Le matador Sebastien Castella à Nîmes, le 16 septembre 2012 (A.ROBERT/SIPA).

    Le Conseil constitutionnel vient de l’affirmer : la corrida peut continuer. La torture animale est conforme à la Constitution française…
     
    Je ne peindrai pas la déception des amis des bêtes : comment comprendraient-ils que, dans un pays de droit, on ait (pour le plaisir des "aficionados" et le profit des organisateurs) la liberté d’infliger des souffrances abominables à des vaches mâles dans 10% du territoire national, et que cela soit interdit partout ailleurs ? Si cette dérogation n’est pas une distorsion de l’égalité républicaine, il devient difficile de conserver le sens des mots.
    Je parlerai philosophie, ça nous changera. L’une des justifications qu’utilisent les amateurs de corridas consiste à dire que c’est un noble et beau spectacle, une magnification symbolique de l’épreuve de la mort, pour ainsi dire une rédemption de l’homme par le truchement des tourments de la bête. Je ne discuterai pas cette logorrhée esthétisante.
     
    Souffrance animale
     
    Un autre argument se prête mieux à la vérification. Les "aficionados" prétendent que le taureau ne souffre pas (ou à peine) des blessures qu’on lui inflige à coups de pique, de banderille ou d’épée. Une vieille lune philosophique consiste à se demander s'il faut avoir conscience qu’on souffre pour souffrir réellement. De rares penseurs, dans la lignée du Descartes des "animaux machines", soutiennent cette idée.
     
    La science montre le contraire, et j’ai tendance à croire le savant plutôt que le pur esprit ébloui par l’habit de lumière ! Nul besoin d’être homo sapiens pour ressentir la douleur. Tous les animaux possèdent des terminaisons nerveuses (des "points de douleur") affectées à la sensation de blessure. Par centimètre carré de peau, ou par centimètre cube de chair, l’homme et le taureau ont exactement le même nombre de ces amas de neurones.
     
    Ils ressentent les agressions corporelles avec la même intensité – la même angoisse, le même besoin réflexe de fuir. La science va plus loin : non seulement les animaux sont tous égaux devant la douleur, mais les plantes la perçoivent à leur façon ; et les microbes aussi !
     
    Il fut un temps où l’on pouvait imaginer que les "êtres inférieurs" ne souffraient pas, ou peu. Les baleiniers prétendaient que les baleines, parce qu’elles sont grosses, sentent à peine le harpon qui les tue. Les pêcheurs à la ligne disaient que le poisson n’éprouve pas la violence de l’hameçon.
     
    Une pratique sadique
     
    On appliquait, du reste, le même raisonnement aux humains qu’on tenait pour "inférieurs". Au temps de l’esclavage, le maître se persuadait que le "Nègre" était moins sensible à la douleur que le "Blanc" ; et il redoublait de coups de fouet. On disait que les femmes (parce qu’elles doivent accoucher) sont plus "dures au mal" que leurs mâles. On affirmait, il n’y a pas bien longtemps, que le système nerveux des bébés n’est pas "terminé", et que ceux-ci n’éprouvent pas la douleur – alors même qu’ils sont pétrifiés d’horreur !
     
    Je regrette qu’on n’aperçoive pas la queue d’un scientifique dans les rangs du Conseil constitutionnel (s’il y en a un, c’est encore pire). Car la science a tranché : la douleur est universelle. Infliger la douleur à autrui pour le plaisir s’appelle le sadisme. Et le sadisme est puni par la loi !
     
    Les taureaux souffrent atrocement lorsqu’on leur plante dans l’échine une banderille armée d’une pointe en harpon longue de vingt centimètres : en proportion, c’est comme si l’on fichait un croc de deux centimètres dans le dos d’un "sage" du Conseil constitutionnel. Sachant que, dans la corrida, on ne "pose" pas une seule banderille. Puis qu’on larde l’épaule du "fauve" avec la pique du picador. En attendant le coup d’épée, si souvent raté, du matador…
     
    Une activité inhumaine
     
    Notre Conseil constitutionnel devrait savoir qu’on n’a pas besoin d’une conscience pour se sentir martyrisé. L’homme tue, certes, par nécessité, et notamment pour manger. Cela ne justifie pas qu’il continue d’organiser des spectacles dans lesquels il jouisse à la vue d’un animal écumant de douleur, qui mugit de panique et crache des ruisseaux de sang par la bouche et les narines.
     
    La corrida constitue une activité totalement inhumaine – au sens juridique du terme. Je trouve logique (et délicieusement ironique) que les adversaires de ce bal tragique aux arènes se préparent, maintenant, à porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). De l’Homme, oui, au sens où tous les êtres vivants, y compris les taureaux, méritent d’être traités comme nos frères sur la Terre…


    La corrida conforme à la Constitution : je ne supporte pas la caricature qui en est faite

    le 21-09-2012

    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/624250-la-corrida-conforme-a-la-constitution-je-ne-supporte-pas-la-caricature-qui-en-est-faite.html

    Par Jean-Marcel Bouguereau Editorialiste

    Organiser des corridas dans certaines régions françaises est conforme à la Constitution, a jugé vendredi le Conseil constitutionnel, rejetant le recours d'associations qui militent contre la tauromachie. Notre éditorialiste Jean-Marcel Bouguereau explique pourquoi il est apprécie tant cette pratique.

         Matias Tejela lors du festival de San Fermin en Espagne, le 10 juillet 2012 (D.OCHOA DE OLZA/SIPA).

    CORRIDA. Les juges du Palais Royal viennent d'établir qu’il n’est pas anticonstitutionnel de prévoir des "différences de traitement" entre les régions à tradition tauromachique et les autres. Le lobby anti-corrida voulait que les sanctions infligées pour cruauté envers les animaux s’appliquent partout, sans dérogations.
     
    Le critère de "tradition locale ininterrompue", inscrit dans le code pénal pour les exceptions à ces sanctions, est "précis, objectif et rationnel", a-t-on commenté au Conseil constitutionnel.
     
    J'aime la corrida
     
    Oui, j’aime la corrida et j’ose le dire, ce qui, en ces temps où la société érode tout ce qui dépasse, n’est guère politiquement correct. Et je ne regrette pas de l’aimer après l’extraordinaire corrida que nous avons vécue, le dimanche 16 septembre à Nîmes, lorsque José Tomas, combattant six toros nous a fait vivre quelque chose qui relevait du paranormal.
     
    Un moment de grâce extrême, comme je n’en avais pas vu en plusieurs décennies de fréquentations de ces arènes nîmoises. Comme la bonne littérature, la bonne tauromachie ne supporte pas la graisse. C’était le cas ce dimanche matin, dans une atmosphère que décrit ainsi Jacques Durand, l’Antoine Blondin de la tauromachie dans la page qu’il publie chaque semaine1 :
     
    "Quelque chose entre le chut et le olé accompagne ses gestes réduits à des épures. En trois gestes, elles règlent la violence du deuxième toro, le Jandilla. Le "devoir d’impassibilité" dont parle Stendhal, il se l’est collé sur son visage de sucre. Il torée comme en état de mort apparente. Sa tauromachie sidère comme la neige sidère le paysage et le met aussi en état de mort apparente. On la pressent, elle apparaît, elle tombe sans bruit sur le sable comme un envoûtement et se scelle comme un secret. Lui s’engloutit peu à peu sous elle, dans elle, pendant que la clameur, l’énorme et unanime clameur de Nîmes, son avalanche tombée des gradins, recouvre tout de son fracas."
     
    Mais si j’aime la corrida, je comprends aussi qu’on puisse ne pas aimer pas la corrida. De là à la faire interdire, c’est excessif, d’autant que les anti-taurins en font, pour les besoins de leur cause, une caricature qui ne peut que repousser dans leurs bras tout être normalement constitué. Car qui est pour la souffrance ? Pour le sang ? Pour la torture ?
     
    Les "aficionados" n’aiment pas voir le sang couler
     
    Contrairement à l’image qui est véhiculée, les "aficionados" n’aiment pas voir le sang couler. Ni celui du taureau, ni celui du torero.
     
    Mais cette campagne, souvent violente contre la corrida (attentat contre la maison de Simon Casas, le directeur des arènes de Nîmes, il y a quelques années, publication d’une affiche montrant une petite fille se réjouissant de voir brûler la maison de ses voisins "aficionados" avec en légende : "Mes voisins étaient taurins mais ils ne le sont plus") dit beaucoup de choses sur notre société, sur son rapport à la mort et aux animaux.
     
    Des millions d'animaux souffrent quotidiennement à cause de l'élevage industriel, de l'expérimentation médicale, des mauvais traitements infligés par leurs maîtres, jusqu’aux conditions qui, dans les abattoirs, président à leur mort.
     
    Mais si certains se focalisent sur la corrida, c’est que la mort est devenue insupportable. Dans notre société aseptisée, elle fait partie du non-dit, du non-montré, alors que, dans les siècles précédents, elle était omniprésente par la guerre, la famille et les épidémies. Ce qui, faut-il le préciser puisque certains m’ont mal compris, n’est en rien une plaidoirie en faveur de la guerre ni un regret de ces temps anciens !
     
    L’arène est devenue l’un des seuls lieux où la mort n’est pas cachée. Et où, pour le torero, "la vie prend son sens, car on sait qu’on peut y mourir", comme l’expliquait récemment un jeune novillo de l’Aude, Dorian Dejean.
     
    Une méconnaissance de la nature animale
     
    Certains anti-taurins, qui projettent peut-être leurs propres valeurs sur tous les hommes, n'imaginent que des "aficionados" cruels, pervers, qui aiment voir souffrir des animaux, alors que nous détestons la souffrance et que, là où ils voient cruauté, nous ne voyons que beauté et grâce.
     
    Comment s’entendre avec ceux qui, au nom d'une écologie mal comprise, mélangent un certain végétarisme, défenseur de l'animalisme, dans une forme moderne de l’anthropomorphisme très significative de notre société moderne ? Comment donner raison à ceux qui, parce qu’ils aiment leur chien ou leur chat, confondent taureau de combat et vache ?
     
    Cet "amour" aveugle des bêtes dissimule souvent une méconnaissance de la nature animale et trahit toujours une ignorance des conditions de vie des taureaux. Nous, nous n’aimons pas les bêtes en général, car cela ça n’a pas de sens. Comment aimer le mouton et le loup par exemple ?
     
    Vous aimez votre chien et votre chat ? Très bien, mais aimeriez-vous également une panthère ? Si l'on se met à défendre toutes les espèces, comment défendre le léopard ET la gazelle ? Une attitude qui n'évite pas le piège de l'anthropomorphisme illustré par la fameuse chanson de Francis Cabrel où il prête ses propres sentiments au taureau qu’il met en scène.
     
    La corrida est porteuse des valeurs de l'écologie
     
    Ce que les anti-corridas n’aiment pas, c’est moins la souffrance du taureau que le fait que sa mort soit montrée, soit donnée en spectacle, même s’il n'y a sans doute pas plus belle vie que celle d'un taureau de combat.
     
    Mais, eux, les anti-taurins ne parlent jamais de ça. La vie du taureau ne les intéresse pas. Pour aggraver notre cas, nous pensons que la corrida est porteuse des valeurs de l'écologie : c'est un des derniers grands élevages extensifs ; les conditions d'élevage et le respect des conditions de vie des animaux sont les meilleurs par rapport à la mécanisation industrielle de l'élevage intensif ; c'est un rapport homme - animal qui respecte ce dernier dans sa vie et sa mort, puisqu'il meurt en combattant ; enfin, c'est la défense de la biodiversité.
     
    D'autant que la suppression de la corrida, loin de sauver les taureaux de combat, les conduiraient à l'abattoir, puisqu'ils ne sont élevés que dans de grands espaces, uniquement pour les corridas.
     
    Nous ne confondons pas le chat et le taureau. Nous pouvons aimer nos animaux familiers avec l'affection que nous leur devons, mais nous aimons les taureaux bravos avec l'admiration et le respect qui leur sont dus.
     
    Non, nous n'allons pas aux arènes pour voir un animal souffrir, nous allons voir un animal bravo combattre jusqu'à la mort. La corrida est une parabole de l’humanité où l’on nous montre une histoire, celle qui, un jour, fit que les hommes dominèrent le monde animal. C’est cette tragédie que la corrida met en scène.
     
    Créer de la beauté en apprivoisant la charge d'une bête
     
    La corrida est une création relativement récente. Même si elle rappelle le culte romain de Mithra, le taureau mort qui redonnait vie aux humains, elle ne le rappelle que de bien loin.
     
    Si la corrida date du XVIIIe siècle, elle n'existe sous sa forme actuelle que depuis moins d'un siècle, lorsque Juan Belmonte révolutionna la tauromachie en faisant de la lenteur gestuelle du torero le cœur de la corrida.
     
    Car l'essentiel est de créer de la beauté en apprivoisant en quelque sorte la charge brutale d'une bête qui pèse entre 500 et 600 kg. D'utiliser le leurre de la cape et de la muleta pour ralentir et conduire cette charge, dans un face à face où l'homme joue sa vie au centimètre près.
     
    On peut, bien sûr, ne voir dans la corrida qu'une survivance sauvage de temps révolus où, pour exister, l'homme devait se mesurer avec la bête sauvage. À estimer qu'à l'heure du saut à l'élastique et du parapente il a bien d'autres moyens de se faire des frissons. Et penser, non sans raison, qu'il y a quelque chose de gratuitement sauvage à risquer ainsi sa vie, à l'heure de la ceinture de sécurité obligatoire.
     
    Comme à tuer publiquement un animal à l'heure où la mort des animaux dont nous faisons notre ordinaire est devenue une cérémonie secrète ; où l'on ne saigne plus le cochon dans les campagnes et où les enfants croient que les poissons sont carrés.
     
    On peut, bien sûr, décrire la corrida comme un "massacre étudié", comme la "mort en spectacle", comme une fête sauvage donnée à des spectateurs sanguinaires. Mais c'est un peu comme si l'on décrivait le football comme le défouloir de douteux attouchements homosexuels et la musique comme un simple tapage nocturne.
     
    La bravoure de l'animal est saluée
     
    Cœur du débat : le taureau souffre-t-il, comme l'affirment les anti-taurins ?
     
    Ainsi que le souligne Francis Wolff, professeur de philosophie à l’École normale supérieure et auteur d'excellents volumes sur la corrida, les travaux du directeur du département de physiologie animale de la faculté vétérinaire de Madrid ont démontré expérimentalement que le taureau de combat souffre plus du stress pendant le transport ou au moment de sa sortie dans l'arène qu'au moment du combat.
     
    Les vétérinaires de Madrid ont même montré que cet animal, particulièrement adapté au combat, avait une réaction hormonale unique dans le monde animal face à la "douleur". Elle lui permet de l'anesthésier presque immédiatement, notamment par la libération d'une grande quantité de bêta endorphines (opiacé endogène qui est l'hormone chargée de bloquer les récepteurs de douleurs), ce qui explique que le taureau de combat est le seul animal qui, blessé par les piques, revienne au combat plutôt que de le fuir, ce qui serait la réaction logique à la douleur.
     
    Car, quoi qu'on en pense, la corrida n'est pas la "lente exécution savamment orchestrée" que croient y voir ses détracteurs. Le taureau y est tué dans l'arène, sans hypocrisie, contrairement aux corridas portugaises, où il est tué, après, en coulisses. Cette mort n'est que l'issue, rapide, de la corrida, au point qu'un torero est rappelé à l'ordre, sinon sévèrement sifflé, s'il ne tue pas rapidement.
     
    Et si le toro est brave, c'est lui le plus applaudi, parfois, plus rarement, gracié, comme fut le cas à Nîmes où le public demanda la grâce du toro, jugé particulièrement combatif. Et quelques mois après avoir été soigné, on peut le voir dans le "campo" où sa bravoure lui vaut d’être un reproducteur.
     
    Cette pratique mérite bien plus de considération
     
    Certes le combat est inégal, puisque c'est généralement le taureau qui meurt. Mais il ne faut pas oublier que la corrida est aussi l'ultime spectacle au monde où des hommes jouent leur vie devant des cornes coupantes comme des rasoirs. Elle mérite pour cette raison une considération un peu plus attentive que ne la lui accordent ceux qui, trop habitués à la tricherie du spectacle moderne et de la télé réalité, feignent de croire que les cornes des taureaux sont en carton.
     
    C'est tout le contraire : depuis les années 1930, jamais les blessures de toreros n'ont été aussi nombreuses que ces dernières années. Et même les morts, alors que, pourtant, les progrès de la chirurgie et des médicaments auraient dû les réduire.
     
    Je sais bien que ce débat est sans fin. Le débat entre défenseurs et adversaires de la corrida est un dialogue de sourds, les anti-taurins étant peu nombreux mais très organisés en un groupe de pression efficace. Cette mobilisation a contraint les "aficionados" à s'organiser à leur tour en un Observatoire des cultures taurines, devenu le seul interlocuteur légitime auprès des pouvoirs publics.
     
    Je n'entends pas jouer au prosélyte – chacun est libre d’aimer ou de ne pas aimer - mais faire en sorte que le débat, s'il a lieu, le soit, non à partir de préjugés caricaturaux, mais de faits avérés.
     
    Et peut-être de conseiller aux anti-taurins des causes qui leur permettraient de sauver des vraies vies, des vies humaines. De s’engager auprès de l’UNICEF, de la Croix-Rouge ou, pourquoi pas, de s’attaquer à Carrefour, à Leclerc, à Auchan qui produisent plus de viandes en une semaine qu’aucune arène en un an. Voire de s’attaquer aux conditions d’abatage ou d’élevage en batterie où l’on vit, si l’on peut appeler ça vivre, sans voir la lumière du jour !
     
    [1] Depuis le 1er juillet, les lecteurs de "Libération" sont privés d’une page que, depuis quelques années, ne connaissaient que les lecteurs du sud de la Loire, la page tauromachie, et avec elle la plume d’un écrivain, Jacques Durand, que tous les afficionados vénèrent autant que les connaisseurs de la petite reine vénéraient Antoine Blondin, comme je l’ai écrit dans "Libération" en août dernier. Ceux qui veulent continuer à lire cette belle prose peuvent s’abonner pour une somme modique de 34 euros en allant sur le site de l’atelier baie.
     

    Je suis contre la corrida : ce n'est qu'une entreprise de pure barbarie

    Modifié le 15-09-2012

    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/626221-je-suis-contre-la-corrida-ce-n-est-qu-une-entreprise-de-pure-barbarie.html

    Une demande d'interdiction de la corrida a été pour la première fois plaidée mardi devant le Conseil constitutionnel, relançant le débat sur cette pratique. L'éditorialiste Jean-Marcel Bouguereau avait expliqué ici même les raisons de son attachement à la corrida. Notre contributeur Yves Paccalet lui répond et défend la position inverse.

                 Un taureau à terre lors d'une corrida disputée à Madrid, le 16 mai 2011 (D.OCHOA DE OLZA/SIPA).

    Pour prouver qu’ils affectionnent un spectacle rempli de "beauté", de "noblesse", de "grandeur" ou de "dimension métaphysique", les "aficionados" déploient des trésors de rhétorique. Jean-Marcel Bouguereau, dont j’ai apprécié nombre de papiers dans "Libération" puis dans le "Nouvel Observateur", a livré ici-même un curieux plaidoyer en faveur des massacreurs de l’arène.
     
    Pour démontrer l’absurdité des arguments qu’il avance, je n’hésite pas à utiliser un vieux truc de pamphlétaire : je remplace, dans son texte, des mots par d’autres. Où il écrit "corrida", je mets "combat de gladiateurs" ou "jeux du cirque", et ainsi de suite.
     
    Je laisse le lecteur décider de la pertinence de la manipe. Ce texte est le sien. Les mots originaux que je détourne sont barrés. Mes substituts apparaissent en italiques. Ça ne marche que trop bien, hélas !
     
    Démonstration…
     
    "Oui, j’aime la corrida le combat de gladiateurs et j’ose le dire, ce qui, en ces temps où la société érode tout ce qui dépasse, n’est guère politiquement correct. Mais je comprends aussi qu’on puisse ne pas aimer pas la corrida le combat de gladiateurs.
     
    De là à la le faire interdire, c’est excessif, d’autant que les anti-taurins opposants aux jeux du cirque en font, pour les besoins de leur cause, une caricature qui ne peut que repousser dans leurs bras tout être normalement constitué. Car qui est pour la souffrance ? Pour le sang ? Pour la torture ?
     
    Contrairement à l’image qui est véhiculée, les "aficionados" amateurs de jeux de cirque n’aiment pas voir le sang couler. Ni celui du taureau rétiaire, ni celui du torero mirmillon.
     
    Mais cette campagne, souvent violente […] dit beaucoup de choses sur notre société, sur son rapport à la mort et aux animaux esclaves.
     
    Des millions d’animaux d’esclaves souffrent quotidiennement à cause […] des mauvais traitements infligés par leurs maîtres, jusqu’aux conditions qui, dans les abattoirs riches villas, président à leur mort.
     
    Mais si certains se focalisent sur la corrida les jeux du cirque, c’est que la mort est devenue insupportable. Dans notre société aseptisée, elle fait partie du non-dit, du non-montré, alors que, dans les siècles précédents, elle était omniprésente par la guerre, la famille et les épidémies.
     
    L’arène Le cirque est devenu(e) l’un des seuls lieux où la mort n’est pas cachée. Et où, pour le torero gladiateur, "la vie prend son sens, car on sait qu’on peut y mourir" […].
     
    Certains anti-taurins opposants aux jeux du cirque, qui projettent peut-être leurs propres valeurs sur tous les hommes, n’imaginent que des toreros gladiateurs cruels, pervers, qui aiment voir souffrir des animaux humains, alors que nous détestons la souffrance et que, là où ils voient cruauté, nous ne voyons que beauté et grâce.
     
    […] Comment donner raison à ceux qui, parce qu’ils aiment leur chien ou leur chat, confondent taureau de combat gladiateur et vache femme ?
    Cet "amour" aveugle des bêtes humains dissimule souvent une méconnaissance de la nature animale humaine et trahit toujours une ignorance des conditions de vie des taureaux gladiateurs. […]
     
    Ce que les anti-corridas opposants aux jeux du cirque n’aiment pas, c’est moins la souffrance du taureau gladiateur que le fait que sa mort soit montrée, soit donnée en spectacle, même s’il n’y a sans doute pas plus belle vie que celle d’un taureau esclave de combat.
     
    Mais, eux, ne parlent jamais de ça. La vie du taureau gladiateur ne les intéresse pas. Pour aggraver notre cas, nous pensons que la corrida le combat de gladiateurs est porteuse porteur des valeurs de l’écologie : c’est un des derniers grands élevages extensifs ; les conditions d’élevage et le respect des conditions de vie des animaux gladiateurs sont les meilleurs par rapport à la mécanisation industrielle de l’élevage intensif ; c’est un rapport homme-animal homme-homme qui respecte ce dernier dans sa vie et sa mort, puisqu’il meurt en combattant ; enfin, c’est la défense de la biodiversité.
     
    […] Non, nous n’allons pas aux arènes pour voir un animal être humain souffrir, nous allons voir un animal gladiateur bravo combattre jusqu’à la mort. La corrida Le combat de gladiateurs est une parabole de l’humanité où l’on nous montre une histoire, celle qui, un jour, fit que les hommes dominèrent le monde animal des hommes en réduisirent d’autres en esclavage. C’est cette tragédie que la corrida le combat de gladiateurs met en scène."
     
    Une pratique insupportable
     
    Bon. Vous avez compris… Tout le reste de l’article se prête à la même manipulation. Preuve qu’aucun des arguments de Jean-Marcel Bouguereau ne résiste à la critique essentielle des ennemis de la corrida : il s’agit là d’une entreprise de pure barbarie.
     
    La tauromachie peut compter sur d’efficaces lobbyistes. Elle a été récemment inscrite par l’UNESCO au patrimoine immatériel de la France. Au même titre que la tarte tatin, le fest-noz, la tapisserie d’Aubusson ou les parfums de Grasse… La France, avant l’Espagne ou le Mexique, est le premier pays du monde à élever l’art de torturer les taureaux à ce rang prestigieux. Jean-Marcel Bouguereau peut jubiler !
     
    Dans la même volonté de préservation des manifestations majeures de l’intelligence du peuple français, je propose que soit inscrite au patrimoine immatériel de la France l’ingénieuse, efficace et humaniste invention du docteur Guillotin, à savoir la guillotine, dite aussi "bascule à Charlot", "coupe-cigare" ou "tranche-col".
     
    Cette machine à séparer la tête des condamnés du reste de leur corps incarne le génie français dans ce qu’il comporte de plus cartésien et de plus subtil. La Terre entière nous l’envie. Comme la corrida, la guillotine est "culturelle". Elle a alimenté maintes œuvres du savoir et de la création, dans les domaines de la poésie, de la littérature, des beaux-arts, de la musique, du théâtre et du cinéma, ce qui suffit à souligner sa valeur universelle.
     
    Guillotine et corrida, même combat ! En exaltant l’une et l’autre, on se sent fier d’être humain.


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