• Prendre soin des âmes

    Ce texte, qu'un ami m'a autorisé à poster, me semble correspondre à cette société dans laquelle nous évoluons, tels des troupeaux de vache dépourvues de conscience. Le propos est dure ? A vous de juger et  vous faire votre propre opinion sur votre libre arbitre. Parfois Il est bon de regarder aussi derrière le miroir.

    Le texte aurait sans doute trouvé sa place dans les rubriques : " Société " ou " Culture ", mais je trouve qu'il convient assez bien ici. N'hésitez pas à donner votre avis.
    Bonne lecture.
    Gaulois.  

    Prendre soin des âmes
     
     
    Nous vivons des heures sombres qui devraient placer chacunE de nous face à son âme ! Par l'âme j'entends ce qui fait de nous des êtres à la liberté inaliénable ...  La liberté de dire NON quand on veut nous faire dire, voire nous faire penser, par capitulation et reddition,  que blanc c'est noir ! Car c'est bien de cela dont il s'agit dans notre société de l'hyper-communication et de la prise de contrôle des esprits par des procédés relevant de la psychologie sociale alliée aux technologies hyper performantes utilisées par les medias de masse ; nous sommes l'objet d'une sorte de détournement à distance de notre âme, c'est-à-dire de notre capacité à nous regarder comme des êtres doués d'autonomie.
     
    Le poids de la norme pèse de plus en plus. Les conduites sont surveillées et font l'objet de prescriptions de plus en plus nombreuses et contraignantes. Nous sommes soumis à une forme de harassement permanent dans un environnement dense et en mouvement perpétuel. Nous essayons de suivre tant bien que mal, spectateurs exténués d'un spectacle permanent auquel nous restons étrangers. Nous sommes néanmoins requis pour jouer les figurants.
     
    Cela se passe par le canal d'un dispositif de propagande relevant de l'allégorie de la grenouille plongée dans une casserole d'eau dont la température s'élève progressivement. Au début elle trouve cela agréable. Puis quand ça lui devient insupportable, il est trop tard : ses muscles ne réagissent plus ; ils sont alors comme paralysés. Les flots de messages sous lesquels nous croulons quotidiennement sont notre bain d'eau tiède à nous. Tout cela nous est d'abord agréable car nous permet d'échapper à soi-même, constitue un divertissement. Mais au bout d'un certain temps nous nous rendons compte que tout ceci n'a pas de sens ; que la vie qu'on nous fait mener dans cette société n'a pas de sens. Que ce flux ininterrompu d'images et de sons diffusé par les différents médias, supports publicitaires compris, constitue en fait un univers qui s'interpose entre nous et notre perception du monde où nous vivons.
     
    Au fil du temps c'est comme si ce n'est plus nous qui pensions notre monde mais comme si le monde était pensé pour nous. Comme si une certaine vision du monde nous était inculquée à force de nous être ressassée à longueur de journée. Inévitablement, nous sommes formatés et nous finissons par penser comme on nous fait penser ; on nous dit quoi penser sous une forme de prêt à penser bien confortable qui constitue une norme standard assimilée par l'immense majorité d'entre-nous. Elle constitue un critère de normalité et d'intégration. Il devient difficile de s'en affranchir et de s'en écarter sous peine de se mettre (ou d'être mis) à l'écart. Il devient donc dans ces conditions bcp plus confortable de se conformer au modèle  ainsi défini. Le problème c'est qu'un beau jour, pour les moins atteints d'entre-nous, on se rend compte que tout ceci est absurde et ne mène nulle part en terme de liberté d'être soi par soi-même ! Certains s'en sortent, apparemment, en recourant au cynisme et à la dérision !
     
    Le système dans lequel nous vivons fonctionne maintenant en pilotage automatique. Il est extrêmement bien rodé et il poursuit sur sa lancée comme un satellite mis en orbite ! Tous les acteurs de ce dispositif ont trouvé leur place, les dirigeants comme les dirigés et personne n'a envie de s'attaquer à modifier le comportement du monstre - si tant est que cela soit possible ! Or quelle est la marque de fabrique du système dans lequel nous baignons nous occidentaux ? Le positivisme, le scientisme, le rationalisme. En conséquence de quoi domine l'idée que tout résulte de phénomènes matériels explicables. Et que tout ce qui doit être pensé relève du domaine de l'intelligence pure. Raison pour laquelle en toute modestie bcp de gens se disent incompétents pour donner leur avis sur le cours des événements qui modèlent le monde et nos existences. Les humains n'ont plus voix au chapitre pour parler de leur vie et de leur humanité dans le monde comme il va.
     
    Pour couronner le tout nous évoluons sous le règne du relativisme ambiant. Et par définition un tel phénomène est neutre du point de vue des valeurs. Tout se vaut. Et si tout se vaut, vaut davantage la valeur de celui ou celle qui est le plus apte à l'imposer aux autres personnes. C'est la loi du chacun pour soi, la loi de la jungle où les plus faibles privés de tout repère sont réduits à adopter des conduites d'automates. Et se voient dépossédés de leur irréductibilité ; ce qui fait qu'ils sont eux et pas un autre ! Qui fait d'eux des êtres libres et dignes, en droit de revendiquer le respect de qui ils sont au nom du simple fait qu'ils sont ! Toute cette dimension de l'existence est non seulement devenue indicible pour bcp d'entre nous. Mais cette réalité est aussi souvent tout simplement inconcevable !
     
    Isolés, livrés à eux-mêmes, subissant les affres de l'individualisme sans guère pouvoir jouir de ses avantages, ils subissent leur sort comme les têtes de bétail d'un troupeau ! Car sincèrement, toute proportion gardée, qu'est-ce qui nous distingue d'un troupeau de vaches ? Et pour la plupart d'entre-nous nous ne sommes même pas en situation de pouvoir gambader dans les prés. Oh certes nous pouvons discuter, critiquer, désapprouver. Oui bien sûr. Mais en aucun cas nous ne pensons davantage notre condition, sauf exceptions, que des vaches ! Nous sommes des vaches parlantes. Nous ne pensons pas notre condition d'humain et nos conditions de vie. Parce qu'il a tjrs été plus facile de s'en remettre à d'autres pour cela ; et parce qu'aussi la puissance d'un système qui nous enserre dans ses ramifications technotroniques nous écrase et nous anéantit. Anéantit notre volonté d'être et annihile notre puissance d'agir. "La dictature c'est ferme ta g... et la démocratie c'est cause toujours !"  Je ne sais pas si c'est Coluche qui disait cela mais il aurait pu tant ça lui ressemble !

    N'attendez pas qu'on vous dise quoi penser et quoi faire eu égard à la façon dont nous sommes dirigés et manipulés pour être des éléments dociles, insusceptibles de remettre en cause l'ordre établi. Il est temps d'exercer son esprit critique ; de l'aiguiser ou plus simplement de le ressusciter. Pensons par nous-même ; c'est un exercice exigent ; mais il y va de notre dignité tout simplement ; sans même parler de notre avenir.

    "Il y a une phrase merveilleuse de Thucydide : « Il faut choisir : se reposer ou être libre. » Et Périclès dit aux Athéniens : « Si vous voulez être libres, il faut travailler. »" Cités par Castoriadis.
    Tant pis si cet apostrophe en choque certainEs. Observateur intéressé de l'organisation de notre monde, j'ai acquis l'intime conviction que les humains attachés à leur dignité ne peuvent plus cautionner les pratiques que l'on observe de la part des dirigeants. Pratiques qui ensuite se diffusent dans la société. Ils doivent absolument s'en désolidariser et le faire savoir. C'est le commencement de la résistance.

    J'ai voté contre Sarkozy en mai. J'étais sans illusion quant aux "socialistes". Je considère désormais qu'il n'y a plus rien à attendre d'eux. Pas la peine de gaspiller notre énergie à les maudire. Ils sont la proie des structures forgées par notre civilisation et qui maintenant la forgent ; ils sont dépassés par les forces à l'oeuvre. Ce que vous ne pouvez maîtriser, feignez d'en être l'organisateur !

    Nous ne devons plus compter que sur nous-mêmes pour préserver la part d'humanité de ce monde. L'autre jour un copain pestait contre les capitalistes expliquant qu'ils allaient "aller au bout de leur logique" ! Je poursuivis alors : "Je pense plutôt que c'est leur logique qui ira au bout des capitalistes".

    Je vous le dis comme je le pense, je prends mes risques : "Renversez la vapeur ; machine arrière toute" ! Ayez le désir de changer votre vie en commençant par changer d'état d'esprit. Je ne sais pas si il est encore temps de se sauver de l'emprise de ce système scélérat. Mais il est grand temps de renouer avec notre âme ! Cessez de faire confiance ; rompez avec le conformisme ambiant. Constatez par vous-mêmes puis alertez autour de vous. Tout le monde doit stopper les machines ! Cesser d'adhérer et de cautionner, fut-ce en se taisant !


    Pour faire quoi ensuite ? Je ne sais pas. Mais laisser aller de l'avant serait la pire des attitudes ; ce serait une attitude complice jusqu'au bout de la faillite d'un système emballé qui nous conduit à notre perte après avoir fait de nous des quasi-zombies, nous avoir déjà vidé de notre âme !

    Je m'exprime ici en poète car je suis persuadé que c'est le meilleur moyen pour trouver la voie du nécessaire sursaut ! Celle que notre monde mécaniste bannit de ses conceptions. Car la poésie par définition est immaitrisable par un système quel qu'il soit puisque la poésie c'est l'âme en liberté dans les champs qui chante sa propre musique ; pas celle qu'on veut nous inculquer.
    L'attitude des dirigeants occidentaux est pathétiquement médiocre et tragiquement funeste car sans issue autre que le désastre : un monde de zombies sans âme. Reprenons notre liberté. Machine arrière toute et tous ensemble. D'abord dans notre tête et dans notre coeur ; engageons tout notre corps dans cette posture de refus et de défi à la puissance aveugle et bestiale qui engloutit la vie et se vautre dans l'absurde et l'abject ! Sortons du sordide ... Parlons-nous de cela. Retrouvons la joie des plaisirs simples, des moments d'humanité authentiques partagés en marge de toute cette sophistication abêtissante et déshumanisante car nous privant de notre âme pour mieux disposer de la disponibilité de notre cerveau !
     
    Car notre cerveau doit être disponible à l'emprise des contrôleurs pour que ceux-ci puissent nous diriger à distance ; nous télécommander, nous suggérer si ce n'est nous imposer quoi penser et quoi faire. Le tout en nous laissant croire que nous sommes souverains en matière de définition de nos valeurs !!! Toute la finesse de l'art réside dans cette capacité à faire de nous des êtres conditionnés à se croire libres de tout conditionnement ! Mais cette liberté est à la liberté ce que le canadadry est à l'alcool !
     
    Prenons soin de nos âmes : la nôtre et celle d'autrui. Préservons-les des griffes du système prédateur ! Pour cela, ne cherchons pas les héros à l'extérieur ; l'héroïsme ne consiste pas tant à sauver le monde qu'à se sauver soi du monde. L'héroïsme du quotidien par lequel nous ne succombons pas aux sirènes du renoncement à soi-même, nous n'abdiquons pas notre souveraineté et nous restaurons notre légitimité à penser notre vie d'après le critère de la sauvegarde de notre âme. Notre âme en tant que la Vie en nous, êtres irréductibles et inaliénables ...
     
    Suite à quoi nous n'avons plus à nous définir par rapport au système mais par rapport à notre réalité intérieure en lien avec notre environnement. Nous nous définissons à partir de nous-mêmes en tenant compte de l'extérieur mais ce n'est plus l'extérieure qui nous impose ses critères. Nous sommes affranchis, émancipés. Avec le désir héroïque, utopique, de vivre une vie la plus émancipée, la plus affranchie possible, en lien avec notre milieu !
     
    Là est le véritable progès qui vaille ... selon moi ! Le progrès de l'âme, entendue comme alliance de la sensibilité et de la raison, alliance du connu et de l'inconnu, ouverture au métaphysique. Il faut remettre sur ses pieds un attelage qui marche sur la tête. La raison doit seconder la sensibilité et non l'occulter, l'étouffer. Chaque acte allant dans ce sens, chaque acte témoignant du respect, de l'attention à soi et à autrui, chaque action empreinte d'humanité est une réussite à porter au crédit de l'âme du monde dont la nôtre descend ...
     
    Dire, écrire ces choses-là n'a l'air de rien ; mais il se pourrait qu'une partie du salut de l'humanité se trouve dans cette direction !
     
    "Renverser la vapeur et faire machine arrière toute !"
     
    Dans nos têtes et dans nos coeurs ... pour préparer demain : il y a tant à faire ! L'aventure de la modernité ne fait que commencer ; nous n'en sommes qu'au brouillon, au premier jet ! Soyons modernes, soyons humains ; restaurons l'ordre des valeurs avec la Vie au centre, l'humain au centre de la Vie et la sensibilité au centre de l'humain ...
     

    Pascal


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