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     « Nucléaire danger immédiat - Et ça se passera près de chez vous »
    La littérature sur le nucléaire et ses dangers ne sera jamais assez abondante pour sensibiliser les populations, naïves, défaitistes ou aveuglément confiantes.

    Les pronucléaires diront encore que ce livre est destiné à faire peur et décrédibiliser cette technologie pourtant mortifère ! Pourtant, ceux-là n'ont jamais expliqué pourquoi la démocratie est totalement absente en ce domaine.

    Gaulois. 

     

     

    http://www.liberation.fr/france/2018/02/18/un-livre-fissure-un-peu-plus-la-confiance-dans-le-nucleaire_1630568

     Liberation
    
    En haut de la pile
    
    Un livre fissure (un peu plus) la confiance dans le nucléaire
    
    Par Jean-Christophe Féraud — 18 février 2018 à 18:33
    
    «Nucléaire danger immédiat - Et ça se passera près de chez vous»,
    Thierry Gadault et Hugues Demeude. Flammarion, 286 p., 21 euros. DR.
    
    Dans «Nucléaire, danger immédiat», les journalistes Thierry Gadault et
    Hugues Demeude alertent sur le risque d'un accident grave en France.
    Les faits avancés sont réfutés par EDF.
    
    Un livre fissure (un peu plus) la confiance dans le nucléaire
    
    C’est un livre-enquête énervé et courageux, qui charge tête baissée
    pour tenter d’enfoncer la porte blindée du secret nucléaire. Et n’y
    parvient, forcément, que de manière fragmentée, parcellaire, soulevant
    quelques vérités inquiétantes, déjà connues mais des seuls
    spécialistes, et des questions nouvelles qui interrogent sur l’état de
    sûreté réel du parc nucléaire français. Co-signé par les journalistes
    Thierry Gadault et Hugues Demeude, Nucléaire, danger immédiat a déjà
    fait pas mal de bruit depuis la parution de quelques bonnes feuilles
    dans le Journal du dimanche début février : EDF a menacé les auteurs
    de poursuites en diffamation, les accusant de présenter certains faits
    comme «nouveaux» alors qu’ils ne le seraient pas, ou d’avancer
    carrément des «informations fausses».
    
    Spécialiste de l’énergie et déjà auteur d’un livre choc sur le géant
    de l’électricité (EDF, la bombe à retardement paru chez First en
    2014), Thierry Gadault dénonce en retour «l’impossibilité d’écrire sur
    le nucléaire en France sans s’attirer les foudres du lobby». Et
    maintient que cette industrie nucléaire qui «vante sa culture de
    sûreté» depuis des décennies «s’affranchit allègrement des règles
    qu’elle s’est elle-même fixée». Une chose est sûre, pour tenter
    d’ébrécher ce qu’ils appellent «le mensonge d’Etat» au pays de l’atome
    roi – remember le fameux nuage de Tchernobyl qui se serait arrêté à
    nos frontières en 1986 – Gadault et Demeude y vont à la sulfateuse :
    «Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si un accident grave
    est possible en France mais quand il aura lieu», peut-on lire dès les
    premières pages dans la bouche d’un «haut responsable du secteur» qui
    joue les lanceurs d’alerte anonyme.
    
    Scénario catastrophe
    
    Le livre s’ouvre d’ailleurs sur le scénario fictionnel de
    l’emballement d’un réacteur à la centrale vieillissante de
    Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) : une fuite d’eau sur le circuit
    primaire rend impossible son refroidissement, et, ce 29 janvier 2020,
    le président Macron est contraint d’intervenir en direct à la télé
    pour appeler les riverains «à se calfeutrer chez eux et à attendre les
    consignes». S’ensuit l’ordre d’évacuation des habitants dans un rayon
    de 100 km, jusqu’à Orléans, Blois, Tours, Bourges. Mais trop tard, une
    explosion vient de déchirer le toit du bâtiment réacteur. Comme à
    Tchernobyl…
    
    A lire aussiEDF peine à financer ses colossaux investissements nucléaires
    
    Mais pourquoi faire ainsi peur au lecteur ? Parce que «la possibilité
    qu’un accident nucléaire grave frappe la France n’a jamais été aussi
    élevée», assènent les auteurs selon qui «la vétusté de nombreux
    réacteurs équipés de pièces non conformes» pourrait provoquer la
    catastrophe. Des affirmations nourries par la découverte des fameuses
    «anomalies» de l’usine Areva du Creusot en 2015 (la cuve de l’EPR de
    Flamanville et des centaines de pièces métallurgique avaient un taux
    de carbone un peu trop élevé susceptible de les fragiliser) et les
    nombreuses injonctions faites à EDF par l’Autorité de sûreté nucléaire
    (ASN) pour contrôler ses 58 réacteurs. Le président de l’ASN,
    Pierre-Franck Chevet, avait d’ailleurs jugé en 2017 le contexte de
    sûreté «préoccupant sur le moyen terme», s’inquiétant du fait que les
    difficultés économiques d’EDF et Areva pourraient les inciter à ne pas
    investir l’argent qu’il faudrait dans la surveillance et la
    maintenance de leurs installations. Mais le même Chevet déclarait
    début 2018 que «le contexte général [en matière de sûreté, ndlr] est
    en amélioration, moins préoccupant»…
    
    «Fissures» ou simples «défauts» ?
    
    Alors que croire et qui croire ? C’est bien le problème auquel
    s’attaquent courageusement les auteurs, après avoir enquêté pendant
    plusieurs mois, rencontrant des experts critiques de l’atome comme
    Yves Marignac ou Bernard Laponche, et des repentis du complexe
    nucléaire comme le mystérieux ingénieur français qui se cache derrière
    le pseudo japonisant Nozomi Shihiro. Leur livre pointe notamment
    l’existence de «fissures» liées à des «bulles d’hydrogène» sur
    plusieurs de réacteurs. Mais l’électricien dément, affirmant avoir
    mené tous les contrôles nécessaires à la demande du gendarme du
    nucléaire et assurant que «défaut ne veut pas dire fissure».
    
    L’ouvrage présente aussi la centrale du Tricastin sur le Rhône comme
    «la pire centrale du pays» pointant une cuve «fissurée» et un risque
    de submersion en cas de séisme car les quatre réacteurs de 900
    mégawatts (MW) se trouvent à six mètres sous le canal de
    Donzères-Mondragon. Et de fait, l’ASN a enjoint EDF de renforcer la
    digue du canal, des travaux qui ont provoqué l’arrêt du Tricastin
    pendant un mois à l’automne dernier. Les auteurs alertent aussi sur le
    risque «type Fukushima» que présentent toutes les centrales
    construites en contrebas de barrages hydrauliques (Le Bugey,
    Saint-Alban, Cruas…) en bord de mer (Flamanville, Penly, Gravelines)
    ou de fleuve (Cattenom, le Tricastin). Des inquiétudes jugées, là
    encore, très exagérées par EDF, qui renvoie une fois de plus aux
    contrôles réguliers et vigilants du gendarme du nucléaire.
    
    Au bout du compte, difficile pour le profane et même le
    demi-spécialiste, pour le partisan de l’atome comme pour
    l’anti-nucléaire, de savoir si la sûreté du parc nucléaire français
    est vraiment assurée. Si le risque d’accident grave est réel ou
    totalement maîtrisé. Ce livre à charge aurait gagné, par endroits, à
    plus de nuances et moins de moulinets. Mais l’artillerie lourde a le
    mérite d’ébranler un peu la langue de bois nucléocrate et, pour le
    coup, de fissurer un peu la culture du secret et l’opacité qui
    entourent l’industrie de l’atome en France depuis cinquante ans. Sa
    lecture rappelle enfin l’impérieuse nécessité d’un contrôle renforcé –
    et plus citoyen – des conditions dans lesquelles l’électricité
    nucléaire que nous consommons est produite : les deux tiers de la
    population française vivent à moins de 75 km autour d’une centrale
    nucléaire, la plupart du temps sans le savoir. Ou sans vouloir le
    savoir.
    
    «Nucléaire danger immédiat - Et ça se passera près de chez vous»,
    Thierry Gadault et Hugues Demeude. Flammarion, 286 p., 21 euros.
    
    Jean-Christophe Féraud
    
    
    

     

     


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